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Jeudi 1er septembre
Puschkin-Saint Petersbourg 30 km

Cela me fait vraiment bizarre d’écrire cette date et ce nom de ville. Cela me paraissait si loin, si long! Et voilà, j’y suis, j’ai touché le but. J’ai du mal à réaliser. J’ai refait les comptes ce matin; j’aurai parcouru 4630 Km pour arriver ici. C’est le cas de la dire : que de chemin parcouru ! Je savais que c’était possible, mais j’étais conscient aussi que bien des aléas pouvaient m’empêcher d’aller au bout. J’ai eu de la chance, je suis passé à travers les pannes mécaniques, les accidents, la maladie, les vols et les agressions.
J’arrive à Saint Petersbourg avec quelques kilos en moins, mais tellement d’expériences, de souvenirs et d’images en plus. J’essaie d’en extraire les plus fortes mais c’est encore trop tôt, il faut que ça décante un peu. Je continue de penser que ce n’est pas un exploit sportif; en revanche c’est une expérience humaine très forte. Dans nos vies quotidiennes, on n’est plus habitués à se retrouver seuls face à des situations inattendues ou un peu difficiles. Pendant 70 jours, j’ai dû, à quelques exceptions près, faire des choix et prendre les décisions seul. Je crois que je sors renforcé de ce périple.
Je dois vous remercier tous sincèrement pour le soutien que vous m’avez apporté à travers vos messages. Il y a les inconditionnels du premier jour, les fidèles de toujours, et puis ceux qui m’ont rejoint en route et que je voyais apparaître avec plaisir. Je sais aussi que beaucoup m’ont suivi sans forcément laisser de messages. A vous tous j’adresse un immense MERCI car cela m’a vraiment fait chaud au cœur de sentir le souffle de cette chaleur humaine qui m’accompagnait.
J’ai aussi une pensée amicale toute particulière pour mes amis dirigeants du Sablé Basket qui entrent dans la dernière ligne droite de l’organisation du Trophée Sarthe Pays de la Loire. Je vous ai abandonnés, mais je sais que allez assurer. Bon courage !
L’heure est venue de refermer ce blog, ce que je fais avec un pincement au cœur. Un mot quand même de cette dernière journée. La route de Puschkin à St Petersbourg est une longue ligne droite de 2×2 ou 2×3 voies, dotée d’un trottoir bien asphalté et séparé de la chaussée sur les 10 premiers kilomètres. J’apprécie cette portion qui m’amène jusqu’au panneau d’entrée de ville tant attendu. Je m’arrête pour une séance photo un peu prolongée et accompagnée de quelques cris de joie couverts par le vrombissement de la circulation et des trains. Le site, un bord d’autoroute d’entrée de banlieue de grande ville n’a évidemment rien à voir avec les cartes postales de la cité impériale. Mais qu’importe, pour moi ce panneau derrière une glissière de sécurité porte une charge symbolique et émotive si forte que j’en oublie le décor.
Comme je le redoutais, les affaires se gâtent ensuite, avec la disparition du trottoir cyclable, et je me retrouve sur la chaussée, dans le flot de la circulation. Mes précédentes expériences m’aident bien à survivre; j’occupe ostensiblement ma place sur le bitume et même si je me fais klaxonner par plusieurs camions je ne bouge pas de ma trajectoire. Et puis je savoure ma petite revanche quand arrivent les premiers ralentissements d’entrée de ville, et que je double les longues files de véhicules à l’arrêt, ceux là même qui m’ont doublé à toute allure quelques instants plus tôt.
Entré dans la ville, je peux commencer à lever le nez pour admirer les premiers bâtiments en choisissant de rouler sur le trottoir ou sur la rue selon les circonstances. Parfois je descends de vélo et je marche tranquillement sur le trottoir. Je dois avoir une espèce de sourire béat sur le visage; je me sens bien, je regarde les gens dans les yeux, je suis détendu et je me répète dans me tête « je suis venu ici à vélo, je suis venu à St Petersbourg à vélo » ! Je croise plein de jeunes en uniforme ou endimanchés. Ce 1er septembre c’est la rentrée des classes et il est de tradition de mettre ses plus beaux atours ce jour là.
Et j’arrive enfin à mon objectif, la perspective Nevsky, les Champs élysées de St Petersbourg. Pas vraiment une sinécure pour un cycliste, d’ailleurs j’en rencontre très peu, mais un tel bonheur de descendre cette avenue mythique. Il est 13h, à Roissy, l’avion de ceux qui viennent me rejoindre décolle, j’ai tout l’après-midi devant moi pour flâner dans la ville. Je ne vais pas m’en priver, faisant un grand tour des principaux sites du centre-ville, l’Ermitage évidemment, la cathédrale, la forteresse Pierre et Paul, l’église du sang versé, les ponts sur la Neva, etc. Une superbe mise en bouche. À ma grande surprise, et pour mon grand plaisir, je suis souvent interpellé par des gens qui repèrent mon drapeau et m’interrogent ou me font des signes amicaux et admiratifs. Un Américain, qui dit ne pas pouvoir aller à vélo plus loin qu’au Mac’do du coin, se fait même photographier avec moi devant l’Ermitage. Je savoure pleinement cette balade sans but précis, au fil de mes envies.
A 19h, j’allume ma lampe clignotante accrochée au guidon et je décore Colibri de boules bleu blanc rouge pour me rendre devant le 88 de la perspective Nevsky où Marthe, Christine, Béatrice et Daniel me font accueil triomphal. J’ai maintes fois imaginé ce moment, ce point final de mon périple; je le vis intensément. Le blues de la fin de voyage que j’ai éprouvé avant hier à Peterhof est estompé ; j’éprouve maintenant juste un sentiment de plénitude et la satisfaction d’avoir réalisé mon projet. Je me sens bien, un point -final- et c’est tout.
FIN.

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Mercredi 31 août
Peterhof-Puschkin 50km

Réveillé tôt et privé de café car la bonbonne de gaz est vide. Voilà encore quelque chose qui ne fera pas le voyage du retour.
Je m’offre pour le plaisir un nouveau passage près du palais de Peterhof, histoire de le voir sous le soleil. En effet, il brille ce matin. Et il va falloir qu’il assure car j’ai besoin de lui pour sécher au moins une de mes deux paires de chaussures. En attendant, c’est en claquettes que je fais ma promenade.
Comme on doit visiter ce palais en famille dans les prochains jours, je ne rentre pas. En revanche, j’ai bien envie d’aller visiter Tsarskoïé Selo, la résidence officielle des tsars pendant deux siècles. Et plus précisément le palais Catherine qui renferme la fameuse chambre d’ambre. La ville s’appelle désormais Puschkin et se trouve à une quarantaine de km de Peterhof. Le trajet est horrible, comme hier mais en pire, sauf qu’il fait beau … et que Colibri est un bon vélo.
A 14h je suis arrivé; le temps d’un casse croûte sur un banc et je visite le palais, ainsi qu’une partie du parc qui est immense, pas moins de 100 hectares. En tout, je passe 4 heures dans l’enceinte du site. A l’origine, c’est un manoir que le tsar Pierre 1er a offert à sa future épouse, Catherine, en 1705. Le site leur a tellement plu qu’ils ont décidé d’y construire une résidence pour leur fille, la future impératrice Elisabeth. Celle ci y séjournera  et le baptisera Catherine en hommage à sa mère. Les tsars successifs y apporteront des améliorations et un deuxième palais sera même construit dans le parc au 19ème, le palais Alexandre, actuellement fermé pour rénovation. L’ensemble a pris le nom de Tsarskoïé Selo, la ville des tsars. Le clou de la visite est « l’enfilade dorée », une succession de salons qui rivalisent d’élégance. Au milieu se trouve la chambre d’ambre, offerte par l’empereur  d’Allemagne à son homologue russe, faite de panneaux recouverts de lamelles d’ambre de couleurs qui varient du jaune citron au marron foncé. Sa reconstitution récente a nécessité 30 tonnes d’ambre. Les gardiens poussent les groupes de visiteurs, asiatiques en majorité, pour assurer la fluidité du trafic. Je parviens à y reste pendant une vingtaine de minutes pour en admirer les détails. Ce matériaux me fascine, je l’ai déjà dit je crois.
Après il est temps de chercher un dernier point de chute avant l’arrivée finale à St Petersbourg. Ma demande d’hébergement sur le site des cyclorandonneurs « Warmshowers  » n’aboutit pas. Je n’ai pas très envie de passer cette dernière nuit dans le froid; alors je choppe une wifi devant un restaurant et je cherche un hôtel sur l’incontournable Booking.com. C’est comme ça que je me retrouve bien au chaud dans une chambre pour trois personnes d’un petit hôtel à la sortie de Puschkin sur la route de St Petersbourg . Je vais pouvoir me laver, me raser et me faire beau pour retrouver ma petite femme demain, après un dernier parcours d’une trentaine de kilomètres, sans doute un peu stressant encore, comme toute approche de grande ville.

Sans doute mon dernier site de couchage en pleine nature.
Sans doute mon dernier site de couchage en pleine nature.
Les dorures prennent toute leur valeur avec le soleil.
Les dorures prennent toute leur valeur avec le soleil.
Les jardins de Peterhof au petit matin.
Les jardins de Peterhof au petit matin.
La route entre Peterhof et Pouschkin se perd soudain dans un immense échangeur autoroutier. Il m'a fallu marcher pour m'en sortir.
La route entre Peterhof et Pouschkin se perd soudain dans un immense échangeur autoroutier. Il m’a fallu marcher pour m’en sortir.
Sur le bord de route, c'est la foire aux couronnes mortuaires devant un cimetière.
Sur le bord de route, c’est la foire aux couronnes mortuaires devant un cimetière.
Au centre de Puschkin, une église orthodoxe.
Au centre de Puschkin, une église orthodoxe.
La grille d'entrée donne un avant goût de la richesse du site.
La grille d’entrée donne un avant goût de la richesse du site de Tsarskoïé Selo.
Versailles n'a qu'à bien se tenir !
Versailles n’a qu’à bien se tenir !
Heureux de pouvoir visiter ce palais mythique.
Heureux de pouvoir visiter ce palais mythique.
Les architectes ont joué avec les couleurs; ici le salon vert.
L’architecte russe Rastrelli a joué avec les couleurs; ici le salon vert.
La table est mise, le tsar peut passer à table.
La table est mise, le tsar peut passer à table.
La chambre d'ambre, volée par les Nazis et disparue depuis, a été reconstituée a l'identique en 2000.
La chambre d’ambre, volée par les Nazis et disparue depuis, a été reconstituée a l’identique en 2000.
Une partie du jardin est aménagé à la française.
Une partie du jardin est aménagé à la française.
Le plus prestigieux pavillon du parc, l'Ermitage, où l'on dînait parfois.
Le plus prestigieux pavillon du parc, l’Ermitage, où l’on dînait parfois.
Dans le parc, un petit pavillon d'été nommé "bains supérieurs".
Dans le parc, un petit pavillon d’été nommé « bains supérieurs ».
Le pavillon de travai de l'impératrice, décorée de pierres naturelles demi précieuses, d'où son nom de salle de Jade.
Le pavillon de travai de l’impératrice Elisabeth, décoré de pierres naturelles semi  précieuses, d’où son nom de salle de Jade.
Un des cabinets de travail de l'impératrice.
Un des cabinets de travail de l’impératrice.

 

Les parquets marquetés sont si précieux que les visiteurs doivent enfiler des chaussons pour la visite.
Les parquets marquetés sont si précieux que les visiteurs doivent enfiler des chaussons pour la visite.
Il a un monde fou ici; je suis même tombé nez à nez avec César.
Il a un monde fou ici; je suis même tombé nez à nez avec César.
Toute la journée les mariés défilent pour leur séance photo.
Toute la journée les mariés défilent pour leur séance photo.

Mardi 30 août
Koporje – Peterhof 80 km

Après les ablutions, le petit-déjeuner et le rangement, je passe saluer Alexander dans son conteneur. Il refuse catégoriquement le billet que je lui tends et me demande si j’ai un appareil photo. Alors il m’emmène devant les avions de l’aéroclub pour une photo souvenir. Il y a un beau biplan et deux autres petits appareils qui doivent servir à faire de la voltige. Quand on se serre la main pour se quitter, il me demande si je viens de Berlin. « Non, de Paris », je lui réponds, en lui montrant mon drapeau français. Et là, il a une réaction incroyable, il me prend les deux mains dans les siennes en répétant « Franski, Paris, Oooh  » ! Je ne lui aurais pas fait plus d’effet en affirmant arriver de la planète Mars ! Il a vu des Allemands, des Hollandais et des Italiens, mais je suis le premier Français à m’arrêter ici. Je vous jure qu’il en a les larmes aux yeux.
Du coup, il m’invite à apposer une dédicace sur un mur du local des parachutistes, où d’autres visiteurs ont écrit un petit mot. Je m’exécute bien volontiers, laissant ainsi une trace écrite de mon passage. Alexander ne me laisse partir qu’après un « hog » chaleureux et il reste me regarder partir sur le chemin. J’en suis tout ému aussi.
Ce sera presque le meilleur moment de la journée. En effet, cette dernière vraie étape sera une véritable purge à tous les niveaux. D’abord les paysages; rien d’intéressant, rien de beau, et pas mal d’horreurs et de saleté. Et puis la météo : pluie, vent et même brouillard vont se succéder ou s’additionner. Au point que je roule toute la journée avec la cape, et la lumière allumée tellement il fait sombre. A cette tenue, je dois ajouter le gilet jaune et une lumière clignotante supplémentaire à l’arrière. Autant de mesures de sécurité indispensables sur une route très fréquentée et totalement inadaptée à la pratique du vélo. Comme je refuse de rouler sur le bas côté, je suis au plus près la ligne blanche du bord de route, quand elle existe. Je me fais parfois l’impression d’être un funambule qui ne doit ni tomber à droite sur la berme, ni surtout à gauche où sévit la terrible tribu des automobilistes russes. Ceux ci ne font que peu de cas de la petite chose sur deux roues qui se traîne au bord de la chaussée. La distance de sécurité lors des dépassements est souvent réduite au strict minimum syndical. Plusieurs camions me klaxonnent même, ulcérés de voir un cycliste avoir l’outrecuidance d’utiliser un bout de leur chaussée. Les 5 heures de route à ce régime seront épuisantes nerveusement. Je crois que cela va se calmer après avoir croisé l’autoroute qui mène à St Petersbourg. Mais non, les derniers kilomètres vers Peterhof sont du même tonneau, avec deux voies pas très larges et une bordure latérale de quelques centimètres de large.
C’est pourquoi je suis bien content d’arriver de bonne heure, il est environ 14h; je me réjouis à l’idée de m’installer au camping, que j’imagine confortable, on est à Peterhof quand même, et d’aller me promener aux abords des palais du tsar. Seulement le camping Petersbourg est bien caché. J’ai beau être dans le quartier indiqué sur le plan, aucun panneau n’indique un camping. Et personne n’en connaît l’existence. Après avoir tourné près d’une heure, je craque et je me mets à chialer comme un gamin sur le bord de la route. C’est toute la tension de la journée qui s’évacue, et aussi la déception que cette dernière vraie étape soit aussi triste, gâchée par le mauvais temps et les conditions de circulation. J’ai vécu tellement de belles journées, j’aurais aimé que celle ci en soit l’apothéose. Raté !
Je me ressaisis et me remets en selle. Je finis par trouver la rue « Mira » où se trouve le camping. C’est un quartier de sous-zone industrielle, laid et sale à souhait. L’adresse du camping est au 3, je demande au gardien de l’usine au 1 et la réponse est celle que je craignais : il n’y a pas, ou plus de camping ici. Je suis ennuyé mais presque soulagé.
Je décide de remettre la question du couchage à plus tard et de me promener dans les parcs accessibles au public autour des palais. Cela me permet d’avoir un aperçu de la splendeur de cet ensemble de bâtiments et jardins voulu par Pierre 1er en 1705, et sans cesse agrandi et amélioré jusqu’au 19e siècle par ses successeurs au point d’en faire le « Versailles » russe. Très endommagé durant la guerre, il a été reconstruit jusqu’en 1970 et est désormais classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Je me fais siffler par un gardien qui me fait descendre de vélo; je ne rééditerai pas mon exploit de Sans Souci…
Les hôtels étant hors de prix, j’opte pour le camping sauvage dans un immense parc au sud de la ville, au bord d’un étang. L’herbe est humide, les moustiques en pleine forme, mais je suis bien installé. Je me couche de bonne heure pour déménager tôt demain matin.

Thème de la prochaine campagne publicitaire de l'office du tourisme russe.
Thème de la prochaine campagne publicitaire de l’office du tourisme russe.
Usine a l'abandon, cabanes de bric et de broc, les campagnes russes font grise mine.
Usine a l’abandon, cabanes de bric et de broc, les campagnes russes font grise mine.
Une petite épicerie comme il y en a des dizaines sur le bord de la route.
Une petite épicerie comme il y en a des dizaines sur le bord de la route.
Première vision du palais de Peterhof. Une consolation après cette rude journée.
Première vision du palais de Peterhof. Une consolation après cette rude journée.
Celle là, j'en rêvais !
Celle là, j’en rêvais !
L'un des pavillons latéraux du palais de Pierre le grand.
L’un des pavillons latéraux du palais de Pierre le grand.
Le corps central du palais.
Le corps central du palais.
Sans doute mon dernier site de couchage en pleine nature.
Sans doute mon dernier site de couchage en pleine nature.

Lundi 29 août
Narva-Korpoje 75 km

Petit déjeuner roboratif en prévision d’une étape pas très longue, mais sans doute rendue pénible par la pluie. Au menu : restes de spaghetti mélangés avec des œufs brouillés; avec ça dans le corps, le vent peut souffler, on ne s’envolera pas ! La météo annonce en effet de la pluie, des averses, puis des orages; super programme auquel il faut ajouter du vent d’est, donc de face ! Je choisis néanmoins de respecter mon tableau de marche et de faire deux étapes à peu près équivalentes pour aller à Peterhof en dormant à mi-chemin, à l’aérodrome de Koporje. La bande à Charly prévoit de ne faire qu’une trentaine de kilomètres aujourd’hui, en espérant de meilleures conditions climatiques mardi pour rallier Peterhof en faisant plus de 110 km. Ils préfèrent en outre renoncer au camping pour les prochains jours, et réservent donc des chambres d’hôtel pour trois personnes pour les deux prochaines nuits. Cette fois c’est sûr, on se quitte! De toute façon je veux terminer ce voyage seul, comme je l’ai imaginé et comme je l’ai réalisé jusque là.
Je quitte donc l’appartement vers midi, laissant mes trois compagnons prendre leur temps. Je refais un rapide tour de ville sous la pluie. Les deux forteresses sont vraiment impressionnantes; ce doit être beau sous le soleil… Seule m’échappe la statue de Lénine, une curiosité car c’est la seule encore exposée en public dans le pays. Mais la pluie me dissuade d’approfondir mes recherches. Je me dirige donc vers le poste de douane estonien. Ici, les cyclistes passent avec les piétons; je dois donc rentrer dans le bâtiment avec le vélo, ce qui n’est pas commode car les couloirs, les chicanes et les portillons sont étroits. Un rapide contrôle du passeport et je suis autorisé à franchir le pont, le vélo à la main bien sûr. Cette traversée dans une sorte de cage d’acier est assez impressionnante. Côté russe l’accès au bâtiment n’est pas plus simple et les énormes portes pas faciles à ouvrir avec un colibri de 40 kg à gérer. Je remplis avec beaucoup de soin les deux volets de la « migration card  » car la moindre rature ou différence entre les deux et c’est copie à refaire. J’ai un petit coup de stress car je ne sais pas répondre à la question sur le nom de la société qui m’invite. Je mets donc simplement « St Petersbourg  » et ça passe comme ça. Ouf ! Ensuite je passe sous le portique dont je me demande bien ce qu’il est censé détecter car il ne réagit pas aux 18 kilos d’acier du vélo ! Et puis je m’arrête sur le trait blanc tracé au sol. Alors la douanière me regarde d’un air étonné et interrogatif. « I can go ? » « Yes ». Décidément je ne saurai jamais s’il faut s’arrêter ou pas !
Me voilà donc à Ivangorod, en territoire russe. Et je suis venu à vélo ! Des fois il faut que je me le répète pour que je réalise. J’ai maintenant près de 4500 km derrière moi et dans trois jours mon périple arrivera à son terme. Incroyable !
La frontière n’arrête pas la pluie; je me mets donc à l’abri d’un vieux bâtiment abandonné pour envoyer quelques messages avant de perdre la connexion. En repartant j’oublie mon casque, mais je m’en aperçois rapidement et je le récupère sans problème.
A la sortie d’Ivangorod, un drôle de spectacle m’attend : des dizaines de camions sont stationnés en attentes de franchir la frontière. La file s’étire sur près de deux kilomètres, les chauffeurs sont au volant, mangent, dorment ou regardent la télé. Ils avaient par à coups, ce qui leur laisse du temps. Vu la file et la vitesse de passage aux contrôles, je pense que le temps d’attente doit frôler les 24 heures.
La route du jour sera majoritairement très fréquentée . Parfois une bonne ligne blanche délimite une bande de sécurité assez large; mais la plupart du temps le marquage au sol est inexistant, ce qui est un peu stressant. Dans l’ensemble, je ne me sens pas trop en danger. Peut-être que je m’habitue aussi !
La pluie cesse au bout d’une heure environ. Je m’arrête faire des courses à Kingisepp, mais je veux encore rouler une quinzaine de bornes avant de manger, histoire d’avoir fait la moitié du parcours. C’est donc à Gurljewo que je m’installe dans un abri bus pour casse croûter. Bon choix car une orage se déclenche, accompagné d’un déluge … du tonnerre. Je laisse passer l’orage et je repars pour les 40 derniers kilomètres sur une route beaucoup plus calme. En revanche, la pluie ne me lâchera pas jusqu’à l’arrivée, parfois faible, parfois très forte. Ma protection multicouche en haut et en forme de bâche en bas me permet de garder le haut du corps et les jambes à peu près au sec. En revanche, les pieds sont rapidement trempés, attaqués par en haut et par en bas. Les surchaussures n’auraient pas été superflues.
Heureusement le parcours est simple et je ne consulte la carte que rarement, juste pour vérifier que je suis sur le bon chemin. Je passe à proximité de l’aérodrome, mais le chemin d’accès est éloigné et il me faut une bonne demi heure pour y arriver. Les 3 derniers kilomètres se font sur un chemin; tellement pressé d’arriver, je vais un peu trop vite et un choc me fait carrément perdre une sacoche.
A l’aérodrome, je suis accueilli par Alexander qui m’indique ou mettre ma tente; pas loin du container aménagé dans lequel il habite. Je fais une toilette sommaire et me change pour être chaud et sec. Une petite gamelle de riz, et je me glisse dans le duvet.

C'est beau le cyrillique, mais pas très clair...
C’est beau le cyrillique, mais pas très clair…
Jolie perspective à l'entrée de Kingisepp.
Jolie perspective à l’entrée de Kingisepp.
L'église de Kingisepp.
L’église de Kingisepp.
Pas de doutes, j'y suis. La faucille et le marteau sont encore présents sur le fronton de certains bâtiments publics.
Pas de doutes, j’y suis. La faucille et le marteau sont encore présents sur le fronton de certains bâtiments publics.
Colibri à l'abri pendant l'orage.
Colibri à l’abri pendant l’orage.
Usine a l'abandon, cabanes de bric et de broc, les campagnes russes font grise mine.
Usine a l’abandon, cabanes de bric et de broc, les campagnes russes font grise mine.

Lundi 29 aout

voila, j’ai les deux pieds (mouillés) en Russie. Le passage de la frontière a été sans problème, si ce n’est celui de la pluie. Après avoir passé les contrôles estoniens, j’ai franchi le pont-frontière à pieds car il est interdit de monter sur le vélo. Côté russe, les formalités ont été assez rapides. Juste une petite frayeur au moment de temple la carte de migration car je devais indiquer le nom de l’organisme qui m’invite. Oups !! Je l’ignore. Je mets juste « Saint Petersbourg  » et ça passe. Ensuite, je slalome pour franchir les différentes portes automatiques et autres portillons vraiment pas adaptés aux vélos. Et me voilà en Russie, où il pleut autant  qu’en Estonie !

En selle pour de nouvelles aventures, dont je ne vous promets pas le récit quotidien, n’étant pas certain d’avoir de la wi-fi partout.

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Dimanche 28 août
Toila-Narva, 60km

Décidément, mon périple solitaire tourne à la virée entre copains ! Ce matin je retrouve Charly, Robert et Malte au petit déjeuner. Hier soir ils ont assisté à une fête sympa sur le port de Toila, au cours de laquelle des mannequins de pailles ont été brûlés sur la plage.
On décide de rouler encore ensemble aujourd’hui jusqu’à Narva, juste avant la frontière russe. Mais avant, on se fait envie d’un bain car il fait vraiment beau. Une fois les vélos chargés on fait donc un crochet par le port et la plage, mais arrivés là, l’envie de baignade est balayée par un vent frisquet qui nous incite plutôt à pédaler.
La route serpente dans des collines en longeant plus ou moins la côte de la Baltique, parfois en haut de falaises de plusieurs dizaines de mètres de haut. A l’approche de Silamäe nous découvrons le terminal portuaire d’où partent les bateaux chargés des fameux gaz et pétrole de schiste. A cet endroit précisément, la piste, qui était acceptable jusque là, devient infernale, hérissée de gros cailloux et parsemée d’ornières emplies d’eau. Il va encore falloir laver les vélos ce soir…
L’entrée dans la ville de Silamäe est quelque peu fantomatique. Il faut dire qu’elle a un passé industriel peu banal. A la fin de la guerre, les Soviétiques ont découvert du minerai d’uranium dans le région. 18000 soldats et prisonniers ont construit le site d’extraction et la ville a été fermée pour raisons stratégiques; elle a même un moment carrément disparu des cartes ! Depuis l’indépendance, les installations ont été abandonnées et une ville nouvelle a été construite à proximité, les habitant désertant peu à peu l’ancienne cité. On traverse donc en quelques sortes deux villes, l’une à l’abandon et l’autre vivante et moderne.
On s’arrête d’ailleurs devant un gymnase flambant neuf pour pique niquer. La salle, avec ses deux terrains, ses bureaux et autres salles de réunions fait rêver le président du Sablé Basket… En repartant, on se décide à abandonner les canettes de bière vides qu’on trimballe depuis le départ sur le porte bagages. A peine sont elles déposées dans la poubelle qu’un pauvre bougre les récupère. Ici en effet, tous les emballages de boissons, en métal, en plastique ou en verre sont consignés. A raison de 10 ct pièce, le gars vient de gagner une bière gratuite !
La route est ensuite agréable, légèrement accidentée et parsemée de monuments, de cimetières et de mémoriaux qui rappellent les terribles combats qui se sont livrés ici; durant la guerre d’indépendance entre 1918 et 1920 d’abord, puis, et surtout, entre mars et août 1944, lors de l’offensive russe contre les Allemands. Ces derniers, chassés de St Petersbourg, se sont repliés sur la Narva, où ils ont résisté jusqu’en août au prix de combats acharnés.
Arrivés à Narva-Joësuu, a l’embouchure du fleuve Narva, on s’offre des petits plaisirs; d’abord l’achat de brioches à une marchande ambulante près de la plage. C’est l’heure du goûter, on a envie de sucré, mais la description des brioches, traduite en anglais par un jeune Estonien, nous réserve des surprises : on a le choix entre saucisse, choucroute, oignons et truite, entre autres ! Tant pis, on tente l’expérience, qui est plutôt concluante d’ailleurs. On accompagne ça d’un café ou d’une bière en terrasse au soleil. Et puis, constatant que le sable mouillé est praticable, on s’offre un petit kilomètre de roulage sur la plage. Quelle rigolade ! On dirait une bande de gamins qui viennent d’acheter leurs premières mobylettes. Les promeneurs piétons sont un peu ahuris, mais s’amusent à nous voir faire les fous comme ça.
Les 12 derniers kilomètres longent la Narva, avec ses bouées oranges au milieu, qui marquent la frontière avec la Russie. Sur l’autre rive des tours de guet viennent régulièrement nous rappeler que la traversée à la nage ou en barque n’est pas conseillée. A l’entrée de la ville de Narva, on s’amuse d’ailleurs à voir les barques de pêcheurs alignées juste avant la ligne fatidique. Le pont qui permet de franchir la frontière est assez impressionnant, avec ses grillages métalliques qui le font ressembler à une cage. Et comme un symbole, deux forteresses se font face de part et d’autre du fleuve, celle de Narva à l’ouest, construite au 17ème siècle par les Suédois, et celle d’Ivangorod, du 15e, sur la rive orientale.
Arrivés devant l’immeuble où on a loué un appartement, on s’inquiète un peu, vu l’aspect extérieur peu reluisant de l’HLM. Mais l’intérieur est proprement aménagé et confortable. Seul problème, il n’y a pas de local pour les vélos; il faut donc les monter au premier étage et ils dormiront avec nous.
Les courses alimentaires donnent encore lieu à de bonnes bosses de rire, d’abord parce qu’on tombe dans un cul de sac en suivant les conseils de Google Maps, puis dans le magasin, où la caissière et le patron nous surveillent du coin de l’œil, inquiets de voir ces quatre étrangers aller et venir en tous sens dans les maigres rayons, à la recherche de produits tous étiquetés en russe. Malte étant végétarien, on veut s’assurer qu’il n’y a pas de viande dans la soupe locale, le bortsch. Les mots « viande » et « animal »  »éveillant aucun écho chez nos interlocuteurs, il ne nous reste plus qu’à imiter les cris du cochon, de la vache et du mouton en montrant le pot avec des airs interrogatifs. Un grand moment de communication ! Mais au final, le bortsch et les spaghettis concoctés par Charly seront délicieux. Après avoir établi le programme de demain on se répartit les couchages pour une nuit au sec et au chaud.

Le campement déménage !
Le campement déménage !
Dans cette région, la hauteur des falaises est parfois impressionnante.
Dans cette région, la hauteur des falaises est parfois impressionnante.
Le terminal pétrolier de Sillamäe.
Le terminal pétrolier de Sillamäe.
Pique nique devant le complexe sportif.
Pique nique devant le complexe sportif.
La ville nouvelle de Sillamäe est plus accueillante que l'ancienne.
La ville nouvelle de Sillamäe est plus accueillante que l’ancienne.
Une fois encore, un jeune Estonien a proposé son aide pour traduire le contenu des brioches.
Une fois encore, un jeune Estonien a proposé son aide pour traduire le contenu des brioches.
Malte a bien aimé la balade sur la plage.
Malte a bien aimé la balade sur la plage.
Mes trois complices , heureux comme des enfants.
Mes trois complices , heureux comme des enfants.
Fresque impressionnante à la gloire des soldats russes.
Fresque impressionnante à la gloire des soldats russes.
Dans ce cimetière des victimes de la guerre d'indépendance, toutes les croix ont été sciées à la base, sans doute pour récupérer le métal.
Dans ce cimetière des victimes de la guerre d’indépendance, toutes les croix ont été sciées à la base, sans doute pour récupérer le métal.
Le cimetière militaire allemand de Narva.
Le cimetière militaire allemand de Narva.
Nous croyant égarés, une dame propose gentiment son aide devant "notre" immeuble.
Nous croyant égarés, une dame propose gentiment son aide devant « notre » immeuble.
Impossible d'aller plus loin, Robert et Charly sont dans un cul de sac,
Impossible d’aller plus loin, Robert et Charly sont dans un cul de sac,

 

Samedi 27 août
Tallin

Le vent me réveille avant la sonnerie du téléphone. J’ai donc le temps de me préparer tranquillement pour le car de 6h12 qui doit m’amener à Jōhvi bien avant 7h, heure du départ pour Tallin. A 6h05 je suis à l’arrêt, à 6h12 pas de car, à 6h15 non plus. J’avais pourtant bien demandé si ce car circule le samedi car j’avais un doute, vu l’horaire très matinal, plutôt adapté aux jours travaillés. A 6h20, je dois me rendre à l’évidence, il n’y aura pas de car. J’avais un peu anticipé cette hypothèse et Colibri était prêt. J’ai 40 minutes pour faire les 12km, même vent de face, ça doit le faire. Et ça le fait; à 6h50 je suis à la gare des cars, j’attache soigneusement le vélo avec mes deux antivols et je saute dans le car. Il bout faut environ 2h30 de route pour rallier Tallin; au début on s’arrête beaucoup pour faire du ramassage, puis on file sur une autoroute. A l’arrivée, le temps d’acheter mon billet retour et je prends la direction du centre de Tallin. Après un petit crochet par le marché, je me retrouve sur la place centrale, évidemment très belle et déjà pleine de monde. Le nombre de touristes est beaucoup plus important qu’à Riga et j’entends curieusement beaucoup parler italien. Peut-être un bateau de croisière qui passe par là.
Muni de la précieuse carte de l’office du tourisme je m’efforce de voir le plus de choses possibles dans les 6 heures qui me sont imparties. D’abord la ville basse, ses églises, un couvent et ses maisons anciennes, puis la ville haute, ses remparts, ses portes, sa cathédrale orthodoxe, et ses beaux bâtiments, souvent occupés par des instances nationales comme la présidence et l’Assemblée, ou par des ambassades. A la différence de Riga, Tallin a conservé ses remparts, ce qui fait de cette ville haute presque une ville close. Je monte en haut du clocher de la cathédrale sainte Marie pour admirer le panorama sur la ville, mais aussi sur la Baltique. On voit les ferries quitter le port, peut-être vers Helsinki, distante seulement de 80km.
Je redescends ensuite pour aller voir des choses plus éloignées de l’hypertension centre, telles que l’église saint Olaf ou les tiroirs sœurs, trois belles maisons du XVème siècle. Malgré les quelque 5100 bâtiments détruits par les bombardements russes de mars 1944, le centre ancien a été relativement préservé; ce sont donc les « originaux » que le visiteur a sous les yeux, non des reconstructions.
Vers 16h je me pose enfin sur un banc pour casse-croûter en regardant le défilé incessant des touristes. Puis il est temps de prendre le chemin du retour, mon bus repartant à 17h20. J’avoue ne pas avoir vu toute la route, me laissant aller au plaisir de me faire conduire avant de refaire en sens inverse les 12km de Jōhvi à Tolia, cette fois avec le vent dans le dos, et il est toujours aussi fort.

La place de l'hôtel de ville.
La place de l’hôtel de ville.
Énormément de touristes dans toute la vieille ville.
Énormément de touristes dans toute la vieille ville.
La cathédrale Nevsky date du début du 20eme siècle.
La cathédrale Nevsky date du début du 20eme siècle.
L'intérieur de la cathédrale orthodoxe.
L’intérieur de la cathédrale orthodoxe.
Le siège du Parlement estonien.
Le siège du Parlement estonien.
Le quartier des ambassades.
Le quartier des ambassades.
Les remparts sont renforcés par des tours qui servent de repères.
Les remparts sont renforcés par des tours qui servent de repères.
Plusieurs terrasses panoramiques permettent d'avoir de beaux points de vue sur la ville.
Plusieurs terrasses panoramiques permettent d’avoir de beaux points de vue sur la ville.
Des jeunes filles vendent des guides touristiques à tous les coins de rues
Des jeunes filles vendent des guides touristiques à tous les coins de rues
Porte d'un bel immeuble sur la colline.
Porte d’un bel immeuble sur la colline.
Spéciale dédicace aux bons journalistes qui me lisent; on en connaît tous ...
Spéciale dédicace aux bons journalistes qui me lisent; on en connaît tous …
Les remparts ont été conservés et restaurés.
Les remparts ont été conservés et restaurés.
Tallin vue de haut; au loin, la Baltique.
Tallin vue de haut; au loin, la Baltique.
La cathédrale orthodoxe Alexandre Newsky vue du haut de l'église du dôme.
La cathédrale orthodoxe Alexandre Nevsky vue du haut de l’église du dôme.
Le clocher de l'église saint Nicolas.
Le clocher de l’église saint Nicolas.
La porte des courtes jambes est le lieu le plus hanté de Tallin. La porte était fermée la nuit pour empêcher les esprits d'entrer dans la ville.
La porte des courtes jambes est le lieu le plus hanté de Tallin. La porte était fermée la nuit pour empêcher les esprits d’entrer dans la ville.
Même pas peur !
Même pas peur !
Tallin possède aussi quelques beaux immeubles de style Art nouveau.
Tallin possède aussi quelques beaux immeubles de style Art nouveau.
Une façade Art nouveau de 1910 dans la rue Pikk.
Une façade Art nouveau de 1910 dans la rue Pikk.
"Les trois sœurs", trois maisons bourgeoises du 15ème siècle.
« Les trois sœurs », trois maisons bourgeoises du 15ème siècle.
Cette pharmacie est en activité sans interruption depuis le 17ème siècle.
Cette pharmacie est en activité sans interruption depuis le 17ème siècle.
L'entrée de la maison de la guilde des têtes noires, une association de marchands célibataires.
L’entrée de la maison de la guilde des têtes noires, une association de marchands célibataires.

Vendredi 26 août
Kauksi-jõhvi 90km

Le soir les moustiques, le matin la pluie ! Heureusement que notre campement de fortune est équipé de tables et bancs abrités, cela nous permet de manger au sec et de préparer nos sacoches a l’abri. Reste que la tente est repliée complètement trempée.
Comme on va dans la même direction, mes compagnons me proposent de rouler de concert, ce que j’accepte bien volontiers; cela ne fait pas de mal de rouler avec de la compagnie et de parler à quelqu’un d’autre qu’à soi-même ! Le temps s’améliore doucement, la pluie devient intermittente, puis cesse complètement. D’un commun accord nous décidons de faire un crochet vers Kurimae où se trouve un monastère de nonnes orthodoxes. L’introduction de nos vélos dans la cour du monastère perturbe visiblement les nonnes qui envoient un émissaire mâle nous demander de stationner à l’extérieur. Ensuite il nous faut enfiler des pantalons longs car la vue de nos cuisses musclées et bronzées pourraient provoquer de l’émoi chez les sœurs. Ces conditions étant remplies, nous pouvons entrer dans l’église et admirer la décoration et les icônes. Comme d’habitude c’est rempli de femmes, nonnes et laïques, qui s’affairent sans doute pour préparer les célébrations du week-end.
On approche des 50km de route, c’est donc l’heure de casser la croûte, mais on ne trouve pas d’endroit pratique et sympa. Il nous faudra au moins 10km de plus pour arriver à un campement du genre de celui d’hier, au bord d’un étang de surcroît. On se partage le poisson, fumé, un bar, que Charly a acheté au pied du monastère. Délicieux! On voit passer bon nombre de cueilleurs de champignons; c’est ici un vrai sport national.

A un moment nous devons choisir entre 8km de piste réputée mauvaise et 6km de route. Personnellement j’aurais opté pour le confort de la route, mais ces garçons sont joueurs, ils préfèrent la piste. En bon démocrate, je me rallie à l’avis de la majorité. On est effectivement bien secoués et surtout bien crottés car les pluies de la nuit ont rempli les ornières d’eau.

On traverse là une région stratégique pour l’Estonie. C’est dans ce secteur nord-est du pays qu’est extrait le kukersite, un schiste bitumineux qui assure à l’Estonie sa quasi indépendance énergétique. Présent à faible profondeur, le kukersite est exploité à ciel ouvert depuis une centaine d’années. Il est ensuite soit brûlé directement pour fournir de l’énergie, soit chauffé pour en extraire le gaz et le pétrole présents dans sa structure poreuse. Ce mode de production d’énergie est peu écologique, aussi l’UE a-t-elle imposé des améliorations technologiques avant d’autoriser sa poursuite. Pour l’Estonie, cet « or brun » est une bénédiction car il lui permet de ne pas dépendre de la Russie sur le plan énergétique. Une arme de moins pour Poutine qui sait en user vis à vis de la Pologne par exemple, dépendante à 80% du gaz russe.

On arrive ensuite rapidement à Jōhvi, lieu de notre séparation. En effet, je m’arrête ici en vue de prendre le car demain matin pour aller visiter Tallin, située à seulement 150km de là. Il faut bien que j’utilise mes deux jours d’avance… Mes compagnons de route vont monter jusqu’à Tollia, au bord de la Baltique, où ils vont aussi savourer une journée de repos. Pas impossible qu’on se retrouve à la frontière ou même à St Petersbourg.
J’achète donc mon ticket de car à la gare, départ à 7h car celui de 8h est complet. Puis je me mets en quête d’un point de chute. Hélas, l’auberge qui accepte les tentes est fermée. Sur les conseils du point info, je tente ma chance à l’hostellerie Nele. Le viel HLM soviétique ne m’inspire guère, l’odeur qui règne dans le hall ne m’encourage pas non plus; le prix, 32€ pour une chambre avec douche, ne me séduit pas vraiment; et en plus il n’y a pas d’endroit sécurisé pour accueillir Colibri pendant les deux nuits et demain, pendant mon absence. C’en est trop, j’abandonne cette piste et décide finalement de monter aussi à Tollia et de revenir ici demain matin prendre mon car. Je fais donc les 12km et je retrouve mes potes au camping du Spa Hôtel. Contents de me revoir, ils m’invitent à dîner. Charly se charge des courses et de la cuisine; au menu : pâtes et poêlée de légumes frais. Un régal ! Et puis une petite pinte de bière sur la plage en regardant les étoiles se lever, et la vie est belle !

Les abris sont les bienvenus pour préparer les sacoches a l'abri de la pluie.
Les abris sont les bienvenus pour préparer les sacoches a l’abri de la pluie.
Qui a garé sa BM devant l'église??
Qui a garé sa BM devant l’église??
Quatre des cinq bulbes de l'église construite en 1910 sur les lieux de l'apparition de la Vierge, vêtue d'un manteau bleu.
Quatre des cinq bulbes de l’église construite en 1910 sur les lieux de l’apparition de la Vierge, vêtue d’un manteau bleu.
L'intérieur de l'église du couvent des nonnes.
L’intérieur de l’église du couvent des nonnes.
Les nonnes vont et viennent au milieu des fidèles et des touristes.
Les nonnes vont et viennent au milieu des fidèles et des touristes.
Fichu sur la tête, une noria de femmes participent aux travaux quotidiens du couvent.
Fichu sur la tête, une noria de femmes participent aux travaux quotidiens du couvent.
Charly et son fils Malte achètent un poisson fumé à une marchande ambulante.
Charly et son fils Malte achètent un poisson fumé à une marchande ambulante.
Charly découpe avec soin le bar fumé
Charly découpe avec soin le bar fumé

Jeudi 25 août
Kallaste-Kauksi

Je regrette d’avoir dénigré Kallaste. Non que ce soit la station balnéaire de mes rêves, mais elle est moins paumée que ne le laissait penser ma perception d’hier soir. Déjà il y un supermarché équipé d’un distributeur de billets qui me permet de vérifier que tout fonctionne à nouveau normalement. Et puis il y a cette vaste esplanade qui donne sur la mer, avec ce bâtiment (la mairie?) complètement démesuré par rapport à la ville. En tournant dans ce village, je comprends soudain ce qui me choque depuis des jours dans la structure de ces agglomérations : elles n’ont pas de cœur. Je veux dire pas de centre au sens où nous l’entendons, une partie dense, généralement organisée autour de l’église, où les maisons sont étroitement serrées les unes contre les autres, voire imbriquées; et puis, à mesure qu’on s’éloigne en étoile de ce centre, la densité des habitations diminue jusqu’à la périphérie. Ici, rien de tel, la densité d’habitations est uniformément faible et le centre bourg est souvent une esplanade, un terrain plus ou moins vague. À croire qu’aucun urbaniste ne s’est penché sur l’organisation des communes. Ou alors, hypothèse tordue j’en conviens, la cité a été organisée de façon à ce que ses habitants ne se rencontrent pas…
Je quitte Kallaste après avoir jeté un coup d’œil à l’église orthodoxe et je prend la route pour une étape d’environ 80km vers Kauksi. C’est encore un trajet facile, plat, et sur de la bonne route pas très fréquentée.

C’est toujours le pays des vieux-croyants qui continuent de pratiquer les rites religieux d’avant le schisme de 1650. A cette époque, le patriarche Nikon a imposé des réformes afin de rapprocher les rites de l’église russe de ceux de l’église grecque. Certains textes de prières ont été modifiés, le sens des processions inversé et le signe de croix devait être fait avec trois doigts (la sainte Trinité) au lieu de deux (la double nature de Jésus, humaine et divine). Ceux qui ont refusé ces réformes ont été pourchassés, plusieurs dizaines de milliers exécutés, et ce jusqu’en 1905, d’où évidemment une forte émigration.
Après 30km je m’arrête faire des courses à Mustvee. Devant le « Maxima », je rencontre trois Allemands qui font Berlin – St Petersbourg. L’un d’eux me reconnaît car on s’est aperçu brièvement sur le camping de Sigulda, la semaine dernière. Signe qu’on va au même rythme. Ils restent déjeuner ici, moi je m’impose de rouler encore 20km, histoire d’avoir fait plus de la moitié de l’étape le « matin ». Il est donc 15h30 quand je m’accorde ma pause repas, devant le musée du petit train de Avinurme. Les 30km suivants sont une formalité. La route rejoint à nouveau le lac Peipsi dont elle s’était éloignée. A l’entrée de Kauksi, je suis rejoint par les trois Allemands et on cherche ensemble le meilleur camping. On est aidés dans nos recherches par une très charmante Estonienne qui se propose de nous aider. Elle nous indique un camping gratuit tout près du lac. On s’y rend avec elle; il y a juste l’eau courante, mais l’endroit nous plait bien et on décide d’y rester. Sans notre guide car elle a prévu de s’arrêter 25km plus loin. Elle vient de Tartu et se rend à Narva pour voir ses parents.
La soirée avec mes nouveaux compagnons sera très sympa. Charlie, son fils et son copain sont de Stuttgart ; ils font une sortie vélo chaque année ensemble depuis 8 ans. Leurs compagnes viennent les rejoindre à St Petersbourg le 31 août. Amusant ! On va se baigner, puis on mange ensemble; riz au pesto pour moi, riz aux haricots pour eux, additionné d’une banane pour le fiston. Une petite bière sur la plage à la nuit tombée, et voilà la journée bouclée.

Petit déjeuner dans la brume.
Petit déjeuner dans la brume.
Une fois le brouillard levé, le lac réapparaît sous son meilleur jour
Une fois le brouillard levé, le lac réapparaît sous son meilleur jour
Voici le centre de Kallaste, une immense esplanade vide.
Voici le centre de Kallaste, une immense esplanade vide.
Avec ses colonnes et son fronton pompeux, cet énorme bâtiment public est démesuré par rapport à la modeste cite de Kallaste.
Avec ses colonnes et son fronton pompeux, cet énorme bâtiment public est démesuré par rapport à la modeste cite de Kallaste.
Kallaste compte quand même quelques belles maisons.
Kallaste compte quand même quelques belles maisons.
L'église orthodoxe de Kallaste.
L’église orthodoxe de Kallaste.
Près de Mustvee, cet amphithéâtre pouvant accueillir plusieurs centaines de spectateurs a été financé par l'Union européenne.
Près de Mustvee, cet amphithéâtre pouvant accueillir plusieurs centaines de spectateurs a été financé par l’Union européenne.
Une modeste église orthodoxe en bois.
Une modeste église orthodoxe en bois.
Ce cimetière bénéfice d'une vue imprenable sur le lac.
Ce cimetière bénéfice d’une vue imprenable sur le lac.

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Mustvee a été meurtrie par la guerre, bombardée tour à tour par les Allemands et les Russes.

Le petit port de Mustvee.
Le petit port de Mustvee.
Le train musée d'Avinurme rappelle l'existence d'une ligne fermée depuis 1962, qui servait notamment au transport des grumes.
Le train musée d’Avinurme rappelle l’existence d’une ligne fermée depuis 1962, qui servait notamment au transport des grumes.
Le train-musée est fermé mais le pique-nique est ouvert!
Le train-musée est fermé mais le pique-nique est ouvert!

Mercredi 24 août

Tartu-Kallaste, 70km

6h30 debout. Première mission : recharger l’iPhone, car, c’est bien connu, les ennuis arrivent de préférence en rafale et ma batterie est à plat. Pas commode pour passer les appels nécessaires à la résolution du problème bancaire. Le camping n’offrant aucune prise utilisable avant l’ouverture à 9h, je me mets en chasse d’une prise de courant accessible. Je trouve mon bonheur à la gare des cars. Pendant que la batterie recharge, j’ai tout loisirs d’étudier les horaires des cars. Je découvre ainsi un Tartu-St Petersbourg à 13€, trajet réalisé en 7 heures. Ça me laisse songeur…
La réponse automatique au message adressé à ma conseillère attitrée me permet de vérifier qu’elle est en congés, comme à chaque fois que j’ai besoin d’elle. Je note donc les autres numéros, sachant que l’agence n’ouvre qu’à 10h, soit 11h ici. Autrement dit, la matinée est grillée. De retour au camping, je mange ma dernière tartine de pain avec ma dernière tranche de jambon, puis ma dernière pêche. Je ramasse mes affaires, harnache le baudet, prends une douche et refile en ville pour traîner en attendant 11h.
Je passe les détails, mais quand j’ai quelqu’un en ligne, c’est quasiment pour me faire engueuler pour n’avoir pas prévenu ma banque que je partais à l’étranger ! En effet, Banky Big Brother a repéré des retraits et paiements répétés à l’étranger sur notre compte; ne sachant pas que c’était moi, et par sécurité, il a coupé les vivres ! La dame clique donc sur la case « Porteur à l’étranger », ce qui va débloquer le compte … dans quelques heures. Combien ? Comme le fût du canon pour refroidir, un certain temps ! Ne pouvant attendre le refroidissement complet du fût, je vais dans un bureau de change, où je revends, enfin je brade 3000 roubles qui me restaient de Kaliningrad et que je gardais pour mon entrée en Russie. Cela me permet de payer ma note de restaurant et de m’acheter un peu de nourriture pour compléter mon petit déjeuner et pour ce midi.
Provisoirement soulagé de ce problème et de nouveau en possession de mon passeport, je sors de Tartu en passant par le monument aux victimes des occupations. Les Soviétiques l’avaient érigé à la seule mémoire des victimes du nazisme; en 1991, il a été « élargi » aux victimes des occupations successives. Ensuite, la route s’enchaîne comme hier, sans difficultés majeures, avec le retour du soleil et avec son lot de travaux routiers, dont un gravillonnage tout frais qui colle aux pneus.
Après 45 km, j’atteins le lac Peipsi, le 5ème d’Europe par sa superficie, qui présente deux caractéristiques. D’abord sa faible profondeur, pas plus de 9 mètres, qui lui permet d’être chaud l’été et de geler rapidement en hiver. Ensuite, il est une frontière naturelle historique entre la Russie et l’Estonie. Pour certains, il marque aussi la délimitation entre les religions orthodoxe et luthérienne.
Sur la carte, la R1 fait un curieux détour qui rallonge le parcours vers Kallaste; je m’interroge un moment sur la possibilité de « couper le fromage » pour ne pas arriver trop tard à la ville étape. Finalement je n’en fais rien, et heureusement! Ce détour est tout simplement le clou de l’étape. Je traverse trois villages successifs habités par les « Vieux Croyants ». Ces Russes sont les descendants des orthodoxes qui ont refusé les réformes religieuses de 1650 et continuent d’exercer leur culte selon les anciennes normes. Pourchassés, ils ont massivement émigré à la fin du 17ème siècle et se sont installés au bord du lac Peipsi car ils ne savaient faire que deux choses : pêcher et cultiver les oignons. Et c’est toujours vrai ! D’ailleurs ils sont tous alignés (en rangs d’oignons bien sûr) pour vendre leur production. Sur plusieurs kilomètres cela donne un spectacle étonnant. De chaque côté de l’unique route des trois villages, presque chaque maison expose des oignons, en filets, en vrac, mais le plus souvent en tresses. Et à côté, les séchoirs regorgent de ces oignons qui ont paraît il une saveur particulière. Derrière chaque stand il y a une voire deux personnes, souvent des femmes âgées, qui sont assises en attendant le chaland, et qui s’occupent en triant les oignons ou en fabriquant les tresses. Tout cela dans un silence de mort car personne n’écoute de musique. En parcourant ces quelques kilomètres, j’ai l’impression de rentrer dans un film de Sergio Leone, avec les personnages énigmatiques alignés dans l’unique rue du village, qui observent du coin de l’œil les mouvements du voyageur qui passe. Manque juste l’harmonica…
Par respect pour ces gens dont le niveau de vie est un des plus bas du pays, je m’efforce de faire marcher le commerce, dans la mesure de mes maigres moyens financiers du jour. Pas question d’acheter des filets d’oignons, bien sûr, alors je m’arrête deux fois acheter des pommes et des tomates. Malgré mes tentatives, je ne parviens pas à entrer en contact avec mes vendeuses, qui en outre fuient l’appareil photo.
Mais je me fais quand même un copain ! Tandis que je déjeune sur un banc, un gars à vélo s’arrête; il montre mon vélo du doigt, puis le sien en insistant sur sa selle qui ne tient pas en place. Je comprends qu’il cherche une assistance technique et qu’il a reconnu en moi le mécanicien de génie. Voilà une occasion qui ne se manque pas; je vide donc ma sacoche arrière gauche pour sortir ma boîte à outils et ma clef à molette. Je resserre sa vis de selle, ce qui me vaut un énorme sourire édenté et un « merci » en français dans le texte. Et le gars remonte sur son vélo et disparaît. Même pas le temps de faire un selfie !
Je quitte ce monde à part pour rallier Kallaste, qui n’est pas la station balnéaire que j’attendais. Malgré la présence du lac et d’une plage magnifique, c’est un village sans âme et sans vie apparente. En revanche, l’hostel Laguun, qui donne directement sur la plage, est bien agréable. Le bain dans le lac me permet de vérifier sa faible profondeur : après 100 mètres de marche vers le large, j’ai à peine de l’eau aux genoux ! Je suis moins affirmatif sur son réchauffement accéléré car il est plutôt frais. Mais il est vrai que, ici, l’été n’est pas chaud. Une petite soupe, une promenade sur la plage, et au lit !

L'église Saint Jean de Tartu abrite un millier de figurines en terre cuite.
L’église Saint Jean de Tartu abrite un millier de figurines en terre cuite.
En Estonie, on s'offre des fleurs en toutes circonstances ; du coup, de nombreuses marchandes en proposent sur les trottoirs.
En Estonie, on s’offre des fleurs en toutes circonstances ; du coup, de nombreuses marchandes en proposent sur les trottoirs.
Oh la vache !
Oh la vache !
Jolies tresses !
Jolies tresses !
Le long de l'unique rue s'alignent les cabanes de séchage.
Le long de l’unique rue s’alignent les cabanes de séchage.
Ah, ils s'en occupent de leurs oignons !
Ah, ils s’en occupent de leurs oignons !
Un oignon c'est pas beau, mais plein d'oignons ça peut être joli.
Un oignon c’est pas beau, mais plein d’oignons ça peut être joli.
Le soir, il suffit de fermer les portes de l'échoppe.
Le soir, il suffit de fermer les portes de l’échoppe.
Casse croûte chez les vieux croyants.
Casse croûte chez les vieux croyants.
Les oignons sèchent sur des planchers de bois.
Les oignons sèchent sur des planchers de bois.
Ici, les églises sont très modestes, faute de moyens financiers.
Ici, les églises sont très modestes, faute de moyens financiers.
Le cimetière est un lieu de culte important pour ces "Vieux Croyants ".
Le cimetière est un lieu de culte important pour ces « Vieux Croyants « .
Ah ben voilà ! Ici, les équipements touristiques sont bien signalés; c'est sans doute l'effet " lac".
Ah ben voilà ! Ici, les équipements touristiques sont bien signalés; c’est sans doute l’effet  » lac ».
Au pied du terrain de camping, la plage sur le lac Peipsi. Une vraie invitation à la baignade.
Au pied du terrain de camping, la plage sur le lac Peipsi. Une vraie invitation à la baignade.
Le problème est de trouver une place pour poser sa serviette...
Le problème est de trouver une place pour poser sa serviette…
Une petite soupe au souper, ça réchauffe.
Une petite soupe au souper, ça réchauffe.

Mardi 23 août
Rapina-Tartu, 60km

Il a encore plu toute la nuit, et ça continue. Pour petit déjeuner je me réfugie sur la terrasse couverte de la maison. J’y mets aussi Colibri pour effectuer mon chargement au sec. Le propriétaire des lieux, que j’ai juste aperçu hier soir, arrive et m’ouvre la maison, m’invitant à utiliser les équipements. On discute un peu dans un doux mélange d’anglais et d’allemand. Ma destination finale le fait réagir car il ne porte visiblement pas la Russie dans son cœur; il n’a pas oublié ni digéré les deux années de service militaire effectués au Kazakhstan. Après avoir été chauffeur routier durant vingt ans, il exploite désormais la ferme familiale de 14 ha et il complète avec un petit business d’achat/revente de voitures. La superbe Mercedes qu’il conduit vient d’ailleurs de France ! Il habite « en ville », à Rapina et cette maison est sa résidence secondaire qu’il loue.
Après son départ j’attends une bonne heure que la pluie cesse pour reprendre la route. Une route simple et confortable, dotée d’une bande d’arrêt d’urgence assez large pour assurer ma sécurité. C’est donc un parcours sans histoires jusqu’à Tartu, juste interrompu par un énorme chantier routier, une brève pause casse croûte et égayé par le retour du soleil.
J’arrive dans Tartu vers 14h. Avec ses 100.000 habitants c’est la deuxième ville du pays, mais surtout son berceau culturel et identitaire. L’université y a été fondée par les Suédois en 1632 et c’est toujours le site universitaire le plus important du pays, avec pas moins de 20.000 étudiants. Cela confère évidemment à la ville une ambiance particulière de jeunesse et de culture.
Je reste un bon moment à savourer le décor néo-classique de la place de la mairie, avec sa célèbre statue des étudiants qui s’embrassent, laquelle fait immanquablement penser à la photo du baiser à Paris de Robert Doisneau.
Je vais ensuite m’installer au camping du port et je déjeune avant de repartir en ville pour en explorer les différents quartiers. Ma préférence va à la colline de Toom, où se trouvent les ruines de la cathédrale, l’université, l’observatoire astronomique, l’amphithéâtre d’autopsie et un parc à l’anglaise magnifique. Je franchis le fameux pont des Anges, mais sans parvenir à retenir mon souffle jusqu’au bout, ce qui aurait garanti la réalisation de mon vœu.
Redescendu en centre ville, je me décide enfin à m’attabler à un restaurant. La gastronomie estonienne n’est pas très riche; je choisis des côtes d’agneau aux poivrons. L’histoire se corse au moment de l’addition car mon paiement par carte est refusé. Qu’à cela ne tienne, je vais aller retirer des espèces dont je suis totalement démuni depuis le paiement du camping. Et là, surprise, la machine refuse de me donner des sous; « No transaction  » me dit-elle. J’essaye évidemment un autre distributeur, puis un troisième, avec la même réponse négative. Seule solution : laisser mon passeport en gage au restaurateur en attendant de trouver une solution demain matin. Le retour au camping est un peu morose; je trouve Tartu très agréable, mais je ne prévois pas d’y rester plusieurs jours quand même…

 

Ce matin, c'est petit déjeuner sous barnum.
Ce matin, c’est petit déjeuner sous barnum.
La barrière de nuages recule, le soleil va venir.
La barrière de nuages recule, le soleil va venir.
On doit prononcer radio Cucul ou radio Coucou ?
On doit prononcer radio Cucul ou radio Coucou ?
Tiens ! Ici aussi...
Tiens ! Ici aussi…
De nombreux chantiers routiers d'envergure émaillent le parcours.
De nombreux chantiers routiers d’envergure émaillent le parcours.
La maison de la culture de Tartu abrite 50 associations culturelles qui regroupent plus de 3000 adhérents, chanteurs, danseurs, musiciens, conteurs, etc.
La maison de la culture de Tartu abrite 50 associations culturelles qui regroupent plus de 3000 adhérents, chanteurs, danseurs, musiciens, conteurs, etc.
Le fougueux baisers des étudiants est rafraîchi par la fontaine.
Le fougueux baisers des étudiants est rafraîchi par la fontaine.
En attendant le séchage du double toit, je m'humecte le gosier.
En attendant le séchage du double toit, je m’humecte le gosier.
Ce magnifique immeuble semble s'enrouler sur lui-même.
Ce magnifique immeuble semble s’enrouler sur lui-même.
Le soleil de fin d'après-midi joue avec les ruelles pavées de Tartu.
Le soleil de fin d’après-midi joue avec les ruelles pavées de Tartu.
La cathédrale, détruite au 17ème siècle n'a pas été reconstruite.
La cathédrale, détruite au 17ème siècle n’a pas été reconstruite.
L'élégant bâtiment de l'observatoire a abrité en 1925 le plus gros télescope du monde.
L’élégant bâtiment de l’observatoire a abrité en 1925 le plus gros télescope du monde.
La légende dit que si vous traversez le pont des Anges sans respirer, votre vœu sera exaucé.
La légende dit que si vous traversez le pont des Anges sans respirer, votre vœu sera exaucé.
Le parc e la colline de Toom est un mieux de promenade très prisé des habitants et des touristes.
Le parc e la colline de Toom est un mieux de promenade très prisé des habitants et des touristes.
A l'heure du dîner, les nuages s'amoncellent au-dessus de la place de la mairie. Un mauvais présage ?
A l’heure du dîner, les nuages s’amoncellent au-dessus de la place de la mairie. Un mauvais présage ?
La mairie et sa place illuminées.
La mairie et sa place illuminées.

Lundi 22 août
Meremäe-Rapina, 90 km

Cette nuit j’ai été réveillé par un phénomène inconnu à ce jour : j’avais chaud. Il faut dire que, de peur d’avoir froid, j’avais étendu une couverture de survie sur mon duvet… Très efficace ! Au petit matin j’apprécie tout autant mon campement et ses installations. J’ai dû me lever tôt car je suis prêt à partir à 8 h, en ayant pris mon temps.
Je rejoins la R1 après 10km de pistes plutôt bonnes. Dans le village d’Obinitsa, je rencontre des Hollandais en camping car qui m’offrent une tasse de thé. Ils ont pris le bateau en Allemagne et tournent six semaines dans les pays baltes. On parle des Setos, ce peuple qui vit sur un territoire à cheval sur la frontière russo-estoniennejuste à la frontière. Orthodoxes dans ce pays luthérien, ils parlent une langue spécifique, ont leurs propres jours de fête, sont encore environ 12000 dans le pays, dont 4000 vivent dans cette région, à l’Est de l’Estonie, qu’ils appellent Setomaa. Ils essayent de préserver leur culture et leur mode de vie. Cette histoire me plait bien, aussi je décide d’adapter mon parcours pour traverser ce « Setomaa ». De toute façon, le parcours du jour sur la R1 ne présentait pas d’intérêt particulier; là au moins, j’aurai un fil conducteur. Et puis j’ai une autre motivation : la route longe la frontière russe, qu’elle approche même de très près parfois. Ces lignes de démarcation que sont les frontières me fascinent, surtout celle là.
Ce doit être aussi mon côté maso qui me fait agir, car je quitte le confort d’une belle route balisée pour des pistes aux destinations incertaines. Comme depuis plusieurs jours, les secteurs de route alternent avec les portions de piste, sans que cela ne corresponde à une logique évidente. Je repère quand même que les pentes les plus accentuées sont souvent asphaltées pour des raisons de sécurité, ainsi que les ponts. Pour le reste, c’est mystérieux.
La piste longe d’abord une ligne de chemin de fer, et soudain apparaît une énorme gare de triage, incongrue dans ce paysage désertique. Je comprends mieux quand j’arrive quelques kilomètres plus loin à Piusa, poste frontière avec la Russie, à deux pas de la ville russe de Petseri. La carte me confirme que la voie ferrée se sépare en deux après la gare, une branche poursuit en Estonie, l’autre pénètre en Russie. J’observe avec fascination le dispositif du poste frontière placé sous haute surveillance ; et encore, ce n’est que le côté estonien !
Tournant le dos à ce point stratégique, je poursuis ma route en direction de Värska, mais pas par la route directe car je me fais envie d’une petite expérience amusante : entrer en Russie sans passeport ni visa ! Oui, c’est possible et légalement en plus. Explication : le chemin longe tellement la frontière qu’à un moment il la traverse. Ou plutôt, la frontière, formant une sorte de boucle, traverse le chemin et le retraverse plus loin. Dans leur grande mansuétude, les Russes n’ont pas coupé la piste et autorisent donc le passage des usagers « en transit » sur quelques centaines de mètres, et ce, sans contrôle apparent. Seule contrainte : la route est interdite aux piétons et les véhicules, vélos inclus, n’ont pas le droit de s’arrêter. Dommage, j’aurais bien fait une pause pipi en Russie… Je fais donc cette petite expérience plutôt amusante. Enfin, moi, ça m’amuse. Un hélicoptère survole la frontière, mais je ne pense pas que ce soit pour moi. Quoique…
Arrivé à Värska, je visite le musée Seto qui présente l’organisation bien particulière d’une ferme Seto au début du XXème siècle. La dame de l’accueil m’explique pas mal de choses en anglais; heureusement car les textes des expositions sont uniquement en estonien. Interrogée sur la pérennité de la culture Seto, elle ne cache pas son inquiétude; les jeunes quittent la région pour s’installer à Tallinn ou Tartu et perdent leur identité. La reconnaissance  par l’INESCO de la culture Seto comme patrimoine immatériel de l’humanité pourrait ne pas suffire à éviter le déclin.
Après un casse croûte au bord d’un lac, je reprends la route vers Rapina, mon objectif du jour. Sur la trentaine de km, j’ai droit à une douzaine sur un bitume tout neuf, façon billard. A l’entrée de Rapina je m’arrête au point info tourisme pour vérifier mes informations sur le camping. La jeune fille me fournit des explications pas très précises et une carte idem. Après un tour de ville, je prends la direction indiquée, mais je ne trouve jamais le panneau annoncé. Résultat je m’arrête sur une aire de pique nique bien aménagée qui va faire l’affaire pour cette nuit. Je me lave dans la rivière et m’attelle à la rédaction de mon blog. Mais les moustiques et l’absence de réseau m’amènent à approfondir ma recherche de camping. Et je m’aperçois qu’une ferme devant laquelle je suis passé, est un camping. Il faut le savoir; rien ne l’indique. Je replie bagage et je refais tout juste 1km pour atteindre la ferme en question. L’endroit est joli, mais mériterait d’être mieux entretenu, comme la gardienne, d’ailleurs. En fait, ce n’est pas un camping, mais des locations de chambres et ils autorisent les campeurs à s’installer. Du coup C’est service minimum, pas de cuisine, pas de wifi, toilettes et douches dans la maison des propios, donc fermés la nuit, et pas de 3G non plus, mais ça c’est pas de leur faute. Seul point positif, le sauna, dont je profite longuement avant de manger sans faim la deuxième tournée de spaghetti, vu que la bolognaise sera perdue demain.

Les bungalows sont vides après le long week-end de la fête de l'indépendance.
Les bungalows sont vides après le long week-end de la fête de l’indépendance.
On comprend pourquoi les Estoniens aiment et protègent leur environnement.
On comprend pourquoi les Estoniens aiment et protègent leur environnement.
Chez les Seto, on aime la couleur.
Chez les Seto, on aime la couleur.
La gare de triage de Piusa dessert aussi la Russie.
La gare de triage de Piusa dessert aussi la Russie.
Le poste frontière de Piusa, près de Petseri.
Le poste frontière de Piusa, près de Petseri.
Quand la prairie fait des vagues.
Quand la prairie fait des vagues.
Plus de 70 là dessus, faut déjà y aller !
Plus de 70 là dessus, faut déjà y aller !
Sur quelques centaines de mètres, la piste est en territoire russe.
Sur quelques centaines de mètres, la piste est en territoire russe.
Un pas de plus, et vous êtes en Russie.
Un pas de plus, et vous êtes en Russie.
Un chemin forestier interdit aux piétons; original !
Un chemin forestier interdit aux piétons; original !
Dans la culture Seto, les fermes pouvaient être organisées de trois façons différentes ; le musée de Rapina reconstitue la forme à deux cours.
Dans la culture Seto, les fermes pouvaient être organisées de trois façons différentes ; le musée de Rapina reconstitue la forme à deux cours.
Les passants ne doivent pas voir l'intérieur de la ferme, d'où cette palissade sur la rue et son nom de "forteresse".
Les passants ne doivent pas voir l’intérieur de la ferme, d’où cette palissade sur la rue et son nom de « forteresse ».
Les Seto élèvent des moutons et travaillent la laine.
Les Seto élèvent des moutons et travaillent la laine.
Sur cette route, de nombreux habitants proposent des fruits et légumes, et surtout beaucoup d'oignons.
Sur cette route, de nombreux habitants proposent des fruits et légumes, et surtout beaucoup d’oignons.
Situé sur une île au cœur de la ville, le château de Rapina abrite désormais une école superieure d'horticulture.
Situé sur une île au cœur de la ville, le château de Rapina abrite désormais une école superieure d’horticulture.
Tout en finesse, la petite église de Rapina.
Tout en finesse, la petite église de Rapina.
L'endroit est plutôt sympa mais pas très bien entretenu.
L’endroit est plutôt sympa mais pas très bien entretenu.
La rivière a été détournée pour former des petits étangs.
La rivière a été détournée pour former des petits étangs.

Dimanche 21 août
Korkuna-Meremäe, 110km

Il y a des jours comme ça, qui commencent comme une chanson de Voulzy et se terminent comme un roman de Kafka…
Donc, le réveil dans un lit est agréable, et je profite du confort de mon chalet, à commencer par la cafetière électrique et le vrai café trouvé dans un placard. Tout semble plus facile quand on a à disposition une table, des chaises, un évier, des étagères, etc. J’en profite pour faire une remise à plat du contenu des 4 sacoches. A 8h30, je suis prêt à partir pour mon étape « de montagne » d’environ 75 km. Je passe payer à la réception car hier, la jeune femme n’avait pas de monnaie et elle n’arrivait pas à joindre son patron. Surprise ! Qui est derrière le comptoir de la réception ? Mon ivrogne d’hier soir ! Le mec qui cuvait sur la canapé était donc le propriétaire des lieux. En repensant à la façon dont il s’est fait secouer, je m’amuse des relations patron/salarié qu’il doit avoir avec son employé qui le ramène chez lui complètement bourré… En payant, je lui glisse gentiment qu’il est plus en forme qu’hier; il me répond en guise d’excuse ou d’explication : « yesterday, national day »! Tu parles qu’il va attendre 365 jours pour prendre sa prochaine cuite !
Je pars donc avec le sourire aux lèvres après cette étape quand même pas banale. Il fait beau, je roule en manches courtes et les jambes vont bien. Heureusement, car les difficultés ne tardent pas à se présenter sous la forme de petites côtes brèves mais violentes, sur un rythme assez régulier d’une centaine de mètres entre 5 et 10%, suivis de quelques hectomètres de plat, vrai ou faux. Curieusement cette alternance va rythmer la quasi totalité de la journée.
Hier je parlais de désert, alors que dire de cette etape ? Un désert vide ? Comme hier, je ne traverse aucun village sur une distance de 50km. Cela suscite d’ailleurs une inquiétude concernant le ravitaillement. Il faut dire que je ne peux pas stocker de nourriture pour des raisons de poids et place, mais aussi de conservation. Et ce matin, ma sacoche-cantine est presque vide. Il ne reste que deux bananes, les pommes des gamines et quelques tartines de pain. Bien géré, ça permet de survivre, mais pas plus. Et on est dimanche…
J’arrive ainsi à Rouge avec l’espoir de trouver un commerce ouvert. Bingo ! Un mini supermarché me permet de racheter de quoi manger ce midi et ce soir. Juste à côté, la plage me tend ses bras de sable; j’y mange et je me baigne, en regardant passer … une course cycliste.
Comme il se doit depuis trois jours, la reprise à la forme d’une montée bien sentie qui m’aide à digérer.
A l’origine, je devais dormir à Rouge, qui dispose de trois terrains de camping. Mais je considère qu’une étape de 50km, même accidentée, c’est vraiment trop peu. Des trois points de chute possibles plus loin, je choisis le camping de Uue-Saaluse parce qu’il est au bord d’un lac. Très vite la route devient piste, mais rien ne change en matière de déclivités. Cela empire même à l’approche de Haanja, la plus haute ville des trois états baltes : 318 mètres. Je fais donc l’ascension du sommet, sans porteurs ni oxygène, ce dont je suis très fier. Après avoir confié Colibri à la garde du bistrot sommital, je grimpe en haut de la tour d’observation installée sur le mont Suur Munamägi, la montagne d’œuf. Selon la légende, c’est l’oreiller qu’un géant en voyage s’est fabriqué à la hâte pour se reposer. Et quand il s’est relevé le lendemain matin, ses deux pieds ont formé les lacs situés au pied du mont. Celui qui n’a pas compris que l’Estonie, comme ses sœurs baltes, est le royaume de la forêt, en prend vite conscience en montant là haut; aussi loin que le regard porte, et il porte très loin, ce ne sont que des arbres à perte de vue. Comme il ne me reste plus que quelques kilomètres, et pour remercier le bistrot de la garde du petit, je m’offre une bière locale bien fraîche que mon gosier apprécie.
Puis je reprends la route, ou plutôt la piste, qui, bien que j’aie franchi le sommet, continue de jouer les montagnes russes. Comme il se doit, Uue-Saaluse n’existe que par le panneau de l’arrêt de bus; ce ne sont que maisons dispersées autour d’un très joli lac aux contours tarabiscotés. Aucun fléchage n’indique le camping, un autochtone bourru me répond « No english, camping… » et tend son bras dans la direction d’où je viens. L’aurais-je manqué ? Je fais demi-tour et passe en revue tous les chemins, accueilli souvent par des chiens agressifs, et parfois par des habitants qui me renseignent avec une imprécision folle. On croirait qu’ils se sont donné le mot pour me faire tourner en bourrique. En tous cas, je tourne autour du lac. Arrêté devant la seule maison qui pourrait être l’auberge-camping, je fais face à un énorme chien, dont les aboiements ne suscitent aucun mouvement humain. J’en déduis qu’il n’y a personne. Je décide de lâcher m’affaire et d’aller jusqu’au camping suivant, qui se trouve… voyons la carte, Aaaaah ! 25 km plus loin ! Bon, il n’est pas tard, environ 16h, ce sera ça de moins à faire demain. Moi qui pensait faire après-midi plage, c’est raté.
Bien motivé, je repars en piste, puis sur une bonne route, qui continue de monter et descendre. Au km 97, je pousse quand même un coup de gueule, estimant qu’à ce stade de la journée je devrais avoir droit à certains égards et un peu de plat. Un point d’information touristique près d’une tour d’observation me confirme l’existence d’un camping à Meremae, même qu’il est là, juste en bas de la côte. En effet, je découvre un complexe splendide, organisé autour de plusieurs étangs, avec des bungalows, des pelouses nickel, une salle de séminaires, un court de tennis, le rêve; je me dis que je suis bien récompensé de mes efforts et de ma patience. Sauf que le complexe est bizarrement totalement vide, personne à l’horizon. Je m’installe sur un banc au bord de l’eau, me disant que, au pire, les caméras de surveillance vont me détecter et susciter un mouvement vers moi. En fait, je vois juste une femme, qui s’avère être la gardienne et qui ne sais me dire que « No, No, No ». Voyant le dialogue impossible, je me rassois dans l’attente d’un autre interlocuteur au langage plus varié. Mais elle revient vers moi en répétant « No, No, No ». Devant mon refus de bouger, elle sort son portable, appelle la responsable et me la passe. Et là, j’apprends que le complexe est exceptionnellement fermé aujourd’hui ! Mes tentatives d’incrustations restent vaines, c’est fermé, je dois partir.
Sur ses conseils, je remonte au point info, ou, paraît-il, certains campeurs plantent parfois leur tente. Le gars me confirme que c’est possible, mais me le déconseille à cause du bruit de la route. Et il m’indique un endroit formidable selon lui, au bord d’une rivière à truites, où on peut pêcher, louer un bungalow et planter sa tente. Ça coûte juste 10 km de piste! Il est si convaincant que je remonte en selle et m’enfonce dans des chemins du fin fond de la campagne. Arrivé sur le site, un grand panneau indique bien « pêche à la truite », mais… il est barré en rouge ! C’est un cauchemar. Je rentre quand même, il y a bien des bungalows, c’est bon signe, et une dame très gentille qui m’autorise à planter ma tente et m’ouvre les douches et les toilettes. Sauvé! Et une fois encore je serai le seul client. Ouf! La course au couchage est terminée, il est près de 19h, la soirée va être courte. Je profite de la cuisine aménagée en plein air pour préparer mes spaghettis bolognaise que je déguste parfaitement installé sur une des nombreuses tables de pique nique. Les Baltes adorent ce genre d’endroits en pleine nature, qui ne sont pas tout à fait des campings, mais plutôt des villages de cabanons en bois destinés au seul couchage, complètes par des équipements sanitaires et utilitaires collectifs. J’apprécie aussi, surtout tout seul !

Travaux sur le pont, on passe à pied et à gué.
Travaux sur le pont, on passe à pied et à gué.
L'estonien n'a rien à voir avec le letton et le lituanien. C'est une langue apparentée au finnois, au lapon et au hongrois.
L’estonien n’a rien à voir avec le letton et le lituanien. C’est une langue apparentée au finnois, au lapon et au hongrois.
Pique nique et baignade dans le lac de Rouge.
Pique nique et baignade dans le lac de Rouge.
Haanja, "perchée" à 318 mètres d'altitude est une station de sports d'hiver très prisée.
Haanja, « perchée » à 318 mètres d’altitude est une station de sports d’hiver très prisée.
40% de la surface du pays sont recouverts de forêt. Vu du haut de Suur Munamägi, cela se voit.
40% de la surface du pays sont recouverts de forêt. Vu du haut de Suur Munamägi, cela se voit.
Les ruines du château épiscopal de Plessi sont bien gardées.
Les ruines du château épiscopal de Plessi sont bien gardées.
Seul habitant du complexe de vacances, ce petit chat qui s'ennuie.
Seul habitant du complexe de vacances, ce petit chat qui s’ennuie.
Finie la pêche à la truite. Mais heureusement on peut encore camper.
Finie la pêche à la truite. Mais heureusement on peut encore camper.
Tranquille dans ma cuisine de plein air.
Tranquille dans ma cuisine de plein air.
Je suis à la pointe du crayon, donc 50km après Rouge, juste là où la route oblique vers le nord.
Je suis à la pointe du crayon, donc 50km après Rouge, juste là où la route oblique vers le nord.

Samedi 20 août
Smiltene – Korkuna 80 km

Décor de rêve pour mon réveil, le plan d’eau est recouvert d’une fine brume éclairée par les rayons du soleil levant, filtrés par les arbres alentour. Je veux prendre des photos, mais ma batterie est à plat; alors je la branche sur mon chargeur, je saute sur Colibri et je tourne dans les rues et les chemins avoisinants pour récupérer un peu de charge. Si des riverains m’ont vu, ils ont dû me prendre pour un dingue ! Le spectacle ne me fait pas oublier la fraîcheur matinale qui m’incite à multiplier les tasses de café bien chaud, dégustées sur le ponton. Vers 9h, les premiers baigneurs arrivent, moi je plie bagages tranquillement.
A 10h tapantes je fais l’ouverture de l’office du tourisme pour éclaircir l’histoire de la météorite. En fait, les recherches effectuées n’ont pas abouti à la découverte du moindre caillou céleste; impossible donc d’attester l’origine cosmologique de ce beau trou parfaitement circulaire. Par ailleurs, l’église n’ouvre qu’à 11h. Encore une que je ne visiterai pas. 11h semble l’horaire de début de journée des bedots lettons.
Je fais le plein d’eau aux toilettes publiques, et le plein d’air chez le marchand de cycles du centre ville; je remets la pression à 4 bars, comme conseillé par mon vélociste sabolien. Il en manquait pas mal ! Je fais aussi quelques courses alimentaires de précaution car je m’apprête à faire une étape dans le désert : sur les 50 km jusqu’à Valka, je ne traverse pas un seul village, donc zéro épicerie et zéro point d’eau ! Mieux vaut prévoir, surtout qu’il fait beau et bientôt chaud.
Par ailleurs, la consultation des pages du road-book consacrées à l’Estonie me révèlent que l’étape de demain est très escarpée. Je décide donc d’équilibrer les kilométrages en allongeant la distance d’aujourd’hui pour réduire celle de demain. Modification rendue possible par l’existence de plusieurs campings au-delà de Valka.
J’ai bien fait car la route vers Valka est très facile, à peine vallonnée, plutôt bonne pour le pays; en plus il fait beau et le vent est nul. Je mets donc le grand plateau et j’envoie un peu. Seul le vol en planeurs de six cigognes (si, si!) au-dessus de la route me distrait. Parti de Cesis à 10h30, je pointe à Valka, 47 km plus loin, à 12h45 une étape de nain ! Je franchis la frontière estonienne sans déranger personne puisque le poste de douane est vide. Il faut dire que c’est bizarre, ces villes frontières. Valka la Lettonne n’est séparée de Valga l’Estonienne par … rien du tout. Les habitants vont et viennent de part et d’autre de la frontière sans y prêter la moindre attention. Sur les points de passage, un panneau les invite néanmoins à avoir leurs papiers d’identité sur eux. Pourtant, la différence entre les deux saute aux yeux : autant le côté letton est tristounet, autant la partie estonienne est coquette et dynamique. Mais au moins les deux ont réussi une belle réalisation commune, l’aménagement des rives de la Pedele, la petite rivière qui traverse les deux villes. Piste cyclable, jeux pour les enfants, plage, parcours de santé, cafés, la promenade de plusieurs kilomètres est très agréable. J’y pique nique au soleil qui tape dur.
Les 30 km d’après déjeuner sont semblables au 50 du matin, une vraie partie de plaisir. Sur la route, je m’arrête acheter des pommes a deux gamines assises sur une couverture dépliée sur la berme. Je paye 50 cents le kilo de fruits que je ramasse gratuitement d’habitude, mais c’est pour le plaisir. Leur mamie vient les rejoindre; elle parle allemand, ce qui nous permet d’échanger un peu. Les gamines me saluent avec un « bye bye » chaleureux. Un peu plus loin, le premier des deux campings possibles me semble très accueillant, je m’y arrête donc. Je suis accueilli par la femme de ménage, une jeune femme charmante qui parle très bien anglais. Pour 15€ elle me propose une chambre à la place de l’emplacement pour la tente. Je négocie à 10€ et on fait affaire. Je profite des équipements pour faire une grosse lessive et je file me baigner dans un lac à 3km de là. À mon retour, surprise, je trouve un mec bourré qui cuve sur mon canapé; c’est un des salariés du gîte que j’avais croise titubant en partant au lac. Un peu encombrant… Heureusement son collègue vient le secouer et le porte jusqu’à sa voiture.
Après la douche je me mets au fourneau pour préparer un nouveau plat : riz au pesto et aux lardons. Mais je n’ai pas le temps de déguster que la jeune femme vient me demander un service, tuer un rat qu’elle vient d’attraper. Moi qui déteste ces bêtes là, et tuer des animaux en général ! La scène est digne d’un film des frères Cohen : tandis qu’une autre dame tient le rat coincé sous une pelle, je tape sur la pelle avec une bûche jusqu’à ce que mort s’ensuive. Puis je me charge de faire disparaître le corps dans un tas de bois. Bon, allez, à table ! Mais non; la brave jeune fille a une mauvaise nouvelle pour moi : je dois déménager. Le chalet qu’elle m’a attribué est loué mais elle l’ignorait. J’obtiens néanmoins la permission de dîner avant d’effectuer un déménagement qui s’annonce fastidieux car j’ai egaillé mes affaires un peu dans toutes les pièces. J’emménage ensuite dans mon nouveau logis, un chalet de 6 places pour moi tout seul. Après la tente, autant d’espace me fait presque peur…

Lever de soleil sur mon lac.
Lever de soleil sur mon lac.
Pas malheureux, le gars.
Pas malheureux, le gars.
Aux caisses des supermarchés, les cigarettes sont bien en évidence, et pas chères, environ 3€ le paquet. On peut s'offrir son cancer à bon prix !
Aux caisses des supermarchés, les cigarettes sont bien en évidence, et pas chères, environ 3€ le paquet. On peut s’offrir son cancer à bon prix !
La propreté des rues est une obsession; les caniveaux sont balayés tous les jours.
La propreté des rues est une obsession; les caniveaux sont balayés tous les jours.
Un camion de grumes, une rencontre fréquente sur les routes.
Un camion de grumes, une rencontre fréquente sur les routes.
Vous le voyez vous le village ? Moi non plus !
Vous le voyez vous le village ? Moi non plus !
Ici, le danger des tiques fait l'objet d'avertissements sur les chemins forestiers.
Ici, le danger des tiques fait l’objet d’avertissements sur les chemins forestiers.
L'église de Valka, la dernière que je visite en Lettonie.
L’église de Valka, la dernière que je visite en Lettonie.
Promis, je ne dépasserai pas le 90 !
Promis, je ne dépasserai pas le 90 !
Toutes les maisons pavoisent; j'ai bien le droit de le prendre un peu pour moi.
Toutes les maisons pavoisent; j’ai bien le droit de le prendre un peu pour moi.
La ville frontière de Valka/Valga a superbement aménagé les rives du petit cours d'eau qui la traverse.
La ville frontière de Valka/Valga a superbement aménagé les rives du petit cours d’eau qui la traverse.
Irrésistibles ces petites pommes et leurs vendeuses.
Irrésistibles ces petites pommes et leurs vendeuses.
Ce petit chien a couru à côté de moi sur presque 1km, au risque de se faire écraser.
Ce petit chien a couru à côté de moi sur presque 1km, au risque de se faire écraser.
Après négociation, je m'installe dans ce chalet pour la nuit.
Après négociation, je m’installe dans ce chalet pour la nuit.
L'église en bois de Laanemetsa à bien besoin de réparations.
L’église en bois de Laanemetsa à bien besoin de réparations.
Ce lac à 3 km du Gute m'a offert une nouvelle occasion de baignade.
Ce lac à 3 km du Gute m’a offert une nouvelle occasion de baignade.
Comme les Lettons, les Estoniens semblent apprécier les figures fantastiques.
Comme les Lettons, les Estoniens semblent apprécier les figures fantastiques.
En rentrant dans le gîte, je trouve le patron qui cuve sur le canapé !
En rentrant dans le gîte, je trouve l’employé qui cuve sur le canapé !

Vendredi 19 août
Cesis – Smiltene 55km

Bleu bleu bleu le ciel de Cesis ! Ça change vraiment la vie du campeur; les vêtements sèchent, la tente est repliée idem, la tenue vestimentaire est allégée, et même le petit déjeuner à une autre saveur !
Je prends le temps de repasser par Cesis, qui ne m’avait pas dévoilé tous ses charmes hier soir. J’y découvre des ruelles sympas entre l’église et le château, même si toutes les maisons ne sont pas en bon état, loin de là.
J’entame ensuite une nouvelle étape assez courte mais qui s’annonce vallonnée. Je suis en effet sur des petites routes peu fréquentées qui montent et descendent presque sans interruption, mais sans excès non plus. Je suis juste un peu gêné par le vent qui est fort et franchement du sud aujourd’hui, et comme je roule plein Est, je l’ai de côté, et parfois de face selon les caprices de la route.
Après une dizaine de km, je vois la plus grosse colonie de cigognes jamais aperçue à ce jour: sur un champ fraîchement labouré, j’en dénombre une bonne trentaine, alignées le long du dernier sillon creuse par l’agriculteur. Dommage que mon appareil photo ne soit pas en mesure de capter cette image. Car il n’est pas question d’approcher ces oiseaux très méfiants. Autant le passage d’une voiture les laissent indifférents, autant ma présence suscite des craintes; si je ralentis, elles s’éloignent du bord de la route en me surveillant du coin de l’œil, et si je m’arrête, elles s’envolent.
Après un petit passage sur piste, j’arrive à Raunas, ancienne place forte de l’archevêché contre les Chevaliers teutoniques sur la route de la Russie. Le château fort construit au 13ème siècle a été démoli par les Suédois au 17ème. Ses ruines, soigneusement conservées, dominent la ville et les beaux jardins aménagés alentours. C’est là que je choisis de faire ma pause déjeuner, mais sans sieste cette fois, malgré les hamacs publics qui me tendent les bras sur l’espace de détente.
La sortie de la ville se fait par une bosse qui doit friser les 10%. Mais pourquoi toujours après manger ?? Je me console vite car la route oblique franchement au nord, ce qui m’assure un vent bien plus favorable. Malgré la succession de montées et descentes, les 25 km restants sont donc bouclés rapidement. J’arrive à Smiltene vers 16h, avec l’intention de visiter la ville avant d’aller au camping. Mais comme la seule attraction, l’église, est fermée, le tour de ville est vite fait. L’office du tourisme m’indique trois possibilités de camping, dont une gratuite au bord d’un étang. Compte tenu de la météo, c’est celle que je choisis. Après un bon bain, je vais quand même voir l’autre curiosité locale, le cratère de la météorite. C’est un beau trou rond d’une cinquantaine de mètres de diamètre, mais, faute de panneau explicatif, je n’en connais pas l’origine. Je vais ensuite faire provision d’eau potable auprès de la gardienne de la salle des sports, puis d’électricité dans des toilettes publiques. J’en profite pour me raser car ma plage n’est pas équipée de salle d’eau avec miroir. Enfin, je reviens m’installer sur « ma » plage pour la nuit.

La place du marché de Cesis, point de rencontre des habitants.
La place du marché de Cesis, point de rencontre des habitants.
L'église St Jean , en bois, date du 13emesiecle.
L’église St Jean , en bois, date du 13emesiecle.
En plein centre de Cesis, cette maison attend d'être restaurée.
En plein centre de Cesis, cette maison attend d’être restaurée.
Le château fort de Cesis attire des milliers de visiteurs chaque année.
Le château fort de Cesis attire des milliers de visiteurs chaque année.
Les ruelles de Cesis ne sont pas dénuées de charme.
Les ruelles de Cesis ne sont pas dénuées de charme.
Hôtel garni ?
Hôtel garni ?
On trouve de tout sur le marché de Cesis, y compris des lunettes à votre vue pour 5€ !
On trouve de tout sur le marché de Cesis, y compris des lunettes à votre vue pour 5€ !
Les petits points au loin sont le "troupeau" de 30 cigognes.
Les petits points au loin sont le « troupeau » de 30 cigognes.
Le sable rouge de la région est extrait dans de nombreuses carrières.
Le sable rouge de la région est extrait dans de nombreuses carrières.
Seuls quelques pans de murs subsistent du château de Raunas.
Seuls quelques pans de murs subsistent du château de Raunas.
Les aménagements publics autour des ruines du château sont de qualité.
Les aménagements publics autour des ruines du château sont de qualité.
À part l'église, le seul bâtiment intéressant de Smiltene abrite l'office du tourisme.
À part l’église, le seul bâtiment intéressant de Smiltene abrite l’office du tourisme.
Ma plage pour cette nuit est plutôt accueillante.
Ma plage pour cette nuit est plutôt accueillante.

Jeudi 18 août
Sigulda-Cesis, 55km

Bon, il n’a pas plu aujourd’hui; qu’est ce que je vais bien pouvoir vous raconter?!
J’ai passé la matinée à Sigulda, ancien siège de l’évêché et à ce titre dotée de plusieurs châteaux, sur chaque rive de la Gauja, la rivière qui la traverse. Mais c’est aussi une station de sports d’hiver car le relief est ici presque montagneux. Cette région est d’ailleurs communément appelée « Suisse lettonne ». Ce doit être la troisième Suisse que je traverse… La station n’est dotée que d’une seule piste de ski, mais elle dispose d’une piste de bobsleigh agréée pour les compétitions internationales. Enfin, Sigulda est équipée du seul funiculaire des états baltes. Il franchit la vallée de la Gauja et les plus téméraires peuvent sauter à l’élastique depuis la cabine !
Je tourne donc à vélo dans la ville et la station, en regrettant de ne pas disposer de plus de temps pour visiter les châteaux et les grottes, qui sont dispersés tout autour de la ville. Je fais aussi agence à tout faire, indiquant le funiculaire à des Français et prêtant ma burette d’huile à une vététiste dont la chaîne grince.
De retour au camping, je replie une tente toute sèche et je mets dans les sacoches du linge humide. Je n’ose pas le mettre sur le porte bagage car j’ai du mal à croire qu’il ne pleuvra pas de la journée. Je salue mon voisin Sud-Africain, et me voilà reparti. Pas vite, car le parcours commence par une cote de 1km à 11%. Ça donne le ton de la journée, qui sera marquée par plusieurs belles petites côtes et pas mal de kilomètres de pistes. J’ai bien fait de ne prévoir qu’une cinquantaine de kilomètres car, avec tout ça, ma moyenne n’est pas très élevée.
Vers 15h, je m’arrête grignoter au bord d’une rivière, dans un endroit équipé pour les balades en canoë, très prisées ici. Je suis tellement content de voir le soleil que je m’offre une micro-sieste sur un banc de bois. Pour un peu, je me croirais en été!
Plus dure est la reprise car je dois avaler une côte à 12% sur de la piste. J’avance à la vitesse d’un piéton. Comme dirait mon ami Thierry, un papillon a le temps de traverser mes roues sans s’abîmer les ailes sur les rayons! (Expérience vécue dans le Ventoux, je crois).
La R1 n’étant pas du tout fléchée en Lettonie, je ne suis pas toujours certain d’être sur le bon chemin. Je ne vois quasiment aucun des villages portés sur ma carte; ce ne sont d’ailleurs pas des villages, pas même des hameaux, plutôt des lieux-dits. Et comme ils ne sont pas signalés, je les appelle des lieux non-dits. Mais qu’importe, les paysages sont beaux et il ne pleut pas !
Je finis par rejoindre la route qui m’amène à Cesis, ville située en plein cœur du parc naturel de la Gauja, un des plus réputés du pays pour la beauté des paysages et sa nature sauvage. Je fais un rapide tour de ville, très verte elle aussi, et je descends au camping, situé sur les bords de la rivière Gauja, tout comme celui d’hier d’ailleurs. Pour l’emplacement, je n’ai que l’embarras du choix car il y a beaucoup d’espace et peu de campeurs. Au menu du soir: soupe et petit pois au lard !

Le "nouveau château" de Sigulda abrite désormais la mairie et le Conseil régional.
Le « nouveau château » de Sigulda abrite désormais la mairie et le Conseil régional.
La seule piste de bobsleigh homologuée du pays est adaptée à une pratique estivale.
La seule piste de bobsleigh homologuée du pays est adaptée à une pratique estivale.
A l'entrée de l'église de Sigulda, des clochettes portent des vœux de donateurs. Plus les clochettes tintent, plus les chances de réalisation augmentent.
A l’entrée de l’église de Sigulda, des clochettes portent des vœux de donateurs. Plus les clochettes tintent, plus les chances de réalisation augmentent.
Pas de pluie aujourd'hui, mais les traces des jours précédents sont encore bien présentes.
Pas de pluie aujourd’hui, mais les traces des jours précédents sont encore bien présentes.
Profiter enfin du soleil !
Profiter enfin du soleil !
Juste après la sieste, ça fait mal !
Juste après la sieste, ça fait mal !
La "Suisse lettone" culmine à 250 mètres...
La « Suisse lettone » culmine à 250 mètres…
Fin du bitume, début de la piste ... et des difficultés.
Fin du bitume, début de la piste … et des difficultés.
Le relief de cette etape laisse apparaître quelques belles images.
Le relief de cette etape laisse apparaître quelques belles images.
La place du marché de Cesis.
La place du marché de Cesis.

Mercredi 17 août

Riga – Sigulda, 75 km

Ambiance morose ce matin au City camping de Riga. A mesure que les campeurs ouvrent un œil et leur tente, ils constatent que rien n’a changé dans le ciel : c’est uniformément gris et il pleut. Mes voisins, un jeune couple de Lübeck, a décidé d’écourter ses vacances et de reprendre le bateau dès aujourd’hui, au lieu de samedi comme prévu initialement. Les germano-ukrainiens prennent le car pour rentrer à Berlin, un voyage de 16 heures ! Il a tellement plu cette nuit que des campeurs tardifs ont planté leur tente sous le barnum. Ceux qui s’étaient installés dans des creux du terrain ont les pieds dans l’eau. C’est un peu Waterworld…
Je profite d’une petite accalmie pour démonter la tente en vitesse; le double toit est trempé, mais la tente à peu près sèche. On s’installe sous le barnum pour harnacher les vélos et on se quitte après avoir échangé nos adresses de messagerie. L’Italien d’avant hier soir vient me saluer avec sa faconde pleine de soleil.
Comme je dois traverser Riga pour poursuivre ma route, j’en profite pour repasser dans quelques endroits sympathiques, dont le marché, et voir le site de la synagogue incendiée en juillet 1941 par les Nazis avec 60 juifs a l’intérieur. J’ai de la chance, le ciel m’accorde un répit pour cette dernière heure dans la capitale lettonne. Mais sitôt le panneau d’agglomération franchi, la pluie revient en force et ne me quittera pas de la journée. La banlieue de Riga ressemble à toutes les banlieues de capitales, le talent soviétique en plus dans l’alignement des barres HLM.
La route est d’abord très bonne mais aussi très fréquentée. Et puis le trafic diminue, la qualité de la route aussi. Il tombe des cordes; ma double protection fonctionne bien, ce qui me permet de garder le haut du corps sec. En bas, c’est plus délicat; à force de traverser des flaques et de me faire arroser par les voitures et les camions, les pieds prennent l’eau. Assez rapidement mes chaussures se transforment en bateaux lavoirs. Pour les cuisses, je me fabrique une sorte de mini-tente en tendant la cape jusqu’au guidon; je protège ainsi mes jambes, le compteur et l’iPhone. Je ne suis pas mécontent de ma petite installation, il faudra que je dépose un brevet… Il faut juste vider de temps en temps la poche d’eau qui se forme, manœuvre qui se fait parfois au détriment des pieds !
Dans le regard des gens que je croise, je lis une certaine incompréhension; du genre « mais quel plaisir peut-on trouver à faire du vélo par ce temps »? Pas très jouissif, j’en conviens en effet. Mais quand même, il y a le plaisir d’avancer vers l’objectif final, de résister à ces conditions climatiques difficiles en s’y adaptant, et puis la satisfaction de boucler l’étape prévue au planning malgré les circonstances.
Pour la navigation, je m’arrête de temps en temps à l’abri pour mémoriser le parcours et les noms des villages que je dois traverser. Mais à la sortie du village de Ropazi, une patte d’oie inattendue se présente à moi, avec des indications de villes lointaines inconnues à mon bataillon et hors du champ de ma carte. Je n’ai pas envie de sortir le guide sous la pluie, alors pouf-pouf, je choisis… le mauvais chemin. Quand je m’en rends compte, le demi-tour n’est plus rentable, je me fie donc au GPS pour retrouver la direction de Sigulda, l’objectif du jour. Le hic, c’est que je me retrouve à faire les 14 derniers km sur une quasi-autoroute. Au début, une bande d’arrêt d’urgence de 3 mètres de large me permet de rouler décontracté, mais elle se rétrécit au fil des kilomètres, et à la fin, ce n’est plus qu’une ligne blanche le long de la glissière de sécurité. Le trafic est intense, je n’ai pas d’autre choix que de rouler sur le bas côté, exercice pénible que je pratique sur environ 3 km, avant de trouver une petite route qui me rallonge mais qui m’amène à Sigulda en toute sécurité.
Dans le magasin où je fais quelques achats, le floc floc de mes chaussures attire l’attention de quelques clients. A mon arrivée au camping, je n’ai qu’une hâte, prendre une douche bien chaude car la pluie attaque ma dernière couche de vêtements et je commence à avoir froid. La réception est déserte, qu’importe, je monte la tente et je me jette sous une douche brûlante. Puis je me fais un café-pâté, pour me réchauffer et me nourrir en attendant le dîner. Un dîner qui inclura des girolles pour le 3ème soir de suite, mais cette fois accommodées avec du riz; il faut toujours revenir aux fondamentaux !

Il pleut sur le City camping de Riga.
Il pleut sur le City camping de Riga.
Tout le monde s'est mis à l'abri pour ranger le matériel.
Tout le monde s’est mis à l’abri pour ranger le matériel.
La vue du pont sur la Daugava pourrait être superbe...
La vue du pont sur la Daugava pourrait être superbe…

Tramways et trolleys desservent le centre de Riga.

Record de cadenas pour ce petit pont devant le monument de la liberté. Il paraît que cette mode vient de Russie.
Record de cadenas pour ce petit pont devant le monument de la liberté. Il paraît que cette mode vient de Russie.
Sur le marché de Riga l'offre en champignons est pléthorique. Pas étonnant avec ce temps...
Sur le marché de Riga l’offre en champignons est pléthorique. Pas étonnant avec ce temps…
Les girolles sont vendues au litre.
Les girolles sont vendues au litre.
La synagogue incendiée en juillet 1941 n'a pas été reconstruite; ses ruines sont un mémorial.
La synagogue incendiée en juillet 1941 n’a pas été reconstruite; ses ruines sont un mémorial.
Des extraits d'un roman intitulé "Riga", gravés sur ces silhouettes métalliques.
Des extraits d’un roman intitulé « Riga », gravés sur ces silhouettes métalliques.
Pour le dessert il n'y a qu'à se servir dans l'allée aux pommes, une route bordée de fruitiers sur plusieurs kilomètres.
Pour le dessert il n’y a qu’à se servir dans l’allée aux pommes, une route bordée de fruitiers sur plusieurs kilomètres.
Sur ce pont les sacoches passent tout juste dans le couloir réservé aux piétons et aux cyclistes. Mais pas questions d'emprunter la route!
Sur ce pont les sacoches passent tout juste dans le couloir réservé aux piétons et aux cyclistes. Mais pas question d’emprunter la route!
Un petit café bien chaud pour me remettre de cette étape fatigante.
Un petit café bien chaud pour me remettre de cette étape éprouvante.

Mardi 16 août
Riga 0 km

Bonne surprise au lever, le soleil est de retour. Je me presse de traiter les affaires courantes, douche, petit déjeuner, vaisselle et lessive pour filer au cœur de Riga. Prudent, j’emporte dans mon sac toute la panoplie du cycliste échaudé, k.way, cape et pantalon.
Les rues Elisabeth et Alberta, réputées abriter les plus beaux immeubles Art nouveau, sont déjà prises d’assaut par les groupes de touristes. Au passage je glane des bouts d’informations distillées par les guides, un coup en anglais, un coup en allemand, et même en français. Les guides lettons et russes me sont d’un apport nettement moindre…. La rue Alberta est particulièrement impressionnante avec sa succession d’immeubles construits par le même architecte, le Russe Mikhail Eisenstein, par ailleurs père du réalisateur de films. Ses façades ornées de figures féminines et de décorations florales sont vraiment splendides. Mal ou pas entretenues pendant l’occupation soviétique, tous ces immeubles étaient très dégradées. Depuis 1991 une politique de réhabilitation leur redonne leur lustre originel.
Cette profusion d’immeubles Art nouveau vient de ce que Riga a considérablement grossi à la fin du 19eme siècle. Afin de faire face à cet afflux de population, les remparts ont été démolis pour permettre d’étendre la ville. Parallèlement, l’obligation de construire les maisons en bois a été levée et des immeubles en pierre ont pu être édifiés. Le style de l’époque étant l’Art nouveau, ou Jugendstil, c’est dans ce style que les bâtiments ont été conçus. Entre 1900 et 1913, pas moins de 300 immeubles ont été érigés en moyenne chaque année. Aujourd’hui encore, un tiers des immeubles de Riga est de style Art nouveau.
Outre les deux rues citées, je flâne aussi dans d’autres rues voisines, dont les immeubles, sans être aussi spectaculaires, sont tout aussi intéressants et représentatifs.
Vers midi, voyant le temps se dégrader, je décide d’aller au marché. Tout juste le temps de faire un tour rapide des stands extérieurs que la pluie se déclenche. Il n’y aura qu’une seule averse de la journée; je ne le sais pas encore mais elle va durer jusqu’au soir ! Pas une seule minute de répit; de légères accalmies mais jamais d’arrêt, et parfois des trombes d’eau.
Je visite donc longuement les cinq halles du marché couvert, la plus spectaculaire étant celle du poisson, une vraie spécialité locale. Bien couvert, je me rends ensuite au musée de l’occupation. C’est vrai que les Lettons ont fait fort en la matière. Historiquement intégrée dans l’empire russe, la Lettonie a acquis son indépendance en 1918. Mais en 1940, les Russes reviennent, profitant du pacte germano-russe, et commencent la « soviétisation » du pays. Mais en 1941, le pacte est rompu et les Allemands envahissent le pays et tyrannisent la population. En 1945, défaite du Reich, et revoilà les Russes, qui vont à leur tour arrêter, déporter et éliminer les opposants ou supposés tels. Et surtout, pas moins de 700.000 Russes vont venir s’installer en Lettonie, représentant dans les années soixante jusqu’à 52% de la population. Un problème d’identité que les Lettons, libres et indépendants depuis 1991, traînent encore puisque 20% de la population ne parle même pas la langue lettonne !
Le temps refusant de s’améliorer, je visite un autre musée, consacré à l’art nouveau, et installé dans un appartement conçu et décoré par l’architecte Konstantin Peksen. Un reflet intéressant de cette époque d’avant première guerre mondiale.
Désespéré par la météo, je décide de rentrer au camping, je bouine un peu, puis je dîne en compagnie du couple germano-ukrainien dont le garçon est unijambiste, ce qui ne l’empêche pas de faire des étapes de 80 ou 100 km ! Un coup de brosse à dent et je me glisse sous la tente au doux son des gouttes qui tombent. La météo annonce encore deux jours de pluie, avant une amélioration vendredi.

Sur cette façade, juste quelques motifs géométriques.
Sur cette façade, juste quelques motifs géométriques.
A l'angle de la rue Alberta.
A l’angle de la rue Alberta.
Celui la est un peu chargé.
Celui la est un peu chargé.
Le SPHYNX et les masques, des motifs récurrents dans l'art nouveau.
Le sphynx et les masques, des motifs récurrents dans l’art nouveau.
Le dernier immeuble réalisé par Eisenstein.
Le dernier immeuble réalisé par Eisenstein.
Simple et élégant.
Simple et élégant.
L'immeuble le plus célèbre d'Eisenstein avec ses figures de femmes inexpressives, reflet de sa relation compliquée avec la gente féminine.
L’immeuble le plus célèbre d’Eisenstein avec ses figures de femmes inexpressives, reflet de sa relation compliquée avec la gente féminine.
Le plafond de l'immeuble Peskens.
Le plafond de l’immeuble Peskens.
La frise de l'escalier.
La frise de l’escalier.
La peinture sur soie a aussi été inspirée par l'Art nouveau.
La peinture sur soie a aussi été inspirée par l’Art nouveau.
Ambiance du jour...
Ambiance du jour…
Au marché, des poissons à profusion.
Au marché, des poissons à profusion.
Des dessous multicolores.
Des dessous multicolores.

Lundi 15 août
Jurmala – Riga 30 km

Du camping à la plage il n’y a qu’un pas que je franchis sitôt les servitudes matinales terminées. Même avec le chargement complet, Colibri est très à l’aise sur le sable. Et comme il fait beau, c’est un vrai régal; j’ai envie que ça dure encore et encore. Au bout de 4km je me dis que ce serait vraiment trop bête de ne pas en profiter complètement. Je m’arrête à un banc, je me glisse dans une de ces petites cabines de plage rigolote en forme de colimaçon pour me changer et je me jette à l’eau. Elle est à 17 degrés, ce qui évite tout choc thermique puisque l’air est à la même température. Rassasié de plage, je mets le cap sur Riga, accessible par d’agréables pistes cyclables qui longent la voie ferrée. Mais le temps change très vite, les nuages s’accumulent et je fais les 3/4 de la route sous une pluie battante. J’expérimente pour l’occasion la double protection, k.way + cape; et ça fonctionne plutôt bien.
À mon arrivée au camping, je fais sensation à l’accueil dans ma tenue de pleuvionaute; les quelques clients qui regardent les J.O à la télé n’avaient pas remarqué qu’il pleuvait ! Une accalmie me permet de monter la tente sans la mouiller. Délesté des sacoches je file en ville, d’abord acheter à manger, puis visiter. J’ai choisi de me concentrer aujourd’hui sur la vieille ville et d’aller demain dans le quartier art nouveau. Entre deux averses, je fais le tour des principales attractions, dont la maison des têtes noires et la cathédrale. Je flâne beaucoup dans les rues, hélas souvent pavées et je me laisse découvrir au hasard des endroits sympas. Je passe aussi au marché qui est gigantesque, abrité sous cinq halles qui étaient autrefois des hangars a Zeppelin. Tout autour, ça grouille de petits stands; j’y trouve des girolles. Il va falloir que je rachète des œufs ! Mais c’est la fin du marché, je me promets de revenir demain. Je sors du centre ancien pour aller voir le fameux monument de la liberté, symbole de l’indépendance lettonne et à ce titre lieu des manifestations anti-soviétiques de 1987 à 1990.
De retour au camping, situé à 3 du centre ville, je dîne en compagnie d’une famille portugaise et d’un italien qui vit à Hambourg. On mélange un peu toutes les langues et on passe une bonne soirée, surtout moi qui déguste enfin mon omelette aux girolles!

Ciel bleu, plage de rêve, un grand moment de bonheur.
Ciel bleu, plage de rêve, un grand moment de bonheur.
Bon, il va falloir planter la tente...
Bon, il va falloir planter la tente…
La construction de la cathédrale a été entreprise en 1211 par l'évêque Albert, fondateur de la ville dix ans plus tôt.
La construction de la cathédrale a été entreprise en 1211 par l’évêque Albert, fondateur de la ville dix ans plus tôt.
Cette tête de pierre a été retrouvée lors des travaux de rénovation du cloître de la cathédrale. Son origine et sa fonction restent inconnues.
Cette tête de pierre a été retrouvée lors des travaux de rénovation du cloître de la cathédrale. Son origine et sa fonction restent inconnues.
Le cloître relié la cathédrale au monastère adjacent.
Le cloître relié la cathédrale au monastère adjacent.
Ces trois maisons des 15eme et 17ème siècles sont appelées les trois frères.
Ces trois maisons des 15eme et 17ème siècles sont appelées les trois frères.
La place de la mairie a été restaurée en 1999.
La place de la mairie a été restaurée en 1999.
Réputé originaire d'Afrique, Saint Maurice est souvent représenté noir de peau. D'où le nom de la maison des têtes noires.
Réputé originaire d’Afrique, Saint Maurice est souvent représenté noir de peau. D’où le nom de la maison des têtes noires.
Érigé en mémoire des victimes de la guerre d'indépendance de 1918-1920, le monument de la Liberté est emblématique de Riga.
Érigé en mémoire des victimes de la guerre d’indépendance de 1918-1920, le monument de la Liberté est emblématique de Riga.
Riga est aussi une ville moderne qui s'est ouverte au monde dès 1990.
Riga est aussi une ville moderne qui s’est ouverte au monde dès 1990.
Les œufs et les girolles enfin réunis.
Les œufs et les girolles enfin réunis.

Dimanche 14 août
Kandava – Jurmala, 75km

Le site au petit matin est plutôt sympathique; l’étang, le chant des oiseaux, des poissons qui sautent de temps à autre, je suis bien ici. Juste la bruine qui me pourrit le moment du petit déjeuner… Visiblement ma présence ici n’a gêné personne.
Je me remets en route vers 8h30, en commençant par 8km de piste histoire de s’échauffer. Mais ce seront les seuls de la journée. Arrivé dans le village de Pures, je rejoins une route à grande circulation. Mais avant de l’emprunter, j’aperçois une petite église masquée par un énorme chêne. La porte est ouverte, j’entre, et aussitôt je suis surpris par la douce température qui y règne. Et pour cause, dans un angle, un énorme poêle à bois tourne à plein régime. Le pasteur, qui prépare l’office, soigne visiblement ses ouailles.
Après 2km sur la route de Riga, je bifurque vers Tukums et le trafic diminue nettement. La route est agréable, légèrement vallonnée, ce qui donne des paysages plus jolis et plus variés qu’hier. Il y a même des vaches dans les prés ! Hélas, une vilaine averse vient perturber ce tableau presque idyllique. Obligé de m’arrêter pour me couvrir, je pousse une énorme gueulante pour maudire ce p… de nom de D… de saloperie de temps de merde ! Ça n’arrête pas la pluie, mais ça soulage.
A Tukums, je me promène dans la ville plutôt déserte pour un dimanche midi. Seraient-ils tous à la messe ? Que nenni ! Le pasteur s’égosille devant une vingtaine de paroissiens soigneusement disséminés dans l’église et dont les chants timides sont accompagnés par un orgue poussif. On est loin de la ferveur polonaise. A l’église orthodoxe (ben oui, c’est dimanche, je vais aux églises, moi), l’ambiance est toute autre; cela fait davantage penser à une mosquée. D’abord il n’y a que des femmes, fichu sur la tête, elles sont assises dans un coin et papotent en sirotant une boisson. Et quand elles sortent, c’est à reculons, en se signant maintes fois.
C’était notre rubrique « le dimanche du seigneur ».
A peine 30km après Tukums je rejoins à nouveau la Baltique, en fait le fond de la baie de Riga. Encore 10 km et je rentre dans Jurmala, mon objectif du jour, mais je ne suis pas quitte pour autant car la ville s’étire sur 30km le long du rivage de la Baltique. C’est la plus grande station balnéaire du pays, la plus huppée aussi car proche de la capitale, Riga. Et plus j’avance dans la ville, plus les maisons deviennent luxueuses, la partie est, plus proche de Riga, étant la plus prisée. Des deux campings indiqués je choisis le plus près du centre. Bien situé mais mal équipé! C’est le pire camping de tous ceux que j’ai faits à ce jour : accueil mal aimable, une seule douche avec eau chaude intermittente, pas de cuisine, pas de point d’eau, pas de prises de courant, minable. Et moi qui pensait arriver dans le top camping de l’année ! D’ailleurs il doit être reconnu à sa juste valeur car je suis le seul « tentiste « . Seul avantage, il est à 100m de la mer, où je me rends dès la tente montée. A défaut de me baigner (air 22 degrés, eau 17), je me fais un plaisir rare, rouler à vélo sur la plage. En effet, le sable mouillé est dur comme du béton et permet d’y circuler à bicyclette au ras des vagues. C’est donc par la plage que je me rends dans la partie la plus huppée de la station. Belles maisons, grosses voitures, tenues de soirée, ça sent l’argent ! Au retour j’ai un peu de mal à retrouver le camping car il y a plein de chemins qui remontent de la plage, mais pas grand chose pour se repérer dans la partie boisée qui sépare la plage de la ville. Mais je retrouve ma petite tente bleue et mon linge qui sèche; je fais une douche un peu écossaise et je me mets aux fourneaux. Ce soir ce sera omelettes aux girolles, mais sans girolles car je n’ai pas réussi à en trouver aujourd’hui , alors que les jours précédents, des petits vendeurs en proposaient à 4€ le kilo à tous les coins de rues ! Pour le dessert, je n’ai que l’embarras du choix entre les fruits glanés aujourd’hui : pommes, prunes et myrtilles.

Mon petit ponton du matin.
Mon petit ponton du matin.
On pourrait faire un camping ici !
On pourrait faire un camping ici !
Une piscine a été aménagée dans un des deux étangs de Kandava.
Une piscine a été aménagée dans un des deux étangs de Kandava.
Le chêne qui cache l'église.
Le chêne qui cache l’église.
soucieux du confort de ses paroissiens, le pasteur à allumé le gros poêle à bois dans le fond de l'église.
soucieux du confort de ses paroissiens, le pasteur à allumé le gros poêle à bois dans le fond de l’église.
Le centre de Tukums; joli mais désert.
Le centre de Tukums; joli mais désert.
Ambiance très féminine dans l'église orthodoxe.
Ambiance très féminine dans l’église orthodoxe.
Jurmala, une plage à perte de vue.
Jurmala, une plage à perte de vue.
L'ancien établissement des bains est un des rares bâtiments construits directement sur le bord de mer; tous les autres sont en retrait.
L’ancien établissement des bains est un des rares bâtiments construits directement sur le bord de mer; tous les autres sont en retrait.
Un artiste en sable est passé par là.
Un artiste en sable est passé par là.
Jurmala recèle plein de très belles maisons rénovées.
Jurmala recèle plein de très belles maisons rénovées.
Ce bâtiment complètement vide est au centre du camping !
Ce bâtiment complètement vide est au centre du camping !
A défaut de nager, j'ai roulé sur la plage.
A défaut de nager, j’ai roulé sur la plage.

Samedi 13 août
Kuldiga – Kandava 65 km

Changement de décor ce matin, le ciel est d’un gris uniforme et menaçant. Une bruine serrée ne tarde d’ailleurs pas à tomber. Heureusement les équipements du camping, cuisine spacieuse et barnum étanche permettent de se mettre à l’abri pour prendre le petit déjeuner. Je refais un tour en ville pour voir des coins pas vus hier soir. La circulation est perturbée par des courses pédestres qui rassemblent des milliers de participants. Je rencontre un couple de Français avec ses trois jeunes enfants qui visitent les états baltes en camping car. Ils sont ravis.
Ayant encore une courte étape devant moi, je prends mon temps pour replier, avec l’espoir de laisser à la météo le temps de s’améliorer. La pluie cesse effectivement, mais je ne verrai pas le soleil de la journée.
En revanche, le vent est sympa; soutenu et bien orienté, il me pousse sur les 30 premiers Km que je boucle en à peine plus d’une heure ! Il faut dire que rien ne m’incite à lever le nez; le paysage est désespérément plat et triste. Il n’y a que des prairies, dans lesquelles je ne vois d’ailleurs aucun bétail. Seules quelques cigognes viennent parfois me distraire. L’un d’elles traverse juste devant moi et s’envole pour échapper à la collision. Je sens presque le souffle de ses ailes; c’est majestueux.
Il n’y a tellement rien de beau que c’est à un arrêt de car que je choisis de m’arrêter pour casser la croûte. Je redoute de voir arriver un car dont le chauffeur me prendrait pour un client. Et évidemment, un car s’arrête. Je lui fais signe que je ne monte pas, mais il ne s’est pas arrêté pour moi; un jeune homme en descend et court précipitamment vers le buisson voisin. Visiblement le véhicule n’est pas équipé de toilettes. En attendant la satisfaction du besoin, les autres voyageurs n’ont rien d’autre à faire que me regarder manger. Un peu gêné, je prie pour que ce soit un petit besoin…
Les 35 Km suivants ne s’annoncent pas plus passionnants, mais heureusement les bonnes surprises arrivent aussi. En arrivant à Sabilé, village a priori insignifiant, je suis évidemment interpellé par ce nom, à un jota près de ma ville de naissance et de départ. Au milieu de maisons délabrées, une belle boutique propose du cidre et du vin. Renseignement pris, le vin est effectivement fait ici, à partir de vignes qui poussent sur le coteau voisin. Ce serait le vignoble le plus septentrional d’Europe et figurerait à ce titre dans le Guiness book. À vérifier car les Lettons ne semblent pas avares de superlatifs et de records pour vendre leurs produits… Durant la balade dans le vignoble (qui ne doit pas permettre la production de plus de 3 ou 4 barriques), je rencontre un Suisse qui voyage en camping car depuis le … 25 juin, comme moi. Jeune retraité, il se donne jusqu’à fin septembre pour explorer l’Europe du nord en solitaire dans son grand camion.
Cet arrêt prolongé m’a mis un peu en retard; j’arrive à Kandava vers 18h30, pour constater que le camping indiqué sur le guide n’a pas vraiment d’existence officielle autour du complexe sportif. Une autochtone me confirme toutefois qu’il est possible de planter sa tente près de la piscine et de l’étang voisin. Je m’installe donc au bord de l’eau, des toilettes publiques à 50 mètres, et une cabine d’habillage (il y en a partout ici sur les lieux de baignade) me fera office de cabinet de toilette. Pour le repas, une table et un banc sont à ma disposition. Vers 21h30, un couple vient se baigner, « comme chaque soir », me disent ils. Mais le monsieur renonce à hauteur des genoux et revient sur le banc fumer une cigarette pendant que madame fait dix fois le tour du ponton dans une brasse approximative et bizarre. Dès leur départ, je me mets au chaud sous la tente.

Dernier coup d'œil sur les chutes et le pont de Kuldiga.
Dernier coup d’œil sur les chutes et le pont de Kuldiga.
Ce matin, on ne danse pas sur le pont, on court.
Ce matin, on ne danse pas sur le pont, on court.
Ces maisons de bois n'attendent qu'une rénovation.
Ces maisons de bois n’attendent qu’une rénovation.
Je me sens tout de suite moins seul...
Je me sens tout de suite moins seul…
La sculptrice (?) Livija Rezevska a créé un jardin dans lequel elle a disposé ses propres œuvres. La grande fierté de Kuldiga.
La sculptrice (?) Livija Rezevska a créé un jardin dans lequel elle a disposé ses propres œuvres. La grande fierté de Kuldiga.
Non, je n'attends pas le bus, je déjeune !
Non, je n’attends pas le bus, je déjeune !
A Sabilé, une mamie astucieuse a disposé des poupees de chiffon au bord de la route. Succès garanti auprès des touristes qui mettent une pièce dans la cagnotte.
A Sabilé, une mamie astucieuse a disposé des poupees de chiffon au bord de la route. Succès garanti auprès des touristes qui mettent une pièce dans la cagnotte.
Ils sont bien sages, les enfants ici.
Ils sont bien sages, les enfants ici.
A Sabilé on cultive la vigne la plus septentrionale d'Europe pour faire un vin que je n'ai pas goûté.
A Sabilé on cultive la vigne la plus septentrionale d’Europe pour faire un vin que je n’ai pas goûté.

Vendredi 12 août

Jurkalne -Kuldiga, 50 km

Une pensée pour Philippe, qui aurait eu 69 ans aujourd’hui, un âge qui lui aurait bien plu, je pense.
Cette nuit a été la plus mauvaise depuis mon départ. D’abord il est tombé des averses à répétition, mais ça, je suis habitué; mais surtout il a fait très froid. Et là, je vois bien que mon duvet est un duvet d’été, fait pour des températures au dessus de 15 degrés. On est largement au dessous, sans doute moins de 10. Du coup je dors sur le matin, et mes compagnons de routes replient déjà quand j’emerge, vers 8h. J’évite mon voisin qui m’a saoulé hier soir avec sa super organisation, son super vélo, son super parcours, ses super sacs en plastique, ses super piquets de tente… Super chiant, le garçon! Je vais plutôt boire un café avec le jeune couple, Marianne et Bjorn qui respirent la bonne humeur. Médecins tous les deux, ils se donnent une année sabbatique a l’issue de leurs études. Comme on roule en sens inverse, on se donne des tuyaux sur ce qui nous attend mutuellement.
Je prends la route (oui, la route) vers 10h30, me donnant le séchage du linge comme prétexte pour traîner un peu. Comme souvent, le temps s’est remis, le soleil est présent, mais la fraîcheur m’oblige à garder le coupe vent.
Je fais un arrêt à Alsunga, au château des Chevaliers teutoniques, qui ont eu toutes les peines du monde à évangéliser les Lettons. Ce peuple sera d’ailleurs le dernier à être christianisé en Europe; c’est peut être pour cela que les croyances païennes sont encore très présentes dans la culture lettonne. Nouvel arrêt à Edole, dont l’église en brique , construite en 1647, avait surpris les contemporains. Le château, qui semble intéressant aussi, n’est pas accessible pour cause de tournage en cours. (Mais c’est peut-être un long métrage quand même)…
Comme annoncé sur le guide, je commence à trouver des petites montées, mais rien de méchant, surtout que l’étape s’annonce courte. En revanche, la route est bosselée et je décide de tenter de rouler sur le bas côté qui semble bien stabilisé; c’est en effet plus agréable, et je me dis que je suis vraiment malin. Mais au bout de 500 mètres à peine, tac tac tac, un énorme bruit m’oblige à freiner en urgence. A l’avant pas de rayon cassé, pas de tendeur dans les rayons, idem à l’arrière, la chaîne est en place, le dérailleur aussi. Je me dis qu’un gravier a dû se coincer dans une rainure du pneu et tape à chaque tour dans le garde boue. En effet, il y a bien quelque chose dans le pneu, mais c’est un clou ! Il est gros et dépasse d’un bon centimètre; en revanche je n’entends pas de bruit de fuite et le pneu semble stable. Que faire? Si je l’enlève, la fuite va sûrement se déclarer, si je le laisse, je risque d’endommager le pneu. Cela me rappelle un épisode de « Urgences » dans lequel les médecins hésitent à enlever le pieu qui transperce le thorax du participant à une soirée vampire trop réaliste ! Je ne sais plus ce qu’ils choisissent, mais moi j’opte pour l’ablation sur place. Il me reste 10km jusqu’à Kuldiga et je ne me vois pas rouler avec ce clou de Damoclès sous la selle. L’effet est immédiat, le pneu se dégonfle. Il faut dire que le clou mesure au moins 10 cm et je n’avais aucune chance d’échapper à la crevaison, la première en bientôt 3500km. Le changement de chambre à air se passe bien, le remontage aussi, et je parviens à gonfler suffisamment avec ma mini-pompe pour faire les 10km restants. Dès mon arrivée en ville, je me fais prêter une vraie pompe par un marchand de cycles pour remettre de la pression, sans savoir combien car son manomètre est cassé.
Il est 15h, je me trouve un coin sympa pour manger, juste au dessus des chutes de la Venta (les « Ventas Rumba » en letton), sous le poste du surveillant de baignade. Il y a là 4 ou 5 gars qui discutent en se passant des bouteilles de jus de fruits suspectes. Quand j’ouvre la canette de bière que j’estime avoir méritée, l’un d’eux s’adresse à moi en anglais pour me dire que son copain dit que je n’ai pas le droit de boire. Et c’est vrai qu’un panneau le stipule, au même titre que fumer et promener son chien. Vu leur pratique, je prends la remarque en riant et je demande si son copain est de la police. Ah ah ah ! C’est à ce moment que je vois l’écusson « Policija » sur le t-shirt du copain; c’est en fait le maître nageur du poste de secours, membre de la police nationale. Ils partent tous à rire et me font goûter leur breuvage, une gorgée de vodka + une gorgée de jus de myrtilles ; pas mauvais!
Je me pose ensuite au camping juste à côté, superbement situé au dessus des chutes, pas très hautes, 2M environ, mais paraît il les plus larges d’Europe, avec 239 mètres.
Une fois la tente montée et les sacoches posées, je fais un tour dans cette ville très touristique à juste titre car elle recèle beaucoup de belles choses, son long pont de briques d’abord, ses trois églises, une pour chaque culte, les restes de son quartier médiéval, et puis toutes ces maisons en bois plus ou moins entretenues mais toujours pleines de charme. Je fais quelques courses; j’ai envie d’œuf sur, alors j’en achète…. 12, car il n’y a pas de boîte de 6 !

A mon retour au camping, l’espace s’est bien rempli de tentes et de camping-cars, des Allemands pour l’essentiel. Il y a là une baroudeuse de mon âge, genre vieille fille infirmière, avec qui on échange des tuyaux sur l’état des routes et les villes à voir absolument. Je me fais des œufs brouillés, dont la moitié part d’un l’herbe suite à une bascule de camping gaz. Bravo l’artiste! Et puis je me prends une bonne douche bien chaude et je m’offre même 5 minutes de sauna, histoire d’accumuler de la chaleur en vue d’une nuit qui s’annonce encore froide. Vers 23h30, je suis réveillé par une pétarade, un feu d’artifice tiré du pont, à 100m du camping. Gentille attention de la part des autorités locales pour fêter mon arrivée, mais j’aurais aimé être prévenu!

Voilà, je quitte la Baltique pour quelques jours.
Voilà, je quitte la Baltique pour quelques jours.
C'est mignon, non ?
C’est mignon, non ?
Marianne et Bjorn ont tout quitté pour passer une année sur leur tandem.
Marianne et Bjorn ont tout quitté pour passer une année sur leur tandem.
A Alsunga, les Chevalers teutoniques avaient construit un château pour consolider leurs positions.
A Alsunga, les Chevalers teutoniques avaient construit un château pour consolider leurs positions.
Voici le coupable; un beau morceau !
Voici le coupable; un beau morceau !
Première réparation réussie; c'est bon, je sais faire !
Première réparation réussie; c’est bon, je sais faire !
Le pont de briques est l'image de marque de Kuldiga.
Le pont de briques est l’image de marque de Kuldiga.
Même délabrées, les maisons ont du charme.
Même délabrées, les maisons ont du charme.
L'église sainte Catherine présente une étonnante collection de bibles, dont cet exemplaire illustré par Chagall.
L’église sainte Catherine présente une étonnante collection de bibles, dont cet exemplaire illustré par Chagall.
Ce soir, le bruit de la chute remplacera celui de la mer.
Ce soir, le bruit de la chute remplacera celui de la mer.
Le bois est partout en Lettonie; il sert notamment beaucoup dans la construction.
Le bois est partout en Lettonie; il sert notamment beaucoup dans la construction.
Jolie maisonnette dans le centre de Kuldiga.
Jolie maisonnette dans le centre de Kuldiga.
La cuillère de bois du trophée des six nations de géants !
La cuillère de bois du trophée des six nations de géants !
J'entame la traversée de la Lettonie d'Ouest en est.
J’entame la traversée de la Lettonie d’Ouest en est.

Jeudi 11 août
Ziemupe – Jurkalne (Zaki), 60km

Après le petit déjeuner je fais un tour à la plage, mais il fait si froid que je n’ai pas envie de me baigner. Du coup je me prends un troisième café. De toute façon il faut que j’en consomme car j’ai déjà acheté le prochain pot et les deux prennent trop de place dans la sacoche. Je prends ensuite plaisir à remballer une tente bien sèche car il n’a pas plu ce matin. D’ailleurs le bleu est majoritaire dans le ciel et la journée sera globalement belle, mais fraîche.
Vers 11h je reprends la route, ou plus exactement la piste. J’effectue avec plaisir quelques détours pour aller voir un arbre géant, une dune spectaculaire ou un phare. Ce dernier se visite d’ailleurs; pour la modique somme de 0,70€ on peut monter au sommet et découvrir une vue époustouflante sur la mer d’un côté et la forêt de l’autre. Ces deux éléments sont représentatifs de la Lettonie, qui totalise plus de 500km de côtes et dont 52% du territoire est couvert de forêt.
Passé le »baka », le phare, la piste se dégrade sensiblement, les zones de tôle ondulée se succèdent, souvent sans moyen d’y échapper, même sur les côtés. J’avoue que quelques jurons fusent quand, ayant pris un peu de vitesse sur une zone correcte, je me retrouve soudain secoué comme un prunier par un violent bosselage. La conduite sur de telles pistes demande une concentration de tous les instants; le moindre moment de distraction mène droit au fossé. Autant dire que le paysage passe inaperçu.
Après 23 km de ce régime, je retombe avec un certain soulagement sur la R111 qui relie Klaipeda à Ventspils. Qu’importe le trafic, vive l’asphalte ! Je choisis la ville de Pavilosta pour faire ma pause déjeuner sur la plage, a l’entrée du port. Bien à l’abri du vent j’ai presque chaud !
Il me reste une vingtaine de km à boucler pour atteindre le camping de Zaki, logé en haut d’une dune avec accès direct à la plage. Tente montée, je me jette à l’eau, plus froide que les jours précédents. En ressortant je suis transi de froid et il n’y a même pas de douche bien chaude pour me réchauffer.
Le temps change d’un seul coup et il se met à pleuvoir. C’est donc bien à l’abri et emmitouflé que je dîne en compagnie d’un Allemand qui fait aussi la R1 jusqu’à Riga. Je mange ensuite un dessert et j’admire le coucher de soleil avec un sympathique couple franco-allemande qui a tout laissé tomber, boulot, appartement, pour partir un an en tandem. Ils arrivent des Balcans et traversent les pays en zigzaguant au gré de leur inspiration. Dans quelques jours ils rentrent en Allemagne pour boucler leurs sacoches pour le Pérou, point de départ d’un périple de quatre mois en Amérique du Sud !
Une fois le soleil couché, il fait un froid de gueu au point que je me couche tout habillé, en écoutant la pluie tomber sur ma tente. Air connu…

Je vous présente mon nouveau casque, photographié devant le 3eme plus viel arbre de Lettonie.
Je vous présente mon nouveau casque, photographié devant le 3eme plus viel arbre de Lettonie.
Le phare dénommé "Akmenraga baka" est haut en couleurs.
Le phare dénommé « Akmenraga baka » est haut en couleurs.
De son sommet, la vue sur la côte est splendide.
De son sommet, la vue sur la côte est splendide.
La piste est pourrie, mais les panneaux indicateurs sont nickel !
La piste est pourrie, mais les panneaux indicateurs sont nickel !
Pause déjeuner sur la plage de Pavilosta.
Pause déjeuner sur la plage de Pavilosta
Une plateforme d'observation en forme de proue de navire.
Une plateforme d’observation en forme de proue de navire.
La charmante petite église catholique romaine de Jurkalne.
La charmante petite église catholique romaine de Jurkalne.
Sans doute mon dernier coucher de soleil sur la Baltique.
Sans doute mon dernier coucher de soleil sur la Baltique.

Mercredi 10 août
Pape-Ziemupe

Couché avec les poules (20h30), je me lève avec le coq, à 6h30. Il n’a pas plu cette nuit, la tente est sèche, tout va bien. Le temps de boucler les sacoches, une averse carabinée s’abat sur le camping. C’est donc finalement une tente détrempée que je replie. A 8h je démarre pour mes 10 km de piste retour. A la sortie de Pape je m’arrête faire une photo du pont; et je réponds aux saluts chaleureux de l’excentrique patron de bar rencontré hier. Ce type me fait rire; je me dis que ce serait dommage de ne pas passer un moment avec lui; je fais donc demi tour et lui commande un café. On échange dans un anglais petit nègre qui serait limité pour faire l’exégèse du discours de la méthode de Descartes, mais qui nous suffit ce matin. Quand je lui explique ce que je fait, il m’envoie une bourrade dans le dos, accompagnée d’un « you, good crazy man, Pascal » ! Quant à Pape, c’est une « very nice place, very nice « . Surtout qu’il n’y vient que des « nice people, no german no spanish « . Sur l’état de la piste, il a un avis étonnant pour un commerçant : si on l’améliore, trop de gens viendront, no good. Il m’invite à cueillir des prunes et à rester jusqu’à samedi pour le concert de jazz qu’il organise…
Les 10km passent bien; je fais un crochet par Rucava pour faire des courses « de survie » et visiter l’église, mais elle n’ouvre qu’à 11h; tant pis. La grande route que je suis obligé d’emprunter est toute neuve, un vrai billard, et pas trop fréquentée. Un petit vent dans le dos finit de me mettre en joie. Pour la première fois, j’ai envie d’écouter de la musique. Ce sera « Love me do  » des Beatles. Mais à l’approche de Liepaja le trafic augmente et il pleut; fin du rire. L’entrée dans la ville se fait par une superbe piste cyclable toute neuve, équipée de range-vélos très design. Sûrement encore un effet Union européenne…
A la recherche d’un casque je demande à l’office du tourisme les adresses des marchands de cycles. Je choisis celui qui semble le plus important. A l’adresse indiquée, il y a effectivement quelques vélos d’occasion sur le trottoir, mais l’intérieur ressemble plus à la recycle boutique de la Croix rouge qu’à Mondovélo. Mais il y a UN casque. Je le vérifie, je l’essaye, ok je prends, étonné quand même par la boutique.
Je visite ensuite la ville, un ancien port marchand, puis militaire soviétique. Durant cette période toute activité commerciale était interdite; seul le sucre de Cuba pouvait y être débarqué. Au début du 20ème siècle, une ligne transatlantique directe avec NewYork à été créée. Plus de 56000 Lettons émigreront aux États Unis en partant de Liepaja.
En repartant, je repasse devant la boutique, mais 100 mètres plus loin, je découvre un magnifique marchand de cycles!
A la sortie de la ville, il y a une superbe cathédrale orthodoxe, bizarrement coincée entre deux barres de HLM hideuses. Je n’ai sans doute pas fini de voir des bulbes dorés, mais les premiers font forte impression. Au bas des marches, un panneau invite les visiteurs à porter une tenue correcte; n’ayant pas emporté de smoking je me contente d’enlever ma veste jaune fluo et de me faire discret. A l’entrée il y a un tas de fichus à la disposition des dames. Les murs sont couverts d’icônes devant lesquelles s’inclinent les quelques fidèles présents. L’aménagement intérieur est étonnant par rapport à nos églises, l’espace central est vide, seules quelques tables et chaises sont disposées dans un angle. Derrière ce qui semble être l’autel, un vieux pope semble choisir des livres; une cérémonie doit se préparer. J’ai à peine le temps de faire deux photos qu’une femme me saute dessus avec un « niet foto  » qui ne nécessite pas de traduction.
Je zappe la visite de la prison qui fait chambre d’hôte, ayant l’intention de dormir plus loin. Je traverse un chantier de gravillonnage de la route pas agréable du tout; un des gars me salue et je me dis qu’on a la même tenue jaune fluo. Nom de D… ! Ma veste ! Je ne l’ai plus sur le dos. Je l’aime bien ma veste, elle fait coupe vent en plus de me rendre visible. Vexé, je fais demi tour ; elle a dû rester à la cathédrale. Mais les 5km en arrière seront vains, je ne la retrouve pas. Je repars donc avec mon simple gilet jaune, me traitant de tous les noms de n’avoir pas fait plus attention à mes affaires. A mon troisième passage sur le chantier, le gars me regarde d’un air interloqué…
Après un passage dans un lotissement de datchas, désormais maisons de campagne très convoitées, j’entame une nouvelle partie de piste. Pas moins de 17km pour rallier Ziemupe. La piste, c’est plus dur le soir, avec déjà 90km dans les jambes, que le matin au réveil. Deux campings me font de l’œil au passage, mais je résiste et je vais au bout de mon programme du jour, après plus de 105 km.
Comme Pape hier, Ziemupe n’est accessible que par des pistes. Vous imaginez bien que cela ne contribue pas au développement touristique. Confirmation en arrivant au camping : je suis le seul client! Accueilli par la patronne et ses ravissantes petites filles qui font les interprètes, je m’installe dans le verger, dans un coin abrité du vent. Elle m’annoncent que la météo prévoit encore plus froid demain. C’est possible, ça???

Le petit pont qui marque l'entrée dans Papé.
Le petit pont qui marque l’entrée dans Papé.
Un personnage, ce patron du "Amber Beach Café".
Un personnage, ce patron du « Amber Beach Café ».
Le chaume est encore utilisé pour couvrir des toitures.
Le chaume est encore utilisé pour couvrir des toitures.
Pour la visite, veuillez repasser après 11h.
Pour la visite, veuillez repasser après 11h.
On sait où on est !
On sait où on est !
Liepaja reste un port marchand et militaire important.
Liepaja reste un port marchand et militaire important.
La ville compte de nombreuses maisons traditionnelles en bois.
La ville compte de nombreuses maisons traditionnelles en bois.
Le centre ville est joliment aménagé.
Le centre ville est joliment aménagé.
A Liepaja, quelques immeubles de style art nouveau.
A Liepaja, quelques immeubles de style art nouveau.
Un pont métallique avec chaussée en bois réouvert en 2014.
Un pont métallique avec chaussée en bois réouvert en 2014.
Derrière la barre HLM se cache la superbe cathédrale orthodoxe de Liepaja.
Derrière la barre HLM se cache la superbe cathédrale orthodoxe de Liepaja.
Tous les détails de l'architecture emmènent le regard vers le haut.
Tous les détails de l’architecture emmènent le regard vers le haut.
A l'intérieur, un vaste espace vide.
A l’intérieur, un vaste espace vide.
L'arrêt de bus marque le centre du "village".
L’arrêt de bus marque le centre du « village ».
Un petit camping familial pour moi tout seul.
Un petit camping familial pour moi tout seul.

Mardi 9 août
Pape 0km

Une vraie grasse matinée! Je me réveille à plus de 8h pour découvrir que rien n’a changé dans le ciel : nuages et soleil jouent à cache-cache à la vitesse du vent, c’est à dire en accéléré. Il n’empêche que cet endroit à un charme fou, une atmosphère de bout du monde assez fascinante. Pour en profiter je fais une longue promenade sur la plage, jusqu’au phare aperçu du camping, vestige du 19ème siècle, à l’époque où Pape était un important village de pêcheurs. Aujourd’hui il ne reste quasiment rien du port et des habitations; c’est sans doute ce qui donne à ce lieu son ambiance particulière. Je passe aussi à la station ornithologique qui comptabilise les nombreux oiseaux migrateurs qui s’arrêtent ici, entre la mer et les milieux humides où ils trouvent de quoi se nourrir.
Au retour de cette belle balade, je décide de rester ici une nuit de plus. Après tout, je suis en avance de trois jours sur mon planning et il faut bien que je consomme ces jours. Je prends le temps de consulter la carte des états baltes, d’y repérer mon parcours et je prends des repères sur ce pays.
La Lettonie compte 2,2 millions d’habitants, dont près de la moitié vit à Riga, la capitale. C’est dire que la densité de population dans le reste du pays est faible, autour de 15%! Curieusement, sa frontière maritime, longue de 500km, est bien plus importante que ses frontières terrestres. Autre particularité, seuls 65% des habitants sont Lettons, environ 25% sont Russes. En 1991, date de la déclaration d’indépendance vis à vis de l’URSS, la proportion était de 50/50, résultat des déportations et d’un politique stalinienne de « russification » du pays, qui visait aussi à faire disparaître la langue lettone.
Le parcours de quelque 500km en Lettonie va me faire traverser trois des cinq provinces du pays : le Courlande, où je suis, la région de Riga, puis le Vidzeme, au nord-est.
Hélas, la consultation de la météo ne laisse pas entrevoir d’amélioration dans les jours à venir; il faudra garder la cape de pluie à portée de main !
Tandis que je m’instruis sur le pays, je découvre un tique planté dans ma cuisse droite. J’ignore depuis combien de temps il est là, sans doute pas longtemps car je fais des inspections régulières. Quoi qu’il en soit, il ne résistera pas à la pince à tique emportée sur les conseils de mon médecin. Merci docteur !
Le déjeuner est marqué par la dégustation des restes du poisson fumé, accommodés avec … du riz.
Je fais ensuite un tour à vélo vers les zones humides, une rivière qui relie le lac à la mer, constituant un environnement bien spécifique. Je m’arrête boire un café dans un bistrot/restau, dont le patron vend ses plats aux touristes avec un talent certain et un humour qui fait mouche. L’après midi se passe ainsi, tranquillement. Je dépanne en compresses stériles des parents qui viennent d’arriver et dont la petite fille saigne du nez. Vers 18h, je prends un nouveau bain de mer, immédiatement suivi d’une douche bien chaude. Au dîner je vide mes stock de nourriture : dernier sachet de riz, dernier morceau de fromage, dernière boîte de pâté et dernier fruit. Je garde quelques tranches de pain pour demain matin, mais j’irai rapidement faire des courses pour ne pas risquer la panne de carburant sur une étape qui devrait avoisiner les 80 km.

Ma tente est bien à l'abri du vent.
Ma tente est bien à l’abri du vent.
La cuisine est aussi nickel que les sanitaires.
La cuisine est aussi nickel que les sanitaires.
Promenade en sandales sur la plage.
Promenade en sandales sur la plage.
Quelques poteaux de bois, c'est ce qu'il reste du port de Pape.
Quelques poteaux de bois, c’est tout ce qu’il reste du port de Pape.
Le phare construit en 1897 est toujours opérationnel.
Le phare construit en 1897 est toujours opérationnel.
Une petite rivière relie le lac de Pape à la mer. Certains poissons vivent à la fois en eau douce et dans celle, peu salée il est vrai, de la Baltique.
Une petite rivière relie le lac de Pape à la mer. Certains poissons vivent à la fois en eau douce et dans celle, peu salée il est vrai, de la Baltique.
Drôle d'immeuble fantôme dont je n'arrive pas à distinguer s'il est habité ou pas.
Drôle d’immeuble fantôme dont je n’arrive pas à distinguer s’il est habité ou pas.

Lundi 8 août
Karklé – Pape 60km

Le petit camping est bien calme ce matin; même le vent s’est calmé, ce qui m’incite à aller me baigner sitôt après le petit déjeuner. Je saute sur le vélo pour me rendre à une petite plage repérée hier soir. Sur la route je rencontre un couple de cigognes qui ramasse de l’herbe fraîchement tondue, sans doute pour améliorer le nid. A 8h30 je suis dans l’eau, mais il est toujours impossible de nager car les vagues sont trop fortes. Qu’importe, le plaisir est dans le bain. Je reste prudemment où j’ai pied car je soupçonne un phénomène du type baïne qui entraîne vers le large. En regardant le sac et le ressac, il me vient une idée pour venir à bout d’un problème qui me chagrine depuis quelques jours : le fond de mes bidons d’eau est envahi par des petites algues, impossibles à nettoyer sans un goupillon. Je les remplis d’un mélange d’eau et de sable, et je secoue énergiquement. Renouvelée plusieurs fois, l’opération vient à bout de la verdure indésirable. Chouette, après un bon rinçage à l’eau du robinet, je vais pouvoir recommencer à boire !
De retour au camping, je remballe et je reprends la route à 10h30. Compte tenu de mon avance sur le planning, je prévois encore une courte étape, environ 40km jusqu’à Sventoji, dernière ville lituanienne avant la frontière lettonne. En fait je traîne le long de la côte pour laisser à la météo le temps de se remettre au beau. Mais j’ai beau avancer tout doucement, l’évolution du temps va encore moins vite que moi. A 10h30, le thermomètre affiche un petite 17 degrés et le vent, s’il n’est plus tempête, souffle toujours. La bonne nouvelle, c’est qu’il est désormais orienté sud-ouest, ce qui est mieux que nord-ouest, comme c’était le cas depuis plusieurs jours.
Le chemin traverse le parc naturel de Pajurio, qui était un terrain militaire soviétique, et donc totalement interdit d’accès pendant près de cinquante ans. Comme l’armée rouge ne semble pas y avoir beaucoup joué à la guerre, la nature y a été préservée. Les Lituaniens ont eu la bonne idée d’en faire un parc naturel pour prolonger cette préservation. Et comme la piste cyclable est en très bon état, c’est un régal de rouler sur ce tronçon. Je n’y suis d’ailleurs pas seul car la proximité de deux stations balnéaires incite de nombreux promeneurs a l’emprunter.
Je passe dans le hameau de Nemirseta, qui était, sous le nom de Nimmerstadt le village frontière entre l’empire allemand et l’empire russe jusqu’en 1920. C’est d’ailleurs là que s’arrêtait la fameuse route impériale numéro 1 qui reliait l’empire à Berlin.
Et puis j’arrive à Palanga, la plus grande station balnéaire lituanienne ; il faut dire que ce pays ne dispose que d’une centaine de kilomètres de côtes; les infrastructures balnéaires y sont donc assez concentrées. Palanga rassemble tout ce qui fait une vraie ville touristique de bord de mer : des plages, des villas et appartements à louer, une longue rue piétonne bordée de bars, restaurants, boutiques et attractions en tous genres, et surtout un long môle qui fait son image. Comme le soleil montre le bout de son nez, il y a un monde fou partout. Des dames en tenues légères, des gamins qui pleurent pour avoir des glaces, des gros bedonnants torse nus, pas de doute, on est en été! A noter que 95% de ces vacanciers sont du pays; il y a quelques Lettons, mais quasiment aucun occidental. (réf les plaques d’immatriculation).
Poursuivant mon exploration des spécialités culinaires locales, je m’arrête à un stand de poisson fumé. La vendeuse parle 100% lituanien et à du mal à comprendre que ses poissons sont trop gros pour mon casse croûte et que j’en voudrais seulement un morceau. Je lui fais signe de couper, elle me dit niet pour ce poisson là, mais ok pour celui d’a côté. Comme j’ignore l’identité de l’un comme de l’autre, j’accepte le « coupable ». Et elle me le met entier ! Je refais une tentative de demande de découpe, mais cela semble définitivement impossible. J’accepte donc le « savoiras » entier, qui pèse ses bons 500 grammes. Assez pour ce midi, ce soir, et pour le petit déjeuner demain matin ! Je déguste la moitié de mon poisson sur un banc; il ne manque qu’un filet de citron.
Un peu plus loin, c’est Sventoji, la même en plus petit, avec une attraction en prime, un petit pont de bois suspendu, une passerelle en fait, où deux piétons se croisent à peine et qui se balance sous le poids des passants.
C’est là que je devais m’arrêter, mais les campings sont bondés et risquent fort d’être bruyants en soirée, vue l’ambiance. Je décide donc d’aller voir plus loin, ce qui implique de passer la frontière lettonne. Les deux douaniers qui arrêtent des voitures de façon aléatoire ne prêtent aucune attention à mon passage. Dix kilomètres sur la grande route, puis je tourne à gauche pour rejoindre Pape, situé 10km plus loin, au bord de la mer. Oui mais… la route de Pape s’avère en réalité être une piste ! Heureusement que l’étape a été courte car cette partie de tape-cul n’a rien d’une sinécure. Je la prends cependant avec bonne humeur car j’ai le sentiment qu’une bonne surprise m’attend. Et de toute façon, comme c’est un cul de sac, pas question de faire demi tour si la tête de la patronne du camping ne me revient pas. Quand faut y aller, faut y aller! Le plus incroyable, c’est que dans ce bout du monde, j’ai le choix entre trois campings et un hôtel ! Je choisis au hasard, le camping qui me semble le plus près de la mer. Bonne pioche, la tête de la patronne me revient, et surtout, l’endroit est magnifique, pas trop fréquenté et les installations tip-top. Comme tout bon campeur, je commence par planter ma tente, derrière une haie qui la protège du vent, puis je me jette dans la mer qui est au bout du terrain. Même fraîcheur que ce matin, même vent, mêmes vagues, je m’amuse comme un gamin. Une bonne douche bien chaude et je mange car j’ai une faim de loup; je ne sais pas trop si c’est le goûter ou le dîner, on verra plus tard. Le poisson est encore meilleur avec le jus du citron acheté dans l’après-midi.
Je me rentre ensuite dans la tente pour rédiger mon pensum du jour, et je m’endors comme un bébé, les lunettes sur le nez et l’iPhone sur le ventre ! Il est près de 21h quand je me réveille, grand temps d’aller assister sur la plage au spectacle du coucher de soleil, suivi du lever de lune. Ces deux phénomènes se déroulent dans un ciel quasiment vierge de nuages, ce qui me laisse espérer des lendemains encore meilleurs…

Pas de problème pour faire sécher la serviette!
Pas de problème pour faire sécher la serviette!
Le spectacle de la mer est toujours aussi grandiose.
Le spectacle de la mer est toujours aussi grandiose.
La Lituanie gâté les cyclistes.
La Lituanie gâte les cyclistes.
Un terrain militaire devenu parc régional, un beau symbole.
Un terrain militaire devenu parc régional, un beau symbole.
La "promenade" de Palanga fait un bon kilomètre de long.
La « promenade » de Palanga fait un bon kilomètre de long.
Le môle de Palanga, lieu de promenade incontournable.
Le môle de Palanga, lieu de promenade incontournable.
A Sventoji des petits malins s'amusent à faire tanguer la passerelle.
A Sventoji des petits malins s’amusent à faire tanguer la passerelle.
L'incroyable église de Sventoji en forme d'étrave de navire.
L’incroyable église de Sventoji en forme d’étrave de navire.
Et une frontière de plus.
Et une frontière de plus.
C'est l'plombier !
C’est l’plombier !
Dans un camping à 6€ la nuit, on s'attend à trouver des sanitaires pourris; et on découvre ça...
Dans un camping à 6€ la nuit, on s’attend à trouver des sanitaires pourris; et on découvre ça…
Ce soir, c'est encore poisson, mais avec citron cette fois.
Ce soir, c’est encore poisson, mais avec citron cette fois.
No comment !
No comment !

Dimanche 7 août
Juodkranté – Karklé 40 km

Nuit plutôt agitée ; vers 2h je suis réveillé par des bourrasques de vent impressionnantes. J’ai beau avoir confiance dans la tente et dans mon montage, je guette les bruits suspects qui pourraient annoncer un décollage imminent. Mais la toile résiste et je me rendors. Quand je me réveille de nouveau, il est 6h, et grand temps de déguerpir ; je ne sais pas ce que coûte de camper dans un parc naturel et je préfère ne pas le savoir. En moins d’un quart d’heure la tente est pliée et les sacoches installées. Le petit déjeuner est plus que succinct vu que la ville de Juodkranté, outre qu’elle ne possède pas de terrain de camping, ne dispose pas non plus d’épicerie ni de boulangerie. Je n’ai donc rien pu acheter hier soir. Une pêche et trois abricots secs vont suffire pour démarrer.
Le temps est toujours aussi épouvantable et c’est un crève cœur de ne pas pouvoir profiter de la magnifique plage qui s’offre à moi. En plus, en reculant mon vélo, j’éclate mon casque entre la pédale et le cadre comme une vulgaire noix ! Coup de blues…
Je démarre tout doucement sur ce chemin qui est magnifique. Après une dizaine de km, le ciel s’éclaircit. Je fais une pause café sur une table de pique-nique. J’en profite pour sortir du fin fond de la sacoche arrière gauche le tome 4 du guide de la R1, de Klaipeda à Saint Petersbourg. Il me reste quatre jours à longer la Baltique, deux en Lituanie et deux en Lettonie. Après je m’enfoncerai à nouveau dans les terres. J’aimerais bien que le temps se remette un peu d’ici là pour profiter de la plage.
Mon vœu est partiellement exaucé un peu plus loin, une large bande bleue apparaît dans le ciel. Ni une ni deux, j’escalade la dune la plus proche et je me jette à l’eau. Dire que je nage serait exagéré, mais je joue dans les vagues une dizaine de minutes et ça me fait un bien fou, au moral surtout ! Et je me dis que ce serait dommage de ne pas profiter de ce vent d’une façon ou d’une autre, alors je sors de mes sacoches tout ce qui est mouillé ou humide et je l’étends sur une barrière. En un quart d’heure tout est sec !
Le moral remonte de deux crans.
J’arrive comme ça tranquillement à l’embarcadère du bac pour Klaipeda ; cinq minutes de traversée et nous voilà sur le « continent ». La Lituanie est le plus grand des états baltes; elle compte 3 millions d’habitants. Indépendante de l’URSS dès 1990, la Lituanie a intégré l’Union européenne en 2004 et adopté l’euro en 2015. Sa capitale est Vilnius, que je ne visiterai malheureusement pas.
La visite de Klaipeda est interrompue par quelques averses bien senties. C’est un énorme port, aménagé avant guerre par les Allemands, dont c’était le poste le plus au nord.
J’en sors par le Nord, face au vent. Sur cette côté assez touristique, il y a des campings tous les 5km environ. Je trouve le premier un peu loin de la plage; le second l’est tout autant mais l’ambiance est plus familiale. Je décide de m’arrêter là pour ce soir. Il est 15h, j’ai du temps, je fais une grosse toilette a Colibri avant de faire la mienne et de m’offrir ma première bière lituanienne en regardant quelques images des J.O. Je vais ensuite faire un tour dans le village, mais je ne le trouve pas! C’est juste un hameau, des plages et des campings. Le vent souffle en tempête et de nombreux curieux viennent assister au spectacle de la mer déchaînée. Je m’installe sur un banc au soleil et je fais de même. Sûr que je ne vais pas sentir le renfermé ce soir ! Comme le camping dispose d’un bar restaurant plutôt sympa, je vais tester une spécialité lituanienne ce soir. Je fais confiance à la serveuse qui me propose une soupe froide de betteraves et des galettes de pommes de terre. Si les galettes sont assez classiques, la soupe est une agréable découverte, crémeuse et enrichie de deux œufs durs, c’est excellent et consistant. Je laisse les supporters s’exciter devant le match de basket Lituanie contre Brésil et je regagne mes pénates. A 22 h, le vent a baissé d’un ton mais n’est toujours pas calmé.

Fin de carrière pour un casque pourtant collector!
Fin de carrière pour un casque pourtant collector!
Grand déballage pour trouver le tome 4 du guide...
Grand déballage pour trouver le tome 4 du guide…
... et boire un café chaud.
… et boire un café chaud.
Il y a le ciel, les nuages et la mer... (Air connu)
Il y a le ciel, les nuages et la mer… (Air connu)
Ça devait arriver : je me suis fait une copine.
Ça devait arriver : je me suis fait une copine.
Le petit soleil n'est que sur le panneau
Le petit soleil n’est que sur le panneau
Bain content, le gars !
Bain content, le gars !
Klaipeda est fortement marquée par son passé de port et sa tradition de construction navale. Ce voilier restauré est exposé sur la rivière où se trouvait le port d'origine.
Klaipeda est fortement marquée par son passé de port et sa tradition de construction navale. Ce voilier restauré est exposé sur la rivière où se trouvait le port d’origine.
N'approchez pas si vous avez déjà envie...
N’approchez pas si vous avez déjà envie…
La place du théâtre de Klaipeda.
La place du théâtre de Klaipeda.
C'est quand même tentant.
C’est quand même tentant.
Ben c'est vrai, quoi !
Ben c’est vrai, quoi !
Si j'avais été coiffé, ça m'aurait décoiffé.
Si j’avais été coiffé, ça m’aurait décoiffé.

Samedi 6 août
Nida-Juodkranté 40km

Au matin la pluie a cessé; heureusement le sol est sablonneux et à absorbé les hectolitres qui sont tombés. En revanche, la tente est maculée de traces d’éclaboussures; le repli va être sympa…
Malgré la promiscuité, il y a peu de contacts entre campeurs. Je rentre quand même en conversation avec un couple australien d’une cinquantaine d’années qui visite l’Europe à vélo depuis cinq mois. De tous les pays visités, c’est la France qu’ils apprécient le plus. À ma remarque sur la faible couverture en pistes cyclables, ils me répondent qu’il y a une telle densité de petites routes de campagne qu’il est toujours possible de trouver un itinéraire agréable; ce qui n’est pas faux. Leur grand regret est de ne pas pouvoir entrer en Russie, faute d’avoir demandé les visas. Et ben moi j’en viens euh, et puis j’y retourne, nananaire !
Malgré le temps toujours maussade, j’ai envie de profiter de Nida et ses environs. Je laisse donc mes affaires dans la tente et je pars en exploration. Je grimpe d’abord sur la dune qui est très spectaculaire. A son sommet a été érigé un cadran solaire runique qui donne l’heure bien sûr, mais aussi la date, la saison, le signe du zodiaque et je ne sais quoi encore. A condition que le soleil brille bien sûr… Autant dire qu’aujourd’hui il vaut mieux se fier à sa montre!
Je descends ensuite dans le village de Nida, très coquettement aménagé pour les touristes. Les maisons en bois, peintes en rouge ou en bleu, sont très mignonnes. C’est là que l’écrivain allemand Thomas Mann venait se ressourcer.
De retour au camping, je replie et je démarre doucement. La bonne nouvelle c’est que la R1 n’emprunte pas la route, mais une très belle piste cyclable qui a le bon goût d’alterner les passages en forêt et le suivi de la côte. Cela me permet de constater la différence entre les deux côtés. Au nord, sur la Baltique, c’est très sauvage, venteux et peu, voire pas construit. Côté golfe au contraire, c’est un peu luxe, calme et volupté ; d’ailleurs les deux seules villes significatives de l’isthme sont de ce côté. Et en dehors, il y a plein de jolies maisons tournées ers le sud.
Je fais un arrêt aux dunes mortes, les plus hautes ( 60 mètres) et les plus visitées de l’isthme. En échange d’une pièce, je confie Colibri au gars qui fait payer l’entrée dans ce parc naturel dont les visiteurs sont très encadrés et surveillés. Il y avait là un village, dont les habitants déplaçaient régulièrement leurs maisons à cause des mouvements des dunes. Un jour ils en ont eu assez et sont partis s’installer dans les villages voisins. Leurs habitations ont été englouties par le sable.
Dans la partie forestière du parcours je guette les élans, nombreux sur ce territoire, mais je n’en verrai aucun. Le midi (enfin, vers 16h…) je m’installe dans les dunes côté Baltique pour pique niquer et je prends le temps d’admirer ce paysage très sauvage. Du coup, il est 17h30 quand j’arrive à Juodkranté. Je n’ai pas très envie de faire les 20km qui me restent pour rejoindre Klaipeda, la terre ferme. Avec le passage du bac et les 8 km supplémentaires pour aller au camping, cela me fait arriver à pas loin de 20h. Et puis, je n’ai pas envie de quitter si vite cet isthme avec lequel je me suis réconcilié aujourd’hui !
Comme il n’y a pas de camping, je retourne côté Baltique et je me trouve un petit coin sympa pour passer la nuit en sauvage, au pied de la dune pour être à l’abri du vent et profiter quand même du bruit de la mer. J’aimerais bien ne pas planter la tente, c’est plus discret, mais le ciel est très menaçant et il risque fort de pleuvoir cette nuit encore.

Au camping de Nida on est un peu les und sur les autres.
Au camping de Nida on est un peu les und sur les autres.
Les marchés du cadran solaire donnent l'heure et bien plus.
Les marchés du cadran solaire donnent l’heure et bien plus.
Nida la coquette.
Nida la coquette.
La dune vue de Nida.
La dune vue de Nida.
Le port de Nida.
Le port de Nida.
Tout à coup Colibri s'est senti moins seul.
Tout à coup Colibri s’est senti moins seul.
Et c'est parti pour une journée entre mer et forêt.
Et c’est parti pour une journée entre mer et forêt.
Une vraie piste cyclable, a l'abri des voitures.
Une vraie piste cyclable, a l’abri des voitures.
Dans les sous bois, un superbe tapis de lichens et de mousses.
Dans les sous bois, un superbe tapis de lichens et de mousses.

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Paysage dunaire, paysage lunaire.
Paysage dunaire, paysage lunaire.
La plus haute des dunes mortes culmine à 59,6 mètres.
La plus haute des dunes mortes culmine à 59,6 mètres.

Vendredi 5 août
Lesnoy – Nida (Lit) 60km

Le réveil sur ma plage privée est des plus agréables. Je savoure doublement mon petit déjeuner dans ce décor. Seul bémol, la fraîcheur qui me décourage d’aller me baigner, alors que la mer est bien tentante. Je vais me promener sur la plage avant de remballer tranquillement mes petites affaires et de remettre cap à l’est pour une courte étape. J’ai en effet décidé de prendre mon temps pour traverser cet isthme et de m’arrêter une deuxième fois en son milieu, juste après la frontière russo-lituanienne.
Comme hier soir, la route est un peu monotone, long ruban ondulant au milieu d’une forêt. En effet, j’ai beau rouler sur une étroite bande de terre, je ne vois jamais la mer, sauf si je prends la peine d’emprunter un des nombreux chemins perpendiculaires pour accéder à la côte, soit côté mer, soit vers le golfe.
Cherchant de la distraction, je rentre dans la petite ville de Rybatchin. Comme souvent, il n’y a pas de centre ville, les rues ne sont pas bitumées, la pluie y a créé des flaques énormes. Je m’attends à trouver un petit port sympa, une digue ou une plage. Rien! Le seul endroit acceptable est un club privé gardé par des agents de sécurité à qui tu n’as même pas envie de poser une question.
Je quitte donc cet endroit lugubre et je reprends l’unique route avec pour objectif « la forêt dansante », indiquée dans le guide. Très vite je dois m’arrêter pour bâcher car la pluie s’invite à la fête. Pour atteindre ladite forêt dansante, il faut prendre un chemin à droite, « un peu après Rybatchin », indique le guide. J’en prends un, puis un autre, et un troisième, sans trouver de forêt dansante. Je reviens donc en arrière, pensant l’avoir manquée et je m’enfonce à nouveau deux fois dans la forêt sur des chemins à peine praticables à vélo. Toujours rien qui ressemble à des arbres qui dansent. Dépité, je repars de l’avant. Environ 300 m après l’endroit où j’ai fait demi tour, un beau panneau annonce la forêt dansante! Des pancartes, un parking, un café, des boutiques, bref, immanquable ! Comme la pluie s’est calmée, j’enlève la cape pour faire le tour de la parcelle dont les pins ont les troncs qui se gondolent. Bon, pas de quoi faire des km sur des chemins de sable, mais c’est curieux à voir. Quant aux raisons de cette curiosité naturelle, je n’en saurai pas plus car les panneaux explicatifs ne sont qu’en russe et, malgré des progrès fulgurants, mon niveau ne me permet pas encore de saisir toutes les subtilités de la génétique des espèces végétales locales. En revanche, je sais quelle danse pratiquent ces arbres: la danse de la pluie! En plein milieu de la visite de la parcelle il se remet à tomber des cordes. Je me recape donc pour repartir sur une route qui présente désormais un nouveau danger, les flaques d’eau géantes qu’il faut éviter et qui nécessitent de viser juste par rapport aux voitures que je croise afin d’éviter un nouveau sketch à la Buster Keaton (voir épisode du 27 juillet).
Pour tout dire, je suis un peu déçu par ce tronçon qui me faisait rêver. Sur la carte, c’est un endroit incroyable, sur le terrain cela se révèle assez banal. Reste à voir la partie lituanienne dont on dit qu’elle est plus belle.
Le franchissement de la frontière se passe bien. Les douaniers russes me font passer devant les voitures et la fouille des sacoches est symbolique. A ce titre, je suis favorisé par rapport aux automobilistes dont les véhicules sont tous fouillés de façon approfondie, y compris avec le petit miroir qui permet de regarder sous la voiture. Finalement je passe plus de temps à la douane lituanienne car je n’ose pas doubler la vingtaine de voitures qui font la queue; jusqu’à ce qu’un automobiliste m’invite à avancer jusqu’au point de contrôle. Là, c’est visiblement le trafic d’alcool et de cigarettes qui préoccupe les douaniers. Comme je réponds « No » à la question de savoir si j’en transporte, je suis dispensé d’ouverture des sacoches. Et me voilà de nouveau dans l’Union européenne, avec l’euro pour monnaie.
Quelques km et j’arrive à Nida, coquette station balnéaire dotée d’un camping très prisé car unique sur l’isthme. On est donc un peu les uns sur les autres. J’ai le temps de monter la tente et de faire chauffer les petits pois qui m’ont fait de l’œil au supermarché, et la pluie revient. Me voilà donc contraint de manger sous la tente. Il va tomber des cordes pendant des heures au point que j’ai parfois l’impression qu’on lance des seaux d’eau sur ma tente ! (Remarquez, je ne suis pas sorti vérifier…).

Ma tente en surplomb au dessus de ma plage.
Ma tente en surplomb au dessus de ma plage.
Un beau petit déjeuner.
Un beau petit déjeuner.
Le ciel et la mer sont un peu agités.
Le ciel et la mer sont un peu agités.
Un cadavre de phoque est venu s'échouer sur la plage.
Un cadavre de phoque est venu s’échouer sur la plage.
De la forêt de chaque côté de la route, mais pas de vue sur mer.
De la forêt de chaque côté de la route, mais pas de vue sur mer.
Il faut parfois savoir sacrifier l'élégance pour atteindre l'efficacité.
Il faut parfois savoir sacrifier l’élégance pour atteindre l’efficacité.
Pluie ou pas, on avance.
Pluie ou pas, on avance.
Les chemins perpendiculaires à la route sont de toute beauté.
Les chemins perpendiculaires à la route sont de toute beauté.
Côté lituanien comme côté russe, l'isthme de Courlande est un parc national.
Côté lituanien comme côté russe, l’isthme de Courlande est un parc national.
Les pins semblent faire la danse du ventre.
Les pins semblent faire la danse du ventre.

Jeudi 4 août
Swetlogorsk – Lesnoy 35km

Très bonne nuit dans ma petite mezzanine, suivie d’un petit-déjeuner fait de gaufres et de crêpes. Antoine part à Kaliningrad avec son beau-père afin de déposer son visa pour son voyage à vélo en Biélorussie. Anna me propose une visite de Swetlogorsk avec le petit Yvan. On fait une longue promenade dans cette station balnéaire juchée en haut d’une falaise, très fréquentée par les habitants de Kaliningrad, les pensionnaires du sanatorium, mais aussi par des touristes allemands à la recherche du bon vieux temps. Ce « tourisme de nostalgie » est entretenu par les autorités de la ville qui restaurent les élégants édifices datant de cette période d’avant 1945. On y voit aussi l’énorme centre culturel, démesure par rapport à la taille de la ville, inauguré par Poutine lui même il y a deux ans. Et puis le bel hôtel sur la promenade, où Poutine avait coutume d’inviter ses amis Chirac et Schröder. Le tout dans un environnement très boisé et reposant comme il se doit dans une ville de cure.
Au retour des hommes, on reste à discuter dans le jardin, tandis que Youri, le papa d’Anna, se met aux fourneaux; de temps en temps, on le voit passer en sifflotant pour aller chercher des légumes et des herbes au potager. Cet ingénieur, fils de pilote de chasse, a dû changer de métier dans les années 90 quand son entreprise a fermé. Il a alors eu l’idée de fabriquer des tableaux, souvent des icônes religieuses, encadrés de paillettes d’ambre. C’est un peu kitsch mais ça plaît ; il a aujourd’hui 6 salariés et son activité lui laisse le temps de cuisiner; pour le plus grand plaisir d’Anna et Antoine qui viennent passer ici leurs deux mois de vacances estivales. Antoine maitrise parfaitement le russe et se plaît beaucoup ici. Pour lui, les Français ont une vision fausse et caricaturale de la Russie. Mais les Russes n’ont pas non plus une vision exacte de l’Europe, souvent maltraitée par les médias. A ce titre, il est intéressant de comparer le traitement médiatique du problème des migrants par les télévisions des deux pays: plutôt soft chez nous pour éviter d’affoler les populations, assez violent ici pour montrer les difficultés de l’UE à gérer ce problème.
On déjeune tous les trois. Au menu, côtelettes grillées, saucisses de poulet, pâtes, salade de tomate et fruits, le tout arrosé d’une boisson gazeuse faite maison à partir de pain fermenté; dit comme ça, ça ne fait pas envie, mais je vous garantis que c’est délicieux et très rafraîchissant.
On traîne encore un peu dehors en prenant le café, si bien qu’il est plus de 17h quand je me décide à préparer mon départ. Je sens bien que si je ne bouge pas, l’invitation à passer une deuxième nuit ici, déjà évoquée, va revenir sur le tapis. Et il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que j’accepte, tant je me sens bien dans cette famille, qui a visiblement du plaisir à me recevoir. Le petit Yvan joue une dernière fois avec la sonnette et le Klaxon, Youri m’offre une petite icône « ambrée » et je boucle mes sacoches devant la famille réunie. La spontanéité et la gentillesse de leur accueil m’ont beaucoup touché. Et en plus, j’ai appris plein de choses sur la Russie. Je repars un peu plus riche qu’à mon arrivée. Spasiba !
Je pars donc à l’heure où je m’arrête habituellement! Après 3km de chemins très défoncés et partiellement inondés, je me retrouve sur des routes de bonne qualité. Mon objectif est de dépasser Selenogradsk pour attaquer l’isthme de Courlande et dormir en sauvage dans les dunes. Pour aller au plus vite, j’initie une grande première pour moi: faire du vélo sur une autoroute ! C’est tout à fait permis ici, et comme l’autoroute est dotée d’une large bande d’arrêt d’urgence, on s’y sent en parfaite sécurité. Le seul problème est le franchissement des sorties qu’on n’emprunte pas car il faut quitter la BAU et se déporter sur la gauche, ce qui est plutôt stressant.
Néanmoins, il est près de 20h quand j’arrive à Selenogradsk, et le jour baisse dangereusement. Je passe donc assez rapidement sur la digue promenade de cette station balnéaire très recherchée, et j’attaque une portion mythique de la R1, l’isthme de Courlande, un cordon dunaire de 94 km de long, qui relie l’enclave de Kaliningrad à la Lituanie. La frontière entre les deux pays se trouve au milieu. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le camping sauvage est toléré côté russe, mais strictement interdit sur la partie lituanienne. Je me mets donc rapidement en recherche d’un chemin perpendiculaire à la route qui m’a mènerait à la plage. Après avoir croisé une belle harde de sangliers, je trouve mon bonheur, et j’accède facilement à une dune qui domine d’environ 10 mètres une plage déserte. Je m’installe rapidement, assiste à un superbe coucher de soleil sur la mer, mène une lutte sans merci mais désespérée contre les moustiques, et fait ma petite popote. A peine couché, j’entends les premières gouttes frapper la tente; comme chaque jour, il va encore pleuvoir une bonne partie de la nuit.

La maison de Youri et Tatiana est assez grande pour accueillir les enfants, petits enfants, et même un cycliste de passage!
La maison de Youri et Tatiana est assez grande pour accueillir les enfants, petits enfants, et même un cycliste de passage!
Tatiana, Anna, Boris, Ivan, Youri et Antoine, "ma" famille russe"
Tatiana, Anna, Boris, Ivan, Youri et Antoine, « ma » famille russe »
Ivan était fasciné par mon matériel.
Ivan était fasciné par mon matériel.
La surface de la plage de Swetlogorsk se réduit d'année en année et la falaise s'effrite.
La surface de la plage de Swetlogorsk se réduit d’année en année et la falaise s’effrite.
Les récents aménagements donnent à la ville un petit côté "village du Prisonnier"
Les récents aménagements donnent à la ville un petit côté « village du Prisonnier »
Anna et son petit Ivan, 3 ans et de l'énergie à revendre.
Anna et son petit Ivan, 3 ans et de l’énergie à revendre.
Les Russes ont restauré le château d'eau et son cadran solaire qui datent de l'époque allemande, quand la ville s'appelait Rauschen.
Les Russes ont restauré le château d’eau et son cadran solaire qui datent de l’époque allemande, quand la ville s’appelait Rauschen.
Nichée dans un parc de verdure, la petite salle de concerts.
Nichée dans un parc de verdure, la petite salle de concerts.
Grande première: j'ai fait du vélo sur une autoroute. C'est moins dangereux que rouler sur les petites routes polonaises défoncées.
Grande première: j’ai fait du vélo sur une autoroute. C’est moins dangereux que rouler sur les petites routes polonaises défoncées.
Des constructeurs proposent des maisons traditionnelles en bois.
Des constructeurs proposent de nouveau des maisons traditionnelles en bois.
Selenogradsk est une station balnéaire réputée, située à 30 km de Kaliningrad.
Selenogradsk est une station balnéaire réputée, située à seulement 30 km de Kaliningrad.
Coucher de soleil magique sur ma petite tente.
Coucher de soleil magique sur ma petite tente.

Mercredi 3 août
Kaliningrad – Swetlogorsk 65 km

Décalage horaire inclus (+1h), je me lève à 7h30 et je décide d’aller tout de suite faire un tour en ville pour profiter du calme et de la lumière du matin. Je passe donc une heure à tourner à vélo dans le centre ville, passant sans transition des beaux monuments aux immeubles « HLM » totalement décrépis. Je flâne le long de la Pregolia et je reviens à l’hôtel pour un petit déjeuner que le qualificatif de copieux ne suffit pas à décrire; pantagruélique serait plus juste !
Ayant entendu parler français à la table voisine, je me permets de saluer les gens en me levant de table. Bernard, syndicaliste avocat, est en vacances et Svetlana, étudiante en français, l’aide à organiser son voyage. Je m’installe avec eux et on discute des difficultés de la langue française.
Il est plus de 11h quand je remonte sur Colibri qui a passé la nuit en cage, un espace sécurisé pour les vélos. Je pars cette fois en exploration un peu au hasard vers la partie nord de la ville. Je repasse sur la place de la victoire pour admirer à nouveau les bulbes dorés de la cathédrale du Christ Sauveur, puis je me dirige vers un endroit qui semble bien animé. Et pour cause, c’est le marché! Il est immense et propose de tout. J’y circule avec le vélo à la main et je fais quelques achats, bananes, pain, tomates et du miel. J’investis aussi dans une casquette car celle de la Sarthe a disparu depuis quelques jours, sans doute subtilisée par un fan du 72 ! J’en voudrais bien une avec « Rossia » en caractères cyrilliques, mais il y a surtout du Nike et Adidas!
Interloqué par mon fanion, un Russe m’interpelle, on trouve rapidement l’allemand comme langue commune; il est guide-interprète et pilote un groupe qui nous rejoint et m’assaille de questions, avant de me prendre en photo; une vraie star!
Je file ensuite vers le lac près duquel les habitants viennent se promener et se détendre. Il est entouré d’une piste cyclable, sans doute la seule de la ville! Un petit tour devant le musée de l’ambre et la multitude de boutiques qui proposent des bijoux.
Vers 14h je reprends doucement la direction du centre pour rejoindre la route R1 en me fiant à la carte du guide car il n’y a aucun panneau. La sortie de la ville est pénible, longs boulevards rapides et circulation intense. C’est donc avec plaisir et soulagement que je retrouve une petite route calme pour rallier Svetlogorsk, station balnéaire sur la Baltique. La route est très bonne et plutôt agréable, souvent bordée d’arbres, certes dangereux, mais qui viennent la recouvrir et lui confèrent un aspect bucolique.
Je fais deux pauses casse croûtes, dont une à Tcherepanowo, petit village d’immeubles éparpillés, dont le centre est la minuscule épicerie. J’y achète un yaourt et du fromage en montrant du doigt ce que je désire, et je déguste ça sur un banc voisin en observant la vie paisible de cette localité.
L’entrée dans Swetlogorsk se fait par la grande route de Kaliningrad, route très fréquentée à l’entrée de cette station balnéaire réputée. J’hésite entre aller me baigner tout de suite et m’occuper de trouver un point de chute pour la nuit. J’ai à peine le temps d’opter qu’une voiture se met à ma hauteur et par la vitre baissée j’entends : »Bonjour, on peut vous aider? » Question à laquelle j’ai envie de répondre oui avec enthousiasme. On se gare et je fais la connaissance d’Anna et Antoine, Parisiens qui passent leurs vacances ici, chez les parents d’Anna. Lui est cycliste et amateur de longs voyages, et il a tout de suite repéré mon drapeau bleu blanc rouge. Ils me proposent de me montrer la plage, mais s’arrêtent chez les parents d’Anna. Cinq minutes plus tard, je suis invité à dormir chez eux, et, bien entendu, à y dîner. Il y a vraiment des gens d’une incroyable gentillesse ! Antoine m’accompagne ensuite jusqu’à une plage sympa, à distance de la plage « officielle » du centre ville. Je peux enfin prendre mon premier bain dans la Baltique, qui est fraîche mais san plus, mais qui a surtout la particularité d’être très peu salée.
De retour à la maison, j’ai droit aux infos sur TV5Monde, puis on passe à table. C’est le papa d’Anna qui fait la cuisine, et il l’a fait très bien; poisson de la Baltique, saucisses, légumes et pommes de terre sont un vrai régal, accompagné de vin rouge français. Et comme c’est le jour des premières, je bois aussi ma première vodka, accompagnée de délicieux champignons. On reste à discuter jusqu’à une heure du matin; Antoine, enseignant à Bobigny, est intarissable sur les histoires de salle des profs. Mais on parle aussi vélo, voyages, Poutine et culture russe. Une super soirée!

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Le cœur de Kaliningrad n'y night ressemble à celui de toutes les grandes villes du monde.
Le cœur de Kaliningrad by night ressemble à celui de toutes les grandes villes du monde.
Colibri a dormi en cage!
Colibri a dormi en cage!
A mesure des aménagements, les bords de la sont de plus en plus agréables.
A mesure des aménagements, les bords de la Pregolia sont  de plus en plus agréables.
Au petit matin, vue du pont construit en 2005 à l'occasion des 750 ans de la ville.
Au petit matin, vue du pont construit en 2005 à l’occasion des 750 ans de la ville.
Au matin, la ville est calme.
Au matin, la ville est calme.
A la place du château de Königsberg qu'il fait démolir, Staline a fait construire ce bâtiment des soviets, aujourd'hui inoccupé, juste repeint extérieurement.
A la place du château de Königsberg qu’il fait démolir, Staline a fait construire ce bâtiment des soviets, aujourd’hui inoccupé, juste repeint extérieurement.
A quelques pas du centre rénové, les immeubles des quartiers populaires ont une triste allure.
A quelques pas du centre rénové, les immeubles des quartiers populaires ont une triste allure.
Chacun a fermé son balcon comme il a pi.
Chacun a fermé son balcon comme il a pu.

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Des dizaines de marchands à la sauvette vendent des fruits, des légumes et du lait.
Des dizaines de marchands de rue vendent des fruits, des légumes et du lait.
Mes super chaussures "Noz" à 7,95€ n'iront pas plus loin!
Mes super chaussures « Noz » à 7,95€ n’iront pas plus loin!
Monument à la mémoire des marins disparus en mer.
Monument à la mémoire des marins disparus en mer.
Hum hum... Les anneaux olympiques ne sont pas à la fête ces jours ci en Russie...
Hum hum… Les anneaux olympiques ne sont pas à la fête ces jours ci en Russie…
L'immeuble boîtes à lettres, un défi pour le facteur!
L’immeuble boîtes à lettres, un défi pour le facteur!

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La marchande de fruits accepte de poser avec moi.
La marchande de fruits accepte de poser avec moi.
Le groupe de Lübeck avec leur guide russe, en rouge.
Le groupe de Lübeck avec le guide russe, en rouge.
Au marché, un peu à l'écart des stands professionnels, les Babouchkas peuvent vendre leurs produits.
Au marché, un peu à l’écart des stands professionnels, les Babouchkas peuvent vendre leurs produits.
Les abords du lac ont été joliment aménagés.
Les abords du lac ont été joliment aménagés.
Les habitants de Kaliningrad sont de gros utilisateurs de bus, notamment ces minibus.
Les habitants de Kaliningrad sont de gros utilisateurs de bus, notamment ces minibus.
Le centre de Tcherepanowo.
Le centre de Tcherepanowo.
La route est jolie mais dangereuse. Heureusement le trafic est faible.
La route est jolie mais dangereuse. Heureusement le trafic est faible.
Ça y est, je me suis enfin baigné dans la Baltique.
Ça y est, je me suis enfin baigné dans la Baltique.
Le cuisinier devant le fruit de son travail!
Le cuisinier devant le fruit de son travail!

Mardi 2 août
Frombork-Kaliningrad 70km

5h debout, 6h30 sur le vélo. J’avoue que le passage de la frontière russe me stresse un peu; alors autant y aller de bonne heure. Mais d’abord il a fallu que je réorganise le contenu de mes sacoches avant: d’un côté le sec, de l’autre le mouillé. Comme le ciel est bleu, je mets un peu de mouillé sur le porte bagage et des chaussures sur les deux sacoches avant. Ça fait bohème, mais… c’est un peu ça!
Je m’arrête à Branievo, dernière ville avant la frontière, pour acheter une nouvelle bouteille de gaz. Celle achetée à Wittemberg est déjà vide, ce que je trouve curieux; j’ai dû mal la fermer un jour. Je fais cinq magasins avant de trouver le bon. Cela me permet de dépenser mes derniers zlotys et de repartir… plein gaz!
Le passage de la frontière se déroule en deux temps, comme chez nous au bon vieux temps; d’abord la douane polonaise, puis la russe. A la première guérite la barrière est levée et le feu est vert, donc je passe, sans tenir compte du « stop ». Cela me vaut une belle engueulade par la douanière de la deuxième guérite, au demeurant fort jolie ( la douanière, pas la guérite). Mon plaidoyer « I am french I don’t understand  » la calme illico. Je crois même voir se dessiner un léger sourire dans ses yeux. Elle vérifie mon passeport et me fait ouvrir mes sacoches arrière. Sans doute pour vérifier que je ne rentre pas en Russie des produits interdits d’importation suite aux sanctions européennes. Comme elle ne détecte rien de suspect, elle m’envoie vers les Russes, 300m plus loin. Pas plus de cinq voitures attendent à ce poste frontière un peu fantôme depuis qu’une autoroute a été construite, sur laquelle un mega poste frontière a été implanté. Il fut un temps où la file d’attente pouvait faire 6 ou 7 km et le délai de passage atteindre 12 heures!
Je suis rapidement invité à passer avant les voitures. La présentation de mon passeport n’appelle ni remarque ni question de la part de la douanière (jolie aussi, mais pas autant que la polonaise). Le chef douanier me montre la route du doigt, me donnant ainsi le feu vert pour entrer en territoire russe. En tout et pour tout, cela aura duré à peine dix minutes. Ouf ! Une bonne chose de faite. Il est 9h30, le plus dur de la journée est fait. Il me reste à boucler les 50 km qui me séparent de la ville de Kaliningrad.
Pour ceux qui auraient perdu le fil, l’oblast (région) de Kaliningrad est une exclave russe qui correspond à une partie de l’ancienne Prusse orientale et sa capitale Königsberg. En 1945, les Russes ont envahi ce territoire allemand et obtenu d’en conserver environ la moitié, la partie sud étant attribué à la Pologne. Pour Staline, l’intérêt stratégique était de disposer d’un port utilisable toute l’année, contrairement aux ports russes, bloqués par le gel hivernal. Depuis les adhésions de la Pologne et de la Lituanie à l’Union européenne, ce territoire est totalement enclavé et ses habitants doivent obtenir un visa pour en sortir, y compris pour aller chez leurs voisins bélarusses tout proches.
Les 50 km en question se font sur une route de bonne qualité sur laquelle le trafic ne cesse d’augmenter à mesure qu’on approche de la capitale. Et sur la fin c’est franchement flippant car les conducteurs russes font vraiment l’écart minimum pour doubler. Les cars en particulier ont un certain talent pour me frôler. Encore heureux que les automobilistes russes, comme les Polonais, aient l’obligation de rouler tous feux allumés en permanence ; cela les rend visibles dans mon rétroviseur.
Sur les 50km je ne traverse que deux petites villes, pas un village, pas un hameau. Cela fait bizarre. Comme il n’y a pas de village, il n’y a pas de routes secondaires, donc pas de possibilité d’échapper à la A194, à moins de prendre l’autoroute !
A l’entrée de la ville, j’aperçois un cycliste dont l’allure ne m’est pas inconnue; c’est Michael. Il savait que j’étais devant lui, renseigné par la douanière polonaise, dont il a aussi noté le physique avantageux… Alors il a forcé l’allure pour me rejoindre. J’avoue que je suis pas mécontent car il connaît la ville et parle russe couramment. Effectivement il me montre quelques endroits sympas, il garde mon vélo pendant que je visite la cathédrale, on va retirer de l’argent, il rend visite à d’anciens collègues dans l’espoir (déçu) de se faire offrir une bière, on va manger du poisson (je tiens depuis ce matin avec un œuf dur et deux tranches de pain sec), puis il m’accompagne à l’hôtel Ibis où j’ai choisi de dormir pour être dans le centre. Et puis il y a la wifi, ce qui me permet de tenir à jour mon blog. Vive le groupe Accor!

Au matin, les tentes avaient poussé comme des champignons autour de la mienne.
Au matin, les tentes avaient poussé comme des champignons autour de la mienne.
Belle lumière du matin sur la route.
Belle lumière du matin sur la route.
Je regretterai ma petite coccinelle polonaise, mon enseigne préférée pour faire mes courses.
Je regretterai ma petite coccinelle polonaise, mon enseigne préférée pour faire mes courses.
J'y suis!
J’y suis!
Un des nombreux monuments commémoratifs de la victoire de 1945.
Un des nombreux monuments commémoratifs de la victoire de 1945.
Arrivée à Kaliningrad, encore un temps fort de ce voyage.
Arrivée à Kaliningrad, encore un temps fort de ce voyage.
En raison de gros travaux, il a fallu marcher longuement pour entrer dans la ville.
En raison de gros travaux, il a fallu marcher longuement pour entrer dans la ville.
L'homme qui a donné son nom à la ville, Kalinine, a été président du Comité exécutif central de Parti.
L’homme qui a donné son nom à la ville, Kalinine, a été président du Comité exécutif central de Parti.
Le phare est désormais un fameux restaurant spécialisé dans le poisson.
Le phare est désormais un fameux restaurant spécialisé dans le poisson.
La cathédrale, située sur une île, a été reconstruite dans les années 80.
La cathédrale, située sur une île, a été reconstruite dans les années 80.
L'orgue de la cathédrale, offert par les Allemands en 2007.
L’orgue de la cathédrale, offert par les Allemands en 2007.
Peu à peu, les Russes améliorent le centre ville en démolissant les immeubles soviétiques et les remplacer par des maisons inspirées du style de la Hanse.
Peu à peu, les Russes améliorent le centre ville en démolissant les immeubles soviétiques et les remplacer par des maisons inspirées du style de la Hanse.
La place de la victoire, le centre de Kaliningrad.
La place de la victoire, le centre de Kaliningrad.
Me voilà à la tête d'une petite fortune : 10.000 roubles, soit environ ... 120€ !
Me voilà à la tête d’une petite fortune : 10.000 roubles, soit environ … 120€ !

Lundi 1er août
Elblag-Frombock 45km

Figurez vous que j’ai fait les comptes hier soir; sans doute une intuition. En effet je venais juste de passer le cap des 3000 km! Avec mes deux bières en terrasse avec Michael, j’ai fêté ça sans le savoir. Normalement il n’est reste plus que 1700 pour atteindre l’objectif. J’ai largement basculé du bon côté!
Comme il a plu toute la nuit, le linge qui était presque sec hier soir ne l’est plus du tout. Je l’accroche sur le porte bagage dans l’espoir qu’il sèche en route.
En attendant, sur ce tout petit terrain, c’est ambiance familiale; outre Michael, il y a là un motard polonais, un jeune couple germano-polonais, un ténébreux dans son coin et deux cyclistes polonais bavards comme des pies. Tout ce petit monde discute en prenant le petit dej au bord de l’Elblag. Ah oui, je ne vous ai pas dit; ici la géographie est simple : on est dans la ville d’Elblag, au bord de la rivière Elblag, au pied des monts… Elblag. Je vous jure, elle blague pas!
Avec Michael, on réfléchit à la suite de la route. Kaliningrad est trop loin pour une seule étape (110km plus le passage de la frontière) et les possibilités d’hébergement sont plutôt rares avant la frontière. Comme le beau temps chaud est annoncé, on pourrait faire une mini etape jusqu’à Frombork, en bord de mer, et faire 70km demain. Mais si le temps se gâte, on peut aussi pousser jusqu’à Branievo pour se rapprocher un peu plus. Ce sera donc fonction de la météo.
Pour le moment, elle n’a rien de réjouissant; quand je pars, à 9h, un crachin serré m’oblige à mettre le kway. Et à la sortie de la ville, je dois me résoudre à franchir un cran de plus; ce sera la cape, la capuche et le gilet jaune car la visibilité est mauvaise.
Après 20km à ce régime, la pluie cesse et le soleil apparaît timidement. Je peux donc alléger le dispositif, mais me voilà avec encore plus de linge mouillé sur les bras!
Le relief est bien vallonné (les monts Elblag…), mais les routes de bonne qualité. On est là dans une région touristique et l’Union européenne aide au développement des infrastructures. C’est d’ailleurs amusant de voir comment ces fonds sont utilisés. Ainsi pour les itinéraires cyclables, c’est tout ou rien. Là où un programme européen a été mis en place, les équipements sont presque luxueux : piste cyclable de qualité ++, signalisation abondante, barrières de protection, et parfois même éclairage ! Les crédits étant affectés à cette action, ils ne peuvent pas être utilisés pour d’autres opérations; alors on dépense jusqu’au dernier zloty, quitte à être à la limite du gaspillage !
A midi je suis à Frombork, je visite la cathédrale où a officié un certain chanoine Nicolas Copernic. C’est même ici qu’il a observé les astres et écrit son célèbre traité d’astronomie, qui affirmait que la terre tourne autour du soleil. Il remettait donc en cause la théorie de Ptolémée qui prévalait depuis 14 siècles, pour qui la terre était immobile et au centre de la rotation de tous les astres. Étant ecclésiastique et sans doute très habile, il ne fut jamais inquiété par l’Eglise, qui ne reconnaîtra définitivement cette théorie qu’en … 1750, soit 3 siècles après sa mort (1453). Il eut donc plus de chance que Galilée un siècle plus tard, qui soutenait la théorie de Copernic, mais dut renier ses convictions et abjurer officiellement.
Maintenant la question est posée: que fait Copernic quand les nuages l’empêchent d’observer les astres ? Ben voyons, Copernic nique-nique (air connu).
C’était notre minute culturelle…
Je fais quelques achats, surtout du pain, et je me trouve un endroit sympa pour déjeuner, à 3km du village. Il fait maintenant très beau et chaud, j’étale donc tout mon linge mouillé sur les bancs. Puis je me mets à table. Et là, mauvaise surprise, j’ai perdu mon pain. Par flemme d’ouvrir une sacoche, je l’avais posé sur le porte bagage et il n’a pas résisté aux secousses du chemin. Adieu sardines, pâté et camembert (oui, j’en ai trouvé hier). Ce sera cacahuètes, œuf dur, yaourt et pêche. On fera mieux ce soir!
Je vois passer du monde sur ce point de repos de la « green vélo », une route de 2000 km à travers la Pologne. Un groupe d’un vingtaine de retraités fait une pause toilettes; on échange; ils me prennent en photo comme une bête curieuse! Puis c’est un jeune couple de Gdansk qui prévoit de faire 600km sur 10 jours. Et puis c’est un monsieur qui me pose une question à laquelle je ne sais pas répondre; pour m’éclairer, il ouvre son coffre et en sort… mon pain (tranché et emballé, je vous rassure). Trop tard pour ce midi, mais parfait pour ce soir.
Je décide de rester ici et de faire une étape plus longue demain. Le camping est rustique mais accueillant. Je vais faire un tour au bord de mer, mais la plage ne m’inspire pas. Je reporte à plus tard mon premier bain dans la Baltique.
Pas trace de Michael; il a dû opter pour un rapprocher de frontière. De mon côté je m’inquiète du nom de l’entreprise qui est censée m’inviter en Russie. Il paraît en effet que c’est la question piège qu’un douanier russe mal luné est susceptible de poser au porteur d’un visa « business ». Et c’est mieux de connaître la réponse!

Bon, pendant que j’écrivais ces lignes, au bar pour avoir du courant, il est tombé une énorme averse orageuse qui a de nouveau trempé les affaires que j’avais mises à sécher ! Je suis maudit.

Bon, j’arrête avec mes histoires humides. Plus sérieusement, je ne vous garantis pas de mise à jour régulière du blog ces 4 prochains jours car mon abonnement ne couvre pas le territoire russe. Demain soir peut être car je serai à l’hôtel, mais après… ce sera sans doute black-out !

Michael me donne plein d'infos utiles sur la Russie.
Michael me donne plein d’infos utiles sur la Russie.
Moi, ce que j'aime des voyages, c'est le dépaysement...
Moi, ce que j’aime des voyages, c’est le dépaysement…
La cathédrale est richement décorée.
La cathédrale de Frombork est richement décorée.
L'héliocentrisme, une vraie révolution copernicienne.
L’héliocentrisme, une vraie révolution copernicienne.
Copernic est enterré dans la cathédrale de Frombork.
Copernic est enterré dans la cathédrale de Frombork.
Brassens aurait chanté "gare aux grenouououilles""
Brassens aurait chanté « gare aux grenouououilles » »
Sous les couleurs de leur pays, ces retraités polonais font la promotion de la route "Green vélo".
Sous les couleurs de leur pays, ces retraités polonais font la promotion de la route « Green vélo ».
Frombork est aussi un petit port de pêche.
Frombork est aussi un petit port de pêche.
Premier contact avec la Baltique pour Colibri.
Premier contact avec la Baltique pour Colibri.
Record du monde de hauteur de nid de cigognes!
Record du monde de hauteur de nid de cigognes!

Dimanche 31 juillet
Gdansk-Elblag 80 km

Comme prévu, je ne m’attarde pas dans mon gourbis; réveillé à 6h30, avec les pigeons et les poules, je boucle les sacoches et je dégage. A 7h30 je suis dans le centre de Gdansk, où je commence par m’offrir un solide petit déjeuner. Je ne suis pas trop tranquille car j’ai l’impression de sentir la fiente de pigeon; mais les autres clients ne semblent rien remarquer.
Ensuite, je profite pendant deux bonnes heures du magnifique centre ville qui m’était quelque peu dissimulé hier. Les forains ne sont pas encore installés et les touristes pas encore arrivés. Je découvre donc la ville sous ses meilleurs aspects et je parviens mieux à identifier les sites. Les enfilades de façades sont vraiment magnifiques, même en sachant qu’elles ne datent pas de l’âge d’or de la ville, puisque reconstruites après guerre.
Vers 11h, je ressors de la ville par là où j’y suis entré, puisque, pour la première fois, je fais carrément demi tour. Curieusement, j’ai mal aux mollets alors que l’étape d’hier a été courte. Mais je réalise que c’est l’effet des 400 marches du clocher qui se fait sentir!
Après 30km, je reprends le bac de Mickoszewo pour traverser dans l’autre sens l’estuaire de la Vistule et je revois l’endroit où j’ai dormi avant hier soir. Je poursuis en longeant la côte de la Baltique, mais le trafic en ce dimanche 31 juillet est vraiment très dense. Je repère donc sur le GPS un itinéraire bis qui doit me ramener vers Elblag.
Sur la carte tout est beau, sur le terrain c’est un peu différent. A un moment, la route fait place à un chemin de ferme, puis à une voie agricole faite de plaques de béton d’un mètre de long; la roue arrière passe une plaque juste avant que la roue avant n’attaque la suivante; cela donne une succession ininterrompue de secousses difficilement supportables. Cela ne dure qu’environ 3km, mais cela semble une éternité. Mais au final je ne regrette pas car j’ai évité de tomber sur une autoroute qui m’aurait sans doute obligé à de longs détours.
Arrivé à Elblag, je m’installe au petit camping près de la rivière, qui s’avère être un nid de cyclistes. Je sympathise avec mon voisin de tente, Michael, qui effectue là son premier grand voyage aussi, de Berlin à Kaliningrad. On va boire une bière en ville et il me raconte plein d’anecdotes sur la Russie qu’il connaît bien. Il a travaillé 8 ans au consulat allemand de St Petersbourg et parle donc russe couramment. On va peut être faire un bout de route ensemble… Demain, la météo annonce une forte chaleur; je pense donc faire une courte étape jusqu’à Frombork sur la Baltique, avant de rentrer dans l’oblast de Kaliningrad mardi.

Dans la lumière du matin, les façades sont plus lumineuses.
Dans la lumière du matin, les façades sont plus lumineuses.
La "maison dorée"
La « maison dorée »
La fontaine de Neptune et la mairie, deux monuments emblématiques de la ville.
La fontaine de Neptune et la mairie, deux monuments emblématiques de la ville.
La façade de l'arsenal.
La façade de l’arsenal.
Récemment aménagée, la promenade sur le port donne vraiment envie de flâner.
Récemment aménagée, la promenade sur le port donne vraiment envie de flâner.
Comment résister?
Comment résister?
Gdansk est aussi un immense chantier, signe du dynamisme de la ville.
Gdansk est aussi un immense chantier, signe du dynamisme de la ville.
Il est partout!
Il est partout!
Les bords de routes sont jalonnés de stèles commémoratives rappelant des accidents. Pas très étonnant...
Les bords de routes sont jalonnés de stèles commémoratives rappelant des accidents. Pas très étonnant…
Dimanche matin en Pologne. Les églises sont pleines, les gens suivent la messe dehors.
Dimanche matin en Pologne. Les églises sont pleines, les gens suivent la messe dehors.
Aujourd'hui j'ai retrouvé les cigognes, absentes du paysage depuis quelques jours.
Aujourd’hui j’ai retrouvé les cigognes, absentes du paysage depuis quelques jours.
Des plaques de béton particulièrement inconfortables.
Des plaques de béton particulièrement inconfortables.
Tandis que les œufs cuisent, une mouette vient me piquer mon pain.
Tandis que les œufs cuisent, une mouette vient me piquer mon pain.

Putain, 5 semaines!
Sur les 10 semaines que doit durer mon voyage, j’en ai aujourd’hui 5 derrière moi. Je dois donc être à pas loin de la moitié.
J’avoue que ce coup d’œil en arrière m’impressionne. Je n’ai pas fait le total des kilomètres parcourus; cela doit friser les 2500. Mais ce ne sont pas tant les chiffres qui comptent que les moments vécus au cours de ces 35 jours. Ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu, les petites misères et les beaux moments; et surtout les rencontres que j’ai faites. Les programmées organisées et puis les impromptues, celles qui font le sel et le charme d’un tel voyage.
Seul, moi? Jamais ou presque. J’ai toujours eu du monde autour de moi, et souvent pour mon plus grand plaisir.
À part ça, j’ai été épargné par les pépins, qu’ils soient physiques ou mécaniques et je croise les doigts pour que cela continue ainsi.
Et puis il y a vous qui me faites l’amitié de me lire régulièrement et c’est très important pour moi. D’abord, cela me permet de partager cette aventure, de ne pas la vivre que pour moi. Et cela m’aide aussi à surmonter les moments difficiles. Ainsi, quand il m’arrive un petit coup dur, j’imagine tout de suite le récit que je vais pouvoir en faire, et cela fait passer la pilule. Enfin, il y a vos commentaires qui me touchent beaucoup. Continuez à m’écrire, je me sens accompagné.

Samedi 30 juillet
Baltique-Gdansk 30km

L’étape la plus courte à ce jour. Il faut dire que je pensais être contraint à faire plus de détours pour entrer dans Gdansk par des routes praticables à bicyclette.
Après avoir salué mes voisins motards, (les Polonais dorment toujours), je prends le bac pour traverser la Vistule. Ensuite, une trentaine de km sans histoire m’amènent à l’entrée de cette ville de 500 000 habitants. Et assez rapidement j’y trouve des pistes cyclables performantes. Je rejoins donc le centre ville vers 11h. Et là, surprise, une foule énorme a envahi les rues; c’est le lancement du « Jarmarkt », le marché annuel. Des kilomètres de stands bordent toutes les artères du centre, regroupés par genre : les restaurants, les vêtements, les souvenirs, les bijoux, les jouets, l’artisanat, le bio, etc. C’est évidemment très animé donc sympa, mais cela rend difficile la visite de la ville, un peu masquée par les calicots, les barbus, les parasols et les panneaux publicitaires. Et puis il n’est pas évident de se faufiler dans la foule avec Colibri et ses 45 kilos! Je préviens donc Pavel, mon contact, que j’aimerais bien avancer le rendez vous prévu à 17h. Pas de soucis, donc je me rends chez lui, à environ 6km du centre. Étudiant en Russe, il loue une chambre au sous sol d’un pavillon. Enfin, une chambre… dans un autre type d’établissement, on appellerait ça une cellule : 2 mètres par 3, un petit vasistas comme fenêtre, la cuisine et les toilettes partagées avec les autres locataires. Et c’est sale! Et c’est bordélique! Et ça pue ! Je n’ai jamais vu ça! Il m’offre une bière que je vais boire dans le capharnaüm, pardon, le jardin. Et le pire, c’est que dans la partie de jardin que les propriétaires gardent pour eux, c’est nickel, et la grosse cylindrée est garée à côté de la piscine…
Pavel m’explique qu’il va me laisser sa chambre et aller dormir chez sa copine. Pendant qu’il fait un peu de rangement, je sympathise avec le père des proprios qui m’aide à réparer le klaxon de mon vélo, endommagé la veille par des gamins très excités par le son de l’objet.

Je prends une douche, je pose mes affaires et je redescend en ville. D’abord tenté de prendre le tramway, je choisis finalement de prendre le vélo. Je l’attache soigneusement et je plonge dans la foule. Je m’attache surtout à discerner le patrimoine de cette ville entièrement reconstruite après la guerre, mais très jolie. Je monte les 400 marchés du clocher de la Basylika Mariacka, sainte Marie pour voir la ville d’en haut, puis je flâne sur le port, superbement aménagé pour la promenade. A cause de la foule je ne parviens pas à trouver tous les monuments que je veux voir, aussi je me dis que je reviendrai demain, dimanche, à la fraîche; ce sera peut être plus calme.
Vers 19h, je remonte chez Pavel, qui m’annonce qu’il a trouvé une meilleure solution pour mon hébergement. Je me réjouis, pensant que cela ne peut être que mieux. Erreur! il a préparé un lit dans le cabanon/atelier/débarras/pigeonnier au fond du jardin. Je n’en crois pas mes yeux; c’est un capharnaüm invraisemblable et indescriptible, vous jugerez sur photos. Évidemment sale, sans électricité ni eau courante. Et je partage les lieux avec quatre pigeons qui obligent à maintenir portes et fenêtres fermées pour qu’ils ne s’échappent pas. J’avoue avoir un gros temps d’hésitation. Je ne suis pas begueule et je m’adapte facilement, mais là je ne sens pas trop le coup. Ou plutôt je le sens trop bien parce que les pigeons… Bon, je ne veux offenser personne et je suis fatigué ( je n’ai encore dormi que 5 h la nuit dernière). Donc je décide de rester et de boucler mes sacoches dès ce soir pour être prêt à partir à l’aube, prendre un petit déjeuner à l’air libre. Le père des proprios vient brancher deux rallonges sur le tableau électrique et me voilà donc électrifié  c’est déjà ça! En revanche, il m’annonce que la maison sera fermée cette nuit, donc pas d’accès aux toilettes; ça c’est moins drôle…

Extérieurement, la maison où loge Pavel ne présente pas mal.
Extérieurement, la maison où loge Pavel ne présente pas mal.
Pavel adore les poules et les pigeons, mais pas au point de dormir avec eux.
Pavel adore les poules et les pigeons, mais pas au point de dormir avec eux.
Réparation du Klaxon.
Réparation du Klaxon.
L'hôtel de ville du 17ème.
L’arsenal.
Du monde, partout...
Du monde, partout…
Dans les églises, environ un visiteur sur deux s'agenouille et se signe en entrant.
Dans les églises, environ un visiteur sur deux s’agenouille et se signe en entrant.
Même avec les parasols, c'est beau !
Même avec les parasols, c’est beau !
Dluga, la rue principale.
Dluga, la rue principale.
La ville vue du haut du clocher de sainte Marie.
La ville vue du haut du clocher de la basilique Mariacka.
Le centre ville présente une belle unité architecturale.
Le centre ville présente une belle unité architecturale.
Et voilà mon royaume pour la nuit.
Et voilà mon royaume pour la nuit.
J'sais pas ce que ça veut dire, mais je trouve ça mignon.
J’sais pas ce que ça veut dire, mais je trouve ça mignon. Peut-être « chambrette »?
Ce local était un atelier de réparation de meubles; c'est aujourd'hui un atelier de bricolage.
Ce local était un atelier de réparation de meubles; c’est aujourd’hui un atelier de bricolage. Mais il ne s’y passe pas grand chose. C’est plus du stockage de bazar.
Vu de mon lit au réveil.
Vu de mon lit au réveil.
Les poules ont dormi dans la pièce voisine. Au matin elles viennent me saluer.
Les poules ont dormi dans la pièce voisine. Au matin elles viennent me saluer.

Vendredi 29 juillet
Malbork-Vistule 40km

Comme je le craignais, l’endroit est très bruyant. A 5h je suis réveillé et impossible de me rendormir avec le passage des camions d’un côté et des trains de l’autre. Idyllique sur le papier avec son étang et sa situation face à la forteresse, ce camping, par ailleurs bien entretenu, n’est vraiment qu’un lieu de passage pour visiter la ville. Je m’offre un petit déjeuner copieux et je pars visiter la ville à pied. A 8h, je suis le seul touriste; mais je dois attendre 9h pour entrer dans le château, le plus grand d’Europe en briques. Je devrais dire « les » châteaux car il y en a trois, imbriqués les uns dans les autres. Muni de mon audioguide qui cause français, je passe trois heures à visiter cet énorme ensemble, et j’apprends une foule de choses
L’ordre des Chevaliers teutoniques est à l’origine un hôpital de campagne fondé en 1190, lors de la 3eme croisade. Les expéditions en terre sainte terminées, l’Ordre s’implante en Prusse et en Livonie dont sont originaires ses fondateurs. De simple communauté charitable, il se transforme alors en ordre militaire, officiellement mandaté par le pape pour évangéliser les païens des bords de la Baltique. Riche des dons reçus de malades et de princes, il étend son influence et devient une véritable puissance militaire, qui sera d’ailleurs à l’origine de la création du royaume de Prusse. En 1307, inquiets des persécutions des Templiers en France, les Chevaliers décident de transférer leur siège de Venise à Marienburg, aujourd’hui Malbork, où ils possédaient déjà un monastère qu’ils vont alors agrandir et fortifier. De là ils mèneront des guerres de conquête et créeront un état monastique qui englobe le nord de la Pologne actuelle, Kaliningrad et les états baltes. En 1457, ruinés par les guerres, ils vendent le château de Malbork au roi de Pologne. C’est ainsi que cette ville deviendra le lieu de résidence des rois de Pologne pendant 300 ans. L’ordre existe toujours; il ne fait plus la guerre mais soigne toujours les malades. La visite est passionnante et agrémentée de nombreuses expositions, dont une sur l’ambre qui me fascine.
De retour au camping je déjeune et je fais mes sacoches, mais je ne démonte pas la tente car le temps tourne à l’orage et je n’ai pas de point de chute pour ce soir. J’envisage donc plusieurs solutions, dont celle de rester dormir ici et faire la route de Gdansk en une fois. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis!
L’office du tourisme ne m’est pas d’un grand secours: aucune info sur les routes cyclistes vers Gdansk et rien sur les campings dans cette direction. Je décide néanmoins de décoller et de filer droit vers le nord jusqu’à la Baltique, imaginant trouver des campings en bord de mer. Je trouve assez facilement un itinéraire qui évite les grands axes, si bien qu’à 18h je suis sur la Baltique en ayant fait mon quota de 40km. Il y a beaucoup d’hôtels et de restaurants, mais pas de camping. Devant prendre un bac pour traverser l’embouchure de la Vistule, j’arrive sur un endroit très agréable où sont installés des campings cars. Plus bas, vraiment au bord du fleuve, j’avise deux motards allemands qui ont planté leur guitoune. Je m’installe près d’eux.
Ils me donnent deux bonnes infos que je mettrai à profit : le restaurant juste à côté est bon, et il y a une plage où on peut trouver de l’ambre! Je fais les 3km qui mènent à la plage en poussant souvent Colibri car le chemin est très difficile. Sur la plage, quelque dizaines de personnes gratouillent la terre à la recherche de l’or de la Baltique. Je les imite et trouve effectivement quelques minuscules cailloux d’ambre; pas de quoi faire un collier, mais ça fait plaisir. Sur le retour je vois la police qui rôde et je m’inquiète un peu; je n’ai pas envie de me faire déloger.
Au restau c’est le chef qui choisit mon plat car je lui dis que je veux manger une spécialité locale. Je lui fais confiance. Je me retrouve avec un pavé de saumon, certes délicieux, mais qui ne provient sûrement pas de la Vistule… Qu’importe, c’est bon et la dégustation est agrémentée d’un joli coucher de soleil.
De retour à la tente, ce n’est pas la police qui m’attend, mais un couple de Polonais qui me demande l’autorisation de poser leur camping-car près de ma tente. Eux se sont fait déloger de la digue, qui est en zone protégée. C’est le policier qui leur a conseillé de venir ici! J’accepte bien volontiers car plus on est nombreux, plus on est en sécurité. Ils s’installent et m’invitent à boire un café. Ils habitent à 200km d’ici et voyagent avec leurs deux enfants, Tina et Tobiaz. Je leur explique mon parcours avec la carte de Pologne dépliée sur la table. De Pologne uniquement car pour eux, les vacances c’est forcément dans leur pays; et si possible pas trop loin de chez eux… On n’est pas vraiment en phase sur les questions de l’Europe, des réfugiés et de la religion, mais qu’importe, la discussion ( en allemand) est agréable. Et puis le gars fait du vélo; donc il ne peut pas être complètement mauvais… Il est plus de 23h quand je regagne les petites pénates pour une nuit au calme.

Il est content, le touriste !
Il est content, le touriste !
Réhabilité au 19eme siècle, le château a été gravement endommagé en 1945 car il servait de fort.
Réhabilité au 19eme siècle, le château a été gravement endommagé en 1945 car il servait de fort.
La salle à manger du château était chauffée par le sol.
La salle à manger du château était chauffée par le sol.
L'ambre inspiré les artistes.
L’ambre inspiré les artistes.
La cour du couvent autour du puits.
La cour du couvent autour du puits.
Qui dit touristes dit boutiques à deux balles; ici, moyen-âge made in Taïwan.
Qui dit touristes dit boutiques à deux balles; ici, moyen-âge made in Taïwan.
Pour ceux qui n'ont pas trouvé leur bonheur dans les modèles précédents, nous avons encore celui ci.
Pour ceux qui n’ont pas trouvé leur bonheur dans les modèles précédents, nous avons encore celui ci.
Pour la déco de vos jardins, pensez aux animaux en pneus!
Pour la déco de vos jardins, pensez aux animaux en pneus!
Occasion à saisir ! N'hésitez pas!
Occasion à saisir ! N’hésitez pas!
Embouchure de la Vistule dans la Baltique, un petit air de bout du monde.
Embouchure de la Vistule dans la Baltique, un petit air de bout du monde.
C'est dans ce sablé noir qu'on peut trouver de l'ambre.
C’est dans ce sablé noir qu’on peut trouver de l’ambre.
Mon petit trésor d'ambre.
Mon petit trésor d’ambre.
C'est presque aussi bon que mon riz au fromage !
C’est presque aussi bon que mon riz au fromage !

Jeudi 28 juillet
Rudnik-Malbork 110 km

Il a plu toute la nuit, ce qui n’a pas aidé au séchage des affaires mouillées. Ainsi mes deux cuissard sont inutilisables, il va falloir que je roule en short. A voir. Le remballage des affaires est donc compliqué car il faut séparer le sec du mouillé . Vu la tronche du ciel, pas question des mettre des trucs à sécher sur le porte bagages; j’y installe plutôt les vêtements de pluie pour ne pas me faire piéger à nouveau. Et je ne parle pas de la tente, évidemment trempée et le tapis de sol tout ensablé. Eponges et chiffons ne suffisent pas et c’est une tente humide et sale que je remets dans son sac.
Malgré cela, je repars de l’avant avec l’intention de rejoindre Malbork/Marienburg. C’est un crochet sur mon parcours, mais la ville m’a été chaudement recommandée par Liliane et Michel. C’est encore une étape de 100km en vue, mais je me sens bien.
Je traverse d’abord Grudziadz, qui n’a pas la réputation d’être une belle ville. Mais la R1 passe au pied des remparts, sur des belles pistes cyclables sur les rives de la Vistule, et c’est agréable. Là je tombe sur des Français en camping car. Je m’arrête pour discuter; l’un des gars est membre d’une écurie de LMP3 et il vient régulièrement courir au Mans. Ils s’apprêtent à monter à Gdansk. Ils y seront avant moi, mais ils ne verront certainement pas tout ce que je verrai! Gentiment, ils me demandent si j’ai besoin de quelque chose.
La matinée se passe tranquillement ; j’observe la diversité des productions agricoles de la région: blé, maïs, tabac, oignons et, bien sûr, cornichons! Je retrouve avec plaisir quelques cigognes. Les routes sont belles et tranquilles, le vent est quasi nul; je me sens tellement en forme que je m’offre une demi-heure à 25 de moyenne. Je m’arrête dan une petite épicerie de village qui n’est pas en libre service. J’apprends ainsi que pâtés se dit « pachéte »; ch’est fastoce ! D’ailleurs j’ai fait de gros progrès en polonais. J’ai d’abord appris à dire bonjour. Comme mes neurones ont du mal, je cherche des moyens mnémotechniques. Donc pour bonjour, c’est « à ta santé Jean-Louis ». En version polonaise : « Tchin Debré »! Et ça marche. Quand je rentre quelque part, on me prend pour un vrai Polonais. Bon, l’effet ne dure pas longtemps, j’en conviens. A part ça, je sais dire merci, au revoir, tente et vélo! Et maintenant, pâté.
A 13h j’ai bouclé mes 50km du matin, je m’arrête donc déjeuner à Kwidzyn dont les restes de château fort sont impressionnants. Je passe un bon moment sur la place devant la cathédrale. Comme le soleil pointe son nez, je mets ma lessive à sécher : un cuissard et un slip sur le porte bagage, une socquette sur chaque sacoche avant et le maillot sur mon dos, par dessus mon t.shirt, ce qui m’apporte une fraîcheur bienvenue. Bon, au concours d’élégance j’aurais du mal à monter sur le podium, mais c’est efficace.
Je suis toujours le cours de la Vistule, le plus grand fleuve polonais, frontière entre les peuples germaniques et slaves. Long de 1047km, je trouve qu’il ressemble à la Loire, avec sa nonchalance, ses bancs de sable et ses levées pour canaliser ses crues.
A 25km de Malbork je dois choisir entre Charybde et Scylla, entre la nationale sans voie cyclable et les petites routes défoncées. Dans ma grande sagesse, j’opte pour les petites routes en espérant qu’elles auront été refaites depuis l’édition du guide. Hélas, rien de tel; je me farcis au moins 15 bornes de tape-cul vent dans le nez qui m’épuisent. Heureusement je rejoins une bonne route pour les 10 derniers kilomètres ; mais le mal est fait : je suis cuit et recuit. Je rajoute une dent à l’arrière, puis une autre, puis je change de plateau, mais rien n’y fait, je n’avance plus. Et comble de bonheur, le temps tourne à l’orage et le ciel est très menaçant. Énervé a l’idée de me faire piéger comme hier, je trouve les ressources pour boucler les 3 derniers km à bonne allure. Je suis récompensé par le passage devant la magnifique citadelle de Malbork au soleil déclinant qui donne du relief aux milliers de briques du bâtiment.
Le camping juste en face la citadelle est facile à trouver, entre la nationale et la ligne de chemin de fer. Sachant que beaucoup de passages à niveau n’ont pas de barrière, les trains klaxonnent allègrement pour signaler leur arrivée. Cela promet!
J’ai pourtant bien besoin d’une bonne nuit car je suis vraiment fatigué. Pour la première fois, j’ai mal aux jambes. Le p’tit jeune fringant du matin a pris un sacré coup de vieux. Mais déjà la douche fait du bien; et puis le gueuleton goulasch-bière finit de me remettre sur pied.
Il n’empêche que je dois me ménager; à ce titre, le programme des prochains jours est plus léger : demain, visite de Malbork et petite étape de 40 km. Samedi, mini-étape de 40 aussi pour arriver à Gdansk dans l’après-midi, et dimanche, visite de Gdansk, où je dois retrouver le jeune rencontré à Amsterdam. Un rythme plus raisonnable.

Ce matin, la pluie a cessé, je peux prendre le petit-déjeuner dehors, sur "ma" table.
Ce matin, la pluie a cessé, je peux prendre le petit-déjeuner dehors, sur « ma » table.
Mes chaussures ne sont pas près d'être réutilisables.
Mes chaussures ne sont pas près d’être réutilisables.
A la sortie de Grudziadz, un cimetière à la mémoire des soldats polonais et russes tombés dans les combats de libération de 1945.
A la sortie de Grudziadz, un cimetière à la mémoire des soldats polonais et russes tombés dans les combats de libération de 1945.
Séchage de feuilles de tabac. Et ça sent bon !
Séchage de feuilles de tabac. Et ça sent bon !
A Nebrowo Wielkie, un monument aux morts original.
A Nebrowo Wielkie, un monument aux morts original.
Qui n'en veut, des cornichons ?
Qui n’en veut, des cornichons ?
La cathédrale de Kwidzyn renferme de jolies fresques.
La cathédrale de Kwidzyn renferme de jolies fresques.
L'imposant château fort de Kwidzyn.
L’imposant château fort de Kwidzyn.
Un beau pont sur la Vistule.
Un beau pont sur la Vistule.
Au confluent de la Liwa et de la Vistule, une imposante écluse permet le passage d'un cours d'eau à l'autre.
Au confluent de la Liwa et de la Vistule, une imposante écluse permet le passage d’un cours d’eau à l’autre.
Première vision de la forteresse de Malbork.
Première vision de la forteresse de Malbork.

Mercredi 27 juillet
Bidgoszcz-Rudnik 105km

A 6h30, Rafael rentre du travail. Il me trouve en train de faire la toilette du matin à Colibri. On prend un petit déjeuner royal dans le jardin. Jambon, charcuterie, rillettes, tomates, concombres du jardin, et les inévitables énormes cornichons que les Polonais apprécient tant. Moi moins, mais j’en mange car cela fait partie de l’ambiance. C’est un couple plutôt aisé, qui vit dans une maison multifamilliale, les parents de Rafael au rez de chaussée, eux au premier étage. L’inconvénient c’est qu’il faut traverser le logement des parents pour accéder à l’étage. Et le père n’est point causant…Monika part faire une prise de sang et me salue donc. Je la remercie vivement pour sa prévenance, elle s’excuse de ne pas avoir eu plus de temps à me consacrer! Un comble.
Comme convenu, Rafael m’accompagne, avec le petit Max, une crevette pleine d’énergie, capable de faire 60km de vélo en une journée! Tout en roulant on discute beaucoup de voyages, de vélo, et de famille. Pour lui, Pascal est un prénom de star car c’est celui d’un des concurrents du Master Chef polonais, bon cuisinier, mais qui fait rire tout le monde avec son accent français. On parle aussi un peu de politique. Il est très favorable à l’UE. Si la rancoeur envers les Allemands s’estompe, la haine des Russes est bien tenace pour ce qu’ils ont fait subir aux Polonais après la 2eme guerre mondiale.
On va comme ça jusqu’au pont de Koronovo, le plus haut d’Europe pour une voie étroite de chemin de fer. Aujourd’hui la voie ferrée a disparu, le pont de style « Eiffel » est un passage piétons et cyclistes. Rafael et Max me laissent là. Cette rencontre est une des plus belles du voyage à ce jour par sa spontanéité et sa simplicité.
Je file en direction de Chelmno sur des routes impeccables. Je sens qu’on arrive dans des zones plus peuplées et plus développées économiquement. Je m’arrête déjeuner au bord de la Vistule, les remparts de Chelmno en face de moi. C’est un jolie ville fondée par les chevaliers teutoniques, entourée d’un rempart de 2270 mètres de long, très bien restauré et dotée d’un nombre impressionnant d’églises. L’une d’elle renferme une relique de saint Valentin, ce qui a donné à la municipalité l’idée de s’autoproclamer « ville des amoureux ». Du coup, ils sont des milliers à y affluer le 14 février!
Je fais quelques courses en vue de ce soir et je repars avec devant moi deux possibilités de camping. La première, à seulement 5 km de Chelmno est très (trop) vantée dans le guide. Mais j’ai encore envie de rouler un peu car je n’ai fait que 80km. Donc je zappe cette option et vise la suivante, 20 km plus loin. Il m’en reste 10 à faire quand un violent orage se déclenche. Pensant que cela allait passer rapidement je m’arrête pour me mettre à l’abri sous des arbres. Mais l’averse se transforme en déluge, puis en mini tornade. Il est trop tard pour ouvrir les sacoches et sortir les vêtements de pluie. Au bout d’un quart d’heure je suis trempé des pieds à la tête. Du coup je décide de me remettre en selle; trempé pour trempé, autant avancer. Mais je ne vais pas loin. La route est tellement inondée que je ne vois plus les trous et dans une descente je me prends un nid de poule invisible. Résultat, trois sacoches se détachent. Si les deux de devant restent accrochées tant bien que mal, la sacoche arrière droite valse carrément dans le fossé! Arrêt, ramassage ( en priant pour que le pot de confiture soit intact) et tentative de remise en place. Et là, une voiture passe à toute blinde (ben oui, pourquoi ralentir?) et m’asperge d’eau boueuse. Un vrai gag à la Buster Keaton. Je ne suis pas plus mouillé qu’avant, mais beaucoup plus sale ! Quelques minutes plus tard la pluie s’arrête; j’en profite pour me changer afin de ne pas attraper la crève.
Mis à part un raidillon qui me coupe les pattes, il ne m’arrivera plus rien de rigolo jusqu’au lac de Rudnik où je dois camper. Sauf que le camping n’accepte pas les tentes; à moins de mettre 50 zl sur la table. Et pour 100 il peut me proposer une chambre! J’essaie de négocier, mais en vain. Il m’indique un autre camping plus loin dans le bois, ni répertorié ni fléché, mais pourtant très bien aménagé autour d’une plage. J’ai mon emplacement pour 11 zl; record battu! Tout juste le temps de monter la tente, et la pluie se remet à tomber. Du coup, je mange froid dans la tente et me couche sitôt douché.

Et voici les photos du jour, avec une dédicace spéciale à cousine Betty!

Monika et Rafael préparent le super petit déjeuner.
Monika et Rafael préparent le super petit déjeuner.
Max la Crevette devant le pont de Koronovo.
Max la Crevette devant le pont de Koronovo.
Photo souvenir devant le pont inspiré des techniques de Gustave Eiffel.
Photo souvenir devant le pont inspiré des techniques de Gustave Eiffel.
Et hop! Le dessert est dans la boîte.
Et hop! Le dessert est dans la boîte.
Pause déjeuner au bord de la Vistule.
Pause déjeuner au bord de la Vistule.
L'entrée dans Chelmno ne manque pas de charme.
L’entrée dans Chelmno ne manque pas de charme.
La mairie néo-gothique de Chelmno.
La mairie néo-gothique de Chelmno.
L'église sainte Marie de Chelmno est joliment décorée.
L’église sainte Marie de Chelmno est joliment décorée.
Les 2270 mètres de fortifications de Chelmno constituent une attraction touristique majeure.
Les 2270 mètres de fortifications de Chelmno constituent une attraction touristique majeure.
Trempé gainé et crasseux en prime!
Trempé gainé et crasseux en prime!

Mardi 26 juillet
Mrocza – Bidgoszcz 60km

Au réveil, je suis bien content de ne pas avoir la tente à replier. En revanche, le chant des oiseaux et le petit déjeuner au bord de l’eau me manquent; on ne peut pas tout avoir.
Vers 9 h je retrouve Colibri dans le hall d’entrée, solidement attaché au radiateur. Harnachement et en route!
Aujourd’hui j’ai décidé d’utiliser une partie de mes deux jours d’avance pour faire un détour par la ville de Bydgoszcz, réputée l’une des cinq plus belle ville de Pologne. Étant un peu frustré jusque là en matière de belles villes, je m’offre un détour d’une vingtaine de bornes pour visiter cette cité. Ensuite, je prévois de remonter à Janowo pour dormir au camping près d’un lac. Ça, c’est le plan de départ…
Comme hier, le parcours est agréable, sur des petites routes assez roulantes dans l’ensemble. Je me sens en pleine forme et j’avale les kilomètres sans m’en rendre compte.
Comme l’étape promet d’être courte je prends mon temps et je m’arrête à chaque occasion; coup d’œil à une église, photo de ci ou ça, et surtout cueillette de fruits; aujourd’hui ce sera pommes et prunes.
Je m’arrête aussi à l’un des nombreux monuments commémoratifs qui émaillent les villages. L’un d’eux rappelle l’exécution des habitants par les Nazis lors de l’invasion de 1939, invasion qui a déclenché la 2ème guerre mondiale. Il faut dire que la Pologne, si souvent occupée, dépecée et même rayée de la carte par le passé, a payé un lourd tribut à la folie hitlérienne. Les Nazis considéraient les Polonais comme des sous-hommes, voués à l’extermination ou à l’esclavage. Au final, près de 6 millions de Polonais ont péri entre 39 et 45, soit 16% de la population.
J’en profite aussi pour regarder les bas côtés de la route; et je constate qu’ils ne sont ni plus propres ni plus sales que ceux des autres pays traversés. On y trouve un taux de déchets du même ordre. Première au hit parade et leader incontestée : la bouteille plastique, loin devant les canettes, les bouteilles en verre et les emballages de nourriture, dont les incontournables sacs de chez Mac’Do. Et puis il y a bien sûr les paquets de cigarettes, les pièces détachées de voiture, enjoliveurs en tête, les couches de bébés, et les sacs poubelles complets. Rien que de très commun, quoi, hormis la paire de menottes repérée il y a quelques jours !
Rien à voir, mais je regarde aussi le prix de l’essence. Surprise, le pétrole n’est pas aussi bon marché qu’on pourrait le penser dans un pays au niveau de vie si bas. Il faut compter 4,10 zl, soit à peine moins d’un euro pour un litre de gasoil, et 4,40 pour un litre d’essence, soit autour de 1,10€. Avec un Smic à 410€, cela fait cher proportionnellement. Je comprends d’autant moins la frénésie des automobilistes à vouloir consommer le plus possible à chaque dépassement ou démarrage. Arracher le bitume (quand il y en a) au démarrage est ici un sport national. L’éco-conduite n’a pas encore trouvé sa place en Pologne…
J’en arrive maintenant à l’événement qui allait perturber mon plan. Arrêté dans un carrefour pour consulter la carte, je suis dépassé par deux cyclistes en mode entraînement, tête baissée, tout à droite. Salut rapide au passage, puis coup de frein et demi-tour. Revenus à ma hauteur, ils me posent les questions rituelles, tu viens d’où, tu vas où ? Les réponses étant systématiquement suivies d’un « Waoooh » admiratif. L’un d’eux parle bien anglais, on roule un peu ensemble; il a fait des voyages à vélo avec ses deux fils, en Suisse, et des virées en Norvège et en Géorgie. Pour lui, la France est le plus beau pays du monde; il y a passé ses dernières vacances. Il me demande où je dors ce soir, je lui explique mon plan, et là il me propose de m’héberger chez lui, à Bydgoszcz.C’est ma première invitation d’autochtones, ça ne se refuse pas, même si cela me fait perdre un peu de temps. J’ai du crédit d’avance.
Je boucle donc la soixantaine de km pour arriver à Bydgoszcz que j’atteins vers 13h. C’est la première fois que j’arrive aussi tôt sur mon lieu d’étape; j’ai donc tout le temps de flâner dans le centre ville, de me tremper les pieds dans le canal en déjeûnant, de discuter avec un prêtre un peu intégriste, en route pour les JMJ à Cracovie avec un groupe de fidèles chanteurs et danseurs. Et puis aussi de boire une bière bien fraîche car, comme on dirait dans la Sarthe, « y n’en fait eune poignée »!
Bon, le centre ville est sympa, mais assez restreint; dès qu’on sort du périmètre grande place/cathédrale/rue piétonne, c’est une grande ville très ordinaire . Et dès qu’on sort du centre, c’est plutôt laid. Donc je glande un peu, histoire de ne pas arriver trop tôt chez le gars qui m’a invité. J’appelle avant de quitter le centre, mais personne ne décroche. Grâce au GPS je trouve sans problème le 4 de la rue Kwidzyńska. Visiblement je suis attendu : la mamie appelle sa belle fille et aussitôt trois gamins adorables m’accueillent avec force « Hello »! En fait, le cycliste, Raphaël, qui est gardien de prison, travaille de nuit et vient de partir, en se désespérant de ne pas me voir arriver. Son épouse Monica m’accueille avec une extrême gentillesse. Elle met à ma disposition une pièce dans le jardin, me propose à boire, de prendre un douche, puis me sert une soupe et m’interdit d’aller faire des courses au supermarché voisin. En mangeant ma soupe de pâtes et carottes, je regarde les vidéos de leurs vacances familiales et des virées de Raphaël en Norvège et en Géorgie avec des copains. Car ce Raphaël est un fou furieux du vélo; il fait des courses presque tous les dimanches, part en vacances en famille à vélo, et surtout fait des virées avec son frère ou des copains Demain matin, il prévoit de m’accompagner en rentrant du boulot pour me montrer les belles routes de la région. J’ai eu du bol de tomber sur ce gars là!
Et pendant que j’écris ces lignes confortablement installé dans le jardin, voilà Max et Oliver qui m’apportent à manger et à boire! Donc, je vous laisse pour faire honneur au plateau repas polonais!

Mon hébergement me rappelle mes années d'Internet.
Mon hébergement me rappelle mes années d’internat.
Le centre de Mrocza n'est pas vilain.
Le centre de Mrocza n’est pas vilain.
De nombreux monuments commémorent la mémoire des victimes des nombreuses guerres subies par la Pologne.
De nombreux monuments commémorent la mémoire des victimes des nombreuses guerres subies par la Pologne.
Le sanctuaire marial de Byszewo.
Le sanctuaire marial de Byszewo.
Au hit parade des déchets, la bouteille plastique est largement en tête.
Au hit parade des déchets, la bouteille plastique est largement en tête.
Ce modèle des années soixante n'est plus au catalogue; dommage!
Ce modèle des années soixante n’est plus au catalogue; dommage!
Ces petites pommes sont délicieuses et disponibles.
Ces petites pommes sont délicieuses et disponibles.
Déjeuner les pieds dans l'eau du canal de Bydgoszcz aménagé pour se rafraîchir.
Déjeuner les pieds dans l’eau du canal de Bydgoszcz aménagé pour se rafraîchir.

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Il fait si chaud que la municipalité a installé un Brumisateur et distribue de l'eau fraîche.
Il fait si chaud que la municipalité a installé un Brumisateur et distribue de l’eau fraîche.
En route pour les JMJ sous le drapeau de l'Ukraine où a été fondé ce groupe de Chrétiens.
En route pour les JMJ sous le drapeau de l’Ukraine où a été fondé ce groupe de Chrétiens.
Les rames de tramway ne manquent pas de charme.
Les rames de tramway ne manquent pas de charme.
De nombreuses œuvres d'art sont exposées dans les rues. Le funambule n'en finit pas de traverser le canal.
De nombreuses œuvres d’art sont exposées dans les rues. Le funambule n’en finit pas de traverser le canal.
Servi sur un plateau par Oliver, 8 ans.
Servi sur un plateau par Oliver, 8 ans.

Lundi 25 juillet
Pila – Mrocza 100km

Bon, d’abord en finir avec la soirée d’hier, pimentée par deux arrivées, d’abord celle de la bande des quatre qui avait choisi de dîner en ville avant de monter au camping; ensuite celle des moustiques qui ont attaqué en masse dès le coucher du soleil. Il a fallu enfiler les tenues de protection, t.shirt manches longues, pantalon, chaussettes, capuche pour ceux qui en avaient. Outre les jambes et les bras, pris par surprise, je me retrouve avec une dizaine de piqûres sur le cou, les oreilles et le cuir chevelu!
Au matin, on prend le petit déj ensemble sur les tables des stands de boissons, plus accueillantes que notre « terrain » de camping. On surveille du coin de l’œil la mamie qui tente désespérément de monter l’abri de plage pour ses petits enfants. Au bout d’un bonne demi heure d’efforts vains, elle se décide à venir chercher de l’aide auprès des seules personnes présentes sur le site à cette heure la (à peine 8h), nous. On y va avec Leonhard et on installe l’abri en 5 minutes. Grand moment d’épanchement et de remerciements, immortalisé par une photo… De plage.
Maintenant je dois me pencher sur mon problème de sacoches. On descend en ville ensemble, puis on se quitte, sans doute définitivement car ils prennent le train pour boucler leur parcours avant que Philipp reprenne le boulot la semaine prochaine.
Le premier vendeur vélo se déclare vite incapable de me dépanner et m’envoie vers un marchand de pièces détachées électroniques que mon problème n’émeut près du tout… Je me dis que c’est plutôt un bricoleur ingénieux qu’il me faut plutôt qu’un marchand de vélo chez qui je n’ai aucune chance de trouver la pièce de rechange. C’est un Michel Pavardski qu’il me faut! Je fouine donc dans les petites échoppes autour du marché; certains me proposent des pièces qui n’ont rien à voir. L’un d’eux enfin m’indique une adresse en dehors de la ville. Au magasin « Komis » qui vend des tondeuses et fait un peu quincaillerie, je tombe sur le gars démerdard que je cherchais. Avec une charnière qu’il recourbe, il me fabrique une pièce de rechange sûrement plus solide que l’original. Tarif: 5 slotys, 1,25€, main d’œuvre incluse. Même si cette mésaventure a montré les limites de la résistance des sacoches et m’incite donc à la prudence, je suis bien soulagé de ne plus avoir à saucissonner ma sacoche et à m’inquiéter à chaque secousse.
C’est donc soulagé de ce poids que je me trompe de route dès le départ, ayant un peu perdu mes repères en tournicotant pour trouver l’homme de l’art. Mais tout rentre dans l’ordre et j’entame une journée agréable, sur des routes de campagnes globalement en bon état et accompagné par un soleil de plomb. Plusieurs cimetières recevront donc ma visite pour des remplissages de bidons.
Je croise plein de cigognes, de jolies petites églises et trois Allemands qui montent aussi vers Gdansk. Je croise aussi la route de pas mal de chiens, mais mes craintes par rapport aux molosses en liberté sont vaines. Effet de la chaleur? C’est tout juste s’ils aboient à mon passage et aucun ne me course. Pour tout dire, je leur suis complètement indifférent; c’est presque vexant…
Après les mirabelles et les prunes, d’autres fruits s’offrent à moi sur les bords de route. Étonnamment je cueille côté à côté des cerises et des pommes. Les premières sont tardives, les dernières sont en avance; j’en ai effectivement vues sur le marché ce matin, une variété de petites pommes acidulées. J’apprends à cette occasion que la Pologne est le plus gros producteur de pommes de l’UE. Et puis il y a aussi des poires; bref, de quoi assurer mon dessert pour plusieurs repas.
Bien que parti de Pila à midi bien sonné, je décide de faire une étape complète. De toute façon, les possibilités d’hébergement sont très limitées; je dois aller jusqu’à Mrocza pour trouver quelque chose, en l’occurrence un internat qui fait hôtel quand les élèves sont en vacances. Me voilà donc prêt à dormir dans un vrai lit, la première fois depuis Münster.

Tout près du stock de parpaings.
Tout près du stock de parpaings.
Et voilà, la tente est montée, la journée de plage peut commencer. (Foto Leonhard)
Et voilà, la tente est montée, la journée de plage peut commencer. (Foto Leonhard)
A l'entrée nord de Pila, la petite gare abrite aussi le logement du garde barrière.
A l’entrée nord de Pila, la petite gare abrite aussi le logement du garde barrière.
Le marché de Pila proposé des fruits du pays à des prix défiants toute concurrence.
Le marché de Pila proposé des fruits du pays à des prix défiants toute concurrence.
C'est dans ce magasin que j'ai pu faire réparer ma sacoche.
C’est dans ce magasin que j’ai pu faire réparer ma sacoche.
Une fresque à la gloire des combattants polonais de la première guerre mondiale.
Une fresque à la gloire des combattants polonais de la première guerre mondiale.
Les boîtes à lettres sont regroupées, même dans les zones d'habitat didpersé.
Les boîtes à lettres sont regroupées, même dans les zones d’habitat didpersé.
Deux vigies dans le nid.
Deux vigies dans le nid.
Un champ de cigognes.
Un champ de cigognes.
La Pologne est le plus gros pays producteur de pommes en Europe.
La Pologne est le plus gros pays producteur de pommes en Europe.
Débouché sur la vallée de la Notec.
Débouché sur la vallée de la Notec.
Partout les moissonneuse batteuses sont en action.
Partout les moissonneuse batteuses sont en action.
Dans notre catalogue 2016, nous avons aussi ce modèle, particulièrement léger et élégant...
Dans notre catalogue 2016, nous avons aussi ce modèle, particulièrement léger et élégant…
Le palais de Dabki a été magnifiquement entretenu au fil des générations de propriétaires.
Le palais de Dabki a été magnifiquement entretenu au fil des générations de propriétaires.
On se fait un remake lyophilisé?
On se fait un remake lyophilisé?
La charmante petite église de Glesno.
La charmante petite église de Glesno.
L'ombre s'allonge; il va être temps de s'arrêter.
L’ombre s’allonge; il va être temps de s’arrêter.
Un vrai lit, quelle fête!
Un vrai lit, quelle fête!

Dimanche 24 juillet
Krzyz-Pila 90km

En sortant de ma tente, je déclenche le décollage d’un héron qui pêchait juste à côté. Je petit déjeune sur mon ponton privé, puis je remballe tranquillement mes affaires. Comme d’habitude, je commence par fixer les sacoches arrières que je bloque avec la tente posée sur le porte bagage, puis les deux antivols prêts à l’emploi, et enfin les deux tendeurs. Puis je fixe les sacoches avant. Et là je m’aperçois qu’une vis du porte bagage avant est complètement dévissée; il faut la resserrer d’urgence avant qu’elle ne tombe. Oui, mais… le tournevis est au fond de la sacoche arrière gauche! Pas le choix, il faut défaire tout ce que je viens d’installer. Leçon : faire un Check up du vélo avant de fixer le chargement. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car je découvre aussi qu’une des deux fixations de ladite sacoche arrière gauche (la plus lourde des quatre) est en train de lâcher sous l’effet conjugué du poids et des secousses à répétition. Je croise les doigts pour qu’elle résiste encore au moins une journée car on est dimanche.
Comme hier, le début du parcours est très agréable. Petite route calme, ni vent ni circulation, des cigognes dans les champs, je me surprends à chanter Reggiani : »Hôtel des voyageurs, chambre 115 vue sur jardin, et tous les soirs Monsieur Machin nous joue sa polonaise »… Hier, c’était Pandi Panda de Chantal Goya; le niveau s’améliore de jour en jour…
Une église en pleine campagne attire mon attention car il y a plein de voitures autour. La messe bat son plein et la ferveur est saisissante. L’ampleur des chants n’a rien à voir avec la timidité des fidèles français.
Un peu plus loin, je m’arrête pour vérifier la carte, une voiture s’arrête près de moi, la passagère ouvre sa portière et me pose une question qui doit concerner son itinéraire! Elle ne pouvait pas tomber plus mal. Je n’ai rien compris à sa question mais elle n’a rien pigé de ma réponse non plus. Un point partout, balle au centre. C’est vrai que je dois avoir une tête à renseigner les gens car je suis souvent sollicité; mais là, quand même! A sa décharge, j’étais le seul être vivant dans le coin…
Nouvel arrêt, nouvelle rencontre : deux jeunes Allemands qui vont à Riga, avec une insouciance désarmante et un matériel minimaliste : sur leurs vélos de ville ils n’ont que deux petites sacoches chacun, pas trace de tente ni de bidons d’eau; bien entendu pas de casque ni de gilet jaune. Ils fonctionnent tres simplement: départ le matin au lever du soleil (5h30 ce matin) et ils roulent jusqu’au coucher du soleil; là ils se calent dans un coin de forêt et dorment à la belle étoile. Ça, ça s’appelle ne pas se prendre la tête! Cette insouciance leur a quand même joué un tour : ils n’avaient pas intégré qu’il leur fallait un visa russe pour traverser Kaliningrad. Petit détail réglé lors de leur passage à Berlin où le consulat russe a délivré le précieux sésame en 3 jours, moyennant le double du tarif normal !
On se quitte, puis on se retrouve au Netto pour faire nos courses, puis encore une fois un peu plus loin en forêt. Du coup, on roule ensemble jusqu’à Pila ( prononcer Piwa). Là, je dois repérer un dépanneur, et eux, trouver la discothèque dont on leur a parlé au Netto…
Nos chemins se séparent donc car ma sacoche n’a pas tenu toute la journée; ce midi, j’ai dû la rafistoler avec un lacet et ma corde à linge. Il y a urgence à réparer, sinon, l’autre crochet va céder à son tour. Au centre commercial Carrefour, le marchand de cycles et tondeuses est ouvert, mais il n’a pas d’atelier. Très gentiment, il m’indique sur mon plan les adresses de ses confrères, dont deux figurent d’ailleurs sur mon guide. Je passe devant pour visualiser et noter les horaires d’ouverture. 10h, c’est bien; j’en profiterai pour faire un tour dans cette ville plutôt agréable et très vivante.
Je monte ensuite jusqu’au lac-camping. Cette fois c’est un peu Disneyland; autour de la plage, des tas d’animations sont proposées et une dizaine de stands proposent à boire et à manger. Comme on est dimanche soir il y a beaucoup de monde. Côté camping, c’est un peu moins glamour, l’emplacement réservé aux tentes est près du stock de matériaux, hors de vue de la plage, à 200 mètres des toilettes et … Il n’y a pas de douches! Devant mon air ahuri, le patron invite sa femme à m’ouvrir la douche de la réception. Accord conclu; après le montage de la tente et le bain dans le lac je me douche chez monsieur et madame. Au moment d’ouvrir l’eau j’hésite car les deux robinets sont marqués bleu. Mais il n’y a pas matière à hésitation puisque les deux délivrent effectivement de l’eau froide !
Passé 20h, je me fais à l’idée que je ne reverrai pas mes quatre Berlinois; on s’est retrouvés trois fois sans le vouloir, et pas ce soir. On s’était pourtant donné rendez-vous ici pour une bière retour! Si on ne peut même plus compter sur l’organisation germanique… Tout fout le camp!

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Chaque soir j’ai retrouvé avec plaisir Anna, Grajena, Philipp et Leonhard. Danke für die schönen Momente zusammen

Mon installation.
Mon installation.
Ce genre de clôture est tres en vogue ici...
Ce genre de clôture est tres en vogue ici…
La R1 est très bien signalée.
La R1 est très bien signalée.
L'église des "Hollandais", histoire à venir
L’église des « Hollandais », histoire à venir

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Samedi 23 juillet

Pszczew-KRzyz 75 km

Quatre semaines déjà que je suis en route. Incroyable! Je ne vois pas le temps passer. Pas un moment de découragement, pas un regret de m’être lancé dans cette aventure, pas un matin où je sois monte sur le vélo à reculons. Chaque jour des paysages nouveaux, des découvertes, des rencontres, des expériences, jamais d’ennui.

Pour ceux qui auraient perdu le fil, voici la carte de ma parcours en Pologne. Dix jours pour atteindre Kaliningrad. Ce soir, je dors à Krzyz.
Pour ceux qui auraient perdu le fil, voici la carte de mon parcours en Pologne. Je compte dix  jours pour atteindre Kaliningrad. Ce soir, je dors à Krzyz.

Bien décidé à échapper à la chaleur, je pars à 9h, en même temps que mes compagnons berlinois qui doivent s’arrêter chez un mécano pour un petit souci mécanique.
À partir de Pszczew, la R1 propose trois itinéraires différents pour rejoindre la ville suivante, Miedzychod. La route normale passe par des pistes de sable annoncées difficiles, donc pas pour moi. Le sable est vraiment une horreur; tu te retrouves bloqué d’un seul coup et même pousser le vélo à la main est une épreuve. Des deux itinéraires « bis » possibles, je choisis le plus long, 24km, réputé le plus beau.
Les 12 premiers km sont un pur régal; une petite route de campagne en bon état, peu fréquentée et parsemée de cigognes dans les champs, ainsi que de sculptures géantes en bois, souvent à motif religieux. Après, ça se gâte un peu car je rejoins une route plus fréquentée; et puis ça se gâte carrément car je me plante dans un carrefour et je me retrouve sur une nationale. Le temps de réaliser mon erreur, il est trop tard pour faire demi tour ; une petite route à droite va me ramener vers Miedzychod. Oui, mais… la petite route en question est une piste de sable ! Je me retrouve ainsi exactement dans la situation que je voulais éviter en choisissant cet itinéraire! 😡 3km et quelques jurons plus loin (j’accepte les difficultés, mais elles m’exaspèrent quand elles sont la conséquence d’une erreur de parcours) j’arrive à Prunier (la traduction de Miedzychod).
Mais le pire est à venir; le guide indique que le prochain tronçon de 23 km est l’un des plus pourris de la R1 ! Réputation amplement justifiée. Route à deux voies pas très larges, elle n’est en praticable que sur sa partie centrale, les deux côtés étant complètement défoncés. Et cela avec un trafic intense, et encore, on est samedi midi…
Je me mets en mode « contre la montre », me disant que plus j’irai vite, moins cela durera. Ensuite j’adopte la seule tactique possible : rouler au milieu de la voie de droite, un œil dans le rétroviseur, l’autre rivé sur la chaussée. Quand un véhicule arrive dans mon dos, je reste le plus longtemps possible au milieu pour bien me faire voir (je porte évidemment mon gilet jaune) et je me rabats au dernier moment pour limiter la durée de passage dans la zone défoncée. Ça fonctionne plutôt bien, sauf quand plusieurs voitures me doublent à la suite; je dois alors slalomer entre les nids de poules, voire carrément rouler sur le bas côté pour éviter la chute. Je mets 1h05 pour boucler les 23 km de ce parcours du combattant. Pas mécontent de ma perf mais surtout heureux d’en sortir sans dégâts.
La ville de Drezdenko est la plus intéressante de la journée, mais elle n’a guère de mérite, les villes traversées dans la région sont sans intérêt. Je fais quelques courses pour le déjeuner, ce qui me permet de vérifier la modicité du niveau de vie: pour moins de 5€, j’ai plus de deux repas et deux goûters d’avance…
Il ne me reste que 15km pour atteindre mon objectif du jour; je choisis donc de filer jusqu’au bout, même si le moteur commence à manquer de carburant. Arrivé au camping de Krzyz, je m’installe au bord de l’eau pour déjeuner, avant de m’annoncer à l’accueil. La jeune fille m’annonce d’abord un tarif de 10 szlotys puis se reprend « 10 pour vous et 5 pour la tente »; dit avec un si joli sourire que je ne peux que m’exécuter ; cela fait quand même presque 4€ pour la nuit !!! C’est le même principe que les deux campings précédents : un lac, une plage, un bar, un restaurant, des bungalows et des emplacements de tentes. Sauf qu’ici la baignade est interdite, si bien qu’il y a peu de monde.
Je m’installe au bord de l’eau, bien isolé dans un coin. Gage de tranquillité pour ce soir? On verra… Je prends une bière au bar, et là, qui vois-je arriver? Mes amis berlinois! Je vais finir par croire qu’ils me suivent… On convient de boire un verre ensemble après dîner.

Quand je vous dis "petite route de campagne tranquille"....
Quand je vous dis « petite route de campagne tranquille »….
Les oratoires et les ronds-points "Jean-Paul II" rappellent que la Pologne est l'un des pays les plus catholiques d'Europe.
Les oratoires et les ronds-points « Jean-Paul II » rappellent que la Pologne est l’un des pays les plus catholiques d’Europe.
Le panneau d'affichage municipal, rustique mais efficace !
Le panneau d’affichage municipal, rustique mais efficace !
Une des nombreuses sculptures qui bordent la route.
Une des nombreuses sculptures qui bordent la route.
Ça y est, j'ai ouvert une succursale en Pologne.
Ça y est, j’ai ouvert une succursale en Pologne.
Les poules polonaises doivent être énormes car leurs nids sont très gros!
Les poules polonaises doivent être énormes car leurs nids sont très gros!
Je suis à Paris hi hi hi !
Je suis à Paris hi hi hi !
Même pas peur de la couleur!
Même pas peur de la couleur!
Encore pas trop moche le camping...
Encore pas trop moche le camping…

Vendredi 22 juillet
Osno Lubuskie-Pszczew 90km

Une bonne nuit de 9h; je devais en avoir besoin! Il fait un temps magnifique, et je ne résiste pas à piquer une tête dans le lac avant de prendre ma douche. C’est moins excitant qu’au milieu de nulle part comme hier, mais bien agréable quand même. Comme prévu, je prends mon temps pour déjeuner et ranger mes affaires. J’en profite pour améliorer encore la logique de mes sacoches. Désormais, les choses sont claires : avant gauche les vêtements, avant droite les chaussures et le linge sale, arrière gauche le dépannage/urgence (outils, trousse de secours, cape de pluie, gilet jaune) et arrière droite couchage et nourriture. A quelques objets près (la lampe frontale est-elle dans la catégorie couchage ou urgence?), je n’ai plus besoin d’ouvrir les quatre sacoches pour trouver quelque chose !
Je pars vers 11h30. Vu le soleil et la chaleur qui s’annonce ce n’est pas très raisonnable, mais l’étape s’annonce courte et un autre lac m’attend à l’arrivée.
Ce sera une journée 100% bitume car les chemins polonais ne sont pas adaptés à la pratique du vélo. Mais au final ce n’est pas plus mal, d’autant que les routes empruntées n’ont rien à voir avec le parcours initiatique et cauchemardesque d’hier soir; certes des routes parfois fréquentées mais aussi d’autres très paisibles. Et puis, première bonne surprise, l’état des chaussées est tout à fait honorable. Certes la partie droite est souvent endommagée par les poids lourds, mais la qualité globale est plutôt bonne.
L’autre bonne surprise est le comportement des automobilistes, plutôt attentifs et bienveillants envers les cyclistes, voire même courtois aux passages piétons. Indice : je n’ai pas été klaxonné une seule fois de la journée, même quand je roulais au milieu de la route ou simplement sur la route alors qu’il y avait une piste cyclable.
Le parcours se déroule donc sans incident particulier. Je traverse des petites villes et quelques villages assez déserts. Je m’arrête déjeuner au bord d’un lac, je me trompe de route, bref, une journée ordinaire de cycliste au long cours.
Mon arrivée au camping « Relaks », à Pszczew provoque un moment de panique car des 4 personnes présentes à l’accueil, aucune ne parle une autre langue que le polonais. Il faut donc aller chercher « The boy » qui speak english . Très gentil au demeurant qui m’indique mon emplacement. Le sol, qui ressemble à du sable est en fait très dur et je dois aviser un gros caillou qui fera office de maillet. Du coup, les piquets déjà tordus le sont encore plus et ceux qui ne l’étaient pas le sont désormais ! Bain dans le lac, puis douche, froide, car l’eau chaude n’est délivrée qu’à partir de 20h. A peine fini de planter, voici mes quatre Berlinois qui arrivent; amusant.
Comme je n’ai pas très envie de »cuisiner » ce soir, je m’invite au restaurant. Mais il est 19h59 et la cuisine ferme à 20h. Ce sera donc juste une bière,qui me fait de l’effet car c’est la première depuis bien longtemps! Et je fais sur mon petit réchaud la recette que le monde entier l’envie désormais, le fameux riz au fromage fondu, avec en dessert les dernières prunes cueillies hier. Royal!

La plage du camping.
La plage du camping.
On moissonne partout. Les ouvriers sont polonais, mais le matériel est allemand.
On moissonne partout. Les ouvriers sont polonais, mais le matériel est allemand.
Vue typique d'un village.
Vue typique d’un village.
La Pologne compte des milliers de maisons de maîtres, parfois bien rénovées comme celle-ci.
La Pologne compte des milliers de maisons de maîtres, parfois bien rénovées comme celle-ci.
Mais les dépendances sont laissées à l'abandon.
Mais les dépendances sont laissées à l’abandon.
Ils sont partout, les Picsou !
Ils sont partout, les Picsou !
Elle était bonne, celle là !
Elle était bonne, celle là !
Coucher de soleil sur le lac.
Coucher de soleil sur le lac.

Jeudi 21 juiller

Eggersdorf-Osno Lubuskie 120km.
Réveil en douceur à 6h; comme j’ai pratiquement les pieds dans l’eau, je n’ai pas de mal à m’y mettre pour un bain de réveil. Je ne suis d’ailleurs pas le premier, plusieurs couples sont déjà venus nager dans le plus simple appareil. Après tout, ils ont raison, à quoi bon mouiller un maillot de bain qu’il va falloir mettre à sécher ensuite? Un monsieur m’explique que l’eau est tiède car ce lac de Bötzsee n’est pas traversé par une rivière; il est alimenté par une source, ce qui explique aussi sa clarté.
N’ayant pas de tente à replier, je prends le temps de savourer le moment du petit déjeuner. D’ailleurs j’ai décidé de savourer cette dernière journée en Allemagne, avant d’affronter les étapes polonaises pleines d’inconnues.
Cela commence dès Garzau où je fais un crochet pour visiter une pyramide. Mais oui, un noble du coin s’en est fait construire une dans le parc de son château, en guise de tombeau. Pour le portail, il s’est quand même offert le même architecte que celui de la porte de Brandeburg, Langhans. Mais il a vendu le domaine de son vivant et aucun corps n’y a jamais séjourné. Totalement restaurée en 2010, cette pyramide est évidemment une attraction régionale. Comme c’est interdit, je monte jusqu’en haut pour admirer le paysage.
Après quelques secteurs pavés, la route s’élève pour traverser la « petite Suisse » un petit massif très boisé et fort joli. Ensuite je débouche sur la plaine de l’Oder, une région qui a donné lieu à d’énormes travaux de drainage au 19ème siècle car le fleuve capricieux s’étalait généreusement . Des canaux et des pompages ont été mis en place, en s’inspirant des techniques hollandaises, les maîtres en la matière. Depuis, ce territoire, en partie situé sous le niveau du fleuve, est l’un des plus fertiles d’Allemagne et le blé y pousse à perte de vue. Mais les terribles inondations de juillet 1997 montrent que la lutte n’est jamais définitivement gagnée.
C’est néanmoins une région sous-peuplée, les hameaux y sont rares et les villages inexistants. D’ailleurs il me faudra arriver au km 68 pour trouver un magasin de nourriture. Au passage, ça va faire rire Marthe, quand je roule, je ne ressens que très rarement la sensation de faim. Le symptôme est plutôt une baisse de régime qui indique qu’il faut remettre du carburant dans le moteur. Mais pas de creux à l’estomac. Étonnant de ma part.
Une fois restauré je pars pour ce que je crois être la dernière ligne droite, soit 30km jusqu’à la ville frontière de Kostrzyn. La route rejoint l’Oder et suit ensuite la digue qui protège les populations. Au passage je constate que le vent a tourné au nord-est, ce qui est inquiétant pour la suite…
Je prévois de dormir côté allemand et de bien préparer mon entrée en Pologne dans la soirée, par exemple en allant retirer des zlotys de l’autre côté du pont. Eh oui, ces chers Polonais sont dans l’UE, mais ont conservé leur monnaie.
Plan parfait, mise en œuvre nulle ! Aucun des trois campings signalés ou repérés ce matin n’existe. Une adorable petite dame que n’interroge me répond « mais pourquoi des campings ici? Personne ne vient chez nous. Même les gens du pays s’en vont. » Confirmation de la désertification constatée sur la route…
Seule solution, la fuite en avant. Je franchis donc la frontière, en passant devant les bâtiments des douanes vides, je ne trouve pas la vieille ville, pas plus que le distributeur de billets. Échec total ! Pour aller voir plus loin, il faut faire 15km de rasé campagne sur une route toute droite, pas trop large et très fréquentée. Un cauchemar! Bienvenue en Pologne…
Je quitte cet axe pour une route très tranquille qui me mène à une ville sur laquelle je fonde beaucoup d’espoirs : trouver de l’eau, un distributeur, et pourquoi pas un camping. Après tout, ceux qui sont sur la carte n’existent pas; ceux qui existent pourraient bien ne pas figurer sur ma carte ! Mes espoirs s’évanouissent vite : parmi les cinq maisons en carré autour de l’église, aucune n’offre un des services attendus. Seul un ouvrier m’autorise en grognant à prendre de l’eau au robinet de sa cour. Me voilà au moins assuré de ne pas mourir de soif tout de suite.
Au final, je dois pousser jusqu’à Osno Lubuskie, où doit se trouver un « centre de détente » ou le camping est possible. Les interviews des autochtones tiennent plus de la langue des signes que du polonais, dont je n’ai pas eu le temps d’apprendre les rudiments pour les raisons exposées ci-dessus. Mais la deuxième trouve une réponse très simple, elle me fait signe de la suivre. Je commence à aimer la Pologne… Après un petit km, on arrive sur une plage bondée de monde, près de laquelle sont implantés un hôtel et un camping! Quelle joie, après 120km de route. Toujours démuni de zlotys je paye en euros le prix de mon séjour, soit 7€, et encore, avec un taux de change généreux. Montage de tente, baignade, douche, dîner au bord de l’eau, que demande le peuple? Que le mec de la caravane d’à côté arrête sa musique? Bah, faut pas rêver quand même!
Je passe aussi du temps à préparer la suite du voyage. Sachant que j’ai désormais 2,5 jours d’avance, je peux gérer en essayant d’assurer mes hébergements. Demain ce sera donc une petite étape d’une environ 70km jusqu’à Pszczew (à vos souhaits !). Des cyclistes allemands s’installent à côté de moi; ça fait des gens à qui causer…

Une chaise et une table, le luxe!
Une chaise et une table, le luxe!
La pyramide du baron.
La pyramide du baron.
Les mirabelles n'attendent que d'être cueillies.
Les mirabelles n’attendent que d’être cueillies.
Ah, si mes boîtes étaient plus grandes !
Ah, si mes boîtes étaient plus grandes !
La dernière Allemande rencontrée n'en croyait pas ses yeux de voir un Français qui allait en Russie à vélo.
La dernière Allemande rencontrée n’en croyait pas ses yeux de voir un Français qui allait en Russie à vélo.
Franchissement de l'Oder, qui, avec la Neisse, constitue la frontière historique entre l'Allemagne et la Pologne
Franchissement de l’Oder, qui, avec la Neisse, constitue la frontière historique entre l’Allemagne et la Pologne
Me voilà en Pologne, déjà le cinquième pays de mon voyage.
Me voilà en Pologne, déjà le cinquième pays de mon voyage.
Ma première église polonaise.
Ma première église polonaise.

Mercredi 20 juillet
Berlin-Eggersdorf 80 km

Réveillé à 6h30, je suis dans l’eau à 6h40. Elle est délicieuse, un vrai régal. Et puis, avec un peu de savon, ça fera office de toilette pour aujourd’hui. Petit déjeuner sur ma plage privée en compagnie des canards, et à 8h je suis sur le vélo pour boucler la douzaine de km qui me séparent du centre de Berlin par une route en plein bois. Le choc est violent quand je débouche directement dans le flot de circulation de la capitale. Je m’arrête d’abord à la colonne de la victoire érigée en 1873 et ornée entre autres de fûts de canons français. Je poursuis jusqu’à la porte de Brandenburg sous laquelle je passe avec une certaine émotion. Je garde en mémoire le souvenir de ce monument qu’on ne pouvait admirer que de loin, loin de l’autre côté du Mur.
Je fais ensuite tous les grands classiques : le Reichstag, la Chancellerie, potsdamer Platz, l’île aux musées, la cathédrale, Check Point Charlie (je déteste les faux soldats US qui font payer pour se faire photographier avec les touristes), Alexanderplatz, la synagogue, les häckesche Höfe, une enfilade de cours intérieures caractéristiques de l’urbanisme berlinois… Deux déceptions, l’église du souvenir, fermée ce mardi pour travaux, et le Gendarmenmarkt, pour moi la plus belle place de Berlin, bouclée pour cause de festival en plein air. Je termine par un morceau de choix, la Karl Marx Allée, une large avenue bordée d’immeubles en plaques de béton destinés à montrer la supériorité du régime communiste dans le domaine de l’architecture aussi.
Et comme je roule vers l’Est, je poursuis sur ma lancée, quittant Berlin par des banlieues qui n’en finissent pas, contrairement à ce matin. Je pense faire une trentaine de kilomètres pour me rapprocher de la Pologne. Je quitte Berlin a regrets, mais j’ai vu ce que je voulais voir ou revoir et de toutes façons, il m’est très difficile de faire des vraies visites car je ne peux pas laisser Colibri et son chargement trop longtemps seuls.
Je m’arrête dans un bureau de poste pour m’envoyer un colis, les deux premiers volumes du guide de la R1, et quelques bricoles ou documents devenus inutiles. Selon la balance de la préposée, me voilà donc délesté de 1,2 kilos ( et selon sa caisse enregistreuse, de 11€).
Je roule donc vers l’Est en cherchant un camping, mais une fois de plus, je n’en trouverai pas sur 40km. C’est donc de nouveau sur une plage que je vais dormir, mais sans tente cette fois. Comme il se doit, je commence par un bain puis je dévore un plat de riz sauce tomate. J’attends que les derniers pêcheurs et baigneurs soient partis pour installer mon petit campement. Et cette fois, je pense être à l’abri des discos ambulantes car l’endroit est inaccessible aux voitures.

PS : les 80km du jour comprennent exceptionnellement la ballade en ville car cela inclut la traversée de Berlin.

Petit déjeuner sur ma plage privée.
Petit déjeuner sur ma plage privée.
Le Reichstag et sa magnifique coupole de verre dessinée par Normann Foster, et symbole de transparence.
Le Reichstag et sa magnifique coupole de verre dessinée par Normann Foster, symbole de transparence.
Moment d'émotion en passant sous la porte de Brandenburg, un temps fort de ce voyage.
Moment d’émotion en passant sous la porte de Brandenburg, un temps fort de ce voyage.
La Chancellerie ressemble plus à un blockhaus qu'à nos palais de la République.
La Chancellerie ressemble plus à un blockhaus qu’à nos palais de la République.
Potsdamer Platz était une esplanade vide en 1989. C'est aujourd'hui un quartier d'affaires à l'architecture audacieuse.
Potsdamer Platz était une esplanade vide en 1989. C’est aujourd’hui un quartier d’affaires à l’architecture audacieuse.
Ah! Le bon temps du communisme... Cette fresque a été conservée et restaurée.
Ah! Le bon temps du communisme… Cette fresque a été conservée et restaurée.
Colibri et moi avons franchi le Mur!
Colibri et moi avons franchi le Mur!
Les Trabant ne servent plus qu'à la publicité.
Les Trabant ne servent plus qu’à la publicité.
Moment de détente sur l'île aux musées.
Moment de détente sur l’île aux musées.
Berlin est un chantier permanent. Ici la reconstruction du château, dont il ne reste pas une pierre !
Berlin est un chantier permanent. Ici la reconstruction du château, dont il ne reste pas une pierre !
Alexanderplatz joue la carte de la verticalité.
Alexanderplatz joue la carte de la verticalité.
La première des 8 "Häckesche Höfe " est décorée de faïence.
La première des 8 « Häckesche Höfe  » est décorée de faïence.
Karl Marx Allée, l'urbanisme au service du régime.
Karl Marx Allée, l’urbanisme au service du régime.

Mardi 19 juillet
Potsdam-Berlin 30 km

Ce matin, les « événements  » de la nuit alimentent les conversations du quartier des campeurs. Vers minuit, un bungaliste permanent, excédé par la musique et les discussions des jeunes, est arrivé en furie et à carrément massacré l’enceinte acoustique. Puis il a copieusement insulté les jeunes, leur promettant de les faire expulser dès le lendemain. Les gamins(une classe de seconde) en sont encore tout retournés; surtout le propriétaire de l’enceinte! Le prof vient s’excuser pour le dérangement ; je ne lui dis pas que j’ai connu pire…
Je dois effectuer ma première intervention mécanique sur Colibri; une patte du porte-bagage arrière a plié puis cédé sous l’effet des chocs et vibrations à répétition. Je la refixe mais la partie cassée gêne pour le démontage éventuel de la roue. Il faudra un passage chez un pro pour corriger ça.
Je quitte les lieux vers 9h30 sous un timide soleil, bien décidé à voir quelques trésors de Potsdam qui m’ont échappé jusqu’ici. Je découvre ainsi des coins reculés du parc de Sans souci, des jardins d’agrément cachés, et surtout Charlottenhof, un superbe petit pavillon. Mais Potsdam n’est pas connu que pour Frédéric II; c’est aussi là que s’est tenue en juillet 1945 la fameuse conférence au cours de laquelle Russes, Américains et Anglais ont scellé le sort des nations vaincues, l’Allemagne évidemment, mais aussi l’Italie et le Japon. Je monte donc au château de Cecilienhof, situé dans un autre parc tout aussi magnifique que Sans Souci. Déception, le bâtiment est en pleine rénovation; et surtout, je n’ai pas le temps de faire la visite car j’ai rendez-vous à midi avec Frédérique Galloyer.
Cette Sabolienne à qui j’ai inculqué les premiers rudiments d’Allemand à l’école primaire, est installée en Allemagne depuis plus de 20 ans. Avec son compagnon, elle représente en Allemagne plusieurs fabricants européens de luminaires haut de gamme. C’est un plaisir de retrouver cette expatriée qui a réussi dans ce pays. Leur accueil est chaleureux. Ils m’emmènent chez un marchand de cycles pour consolider ma réparation. Mais il est fermé et son collègue aussi. Du coup, Christian me propose de faire le travail lui même dans son garage. Meuleuse et scie à métaux viennent à bout des pièces récalcitrantes. Bien content que ce soit fait! Merci Christian.
On va ensuite déjeuner à leur cantine, un restaurant italien avec un serveur sud-américain qui nous reçoit en italien, nous sert en allemand et nous quitte en espagnol. Au demeurant ses spaghettis et son vin rouge sont excellents.
De retour au bureau, Frédérique passe deux heures à tenter de débrouiller mon histoire de carte téléphone pre-payée. Je passe les détails car ce pourrait être l’objet d’un roman en soi. On avance bien, mais sans conclure vraiment.
Du coup, je quitte Potsdam vers 17h30, juste le temps de monter à Wannsee où se trouve le camping le plus proche de Berlin.
Au passage je franchis un autre pont connu, celui de Glienicke, plus célèbre sous le nom de « pont des espions ». Situé entre Berlin et Potsdam, ce pont marquait la frontière entre l’Est et l’Ouest. C’est là que les alliés et l’URSS échangeaient les espions qu’ils avaient capturés. L’affaire de 1962, la plus célèbre, a donné lieu à un film l’an dernier.
Après 15 km j’atteins le camping … qui n’accepte pas les tentes. Les autres campings « de Berlin » sont situés très loin de la ville et ne m’intéressent donc pas. Je tente ma chance sur Warmshowers, mais mes trois demandes restent sans réponse. Ma route vers Berlin me fait longer une berge de la Havel qui offrent de belles plages. L’une d’elles m’accueillera pour la nuit. Il me faudra juste composer avec les renards qui en veulent à ma nourriture, au sanglier qui grogne derrière moi et aux deux couples qui s’installent sur le parking pour écouter de la musique pas douce…

Suzanne et Louis, les globe trottées québécois rencontrés avant hier. Je m'aperçois que je n'ai pas publié leur photo. Oubli réparé.
Suzanne et Louis, les globe trotters québécois rencontrés avant hier. Je m’aperçois que je n’ai pas publié leur photo. Oubli réparé.
Ces Prussiens avaient du goût... Quand ils étaient francophiles!
Ces Prussiens avaient du goût… Quand ils étaient francophiles!
Charlottenhof, un petit bijou.
Charlottenhof, un petit bijou.
Frédérique et Christian s'affairent autour de Cilibri.
Frédérique et Christian s’affairent autour de Cilibri.
Associés en affaires et dans la vie !
Associés en affaires et dans la vie !
Le pont des espions.
Le pont des espions.
Jusqu'en 1989, le milieu du pont marquait la frontière entre deux mondes.
Jusqu’en 1989, le milieu du pont marquait la frontière entre deux mondes.
"Ma" plage et ses canards.
« Ma » plage et ses canards.
Repos pour les mollets.
Repos pour les mollets.

Lundi 18 juillet

Wittemberg – Potsdam 80km

Je me réveille à 7h30, frais comme un gardon. Je me réjouis du petit déjeuner au bord de l’Elbe, mais je dois déchanter : la bouteille de gaz est vide et le café tout juste tiède. Cela devait arriver un jour. Et je préfère que cela survienne un lundi matin qu’un samedi soir… Je quitte donc le camping en me demandant où j’allais trouver du gaz. Mais ma réflexion est interrompue car je croise un attelage qui avait déjà attiré mon attention en ville hier soir. Un tandem avec vélo couché pour madame a l’avant et classique à l’arrière pour monsieur. Le tout couronné d’un drapeau québécois. Je les salue d’un « Bonjour les cousins » qui les surprend, et je fais demi tour. Suzanne et Louis effectuent un tour d’Europe en un an. Victimes du vol de leur vélo en Italie, ils en ont racheté un autre, de fabrication française. Ne leur demandez pas leur itinéraire, ils n’en ont pas; leur parcours est totalement aléatoire, au gré de leurs envies et rencontres. Là, ils vont à Berlin, mais après… peut-être la Norvège ou le Danemark, ou pourquoi pas les pays baltes… Leur blog : drettedevant.com . On se quitte en se disant qu’on se croisera peut-être à Berlin ou ailleurs.
Bon, mission gaz ! Premier échec dans une grande surface, mais une vendeuse me conseille le magasin Toom, à 2km sur la route de Potsdam. Bonne info, j’échange ma vide contre une pleine, moyennant quelques euros.
En sortant je me laisse tenter par les sirènes du raccourci; Potsdam est affiché à 70 km par la route, quand la R1 en promet 96, avec des pavés en prime. Et ce matin je n’ai justement pas envie de me secouer les coucougnettes sur des pavés; c’est drôle, y’a des jours comme ça… Donc j’enquille la route. Après 10km sans piste cyclable, j’ai droit à une piste pour moi tout seul avec beaucoup de passages en forêt. Seul inconvénient, le vent qui est orienté au nord ouest et comme je roule vers le nord-est, je l’ai de 3/4 avant.
Après 50 km je fais quand même le choix de rejoindre la R1 pour être assuré de rentrer dans Potsdam par les petites routes et de trouver facilement le camping. Je traverse successivement Beelitz , autoproclamée capitale de l’asperge, et son hameau attenant qui pourrait revendiquer le titre de capitale du typhus puisque ses hôpitaux ont accueilli jusqu’à 1200 malades, les hommes à droite de la route, les femmes à gauche. Les superbes bâtiments quittés par l’armée rouge en 1994 seulement sont en cours de rénovation.
Je rejoins Potsdam vers 17h. Impossible de manquer le camping puisqu’il est traversé de part en part par le chemin. Pompeusement nommé « Camping royal de Sans souci », il est surtout bondé ; les caravanes et camping-cars y sont stationnés à touche touche. Quand à l’espace réservé aux tentes, il est concentré autour de la plage; plutôt agréable, mais prometteur de nuit agitée. Je profite néanmoins de cette proximité pour piquer une tête dans la Havel. Couleur indéfinissable mais température agréable.
Sitôt douché, je file à Potsdam pour un tour à vélo du parc de Sans Souci. A cette heure là on ne gène personne et les gardiens sont rentrés chez eux. Le vélo n’est pas un luxe pour parcourir les 2,5km de l’allée entre le château de Sans Souci lui même et le nouveau palais; sans compter le détour par la pagode et le jardin aromatique… Je m’offre même un passage sur la terrasse du château et la descente vertigineuse des allées latérales. J’adore ce lieu et ce petit château sur un seul niveau avec ses pièces en enfilades. Je vais ensuite flâner dans l’étonnant quartier hollandais, voulu par Frédéric II dans son projet urbaniste pour cette ville qui fut la capitale du Brandebourg et la résidence d’été de ses rois durant 250 ans.

Je l'ai déjà faite hier soir celle-ci ? Tant pis, j'aime bien.
Je l’ai déjà faite hier soir celle-ci ? Tant pis, j’aime bien.
Wittemberg est traversée par un petit ruisseau canalisé.
Wittemberg est traversée par un petit ruisseau canalisé.
L'église du château, berceau du luthéranisme.
L’église du château, berceau du luthéranisme.
A Beelitz un fan de la R1 a installé ce panneau indicateur original.
A Beelitz un fan de la R1 a installé ce panneau indicateur original.
Dans le parc de Sans Souci, la pagode témoigne de la mode des "chinoiseries" au 18ème siècle.
Dans le parc de Sans Souci, la pagode témoigne de la mode des « chinoiseries » au 18ème siècle.
Les Allemands ne remercieront jamais assez Frédéric II d'avoir introduit la pomme de terre dans le pays!
Les Allemands ne remercieront jamais assez Frédéric II d’avoir introduit la pomme de terre dans le pays!
Je suis arrivé jusqu'ici ... sans soucis !
Je suis arrivé jusqu’ici … sans soucis !
Le quartier hollandais de Potsdam est le plus grand en dehors des Pays Bas.
Le quartier hollandais de Potsdam est le plus grand en dehors des Pays Bas.

Dimanche 17 juillet
Hake-Wittemberg, 85 km

Ce matin, j’ai décidé de prendre mon temps. Et comme c’est dimanche, je m’offre deux (Nes)cafés; manquent juste la baguette fraîche et les croissants…
Colibri est astiqué et graissé, la tente repliée sèche, tout se présente bien. Mais à 9h il tombe une violente averse qui retarde mon départ. J’observe avec amusement la gardienne du camping qui prend sa voiture pour aller au bureau. La distance entre son bungalow (elle habite sur place) et le bureau d’accueil ne doit pas excéder 125 mètres ! Avec son faux air de Yolande Moreau, elle pourrait en faire un sketch à la Deschiens.
A 9h30, je me décide à démarrer sous une bruine persistante ; c’est le moment de ressortir la cape, rangée depuis Amsterdam. Bon, tant que ça ne tombe pas plus que ça c’est rigolo. Et puis les odeurs de forêts humides sont tellement agréables.
Je retrouve tout de suite la R1 qui longe la route vers Dessau. Je fais un arrêt prolongé à la maison du Bauhaus, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Fondée par Walter Gropius en 1909 à Weimar, cette école d’art appliqué a déménagé à Dessau en 1926 pour travailler en liaison avec les nombreuses industries installées ici. La vile entière devint un laboratoire de modernité. Considérée comme une école d’art dégénéré elle a été fermée par les Nazis dès 1932. Le bâtiment à d’ailleurs failli être détruit. Aujourd’hui c’est un musée qui montre à quel point les artistes de cette école étaient visionnaires.
La portion entre Dessau et Oranienbaum est l’une des plus belles du parcours à ce jour. Dans « belles » j’inclus deux notions : la beauté du paysage et la qualité du chemin. On utilise en fait un chemin asphalté sur une levée de protection des crues de l’Elbe, plantée d’arbres et de végétaux en tous genres. Ce chemin rectiligne bordé d’un fouillis de végétation est un pur régal! Et comme le soleil commence à réchauffer tout ça, la terre exhale des odeurs douces et variées. Sur des tronçons comme ça, on a presque envie de faire demi tour et de se le refaire pour savourer encore et encore.
Je m’arrête déjeuner en forêt; deux couples de retraités passent; on se salue. Je les rattrape un peu plus loin et les inévitables questions sont posées: vous venez d’où, vous allez où ? Ce sont des Hollandais de Eindhoven qui font Hameln-Berlin. L’an passé ils ont fait Eindhoven-Paris. On fait un petit bout de route ensemble, discutant dans un joyeux mélange de français, allemand et anglais. Le passage à proximité d’un énorme mega festival nous sépare. Des milliers de jeunes quittent les campings installés sur des dizaines d’hectares, tandis que des enceintes crachent encore leurs ultra-basses. Ils semblent très très fatigués…
En contournant le lac de Bergwitz, je jette un coup d’œil au camping. L’endroit est sympa et le tarif raisonnable, mais je reste sur mon idée d’aller jusqu’à Wittemberg, 10 km plus loin, où un autre camping est indiqué sur le guide. Cette fois j’espère faire le bon choix. D’autant que le parcours est souvent pavé; pas très envie de le refaire à l’envers.
Bonne pioche; le Marina Camp Elbe est un très bel établissement qui fait à la fois hôtel et camping au bord de l’Elbe. Pour à peine plus cher que les précédents, je suis en 5 étoiles !
Toilette de Colibri qui est à nouveau tout. crotté, douche et me revoilà en selle pour un tour à Wittemberg.
Après la retraite, la Réforme! C’est en effet ici que Luther a lancé en 1517 un mouvement de protestation contre les Indulgences qui allait donner naissance à l’église réformée, aujourd’hui dominante en Allemagne. La ville se fait une beauté en vue du 500ème anniversaire de cet événement historique. C’est beau, il y a un peu d’animation, je m’offre une pizza bière en terrasse. Les vacances, quoi !

Une rue de l'ex-RDA, ça ressemble souvent à ça.
Une rue de l’ex-RDA, ça ressemble souvent à ça.
Des trésors bien cachés.
Des trésors bien cachés.
Cette fois, c'est sérieux!
Cette fois, c’est sérieux!
La maison du Bauhaus construite par Gropius.
La maison du Bauhaus construite par Gropius.
Du beau et l'utile.
Du beau et l’utile.
Le petit pont de bois sur la Mulde, à la sortie de Dessau.
Le petit pont de bois sur la Mulde, à la sortie de Dessau.
Selfie au fish rue!
Selfie au fish eye!
C'est devant cette porte de l'église du château que le moine Martin Luther a affiché ses 95 thèses contre les indulgences, le 31 octobre 1517.
C’est devant cette porte de l’église du château que le moine Martin Luther a affiché ses 95 thèses contre les indulgences, le 31 octobre 1517.

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Coucher de soleil sur l'Elbe.

Samedi 16 juillet

Meisdorf-Hake 130km

Réveillé à 4h30, je démonte la tente tout de suite pour éviter d’attirer l’attention. Café, rangement, à 6h je suis sur le vélo. Un samedi matin à cette heure là, la route est toute à moi. Je rejoins les chemins de la R1, qui longent agréablement la Selbe, une toute petite rivière. A Hoym, je vois ma première cigogne dans un champ. Le passage autour du lac de Concordia s’annonce sympa, mais un glissement de terrain sur cette ancienne carrière a contraint les autorités à en interdire entièrement l’accès. On voit donc surtout des barrières et des panneaux d’interdiction! En plus le circuit a dû être modifié et les deux fléchages coexistent; je fais une dizaine de km de rab ! Du coup, je coupe un peu le fromage pour éviter un passage difficile et regagner un peu de temps.
A 10h30, je rentre dans Strassfurth qui était mon lieu d’étape prévu pour ce soir. Je suis donc bien en avance sur mon plan de route. Surprise dans un rond point, je retrouve mes deux petits jeunes d’hier qui redémarrent tout juste. Ils sont venus jusque là hier soir, au prix d’une étape de 130 km. A chacun ses choix, à chacun son rythme ! Moi je fais des courses et je déjeune au bord de la Bode.
La grande nouveauté du jour, c’est le beau temps, je peux même dire la chaleur. J’enlève donc plusieurs couches de vêtements et j’apprécie de rouler en manches courtes. Conséquence, la recherche d’eau est plus intense; le cimetière de Nienburg n’offrant que de l’eau croupie, c’est à la buvette de la piscine que je remplis mes bidons. Plus loin, j’éprouve pour la première fois le besoin de tremper ma casquette dans l’eau pour mes rafraîchir la tête. C’est dire si le temps a changé…
De nouveaux fruits font leur apparition sur le bord des chemins : les mirabelles. Je ne me prive pas d’en manger sur place et d’en ramasser pour ce soir.
Vers 15 h j’atteins Köthen, l’objectif du jour. Je compte y dormir mais aussi trouver un magasin de téléphonie pour m’aider à résoudre un problème de connexion. Grosse désillusion! La ville, qui doit bien compter 20.000 habitants est totalement déserte; les rues piétonnes sont vides et tous les commerces fermés. Idem pour l’office de tourisme sur lequel je comptais pour trouver un camping. J’avais oublié cette tradition allemande de fermer les commerces le samedi après-midi. A l’ouest, elle s’est beaucoup estompée; ici, elle reste visiblement encore très respectée.
Me voilà Grosjean comme devant, sans hébergement car la région n’est pas touristique et les campings y sont rares. J’en repère un sur le guide à 15km au nord, à Ake, sur l’Elbe. Arrivé sur place dans une ville aux rues entièrement pavées, j’apprends qu’il est fermé. Youpi! Mais il y en a un autre 5km au sud, dont 2 de pavés bien ronds, sur lesquels je roule à 6 km/h. Mes fesses trouvent le temps long…
Quand j’arrive enfin au rustique camping du lac, mon compteur affiche 130km. Je suis cuit. La douche est une bénédiction; ensuite il faut monter la tente, faire la lessive et manger car j’ai une faim de loup. Je n’ai même pas envie d’aller boire un verre à la buvette du camping. Ce sera dodo direct!

Si tu as les jetons au cimetière, tu peux prendre un arrosoir. Sinon non.
Si tu as les jetons au cimetière, tu peux prendre un arrosoir. Sinon non.
Le lac de Concordia est entièrement interdi d'accès suite à un éboulement de terrain.
Le lac de Concordia est entièrement interdit d’accès suite à un éboulement de terrain.
Plus j'avance vers l'est, plus les rues sont pavées, et pas toujours de bonnes intentions pour les cyclistes.
Plus j’avance vers l’est, plus les rues sont pavées, et pas toujours de bonnes intentions pour les cyclistes.
Une famille cygne vient demander sa part du casse-croûte du midi, à Strassfurth.
Une famille cygne vient demander sa part du casse-croûte du midi, à Strassfurth.
Samedi, 15h, la ville de Köthe est totalement deserte.
Samedi, 15h, la ville de Köthen est totalement déserte.
Ce soir, c'est grande lessive.
Ce soir, c’est grande lessive. Et ça va sécher !

Vendredi 15 juillet

Goslar-Meisdorf 90km

Quand je relis ce que j’écrivais hier matin, j’en ai la chair de poule. La fête à tourné au massacre et au cauchemar. N’ayant rien d’autre à penser, j’ai ressassé cette histoire toute la journée.  La semaine dernière,  lors de mon passage à Münster, j’évoquais les horreurs des guerres de religion. Hélas, certains sont encore au moyen-âge! Mes petites histoires me paraissent tout à coup bien dérisoires.

J’ai quitté le camping après avoir replié une tente bien trempée. Je me retiens de mettre un coup de Klaxon aux Danois qui ont discuté sous leur auvent jusqu’à 1h du matin. Mais je préfère me concentrer sur un spectacle instructif; comme il pleut et que les gens se réveillent, je vois les mâles dominants retrouver les gestes de leurs lointains ancêtres pour mettre leurs femelles et leurs petits à l’abri. Certes, ils ne posent plus de branchages devant l’entrée de la grotte pour freiner le vent, mais ils déploient les auvents, les fixent solidement au sol, renforcent le dispositif avec des bâches, vérifient le tout et retournent au fourneau pour recevoir les grognements de satisfaction de la tribu. Amusant!

Moi, je pars avec 5 couches de vêtements sur le dos, 3 pour le froid, une pour la pluie et une pour la sécurité. La journée s’annonce bien. Je me disais aussi que je ne devrais pas faire ça à l’automne…

Ayant choisi l’option b de la R1, celle qui fait moins mal aux jambes et aux roues, je circule surtout sur des petites routes agréablement vallonnées. A l’entrée du village de Eckertal, je trouve une trace de la séparation des Allemagne. La frontière, le rideau de fer passait là, entre la Basse Saxe et la Saxe-Anhalt. Nul n’a oublié et un monument invite à s’en souvenir dans l’intérêt des générations futures.

Je traverse la charmante ville de Ilsenburg , ancien haut-lieu de l’acier allemand, et m’arrête au monastère de Drübeck pour atteindre Wernigerode, objectif du matin. Du même style que Goslar, mais en moins prestigieux, moins homogène aussi. En revanche c’est très vivant et j’y croise même un groupe de Français. Je profite des nombreux commerces pour me faire aider à ouvrir mon iPhone, afin de pouvoir y insérer la carte Sim rechargeable que Dirk m’a offerte. Le cadeau le plus léger et le plus utile car il me permet de téléphoner et surfer comme un vrai Allemand, pour un prix modique.

La suite m’amène, toujours en flirtant avec les contreforts du Harz, au monastère de Michaelstein, qui a un point commun avec le précédent, fondé par des Bénédictins, il a été récupéré par les Luthériens sous la Réforme. Fonder pour transmettre, c’est peut-être ça qu’on appelle un travail de Bénédictin…

A Thale, mon point d’arrivée théorique, je croise de nouveau la route d’un jeune couple aperçu le matin. Comme moi, ils sont bloqués à un carrefour où la R1 n’est pas signalée. On unit nos neurones et nos cartes pour trouver le bon chemin; du coup, ils me proposent de faire un bout de route ensemble. Ils viennent de Nüremberg, vont à Berlin, Hambourg et vers le Schleswig-Holstein, tout au nord de l’Allemagne. Ils vont évidemment plus vite que moi, surtout elle qui a une pêche d’enfer. Mais selon lui, c’est parce qu’elle a le meilleur vélo… On fait une bonne trentaine de km ensemble sur des chemins défoncés comme j’en ai rarement eu depuis le départ. On ne trouve pas de camping et ils commencent à parler de prendre le train , ce qui ne figure évidemment pas à mon programme. On se quitte donc et je tente ma chance dans une auberge de jeunesse et une pension qui affichent complet, car ce week-end c’est la fête des chasseurs. Youpi! Et comme personne n’accepte que je plante ma tente, je reprends la route.

je trouve un petit chemin creux qui semble convenir à un campeur sauvage, mais il est emprunté par des gens qui vont à la fête. Je traverse donc le village, clôturant le défilé ouvert par la police et suivi par les pompiers. L’uniforme de ces chasseurs est totalement désuet, mais ils le portent avec tellement de fierté! Poursuivant ma route, je sonne à une maison bordée d’un magnifique verger idéalement tondu. C’est non et on me conseille de demander au voisin. Du coup j’aviserai un chemin creux bordé de cerisiers. Je mange et, à la nuit tombante je monte la tente. Je ne serai pas dérangé et j’ai le dessert gratis en plus. C’est d’ailleurs incroyable le nombre d’arbres fruitiers qui bordent les routes et offrent leurs fruits aux passants.

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Les blés sont mûrs, les moissons peuvent commencer.
Les blés sont mûrs, les moissons peuvent commencer.
Mes compagnons de route d'un jour ont la pêche !
Mes compagnons de route d’un jour ont la pêche !
La mairie de Wernigerode ne fait pas dans la sobriété.
La mairie de Wernigerode ne fait pas dans la sobriété.
Très présentes dans leHarz, les sorcières nous souhaitent "sorcierement"bienvenue.
Très présentes dans leHarz, les sorcières nous souhaitent « sorcierement »bienvenue.
La superbe fontaine de la place du marché de Wernigerode.
La superbe fontaine de la place du marché de Wernigerode.
Le porche d'entrée du monastère de Michaelstein.
Le porche d’entrée du monastère de Michaelstein.
Les meilleurs tireurs sont dans la rue!
Les meilleurs tireurs sont dans la rue!
Sous les cerisiers il fait bon dormir.
Sous les cerisiers il fait bon dormir.

Jeudi 14 juillet

Delligsen-Goslar 70km

Bonne fête à tous les Francais!

J’espere que ce ne sera pas trop ma fête, aujourd’hui…

Malgré la pluie et la fraîcheur, j’ai passé une excellente nuit sur le terrain de foot de la piscine. Au matin, mauvaise surprise, les toilettes ne sont pas ouvertes comme promis. Tant pis, le rasage attendra. Pour le reste, je me débrouille. A 8h, le maître nageur me propose de profiter du bassin désert, mais ça ne me tente même pas tellement il fait frais.

Je remballe et je prends la route vers 9h30,  décidé à rallier Goslar par la route et non par les chemins de la R1 qui s’annoncent vraiment trop difficiles. Je veux bien monter des côtes, mais pas sur des chemins caillouteux; je ne suis pa vététiste, moi. D’ailleurs le guide déconseille ces chemins aux cyclistes transportant plus de 15 kilos de bagages. Avec mes 25, je suis exempté.

BUUUUUUUUT !
BUUUUUUUUT !
Belle piscine (bassin de 50metres) pour une ville de 7000 habitants.
Belle piscine (bassin de 50metres) pour une ville de 7000 habitants.

Je prendrai donc le chemin le plus court. Le début du parcours est facile, juste un faux plat de 3km pour la mise en jambe et quelques bosses, mais rien de méchant. Autour de moi le paysage est joliment vallonné, un peu la Bourgogne, mais sans le vignoble. En fait, je tangente le massif du Harz qui est à ma droite, vers le sud.
Après 15 km de petites routes, je me retrouve sur une route à grande circulation, non dotée de piste cyclable. Je dispose juste d’une mini bande d’arrêt d’urgence dont la largeur varie disons entre 80 et 40 cm. C’est peu sport, surtout dans les montées car à faible vitesse, il est plus difficile de garder une trajectoire rectiligne. Mais le pire est à venir car dans un carrefour, la route vers Goslar est soudain interdite aux vélos. Je dois donc me trouver un itinéraire bis, et ce n’est finalement pas plus mal car je rejoins un itinéraire cyclable.
J’arrive à Goslar, pratiquement sans monter. En effet, la ville est située à la limite nord du Harz (dont le sommet, le Brocken culmine quand même à 1140 mètres); arrivant par le nord, je ne rentre donc quasiment pas dans la partie montagneuse. Ouf! Objectif atteint, je suis à Goslar sans souffrir ni casser de matériel. En consultant mon compteur je m’aperçois que j’ai fait 55 km, soit exactement la distance prévue sur ma feuille de route. C’est bien la première fois!
Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, la ville est constituée presque exclusivement de maisons des 16ème et 17ème siècles magnifiquement entretenues. J’en fait une partie à vélo, mais les pavés sont d’époque aussi et ils secouent rudement. Place du marché, je tombe pile poil sur le carillon animé avec des personnages qui défilent. Une chance car il ne joue le grand jeu que toutes les 6 heures! Je visite ensuite deux églises et les extérieurs du « Kaiserpfalz » qui rappelle que Goslar fut résidence impériale à partir du 11ème siècle.
Vraiment pas fatigué par cette petite étape, je décide de pousser un peu plus loin. Muni de la liste des terrains de campings dans les environs, je repars en direction de Wernigerrode que je veux visiter demain. Au passage, je retrouve la R1 et cela me plait bien car la navigation sur les routes commence à me saouler.
Après 15km, je m’arrête dans un camping bondé de Danois. En revanche, pas trace d’un seul français. Depuis Amsterdam, je ne me souviens pas en avoir vus. L’Allemagne n’est vraiment pas une destination touristique prisée chez nous…
Le plantage des piquets de tente est raide car, sous son aspect moussu, le sol cache des cailloux. Je fais douche, rasage et lessive en prenant bien soin de respecter les masses de consignes affichées partout en quatre langues dans des sanitaires ultra modernes. Il est par exemple interdit de se brosser les dents dans les lavabos des toilettes, ou d’emporter de l’eau chaude… A poil sous la douche, j’appuie avec délectation sur le bouton pressoir mais rien ne vient; je rappuie , je tourne, je tire, rien n’y fait. Je sors donc pour tester celle d’à côté, et là je tombe sur le minuteur à pièces. Fallait le dire ! Coup de bol, j’ai la bonne pièce et je peux donc bénéficier de mes 3 minutes réglementaires.
Voilà, à part ma gamelle de riz ( eh oui, encore) qui se renverse à mi-cuisson, rien à signaler sinon qu’il fait toujours aussi frais et que je vais donc encore dormir tout habillé! En plus il pleut abondamment en soirée, ce qui ne va pas aider le linge à sécher…

Mercredi 13 juillet

Bückeburg-Delligsen 110 km

Réveil matinal. À dire vrai, je ne suis pas fâché de remonter sur le vélo!

Au moment de rendre la clef de la piscine, je dois dire un grand merci à ceux qui m’ont accueilli.

Ich bedanke mich ganz herzlich für den Empfang, hier in Bückeburg. Herr Brombach, Herr Wilharm, Herr Seele und alle Leute vom  Bergbad, die so nett zu mir waren. Dank Ihnen war mein Aufenthalt in der Partnestadt hervorragend.

Ce séjour en terra cognita m’a fait du bien. Sur le plan physique le bilan la journée de repos est le suivant : mal aux cervicales suite au plongeon, mal aux épaules à cause de la natation, et mal au c… suite à la glissade de ce matin sur l’herbe humide. Autant dire que la journée s’annonce compliquée, et elle le sera!

Le début est sympa, avec la traversée du Bückeberg pour rejoindre Rinteln à travers bois. Ensuite, j’enquille le chemin qui longe la Weser vers sa source, au sud cette fois. Les paysages sont beaux et le chemin bien plat.

J’arrive ainsi à Hameln, où le joueur de flûte (attrapeur de rats en allemand) est toujours la vedette locale. Mais de mon côté, j’ai une mission confiée par Daniel Coudreuse, et à laquelle je n’entends pas me soustraire : retrouver un dentiste qu’il a connu avant la chute du mur et qui l’a emmené au River Boat, une boîte berlinoise dont il garde visiblement un très bon souvenir. A l’office du tourisme, je trouve facilement les coordonnés du dénommé Günther Schmidt et je me mets en route, aidé du GPS. Évidemment, le Monsieur Doktor a le bon goût d’habiter dans les quartiers chics, loin du centre-ville et surtout très haut sur une colline avoisinante. Qu’importe, je vais au bout de ma mission. Il n’est pas là, mais sa fille prend bonne note des coordonnées de Daniel et se dit persuadée que son père, très francophile, sera heureux de renouer le contact.

Je reprends le chemin qui longe la Weser, que je quitte à Bodenwerder, où je croise un autre personnage célèbre, le baron de Münchhausen. Ce mythomane épatait ses invités de chasse avec les récits invraisemblables de ses aventures qui font encore rêver les enfants allemands.

Des que j’ai quitté la vallée , le paysage change, la route s’élève et j’essaie de m’élever aussi. Les premières bosses sont franchies sans trop de mal, mais les choses se corsent à 15km de Alfeld. La côte fait 7km de long à 6% de moyenne. Un calvaire sous la chaleur ! A chasu virage j’espère que ce sera le dernier, mais il y en a toujours un autre et la pente ne faiblit pas. Après 4km de montée, je pose pied à terre et pousse Colibri sur environ 300 mètres. Puis je parviens à remonter en selle pour boucler l’ascension. La descente à 55km/h m’amuse mais ne me repose pas. En bas, je pense en avoir fini, il reste 6km pour aller à Alfeld. Mais la route tourne à gauche et une nouvelle montée s’annonce. Mais là, je refuse l’obstacle, bien décidé à aller n’importe où pourvu que ce soit plat.

‘Dans le village de Dellengen, une femme m’inque un camping. Extrait du dialogue :

-bonjour, vous connaissez un camping dans le coin?

-oui, à Duingen

-ok, c’est loin

-11km

-et ça monte ?

– non, c’est tout droit!

-!!!!????😡

Bon, je tente, mais après 1km, je refais demi tour car je suis incapable de grimper les côtes qui se présentent. J’ai 110km dans les jambes, et je n’en veux plus. Je tente ma chance à la piscine municipale. Après quelques coups de fil, je suis autorisé à planter ma tente. En échange, je promets de manger au snack.

Dirk (le n*3 de la tribu Ostermeier)vient me rejoindre avec sa femme Karin. Ils ont plein d’histoires de voyages à raconter, dont certaines en Pologne. On passe un bon moment à la terrasse du snack. A 21h ils comprennent que je rêve d’aller me coucher et me laissent sous ma tente, plantée exactement dans un but du terrain de foot.

Les bords de la Weser regorgent de jolis coins.
Les bords de la Weser regorgent de jolis coins.
Le joueur de flûte, star incontestée de Hameln.
Le joueur de flûte, star incontestée de Hameln.
La vieille ville de Hameln est très belle.
La vieille ville de Hameln est très belle.
Mission accomplie.
Mission accomplie.
Ben alors, Angela, tu les arrêtés ou pas ?
Ben alors, Angela, tu les arrêtés ou pas ?
Casse croûte le long de la Weeser devant une statue représentant les haleurs.
Casse croûte le long de la Weeser devant une statue représentant les haleurs.
Le baron de Münchhausen sur son boulet de canon qui l' envoyé sur la lune.
Le baron de Münchhausen sur son boulet de canon qui l’ envoyé sur la lune.
Un petit rafraîchissement apprécié.
Un petit rafraîchissement apprécié.
Karin et Dirk viennent me rejoindre à la piscine de Dellîgen.
Karin et Dirk viennent me rejoindre à la piscine de Dellîgen.

Mardi 12 juillet

Bückeburg 0km

Ma première vraie journée de repos depuis le départ. Ça fait tout drôle de ne pas monter sur le vélo! A peine réveillé je profite à nouveau de la piscine pour effectuer quelques longueurs. Il est 8h et il y a presque autant de monde qu’hier après-midi, mais seulement des adultes qui font des longueurs. Ici, la piscine ouvre à 6h du matin! Et la température de l’eau est à 25degrés. Quand je pense qu’à Sablé certains se plaignent quand elle descend au dessous de 29… En revanche, je m’étonne de ne voir aucun bonnet de bain; même les filles aux cheveux longs sont tête nue. C’était pas comme ça de mon temps!

La visite à Else Ostermeier est évidemment un moment d’émotion. Elle m’accueille avec le même sourire qu’il y a 45 ans, quand j’ai sonné à 4h du matin parce que j’avais oublié ma clef en partant en soirée; et c’était ma première nuit dans la famille…

Rien n’a changé dans la maison, sauf bien sûr l’absence de son mari, Karl, décédé il y a 3 ans. On fait le tour des nouvelles de la famille, ses 4 fils et nos 3 filles. Malgré son veuvage et ses ennuis de santé, elle ne plaint de rien, comme d’habitude. Elle regrette juste que je dorme pas chez elle, mais je ne voulais pas l’importuner.

A midi, je frappe au bureau de Reiner Wilharm qui m’emmène déjeuner… au Falle ! Mais l’établissement a été complètement transformé et Fritz, le patron emblématique n’est évidemment plus là, son corbeau blanc empaillé non plus. Du coup, mes souvenirs d’ivresse ne remontent pas; de toute façon, j’ai tout oublié !

Le poulet rôti est copieux et les tagliatelles abondamment recouvertes de sauce. Celle de la salade à un petit goût sucré qui ne trompe pas : je suis en Allemagne. Nous parlons un peu de vélo, beaucoup de vacances en France, et aussi de gestion municipale. Dans le cadre du plan fédéral, Bückeburg doit accueillir 500 migrants (2,5% de sa population). Ils sont d’abord hébergés dans une école désaffectée qu’ils quittent à mesure qu’ils trouvent un logement. Pas si simple car la ville fait actuellement face à une forte demande de logements, notamment de la part de retraités qui quittent la campagne pour se rapprocher des services.

Je fais ensuite quelques courses pour refaire mon stock de provisions : café soluble, miel, charcuterie, fromage, yaourts, pain, sans oublier une boîte à savon pour remplacer l’emballage carton qui ne tient évidemment pas la distance.
Je flâne du côté de la gare, puis je retourne dans le parc du château car je n’ai pas trouvé le chemin du mausolée lors de mon premier passage. Je n’ai pas plus de succès cette fois, car l’accès est barré pour cause de « Fête moyenâgeuse ». Des tentes sont installées dans le fond du parc et des gens bizarres y fourbissent des outils étranges…
Du coup, je décide d’aller visiter l’église, dont je ne me souviens pas du tout. Un bel exemple de renaissance tardive, avec une chaire et des fonds baptismaux remarquables. Je suis étonné par la place de l’orgue, situé derrière l’autel et par la disposition des rangs de chaises, perpendiculaires à l’autel. Le « gardien » me fournit en allemand toutes les informations, puis me raccompagne en me souhaitant un bon voyage… dans un français parfait! C’est en fait un avocat à la retraite qui fait du bénévolat a l’église.
En descendant à pied la Langestrasse, je me paye le culot de rentrer dans la rédaction des deux journaux locaux (et oui, ici aussi, les gros mangent les petits…). Un journaliste est disponible, mon histoire lui plaît, on passe une bonne demi-heure ensemble et il me prend en photo devant l’église où Colibri est resté garé.
Je remonte à la piscine pour profiter encore du bassin; comme son collègue ce matin, la maître-nageur, avertie de ma présence, vient discuter avec moi . Ancienne handballeuse elle a participé à plusieurs échanges et en garde de très bons souvenirs. D’une façon générale, je sens d’ailleurs beaucoup de nostalgie de cette belle époque où les groupes associatifs déboulaient à tour de rôle dans la ville jumelle. Sans doute ces échanges sont ils ressentis comme moins nécessaires de nos jours; et puis on voyage si facilement maintenant!
En nageant, je me dis que ce serait quand même bête de ne pas plonger au moins une fois de ce splendide plongeoir. Pas question d’aller au 10 mètres, je me contente du 5. Si je devais qualifier cette idée, je la jugerais « très moyennement intelligente ». En effet j’avais oublié la force du choc lors de l’entrée dans l’eau et je me fais un peu mal au dos. Rapport de cause à effet ? je sors du bassin transi de froid. La douche chaude n’y fait rien, je rentre à ma tente en grelottant, je m’habille chaudement et je me coule dans le duvet. Je crois bien que je dors un peu.
Une succulente recette au riz finit de me réchauffer et de me remettre sur pied. Je fais un peu de rangement préparatoire au remballage de demain matin, puis je redescends en ville pour appeler Dirk Ostermeier, finalement rentre de vacances plus tôt que prévu et qui veut absolument me retrouver sur la route. Faute de connexion, j’utilise une cabine téléphonique, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Tandis que les derniers nageurs quittent l’entraînement, je retrouve mon petit coin de pelouse pour une dernière nuit ici.

Après ce crochet vers le nord, je dois rejoindre la R1 pour me diriger vers la principale difficulté du parcours, le passage à Goslar, dans le massif du Harz

Le dragon veille sur le calme de la Langestrasse.
Le dragon veille sur le calme de la Langestrasse.
Face à la mairie, le bâtiment des services municipaux à la rénovation duquel j'ai participé en 1971, lors d'un job d'étudiant.
Face à la mairie, le bâtiment des services municipaux à la rénovation duquel j’ai participé en 1971, lors d’un job d’étudiant.
La chaire et les fonds baptismaux sont les joyaux de l'église.
La chaire et les fonds baptismaux sont les joyaux de l’église.
Dietmar, le plus jeune des frères Ostermeier et sa femme. Il va chaque matin à Rinteln à vélo, élève des abeilles, joue du saxophone et fait des spectacles pour enfants. Un personnage!
Dietmar, le plus jeune des frères Ostermeier et sa femme. Il va chaque matin à Rinteln à vélo, élève des abeilles, joue du saxophone et fait des spectacles pour enfants. Un personnage!
Else Ostermeier sur le pas de la maison familiale. La gentillesse faite femme!
Else Ostermeier sur le pas de la maison familiale. La gentillesse faite femme!
Le château de Bückeburg, résidence des princes de Schaumburg Lippe.
Le château de Bückeburg, résidence des princes de Schaumburg Lippe.
La piscine, un lieu de détente dans un cadre exceptionnel.
La piscine, un lieu de détente dans un cadre exceptionnel.
Riz au gratin de fromage, ça vous réchauffe et vous tient au corps!
Riz au gratin de fromage, ça vous réchauffe et vous tient au corps!

Lundi 11 juillet

Bielefeld-Bückeburg 70 km

Bien arrivé à Bückeburg, la ville jumelle de Sablé. La ville met à  ma disposition un coin de pelouse dans l’enceinte de la piscine; un privilège et une chance ! Du coup je ne me fais pas prier pour piquer une tête, mon premier bain depuis le départ.

Je fais admirer mon magnifique bronzage de cycliste.
Je fais admirer mon magnifique bronzage de cycliste.

Tout a commencé par un réveil tardif, vers 8h. Sur la table du petit déj  je retourne le journal que Dirk met avec insistance sous mon nez. Sur la Une, il y a une photo de mecs en rouge qui brandissent une coupe. Sans doute des footballeurs…

Je décolle vers 10h, en remerciant Dirk pour son accueil et en l’invitant à faire une étape à Sablé lors de son prochain voyage à vélo. Je le laisse à son chantier de maison qui l’occupe depuis 7 ans, et promet de l’occuper encore au moins autant!

A la 3eme ligne du plan qu’il m’a fait, je perds le chemin et je dois passer par le centre de Bielefeld. Du coup je me retrouve dans des zones industrielles et sur des routes à grande circulation. Il me faudra au moins 15 km pour retrouver des petites routes sympas et un fléchage spécial cyclistes.

Je frôle Herford mais je préfère obliquer vers Bad Salzulfen. Bonne pioche! Je tombe sur une station balnéaire dotée de 7 sources d’eau salée. Si elles font aujourd’hui la joie des malades des bronches, ces eaux ont fait la richesse de la ville car on en extrayait depuis le 11eme siècle le sel, matière précieuse s’il en était.

Mais surtout, un industriel astucieux avait mis au point un système ingénieux pour augmenter la teneur en sel de la saumure. Cela permettait de réduire le temps de chauffe et donc d’économiser du bois. (déjà les économies d’énergies…)

Ce système consiste à faire couler l’eau sur des sortes de murs obliques ornés de reliefs qui font penser à du corail. De 8% de teneur en sel, l’eau passait à 24% en arrivant en bas, par simple évaporation, sans efforts ni énergie. Plusieurs de ces « murs » ont été restaurés et installés sur la place centrale, où ils sont une attraction permanente et une source de détente pour les curistes. Et ils constituent un décor tout à fait unique.

Avant de partir, je sacrifie au rite du plonger de bras dans l’eau salée. Après quelques km de route, je m’aperçois que mon iPhone et mes sacoches sont saupoudrées de sel, suite au séchage des gouttes d’eau.

A Vlotho, je choisis de longer la Weser plutôt que de prendre la route directe. Bon d’accord je fais 18km au lieu de 10 pour rallier Porta Westfalica, mais le jeu en vaut la chandelle car le chemin qui longe les boucles du fleuve est magnifique. En face de moi, les monts de la Weser ont de quoi faire peur; mais la Weser a su se frayer un chemin et en la suivant je suis assuré d’échapper aux côtes qui se profilent. Le passage de la Porta est un beau moment; de l’autre côté, c’est la Basse Saxe et la grande plaine nord-européenne.

Le moment est si beau que j’en oublie trois détails : 1) Bückeburg est sur la rive droite et moi sur la gauche; 2) il n’y a pas des ponts tous les 500 mètres; 3) Colibri n’est pas un dauphin ! Je suis donc contraint de remonter presque jusqu’à Minden pour traverser et rejoindre Bückeburg par des petites routes.

J’éprouve un peu d’émotion en apercevant de loin la coupole du Mausolée et la flèche de la mairie. On a passé avec Marthe pas mal de séjours estivaux en amoureux ici, les premiers il y a …. 45 ans! On y a même travaillé pour gagner des Deutsch Mark qui valaient beaucoup de francs à l’époque. C’est aussi au café « zur Falle  » que j’ai pris ma première cuite! Je vérifie au passage que ce lieu mythique existe toujours et me promets de venir y boire une bière, mais une seule cette fois. Je ne peux m’empêcher aussi d’avoir une pensée pour mon frère Philippe et Henri Bonnet, avec lesquels on a passé ici des moments mémorables. Et puis l’arrivée du relais pédestre Sablé – Bückeburg par les basketteurs de Fred Jugnet, un nez cassé en compétition de judo, et les traductions d’interminables discours d’élus dans la salle de réception du Ratskeller lors des échanges… Bref, les souvenirs affluent en entrant dans la Langestrasse.

A la mairie, je suis attendu par Reiner Wilharm qui m’indique m’avoir réservé un coin de la pelouse à la piscine pour planter ma tente. On se retrouve là haut, il me donne une clef du portail, me confie aux bons soins du personnel de la piscine. Parmi eux, un certain Seele, ancien nageur qui me cite une ribambelle de noms de Saboliens, anciens nageurs des Goélands.

Je ne résiste évidemment pas au plaisir d’un bain dans cet immense bassin; en revanche, je renonce à me lancer du plongeoir de 10m. de peur de compromettre la suite de mon voyage. Et puis… on n’a plus 20 ans!

Je range mes sacoches dans un coin et je file vers le hameau de Scheie, le Gastines de Bückeburg pour y retrouver la maison de la famille Ostermeier chez qui j’étais hébergé lors de mes séjours. Il est 18h30, je ne veux pas déranger Else, la maman; en revanche je sonne chez Dietmar, le plus jeune des quatre fils. Ce géant manque m’étouffer tellement il est heureux de me voir; on fait le tour de son jardin et de ses ruches et je le quitte car je le sais très occupé.

Je file au Mac’do, non pour la qualité de sa gastronomie, mais pour la wifi gratuite, et je rentre à la piscine pour monter ma tente.

Tremper les bras dans l'eau salée est censé les délasser. Si j'osais, j'y tremperais bien les pieds!
Tremper les bras dans l’eau salée est censé les délasser. Si j’osais, j’y tremperais bien les pieds!
La mairie de Salzulfen témoigne de la richesse de la ville de sel et de bains.
La mairie de Salzulfen témoigne de la richesse de la ville de sel et de bains.
Les "murs d'évaporation donnent un cachet étrange à la ville de curé.
Les « murs d’évaporation donnent un cachet étrange à la ville de cure.
Le système d'augmentation de la salinité prend les couleurs des minéraux contenus dans l'eau.
Le système d’augmentation de la salinité prend les couleurs des minéraux contenus dans l’eau.
On n'a pas les mêmes compteurs...
On n’a pas les mêmes compteurs…

Je n’ai pas pu télécharger certaines photos; je complétera dès que possible

Dimanche 10 juillet

Warendorf-Bielefeld 70km

La peinture n'est pas tout à fait sèche, mais tant pis: c'est le jour J!
La peinture n’est pas tout à fait sèche, mais tant pis: c’est le jour J!

Après cette nuit à éclipse, je me réveille vaseux. À croire que les Allemands boivent, les Francais trinquent… Mes voisins et collègues cyclistes émergent à peu près en même temps que moi, tous remontés contre les fêtards. Dommage que la réception ne soit pas ouverte, on serait allés en causer deux mots au patron.

Visiblement bien rodées, les filles sont prêtes les premières; elles démarrent avec pour cible la boulangerie la plus proche. Péri, lui, assis dans son fauteuil de camping, prend le temps de déjeuner sur sa remorque qu’il utilise comme table. Il a fait 140 bornes hier et mérite donc de prendre son temps!

Je décolle vers 8h30, mais je fais rapidement une pause dès que j’ai du réseau pour ajouter les photos d’hier. Compte tenu de la faible distance à parcourir, je décide de suivre la R1 dans tous ses méandres.

Je traverse ainsi la petite ville de Harsewinckel, qui pourrait être rebaptisée « Claasland ». C’est en effet là que le célèbre fabricant de tracteurs, dont une usine est au Mans, a son siège social. Et ce depuis 1919, date de l’arrivée des deux frères Claas, fondateurs de l’entreprise.

Cela me vaut ensuite de rencontrer un personnage, un type âgé qui vend des cerises sur le bord de la route. Je lui en prends une barquette, et, sur son conseil, je m’installe sur le banc en face son étal pour les déguster. Évidemment il ne tarde pas à me rejoindre pour tailler une bavette. Je me demande d’ailleurs si la vente des cerises n’est pas qu’un prétexte pour rencontrer du monde…

Ancien mécano de l’aérodrome de Gütersloh, où étaient stationnées des troupes alliées après la guerre, il me raconte des histoires d’avions, avec une préférence pour ceux qui se sont crashé ! Et puis on s’interroge sur ce que faisait le bon Dieu pendant la période hitlerienne; d’après lui, il dormait!

Une fois stocké le reste de cerises dans une sacoche, je quitte ce drôle de bonhomme. En fait je ne suis pas pressé car je rejoins Dirk, mon hôte de ce soir, directement à Gütersloh où a lieu l’anniversaire de sa filleule. Et les festivités s’organisent visiblement autour d’un goûter, pas d’un déjeuner. Même si j’ai hâte de déguster les gâteaux crémeux, je vais éviter d’arriver le premier !

C’est donc tout tranquillement que je boucle les derniers km, mais avec une petite mésaventure. En effet, j’ouvre mon compteur de bûches! Un petit écart sur le bas côté, une tentative manquée de remonter sur le bitume, et me voilà vautré au milieu de la petite route, heureusement très peu fréquentée. Colibri n’a rien, moi juste une égratignure au coude; premier avertissement sans frais…

J’arrive à Gütersloh vers 14h; je flâne pour passer le temps; dans l’église Martin Luther King, j’assiste au prêche enflammé d’un pasteur noir, devant une assemblée entièrement de la même couleur; du grand spectacle. Dommage que je n’ai pas le temps d’entendre le solo de batterie qui trône devant l’autel! Je rejoins la fête à une dizaine de km de là, plutôt transpirant car il fait chaud et lourd.

J’arrive chez Martin où la petite Evi  fête ses 6 ans, avec ses copines, quelques parents et son parrain, Dirk. Après-midi convivial autour d’un café – gâteaux bienvenu, de discussions et de jeux avec les enfants. Tout le monde participe à la recherche du meilleur itinéraire pour rallier Bückeburg et Karin appelle même ses parents à Hameln pour qu’ils m’hébergent en cas de besoin. Sympa! A peine les gâteaux terminés, le barbecue est allumé et les saucisses posées sur le grill. Une petite salade de pommes de terre en accompagnement et ma faim est bien calmée!

Vers 19h30, Dirk et moi remontons sur les vélos pour aller chez lui, à Bielefeld. Une douzaine de km bouclés sur un bon rythme ce qui active la digestion.

Douche, Marseillaise, et c’est parti. Une chose est sûre: on n’entendra pas de concert de Klaxons dans les rues après le match…

Le siège historique de l'entreprise n'a pas bougé mais il s'est agrandi.
Le siège historique de l’entreprise n’a pas bougé mais il s’est agrandi.
A Harsewinkel tout est Claas, même l'académie.
A Harsewinkel tout est Claas, même l’académie.
Après avoir entretenu des avions, Erich vend des cerises sur la R1. Et il cause !
Après avoir entretenu des avions, Erich vend des cerises sur la R1. Et il cause ! Dédicace spéciale à Michel à qui je souhaite prompt rétablissement.
Autour de la vieille église, un agréable quartier de Gütersloh.
Autour de la vieille église, un agréable quartier de Gütersloh.
Le siège de Miele est à Gütersloh, comme celui de Bertelmann, le méga-groupe de communication.
Le siège de Miele est à Gütersloh, comme celui de Bertelmann, le méga-groupe de communication.
Des gâteaux et 6 bougies pour la petite Evi.
Des gâteaux et 6 bougies pour la petite Evi.
Le barbecue était bien garni.
Le barbecue était bien garni.
Dirk a adopté le vélo couché qu'il utilise pour aller au travail chaque matin, mais avec lequel il effectue aussi de grands voyages en France notamment.
Dirk a adopté le vélo couché qu’il utilise pour aller au travail chaque matin, mais avec lequel il effectue aussi de grands voyages en France notamment.

Samedi 9 juillet,

Münster – Warendorf, 40km

Ce matin, Werner m’emmène faire un tour, à vélo bien sûr. On fait le tour du lac Aa, toujours en tête dans les dictionnaires, puis on pose les vélos dans le centre ville pour visiter la cathédrale, quelques églises, et la fameuse salle de la paix où  fut signé le traité qui mettait fin à 30 ans de guerre, mais qui donnait aussi naissance à un nouveau pays, les Pays Bas, libérés du joug espagnol. Au musée de la ville, j’apprends plein de choses sur Münster depuis sa fondation en 805 jusqu’à nos jours. Riche, passionnant et très didactique.

A peine rentrés, Monica nous sert un déjeuner royal. À croire qu’elle a appelé Marthe pour connaître mes goûts culinaires !

Maintenant il est l’heure de reboucler les sacoches et quitter cette étape super confortable. Monica et Werner m’accompagnent sur une quinzaine de km. Ils me font quitter la ville par des passages et des chemins qui évitent les grands axes. C’est appréciable car traverser et sortir d’une ville est souvent l’exercice de navigation le plus compliqué. On rejoint la R1 qui est bien fléchée ici.

C’est avec un pincement au cœur que je les quitte et les vois repartir chez eux. Je me sens beaucoup d’atomes crochus avec ces gens que je ne connaissais pas il y a deux jours et qui m’ont accueilli avec simplicité et sincérité. On se promet de se revoir, à Sablé, à Poillé, ou ici avec nos amis communs qui ne sont jamais venus!
Je rallie sans trop de difficultés Warendorf où j’ai repéré un camping. Il me faut interroger plusieurs autochtones pour obtenir des informations précises. C’est un gars qui a fait Rome – Münster à vélo l’an dernier qui me donne le bon tuyau. Le camping est au bord d’un lac et ce soir, c’est soirée Bratwurst/bière! Ça tombe bien, je n’avais pas fait les courses !
Mais d’abord, je m’attaque à mon atelier peinture, transformant mon casque noir tristouille en un magnifique support tricolore. Je sens que je vais le porter fièrement demain et, j’espère, les jours suivants ! Je me refais aussi un drapeau avec un sticker de rechange et une branche de noisetier. Voilà qui devrait aider à me faire identifier immédiatement comme Francais. J’espère juste que ma peinture résiste à l’eau car en cas de pluie je pourrais me retrouver avec une perruque tricolore dégoulinante!

Je prépare ensuite mon itinéraire pour demain car je vais quitter la R1 pour aller chez Dirk, à Bielefeld, Lui non plus je ne le connais; c’est un ami d’un ami, en l’occurrence Gigi. Je suis invité à l’anniversaire de sa nièce, que je ne connais évidemment pas non plus!
Plusieurs cyclistes au long cours arrivent après moi; d’abord deux jeunes Allemandes qui vont de Paderborn à la mer du Nord, puis Péri, un Hollandais qui va à Berlin. On partage une Bratwurst et une bière, mais on laisse la piste de danse aux sédentaires ! En revanche on « profite » de la musique bien après le coucher. A 2h , n’en pouvant plus de tourner en rond dans mon duvet, je mets mon blog à jour et je vais rendre visite aux fêtards. Ils sont à peine une dizaine autour du feu de camp et de la pompe à bière. « C’est une exception » se justifient-ils. Dommage pour moi! J’obtiens qu’ils coupent la sono, mais les plus avancés continueront de chanter « prosit « un bon moment… Ce moment que choisit mon voisin de tente pour se mettre à ronfler!

Jour de fête à Münster.
Jour de fête à Münster.
La salle de la paix où fut signé le traité de Westphalie en 1648.
La salle de la paix où fut signé le traité de Westphalie en 1648.
Un vrai touriste !
Un vrai touriste !
La cathédrale, bombardée en pleine messe et reconstruite.
La cathédrale, bombardée en pleine messe et reconstruite.
La petite églises préférée des habitants pour célébrer les mariages.
La petite églises préférée des habitants pour célébrer les mariages.
Monica est une cycliste avertie et convaincue.
Monica est une cycliste avertie et convaincue.
Photo souvenir avant la séparation, avec un clin d'œil à Danièle et Jean-Lou.
Photo souvenir avant la séparation, avec un clin d’œil à Danièle et Jean-Lou.
Ce soir c'est atelier peinture.
Ce soir c’est atelier peinture.
Peri a fait le choix de la remorque, qui lui sert aussi de table !
Peri a fait le choix de la remorque, qui lui sert aussi de table !
En route pour la mer du Nord.
En route pour la mer du Nord.
Allez les Bleus !
Allez les Bleus !

Vendredi 8 juillet

Stadtlohn-Münster 80km

Je suis réveillé vers 5h30 par les premières voitures. Ah, ces gens qui bossent, c’est pas possible ! Je sors de mon duvet pas tres frais, enfin, comme une vieille demeure pas restaurée : dans mon jus ! Je sacrifie au rituel du petit café sur mon réchaud, accompagné de cochonnaille allemande, d’un reste de fromage néerlandais et d’un yaourt. A 6h48 je me remets en selle pour rallier Münster ou m’attendent Monica et Werner. Par mail et par précaution je leur annonce mon arrivée vers 17h.

Le premier village sur ma carte est vite trouvé, mais par la suite ça se gâte car des que je perds la signalisation de la R1, je me retrouve sur des petites routes totalement dépourvues de fléchage. À croire que les Allemands ont mis tous leurs panneaux sur leurs autoroutes et qu’ils n’en ont plus pour les routes secondaires!

La boulangère et le facteur m’aident à rester sur la bonne voie. A Darfeld,j’admire le château privé qui abrite 5 personnes seulement.

‘Un monsieur à vélo se porte à ma hauteur pour discuter. Lui aussi fait du  vélo, mais il n’a jamais osé partir seul avec sa tente. J’ai envie de lui dire : « Ben, va z’y Marcel, saute sur ta bécane et lance toi ! »

A Havixbeck je m’arrête pour manger. C’est la fête au village, il y a des manèges dans tout le centre ville. Attiré par de la musique, j’arrive dans la cour de l’école. C’est le dernier jour de l’année scolaire; beaucoup d’enfants pleurent. Bizarre, moi je ne pleurais jamais pour partir en vacances! Renseignement pris, ce sont les enfants de la 4ème classe, l’équivalent de notre CM1 qui changent d’école l’an prochain, et doivent donc quitter leurs camarades. Gros chagrins d’enfants !

Il ne me reste qu’une quinzaine de km à faire, si bien que je rentre dans Münster à 13h, largement en avance sur le planning. Dans le centre ville, c’est aussi la fête! À croire que toutes les communes se sont donné le mot à l’occasion de mon passage…

En consultant mes messages j’en trouve un de Monica et Werner qui se proposent de venir à ma rencontre; je dois les appeler quand je serai à Havixbeck ! Un peu gêné, je les appelle; rendez-vous est pris devant le château, qui abrite désormais l’université. Múnster compte pas moins de 50.000 étudiants pour une population de 334.000 habitants. Conséquence, c’est une des villes les plus cyclistes d’Allemagne.

On rentre donc chez eux à vélo en empruntant à un rythme vif des raccourcis et des chemins qui me donnent le tournis. Arrivés chez eux, je serais incapable de retourner dans le centre ville. Ils habitent dans un quartier nommé « Kinderhaus », maison d’enfants, en souvenir de la léproserie qui se trouvait là; les lépreux nécessitant des soins comme des enfants. Mais leur maison n’a rien d’une maison d’enfants; j’y dispose d’un étage entier! Après mon carré d’herbe en bord de route, j’apprécie…

Avec mes hôtes, le contact est immédiat, facilité par leur très bonne maîtrise du Francais. Après quelques heures ensemble c’est comme si on se connaissait depuis des années. Merci à Danièle  et Jean-Lou de m’avoir mis en contact avec eux.

Après la douche de 2 jours et le café -gaufres, on repart en ville pour un tour du centre, agrémenté de leurs commentaires avisés sur l’histoire, notamment la guerre de trente ans entre Catholiques et Réformés dont le traité de paix a été signé ici après 5 ans de négociations. Au clocher d’une des églises sont encore suspendues les sinistres cages de fer dans lesquelles ont enfermait les ennemis jusqu’à ce que mort s’en suive. Au nom du Seigneur, bien sûr!

Bien que ne présentant aucun intérêt stratégique, Münster a été bombardée  par les alliés en 1944 pour la seule raison qu’elle comptait plus de 100.000 habitants. Détruite à 90%, elle a été reconstruite en conservant les façades d’origines de nombreux immeubles du centre-ville, qui ont d’ailleurs un petit air néerlandais.

De retour chez eux, nous discutons quelques instants avec leur voisine de 80 ans qui a récemment décidé de passer au vélo électrique pour effectuer les petites sorties de 60/70 km qu’elle effectue plusieurs fois par semaine!

Malgré le vent nous choisissons de dîner dehors et on refait le monde…

Sur ce parcours j'ai franchi un mont à 147 m. d'altitude !
Sur ce parcours j’ai franchi un mont à 147 m. d’altitude !
Le superbe château de Darfeld est privé.
Le superbe château de Darfeld est privé.
Dans la cour de l'école de Havixbeck c'est "kiss and cry ".
Dans la cour de l’école de Havixbeck c’est « kiss and cry « .
Le château de Münster abrite désormais l'université.
Le château de Münster abrite désormais l’université.
Les kits de supporters sont soldés !
Les kits de supporters sont soldés !
Les belles façades sont ornées aux couleurs de la ville.
Les belles façades sont ornées aux couleurs de la ville.

Jeudi 7 juillet, Arnhem-Stadtlohn 120km

Le plus dur c’est de reprendre la route après une étape aussi chaleureuse et confortable! Un lit douillet, a manger et à boire à profusion et des discussions chaleureuses, je repars vraiment à regret. Objectif : passer la frontière allemande pour voir la 1/2 finale en territoire ennemi !

Avec un tel petit déjeuner, j'ai de l'énergie pour la journée !
Avec un tel petit déjeuner, j’ai de l’énergie pour la journée !

Objectif atteint, mais pas sans mal! Encore plus de 120km au compteur ce soir, décidément il va falloir que je révise mes estimations prévisionnelles. Mais peut-être que les km néerlandais sont plus courts que les nôtres…

Dans le centre commercial proche de chez les Boog je m’arrête dans un magasin genre Foirfouille pour essayer des trouver des drapeaux ou des autocollants NL pour les transformer en drapeaux français (1/4 de tour et le tour est joué!). Faute de merles, j’achète des tubes de peinture et des pinceaux pour décorer mon casque et mes sacoches. J’ai envie d’être mieux identifié comme Francais quand je croise des gens. Donc ce soir, atelier peinture au camping.

Après  avoir rejoint le centre de Arnhem, je me dirige vers Rozendaal, au nord de la ville. Et là je tombe sur un truc incroyable : des côtes! Bon, pas l’Alpe d’Huez, d’accord, mais quand même de longs faux plats, juste comme il faut pour mettre les artères en pression. Je traverse une forêt puis des landes  vallonnées. Au passage, c’est incroyable le nombre de scarabées du genre bousiers qui traversent les routes! J’ai beau slalomer pour les éviter, certains sont victimes du quintal qui leur passe sur le corps !

Après Brummen, la route est interrompue par la rivière Ijssel et il faut prendre un bac pour poursuivre. Amusant mais un peu longuet car il faut laisser passer les péniches et bateau de plaisance qui naviguent sur ce bras du Rhin.

En face, c’est Bronkhorst, connue pour être la plus petite ville des Pays Bas, au sens administratif du terme. Village charmant, plein de touristes. L’un d’eux discute avec moi; quand je lui raconte ce que je veux faire ce soir, il me conseille de courir vite si la France gagne !

Je galère pas mal pour suivre la R1 et je me retrouve à plusieurs reprises sur des routes sans aucune signalisation. Je marche donc au doigt mouillé, et surtout à la boussole : tant que je vais vers l’est, je suis un tant soit peu sur la bonne route. Heureusement que le soleil brille !

Bien conseillé en anglais par une brave agricultrice, je parviens enfin à Zwillbroek/Zwillbrock, ville frontière entre les Pays Bas et l’Allemagne. Village frontière, devrais-je dire, car hormis la belle église baroque, il n’y a pas grand chose à voir, et surtout ni camping ni bistrot.

Je file donc jusqu’à Vreden, ville plus importante, mais également démunie de terrain de camping. J’y trouve néanmoins de l’eau, testant au passage que la stratégie du cimetière pour trouver un robinet accessible fonctionne aussi bien en Allemagne qu’ailleurs.

Des autochtones m’indiquent un terrain de camping à Stadtlohn, près de l’aéroport (encore !). Et j’en reprends pour 10km de plus, heureusement dans la bonne direction. A l’entrée dudit terrain il est indiqué … qu’il n’accepte pas les tentes ! Il est près de 19h et je commence à trouver la plaisanterie un peu lourde.

Vu l’heure, j’inverse  les priorités, et cela devient :1) manger, 2) trouver un bar avec télé. Des courses au Lidl me permettent d’avancer sur les deux sujets, bien renseigné par des clients. Au passage, je lis les gros titres du journal populaire Bild Zeitung qui chambre grave les Francais; il y est notamment question de « Euroxit » pour les Bleus. Rira bien….

Dans une rue piétonne, je casse la croûte devant un bistrot avenant qui se remplit peu à peu de gens en maillots de la Mannschaft. A la Marseillaise je m’installe au bar et je déguste deux bières et deux buts. Au premier je reste relativement discret car le péno est sévère, mais au deuxième je ne cache pas ma joie, à peine remarqué par les autres clients, trop occupés à s’arracher les cheveux. Bien entendu, l’arbitre en prend pour son grade, mais je fais remarquer à mon voisin que ce n’est pas l’homme au sifflet qui vendange les occasions…

On est en finale, on est en finale, le refrain résonne dans ma tête quand je remonte sur mon vélo, frontale allumée, à la recherche d’un carré d’herbe accueillant. Je le trouve à la sortie de la ville, sous un chêne entre un banc et un tronc d’arbre. Bâche de protection, matelas autogonflant et duvet constituent mon petit lit douillet. Pas besoin de berceuse. Mais dans la nuit je me réveille car j’ai trop chaud! Il faut dire que j’avais superposé les couches de peur d’avoir froid. Première nuit à la belle étoile.

Gert-Jan m'aide à charger Colibri.
Gert-Jan m’aide à charger Colibri.
Le château de Rozendaal et ses roses.
Le château de Rozendaal et ses roses.
Si vous avez vu le film "un pont trop loin", vous reconnaîtrez le vieux pont qui franchit le Rhin à Arnhem, théâtre d'un bataille féroce en 1944.
Si vous avez vu le film « un pont trop loin », vous reconnaîtrez le vieux pont qui franchit le Rhin à Arnhem, théâtre d’un bataille féroce en 1944.
Il va être temps d'aller chez le coiffeur !
Il va être temps d’aller chez le coiffeur !
Ce vendredi j'ai roulé au moins 20km sur des chemins, pas tous aussi carrossables que celui ci.
Ce vendredi j’ai roulé au moins 20km sur des chemins, pas tous aussi carrossables que celui ci.
Pas terrible, ton déguisement de zèbre...
Pas terrible, ton déguisement de zèbre…
Colibri passe le bac.
Colibri passe le bac.
Hallo Deutschland! Da bin ich.
Hallo Deutschland! Da bin ich.
Battus et abattus !
Battus et abattus !
Mon Hôtel 4 étoiles pour une nuit.
Mon Hôtel 4 étoiles pour une nuit.

Mercredi 6 juillet, Amsterdam- Arnhem 130km

Bien arrivé à Arnehm chez mes amis Blanca et Gerd-Jan. Je fais honneur à leur table, donc je vous raconterai cette étape plus tard …

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Bon, ben celle là, je ne l’ai pas volée; je veux parler de la bière que j’ai bue en arrivant. Parti à 7h ce matin, j’ai sonné à la porte des Boog à 17h. Dix heures en selle, ça use ça use…

La journée a commencé par un bug à la tour de contrôle de Schiphol international : le premier avion a décollé à… 1h54 du matin ! Bon d’accord je voulais partir tôt, mais quand même pas avec la lampe frontale !

A 5h30 c’est une averse qui me réveille, pas violente mais juste de quoi mouiller la tente avant le remballage. Sympa ! Au petit déjeuner je termine le gâteau élastique de Delft. Ah oui, je ne vous en ai pas encore parlé. Maintenant qu’il est terminé, je peux. A Delft donc, j’ai acheté dans une Mie Câline locale une sorte de galette  présentée comme « Eierkoeken », a priori gâteau aux œufs. Comme il y a une promo sur le sachet de 6, j’y vais franco. Le problème est que la composition doit aussi inclure du caoutchouc, sinon, comment expliquer cette consistance élastique ? Me voilà donc en possession d’un stock de 500 grammes de chewing-gum… Je mettrai 3 jours à l’écouler vu que seul un trempage dans du café le rend comestible… Ça c’est fait !

L’objectif du jour est donc de rallier Arnhem en passant par Utrecht, sans doute au moins 110 km, le prix de mon crochet humide à Amsterdam. Par chance, je trouve tout de suite le nom de la première ville sur les panneaux des pistes cyclables. Direction sud-est, donc soleil en pleine face, j’expérimente l’ajout de la casquette sous le casque. La visière est appréciable.

Je roule d’abord en parallèle d’une route très fréquentée. Le trafic, notamment des poids lourds est impressionnant et j’apprécie d’être à l’écart. J’arrive à Utrecht vers 11h. Et cela commence par une vision surréaliste : dans un canal, un journaliste est immergé jusqu’à la ceinture, micro à la main pour enregistrer un reportage! Mais à part ce phénomène que je suppose très temporaire, Utrecht me séduit par sa cathédrale imposante et l’ambiance chaleureuse autour de ses canaux coquets. Ville étudiante mais peu touristique, elle a gardé un charme qu’on a du mal à retrouver à Amsterdam.

Apres cette escapade vers le nord, je retrouve là la R1. Je mets donc le GPS en route pour suivre fidèlement le tracé sinueux de l’itinéraire conseillé. Cela me vaut de traverser le charmant village de Bunnik ou je choisis de déjeuner. J’opterai pour une « pizza turque » dans un kebab. Que voulez vous, je suis comme ça moi, quand je voyage j’aime goûter les spécialités locales ! Je complète avec l’achat de fruits dans un joli magasin spécialisé.

Malgre le plaisir de rouler dans les bois et sur les chemins, je commence à trouver lassants les zigzags en campagne. A 30km du but, je décide de tirer tout droit en suivant la route principale. Pas un mauvais choix car mon compteur affiche déjà 120 km quand j’entre dans Arnhem, sachant que mes amis habitent à une dizaine de km au sud.

Et c’est ce moment là que choisit mon iPhone pour s’éteindre!  Malgre un pédalage intensif je ne fournis pas assez de courant pour alimenter deux applis GPS simultanément.. La porte ouverte d’un bureau d’études m’aide à demander de l’aide sous la forme de quelques électrons. Avec 3% de charge et une seule appli ouverte j’ai de quoi aller au bout. Arrivé à destination, je sonne au 21, comme indiqué sur le message. Heureusement les voisins sont absents et c’est la porte du 19 qui s’ouvre sur un Gert-Jan tout sourire qui m’invite à entrer chez lui !

Douche, bière, dîner copieux, retrouvailles chaleureuses et pour finir, victoire du Portugal sur le Pays de Galles. Demain je quitte les Pays-Bas pour attaquer la partie allemande de mon périple.

Les photos du jour

Ma voisine de tente, Paula, une jeune Colombienne qui vient d'Angleterre à vélo et descend vers l'Italie.
Ma voisine de tente, Laura, une jeune Colombienne qui vient d’Angleterre à vélo et descend vers l’Italie.
Pour ceux qui n'ont pas compris mon explication des knootepunkte, voici un exemple. Vous êtes au point 50, pour aller au 10 c'est tout droit, et pour le 97 c'est à gauche. Du coup, un parcours de cycliste néerlandais ressemble à ça: 57, 43, 7, 92, 32, 71, 66.
Pour ceux qui n’ont pas compris mon explication des knootepunkte, voici un exemple. Vous êtes au point 50, pour aller au 10 c’est tout droit, et pour le 97 c’est à gauche. Du coup, un parcours de cycliste néerlandais ressemble à ça: 57, 43, 7, 92, 32, 71, 66.
Le canal du Rhin à Amsterdam est sillonné chaque jour par des centaines de péniches qui avancent à la même vitesse qu'un cycliste.
Le canal du Rhin à Amsterdam est sillonné chaque jour par des centaines de péniches qui avancent à la même vitesse qu’un cycliste.
En l'absence de pistes cyclables, les petites routes sont équipées de voies cyclables, quitte à limiter la largeur réservée aux voitures.
En l’absence de pistes cyclables, les petites routes sont équipées de voies cyclables, quitte à limiter la largeur réservée aux voitures.
Utrecht, c'est un peu Amsterdam sans les touristes et en plus petit.
Utrecht, c’est un peu Amsterdam sans les touristes et en plus petit.
Utrecht était la capitale religieuse du pays, d'où cette belle cathédrale et ses 12 églises.
Utrecht était la capitale religieuse du pays, d’où cette belle cathédrale et ses 12 églises.
Un moulin, des vélos, mais on se croirait aux Pays-Bas !
Un moulin, des vélos, mais on se croirait aux Pays-Bas !

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Certains noms de chemins vous incitent à vous dépasser.
Certains noms de chemins vous incitent à vous dépasser.
Le chemin du retour est balisé; mais il attendra...
Le chemin du retour est balisé; mais il attendra…

Mardi 5 juillet, Amsterdam 40 km

Ante-scriptum : Quelques photos sur la journée d’hier refusaient de s’afficher. Je viens de les ajouter. Les curieux peuvent donc faire un retour en arrière s’ils le souhaitent.

Ante scriptum 2 : je vous écris du « chalet » un espace commun, où des anglais sont en train de cuisiner; vous avez de la chance qu’internet ne transporte pas les odeurs…

Avis aux voyageurs : le premier avion décolle de Schiphol à 6h30 ! Pas besoin de réveil. D’autant que 10 minutes plus tard, une belle averse frappe la tente pour s’assurer que je ne me rendorme pas. Quel contraste avec le ciel bleu d’hier soir ! Je ne vous donnerai pas de détails sur ma toilette, plus rudimentaire que jamais vu le manque de matériel. Heureusement que j’avais acheté hier un petit flacons de gel désinfectant. J’ai au moins les mains propres pour déjeuner…

Comme l’étape de jeudi m’inquiète un peu par sa distance et l’obligation de naviguer à vue, je décide de raccourcir ma visite d’Amsterdam et de partir dès cet après-midi pour m’avancer un peu. Je range donc tout mon matériel, mais je le laisse dans la tente. Ainsi je peux visiter Amsterdam sans sacoches et je n’aurai que la tente à replier pour partir.

La liaison vers Amsterdam se fait à travers la forêt par un chemin très agréable. Colibri n’a jamais autant mérité son nom car, sans ses sacoches, il est léger comme une plume. En 1/2 heure je suis dans le centre, éberlué par la circulation cycliste. Il faut le voir pour le croire; et mieux encore, le vivre ! Je suis dans le flot des gens qui vont au travail et je m’efforce de faire comme eux : je roule à droite, je signale mes changements de direction, je sonne si on me gêne, mais je ne râle pas. Curieusement, ils foncent et passent coûte que coûte, mais ne perdent pas de temps à rouspéter. Si je tourne à un feu, je ne m’avance pas trop pour laisser la place à ceux qui vont tout droit.

Dans le flot, on voit vraiment de tout, des mères de familles transportant un enfant sur le guidon, un autre à l’arrière, des minettes en débardeur avec le parapluie à la main, des messieurs en costume, des gamins sur des VTT etc.

NB : les Anglais viennent d’allumer des cigarettes qui font rigoler; ne vous étonnez pas si je délire!

On estime à 500.000 le nombre d’habitants qui vont au travail à vélo chaque jour. Du coup, les infrastructures ne suffisent plus à absorber ce flot à pédales. Donc, tout le monde est à vélo, sauf les automobilistes; lesquels doivent avoir des yeux réglés à 360 degrés car ça leur déboule de partout. D’ailleurs, il y a plus de cyclistes blessés dans des accidents que d’automobilistes. Pas Etonnant au vu de l’irrespect des règles de circulation constatées partout…

Je passe sous le Rijksmuseum pour accéder au centre-ville; je flâne un peu au hasard : le marché aux fleurs, le béguinage, la place Rembrandt, le Dam, la vieille églises et la nouvelle, puis le quartier « chaud » autour du Nieuw Markt, avec ses dames dans les vitrines et ses sex-shop grand ouverts. Je me perds le long des petits canaux et sur les bords de l’Amstel. Et pour finir je m’achète des affaires de toilette. Me voilà doté de 10 rasoirs ! De quoi empêcher ma barbe de se prendre dans les rayons.

En sortant du magasin, j’enfourche  Colibri, mais je me fais intercepter par une patrouille de police car c’est une rue strictement piétonne, sans doute la seule de tout Amsterdam! Petit moment de frayeur car la réception du camping à conservé mon passeport. Mais les agents me demandent juste de descendre. Simple avertissement.

Plus loin, deux jeunes, intrigués par mon vélo, viennent vers moi; un Polonais de Gdansk et un Russe de Kaliningrad, et cyclistes de surcroît. On discute, on échange les coordonnées. J’ai presque un hébergement et un guide à Gdansk, et un contact à Kaliningrad. C’est précieux!

Je flâne encore un peu, mais les averses se font de plus en plus fréquentes et je décide de rentrer. Petite hésitation en passant devant le musée Van Gogh, mais je renonce.

De retour au camping vers 15h, je me précipite aux sanitaires pour essayer mes nouveaux jouets.  Puis je déjeune dans la tente car j’ai froid.

La météo est si mauvaise que je renonce à partir. Après tout, la tente est plantée pour la nuit; je me lèverai au premier avion demain matin et je prendrai la route de bonne heure pour ne pas arriver trop tard chez Blanca et Gert-Jan qui m’attendent. Je dois négocier avec le camping pour récupérer mon passeport car ils n’ouvrent qu’à 8h le matin et je prévois d’être parti avant.

C'est "Cycling in the rain "!
C’est « Cycling in the rain « !
Elles ne font pas la course, mais c'est tout comme!
Elles ne font pas la course, mais c’est tout comme!
Rouler avec un parapluie, oui, c'est possible!
Rouler avec un parapluie, oui, c’est possible!
Le marché aux fleurs est surtout une foire aux bulbes!
Le marché aux fleurs est surtout une foire aux bulbes!
Le béguinage abritait des femmes pieuses qui ne souhaitaient pas vivre en couvent. A ce jour, seules des femmes y habitent encore.
Le béguinage abritait des femmes pieuses qui ne souhaitaient pas vivre en couvent. A ce jour, seules des femmes y habitent encore.
Au milieu des courtisans et soldats de Rembrandt.
Au milieu des courtisans et soldats de Rembrandt.
Les parapluies sur le dam.
Les parapluies sur le dam.
Un vélo de plus ! Mais seulement de passage.
Un vélo de plus ! Mais seulement de passage.

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Les vélos sont présents partout où il est possible de les accrocher.
Les vélos sont présents partout où il est possible de les accrocher.
Le centre est réservé aux piétons et aux cyclistes.
Le centre est réservé aux piétons et aux cyclistes.

Lundi 4 juillet, LaHaye-Amsterdam 90km

J’ai trouvé un bar sympa pour voir le match en compagnie de quelques jeunes français expatriés, musiciens, juristes ou marchands de fleurs. Devant les autres clients plutôt favorables à l’Islande, on la joue modeste mais on jubile évidemment. Je bois autant de bières que de buts marqués… par les Islandais!

A mon retour Galileistraat, Anne-Marij m’accueille dans son lit; enfin, je veux dire, elle est dans son lit pour m’accueillir.

Etudiante en droit, elle voyage à vélo; l’an dernier elle a descendu le Danube de sa source à Belgrade, une ville qu’elle adore. L’an prochain elle envisage de venir en France faire la vallée du Rhône. Elle a fait découvrir cette activité à son père qui a roulé de Barcelone à Carcassonne, après quoi il a eu du mal à reprendre sa vie « normale ».

Son réveil sonne à 5h15. Timing serré pour elle qui prend le train à 6h25. Soucieux de ne pasla mettre en retard, je remballe rapidement mon lit provisoire et boucle mes sacoches. Trop rapidement, je le saurai ce soir…

Café, tartines de salades, à 6h on est sur le trottoir, un petit hog, au revoir et merci pour l’hébergement d’urgence. A charge de revanche peut-être puisque, désormais inscrits sur ce site d’échanges, nous sommes susceptibles d’accueillir des cyclorandonneurs de passage à Sablé.

La Haye, c’est évidemment la ville de la Cour internationale de justice qui tranche les conflits entre les Nations.Je cherche donc le « Palais de la Paix », nom du bâtiment qui abrite cette institution. Pas facile sans plan ni GPS, puisque aujourd’hui c’est jour sans 4G, limitation de forfait oblige. Je dois donc avoir recours aux autochtones, mais le batave du matin n’est pas très fin. Les réponses sont évasives, voire agressives, du genre : »ghtrecjhinrouwwrbfdtrbnkmprhyf , Nederland, No English! ». Nouvelle preuve que les gros cons sont bien répartis sur la surface du globe… Mais heureusement, il y a les autres et j’atteins mon premier but.

Bien que ce soit dans la direction opposée à ma destination du jour, je descends à Delft, ville où mon frère Patou a étudié les meilleures techniques pour tranformer les eaux usées en un breuvage clair et consommable, par exemple avec le Pastis. Ou encore pour dessaler l’eau de mer afin de faire cuire des pâtes, ( ce qui idiot puisque du coup il faut rajouter du sel à la cuisson). Le centre ville est très mignon, mais je suis déçu de ne pas trouver de « Patoustraat »; j’ai dû mal chercher…

Ensuite c’est un peu à la boussole que je me dirige vers Amsterdam, en faisant beaucoup de zig et pas mal de zag. Mais cela me permet de découvrir des endroits hors des sentiers battus, des villes construites le long des canaux. Souvent de très belles maisons, impeccablement aménagées et entretenues, surtout les jardins; on s’attend à chaque instant à voir apparaître le jury des maisons fleuries ! La région, la Hollande, est visiblement riche, grâce à ses cultures, et notamment les fleurs, dont la culture sous serres couvre des centaines d’hectares. A l’approche d’Amsterdam, le schéma d’aménagement est simple : d’un côté de la route, des serres et des champs, de l’autre des maisons très cossues.

Depuis un moment, je suis survolé par les avions qui décollent de l’aéroport international de Schiphol. Comme ma route passe en bout de piste, je m’arrête admirer le spectacle. Je ne suis pas seul : un Canadien de mère française et de père anglais attend le décollage de l’Airbus A380 de 14h25. Je comprends qu’il passe une bonne partie de ses journées ici. Après avoir discuté un moment, il me tient à me serrer la main et me gratifie d’un « respect » qui me va droit au cœur.

Je suis à 10km d’Amsterdam, le bon moment pour trouver un logement. Je fais chou blanc à Alsmeer, pourtant située au bord d’un joli lac; mais je trouve un indicateur très précis qui m’envoie vers le Amsterdamse Bos, autrement dit la Forêt d’Amsterdam où se trouve un beau camping qui m’autorise à planter ma tente pour la modique somme de 12€.

C’est au moment de passer à la douche que je m’aperçois que ma trousse de toilette est restée à La Haye ! Ah le gros naze ! Me voilà obligé de réinvestir dans un minimum de matériel… Ceux qui verraient là un acte manqué de ma part afin de repasser à La Haye sont évidemment de mauvais esprits!

Mais tant pis, il fait beau, le vent est tombé et demain je visite la ville où la petite reine est … Reine.

Les images du jour.

A special Thanks to Anne-Marij for her wonderful quick hosting !
A special Thanks to Anne-Marij for her wonderful quick hosting !
Devant mon hébergement à La Haye, Colibri n'est pas seul !
Devant mon hébergement à La Haye, Colibri n’est pas seul !
Le "Vriedens Palast", palais de la paix, abrite la Cour européenne de justice.
Le « Vriedens Palast », palais de la paix, abrite la Cour internationale e justice qui arbitre les litiges entre les nations du monde entier.
Chacun des 197 pays signataires à donné une pierre pour ériger ce mémorial de la paix.
Chacun des 197 pays signataires à donné une pierre pour ériger ce mémorial de la paix.
Clin d'œil à mon frère!
Clin d’œil à mon frère!
Célèbre pour ses faïences, Delft affiche sa richesse.
Célèbre pour ses faïences, Delft affiche sa richesse.
La jeune fille à la perle, dite "la Joconde du nord" était une jeune fille de Delft, peut-être la propre fille du peintre Vermeer.
La jeune fille à la perle, dite « la Joconde du nord » était une jeune fille de Delft, peut-être la propre fille du peintre Vermeer.
C'est tout droit !
C’est tout droit !
Ce lotissement sur une île a été conçu par un architecte américain qui a réalisé le même en Californie.
Ce lotissement sur une île a été conçu par un architecte américain qui a réalisé le même en Californie.

Dimanche 3 juillet, Burgh-La Haye 110 km

Quelle bonne nuit ! Le vent ne m’a pas empêché de dormir comme un loir jusqu’à 6h30. Ce matin, il souffle toujours, mais avec modération; et le ciel est assez dégagé. Toilette, petit dej, repli âge, à 8h je suis sur le vélo. Je savoure ce moment de solitude sur les routes de l’ile Schouwen Duiveland, puis sur celle de Goeree. Le passage de l’une à l’autre se fait par les digues, au nombre d’une quinzaine en tout et qui ferment le delta de la Moselle et du Rhin. Des ouvrages gigantesques construits entre 1958 et 1977.

La traversée de ces digues au petit matin est un beau moment; qui aurait pu être gâché par des petits incidents techniques : le chargeur de batterie qui ne charge plus et un tendeur enroulé autour du moyeu de la roue avant. Tout cela est rentré dans l’ordre rapidement.

Les chemins sont parfaits; larges et goudronnés, ils suivent la côte au plus près. Cela me permet de voir les camping-caristes sortir de leur véhicule pour boire le café.

Petit à petit, la circulation cycliste s’intensifie, mais aujourd’hui place aux pelotons de cyclo-sportifs habillés aux couleurs de leur club ou d’équipes pros. Cela me fait penser que je suis exactement sur les lieux du départ du Tour 2015. Je me souviens qu’en voyant les images des coureurs passant les digues, j’avais tres envie de les imiter. Et voilà, j’y suis !

Beaucoup me font un petit signe de la main, certains m’encouragent en levant le pouce ou en serrant le poing. Arrêtés à un pont à bascule, j’ai l’occasion de de discuter avec un petit groupe; ils sont épatés par mon projet.

A midi, j’ai déjà bouclé plus de 50 km. Arrivé à Oostvorne, le décor change du tout au tout : les petits chemins sont remplacés par des autoroutes et les dunes par des montagnes de conteneurs. Je suis à Maasvlakte 2, la dernière extension du port de Rotterdam. Une zone industrielle XXL, quasi désertique en ce jour du Seigneur. Pas très glamour mais néanmoins saisissant par ses infrastructures gigantesques.

Je fais une bonne dizaine de km dans cet environnement pour rejoindre l’embarquadère du ferry qui doit me faire passer à Hoek van Holland, l’objectif du jour. Celui de 13h25 me file sous le nez, j’attendrai donc celui de 14h25 en mangeant mon déjeuner sous un soleil qui s’intensifie.

La traversée de 40′ permet de visiter le port, le plus important d’Europe.

Arrivé à Hoek, je me sens bien, je décide donc de pousser un peu plus loin, histoire de raccourcir l’étape de demain. Je longe à nouveau une côte tres touristique et du coup très fréquentée en ce dimanche ensoleillé. Ne trouvant pas de mini-camping, je décide de rouler jusqu’à La Haye et de tenter ma chance pour la première fois sur www.warmshowers.com, un site d’échange de services entre cyclotouristes. Bonne pioche du premier coup : Anne-Marij accepte de m’héberger pour la nuit. Son studio ne permet pas une grande intimité mais cela ne nous gêne ni l’un ni l’autre. Et puis on ne se verra pas beaucoup puisqu’elle part faire du baby-sitting juste quand j’arrive. Et moi je vais aller en ville chercher un bistrot doté d’une télé allumée sur la bonne chaîne… Et demain matin, elle part au boulot à 6h!

Les images du jour

Café debout avant de replier la tente.
Café debout avant de replier la tente.
Petit bonheur du matin...
Petit bonheur du matin…
Chaque digue de protection du delta est équipée de portes gigantesques qui sont fermées en cas de risque de submersion.
Chaque digue de protection du delta est équipée de portes gigantesques qui sont fermées en cas de risque de submersion.
Brusque changement de décor!
Brusque changement de décor!
Le plus grand port d'Europe s'agrandit en permanence.
Le plus grand port d’Europe s’agrandit en permanence.
Et envoyez les produits chinois !
Et envoyez les produits chinois !
La traversée vers Hoek permet de visiter le port.
La traversée vers Hoek permet de visiter le port.
Chaque accès à la plage est équipé de parkings à vélos.
Chaque accès à la plage est équipé de parkings à vélos.
A proximité de La Haye, les chemins côtiers sont bien fréquentés.
A proximité de La Haye, les chemins côtiers sont bien fréquentés.

Samedi 2 juillet, Breskens-Burg Haamteede

Réveil en fanfare à 5h30 ce matin; une forte averse frappe la tente. Je me mets en position « alerte orange », sacs en plastique à portée de main, pour le cas où l’étanchéité ferait défaut. Mais non, tout reste sec… sauf le petit linge lavé hier soir et mis à sécher sur les cordes. Du coup, c’est Colibri qui servira de séchoir dès que le soleil sera revenu.

Avant de me remettre en route, je modifie (améliore ?) l’installation du porte bagage arrière. Arrivé au port, je m’aperçois que mon drapeau est tombé. Bien décidé à ne rien laisser derrière moi, je fais demi-tour pour le récupérer. Mais il reste introuvable, sans doute ramassé et précieusement conservé par un admirateur … ou une admiratrice. Résultat : quand je redémarre du camping j’ai déjà 11 km au compteur.

Traversée sans histoire en ferry vers Vlissingen, sur la presqu’île de Walcheren, un lieu historique de la 2eme guerre mondiale car c’est là que les alliés ont débarqué en novembre 1944. Les bombardements qui ont précédé le débarquement ont détruit des digues ce qui a provoqué de graves inondations.

A la descente du ferry, c’est le choc : le vent souffle à 40/50km/h et pleine face cette fois ! Je peine comme un malade, obligé de mettre le plateau de montagne pour avancer un peu. En plus, les rafales me déséquilibrent dangereusement à cause du poids à l’avant. Je fais environ 6 km dans la première demi-heure! Je me vois mal parti pour atteindre mon objectif du jour.

‘En plus, les pistes cyclables sont encombrées de touristes et de promeneurs. On est au pays du vélo, ce n’est pas une légende. On croise de tout : des jeunes, des vieux, des familles, des amoureux, des bandes, c’est vraiment la sortie du samedi ! Il y a aussi beaucoup de touristes allemands.

On roule tantôt sur le sommet de la digue, tantôt au pied. En haut le spectacle de la mer chahutée est magnifique. Mais en bas on apprécie le calme relatif.

Gag! Une rafale plus forte que les autres m’arrache mon casque ! Ou plutôt le sépare en deux, la coque métallique du dessus est désolidarisée du casque lui même. Je n’en reviens pas. Pourvu que la prochaine ventouse ne m’arrache pas la tête ! Du coup je l’accroche au guidon; de toute façon, j’étais le seul à rouler casqué. Curieusement, ils ne sont pas très équipés sur le plan de la sécurité. Quasiment personne ne roule en jaune, par exemple. Il est vrai qu’ils roulent dans de telles bonnes conditions, pratiquement jamais exposés à la circulation automobile, que les risques sont limités.

Ces efforts pour lutter contre le vent m’ouvrent l’appétit. Je m’arrête au magasin Spar de Zoutelande. J’ai tellement faim que je me laisse aller à acheter plus qu’il ne me faut, et j’ai bien du mal à tout caser dans les sacoches. Je m’arrête casse-croûter sur la digue; faute de sel, mes plats sont assaisonnés au sable ! En fait, je suis vite rassasié et je repars avec un surplus de bagages conséquent. Ça sera pour ce soir !

Passé le village de Westkapelle, la route reprend une orientation Nord/Nord-Est et le vent redevient mon ami. La traversée de Domburg se fait à pied car la fête au village interdit toute circulation. J’apprécie ensuite le passage dans la forêt  du « Vrouwen polder », le polder des femmes.

Arrive ensuite un temps fort de la journée avec la traversée de deux digues de protection des tempêtes. Des exemples marquants de l’obsession des Néerlandais à protéger de la mer un territoire dont le niveau est souvent inférieur à celui de la mer. Les inondations de 1953 qui ont tué 16000 habitants ont marqué les esprits.

Etonnant pour un Français, la route qui passe sur la digue compte 4 voies : 2 pour les voitures et autant pour les vélos, et aussi larges !

J’arrive ainsi sur l’île Schouwen, et je m’arrete comme convenu à Burgh, avec 70 km au compteur, y compris mes allers-retours du matin. Cette fois je ne tergiverse pas, je prends un emplacement dans le premier mini-camping venu et je m’installe de bonne heure, sous le soleil, mais toujours avec le vent.

A peine le temps de prendre ma douche, les corbeaux ont ouvert mon sac de nourriture et attaqué le fromage! Dix minutes plus tard, de retour de lessive, c’est la trousse de toilette que je retrouve étalée sur le gazon. Couchées, sales bêtes!

D’ailleurs c’est ce que je vais faire. Fatigué, je vais laisser Allemands et Italiens en découdre sans moi; je me réserve pour demain.

Colibri est solidement amarré dans la soute du ferry. Mais il n'est pas tout seul.
Colibri est solidement amarré dans la soute du ferry. Mais il n’est pas tout seul.
Souvenir du Débarquement ou interprétation moderne de Don Quichotte ?
Souvenir du Débarquement ou interprétation moderne de Don Quichotte ?
Le casque est en deux morceaux!
Le casque est en deux morceaux!
A Domburg, les cavaliers s'affrontent dans des tournois d'adresse.
A Domburg, les cavaliers s’affrontent dans des tournois d’adresse.
Les moulins modernes, aussi élégants et tout aussi utiles que leurs ancêtres.
Les moulins modernes, aussi élégants et tout aussi utiles que leurs ancêtres.
Les plages de la mer du Nord attirent beaucoup de touristes. Mais en ce moment, seuls les kite-surfers se mettent à l'eau.
Les plages de la mer du Nord attirent beaucoup de touristes. Mais en ce moment, seuls les kite-surfers se mettent à l’eau.
Des écluses longues de plusieurs kilomètres protègent les terres des inondations.
Des écluses longues de plusieurs kilomètres protègent les terres des inondations.
Autant de place pour les vélos (à gauche) que pour les autos.
Autant de place pour les vélos (à gauche) que pour les autos.

Vendredi 1er juillet, Bruges-Breskens 70km.

On se réveille tous vers 6h, bien avant les 7h15 prévus. On a donc le temps de se préparer, puis de déguster le copieux petit déjeuner de l’hôtel.

Mes compagnons prennent la route du retour vers 8h30 avec un fort vent de face. Pour moi qui poursuis vers le nord-est, il sera encore favorable. Hi hi hi !

Merci à Michel et Philippe pour ce bout de route en commun. Leur présence m’a rassuré pour mes premiers tours de roues en terre étrangère, et leur bonne humeur a fait défiler les kilomètres sans douleurs.

Maintenant je suis livré à moi même; la vraie aventure commence.

Compte tenu qu’on a longuement visité Bruges hier, je vais me contenter de passer dans un ou deux quartiers qu’on n’a pas vus, puis je vais prendre la route pour une étape  d’une quarantaine de Km qui doit m’amener au bord de la mer du Nord, à Nieuwvliet-Bad, aux Pays-Bas. Désormais, mon livre de chevet sera le Road book de la R1.

Mes compagnons de route repartent à la maison. Me voilà vraiment seul!
Mes compagnons de route repartent à la maison. Me voilà vraiment seul!

Il me faut un peu de temps pour nettoyer Colibri, bien sali par les routes humides d’hier. En le décrottant, je l’allègement aussi de quelques dizaines de grammes, ce qui n’est pas négligeable.

Je refais un petit tour de Bruges pour le plaisir; je découvre notamment le « Burg » et ses façades ciselées.

J’enquille ensuite le canal du Damse Vaart qu’il me suffit de suivre jusqu’à Sluis. Ça, c’est la théorie!  En France, tu dis « je longe le canal »; mais ici, il faut tenir compte qu’ils ont beaucoup de canals, et même des canaux. On peut donc aussi se tromper si on se laisse distraire. Ce que j’ai fait. Punition immédiate : 5Km sur une nationale 2×2 voies surchargée de poids lourds, et en travaux d’élargissement de surcroît, donc privée de piste cyclable de bande d’arrêt d’urgence. Le cauchemar! Du coup j’apprécie encore plus le calme et la beauté du chemin de halage retrouvé.

A Sluis je sors de Belgique comme j’y suis entré, ni vu ni connu. Pas l’ombre de la queue d’un douanier ! Pas même un panneau ni une ligne sur la route. Décidément, franchir une frontière ne relève plus de l’aventure. Mais je fais confiance aux Russes pour me contredire…

Le temps se gâte à mesure que j’avance, mais il ne pleuvra quasiment pas de la journée. A Nieuwveliet je débouche sur la mer. La piste longe le littoral au plus près. C’est si beau que je décide de pousser plus loin pour en profiter. Les plages sont évidemment désertes mais les promeneurs sont nombreux, à pied et à vélo. J’arrive comme ça à Breskens, point de départ d’une première traversée en bac, prévue demain.

Je me mets en quête d’un hébergement, peu tenté par les mega camping du bord de mer : des hectares et des hectares de bungalows, certains occupés à l’année, avec tout ce que cela suppose de « beau-frerie » dans les aménagements…

Je demande au marchand de vélo qui m’envoie vers un petit camping que je ne trouve pas dans un premier temps. En désespoir de cause, je vais dans un mega-camping; mais là, le prix finit de me décourager : 30€ pour planter une tente de 2m2!Merci, au revoir.

Du coup, je frappe à la porte d’une grande ferme aux mille recoins accueillants. La dame voudrait bien, mais elle m’explique que son homme n’est pas très… Le mari déboule à ce moment là et répond à ma question par un « Nee » qui ne laisse aucune place au dialogue! Le fils qui vit dans un bungalow planté dans la cour m’indique un camping à la ferme à 2km. Et là, tout bon : la petite structure familiale sympa, dirigée par une petite dame francophile et francophone. Emplacement, douches chaudes, cuisine, machine à laver, sèche linge, connexion wifi, tout ça pour … 10€ la nuit! Tout à fait ce que je recherche. Manque juste la télé pour suivre le match des Diables rouges… C’est dans un troquet de Breskens qui je vivrai l’humiliation de nos cousins belges par les Gallois.

Mais auparavant j’aurai vécu ma première expérience culinaire : je me fais cuire du riz sur mon petit réchaud à gaz, sans beurre ni Gruyère bien sûr, mais surtout sans sel. Bon, faut aimer le riz, quoi… Et puis tant qu’à faire du sans sel, je préfère que ce soit le riz…

Au retour de Breskens (sous la pluie) je peux tester le bon fonctionnement et l’efficacité de mon éclairage.

La Venise du nord à même son pont des soupirs !
La Venise du nord à même son pont des soupirs !
On m'avait promis de belles rencontres; je ne suis pas déçu.
On m’avait promis de belles rencontres; je ne suis pas déçu.
Les Belges soutiennent leurs Diables rouges à grand renfort de drapeaux (souvent sponsorisés par des marques de bière) sur les façades.
Les Belges soutiennent leurs Diables rouges à grand renfort de drapeaux (souvent sponsorisés par des marques de bière) sur les façades.
Le Damse Vaart est un canal construit entre Bruges et Damme en 1814 par des prisonniers espagnols sur ordre de Napoléon.
Le Damse Vaart est un canal construit entre Bruges et Damme en 1814 par des prisonniers espagnols sur ordre de Napoléon.
1er juillet... Vous êtes sûrs ???!!!😡
1er juillet… Vous êtes sûrs ???!!!😡
Les polders font d'excellents prés salés, propice à l'élevage de moutons.
Les polders font d’excellents prés salés, propices à l’élevage de moutons.
Colibri aime les grands espaces. Il est servi.
Colibri aime les grands espaces. Il est servi.
Le phare de Nieuwvliet.
Le phare de Nieuwvliet.
Les Néerlandais ont réinventé les camps de concentration, version bord de mer.
Les Néerlandais ont réinventé les camps de concentration, version bord de mer.
Ne me poussez pas, ce sont mes derniers.
Ne me poussez pas, ce sont mes derniers.

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Jeudi 30 juin, Erquinghem Lys  – Bruges, 75 Km

Premiere frontière franchie ! Cette fois j’ai quitté la France, et pour un bon moment.

Etape pluvieuse, Etape heureuse!  Partis vers 9h de chez Annie et Philippe, on est enBelgique à 9h15 ! A peine un petit panneau pour nous signaler qu’on a franchi une frontière vraiment virtuelle. Quand on pense aux dizaines de petites routes qui passent ainsi outre Quievrain, on prend conscience de la quasi-impossibilité de fermer les frontières entre France et Belgique.

Pour célébrer notre entrée, les cieux belges décident que ça s’arrose; ils nous envoient donc une petite bruine pas méchante mais bien rafraîchissante. Sur les grandes routes, on est à l’abri des voitures sur les pistes cyclables bien séparées de la chaussée principale.

Sur les conseils de Philippe, on s’arrête à Ypres où la halle aux toiles nous offre un abri bienvenu car il pleut toujours un peu.

La portion de Ypres à Torhout est un pur régal. Sur une quinzaine de kilomètres, on roule sur une ancienne voie ferrée transformée en piste cyclable. Signalisation, revêtement, sécurisation, tout est nickel. Et si je ne vous parle pas des côtes, c’est qu’il n’y en a pas. Le paysage n’est pas exceptionnel, beaucoup de cultures; en Picardie on avait les routes BandB ( blé à droite, betteraves à gauche); ici, on a la voie PandP : patates à droite, poireaux à gauche! Juste de quoi préparer une bonne soupe.

Avec le système belge de points numérotés, c’est presque impossible de se perdre. En gros, chaque carrefour porte un numéro repertorié sur une carte. Avant de partir, vous notez tous les numéros des carrefours où vous devez passer. A chaque carrefour  un poteau indique le numéro du carrefour et les directions des prochains numéros de carrefours. C’est simple et très efficace.

Les trois fois où on a eu un doute, des flamandes très aimables ont sorti tout leur (maigre) vocabulaire français pour nous mettre sur le bon chemin. Une petite collégienne qui avait du mal à trouver les bons mots a même préféré sauter sur son vélo et nous accompagner sur quelques centaines de mètres!

De Torhout à Bruges, on roule le long de la Nationale, toujours sur la piste cyclable bien distincte de la chaussée. La pluie ayant repris, on baisse la tête et on file jusqu’à notre objectif à un bon rythme. On double même un cycliste sur un vélo à assistance électrique ! A 13h30 on est sur la grand place. Une averse sérieuse nous oblige à nous abriter dans le hall d’un musée, ce qui nous donne l’occasion de discuter avec une touriste vénézuélienne.

On reprend les vélos pour rallier l’hôtel; toilette, lessive et nous voilà frais et dispos pour une longue promenade en ville sous le soleil revenu. On visite le beffroi, le quai des roses, le béguinage, le Minnewaterpark, les moulins, la place Van Eyck et … un bar sympa. C’est vraiment une ville magnifique. Après dîner (des pâtes, bien sûr), retour à l’hôtel pour regarder Pologne-Portugal.

Le trio est prêt pour 75 km. (Merci Annie pour la photo)
Le trio est prêt pour 75 km. (Merci Annie pour la photo)
Les terribles combats de la première guerre mondiale ont des centaines de milliers de victimes dans la région d'Ypres, honorés dans une multitude de cimetières.
Les terribles combats de la première guerre mondiale ont fait des centaines de milliers de victimes dans la région d’Ypres, honorés dans une multitude de cimetières.
La première baraque à frites a reçu notre visite.
La première baraque à frites venue a reçu notre visite.
Le béguinage, petit avant-goût du paradis.
Le béguinage, petit avant-goût du paradis.
Le Minnewaterpark au sud de la ville.
Le Minnewaterpark au sud de la ville.
Quatre moulins sont alignés le long du canal principal.
Quatre moulins sont alignés le long du canal principal.

Mercredi 29 juin

Amiens – Erquinghem Lys 105 Km

Dur de quitter  les amis qui nous ont si bien reçus ! On profite de la traversée d’Amiens du sud au nord pour revoir la cathédrale et le quartier Saint Leu. Puis on enquille la D11 en direction de Rubenpré; une longue ligne droite de 15 Km un peu fastidieuse.   Puis la route serpente dans une vallée avant de remonter sur le plateau picard.

A Coullemont, on s’offre une magnifique descente en bas de laquelle on s’aperçoit qu’on s’est trompés de route ! La belle descente se transforme donc en une terrible montée… A Avesne le Comte, on retrouve Philippe, venu à notre rencontre et on casse la croûte au pied de l’église. Délicieux sandwiches faits sur mesure par le boulanger.

En haut de la côte de Boyeffles,le décor change complètement d’un seul coup : c’est une vaste plaine qui s’étale sous nos yeux, juste parsemée de quelques terrils. Du coup on met le grand plateau et en-avant toute vers Erquinghem-Lys. Aidés par le gentil vent de sud ouest, on boucle plus de 25 Km dans la dernière heure. A 16h30, la bière belge est servie chez Annie et Philippe.

Soirée chaleureuse chez ces gens du Nord, dont on sait ce qu’ils ont dans le cœur. Et c’est vrai que le soleil ne brille guère dehors. D’ailleurs il se met à pleuvoir quelques minutes après notre arrivée.

Corinne part au boulot, moi je saute sur le vélo.
Corinne part au boulot, moi je saute sur le vélo.
Crevé ! Le p'tit Jésus a besoin d'un coup de pompe.
Crevé ! Le p’tit Jésus a besoin d’un coup de pompe.
j'ai déjà vu ce truc là quelque part...
J’ai déjà vu ce truc là quelque part…

Mardi 28 juin

GournayAmiens 76 km

Rouler avec Michel est un vrai plaisir; dormir dans la même chambre que lui un peu moins. Liliane, sa femme, m’avait prévenu : Michel ronfle. Bonne info,  mais cela ne donne pas d’indication sur l’intensité du phénomène. C’est comme les voitures des 24 heures; on dit qu’elles font du bruit. Certes, mais pas le même. Et bien disons que Michel est plutôt dans la catégorie des grosses cylindrées, genre Corvette. Sauf qu’au lieu de faire le tour en 3’30, elle repasse toutes les dix secondes !

Tout ça pour dire que la nuit à l’hôtel de Normandie aurait être plus calme… Mais qu’importe, une belle étape nous attend et la météo s’annonce belle : pas de pluie et un petit vent d’Ouest.

Cette étape a effectivement été un vrai plaisir; 76 km de petites routes calmes dans les paysages magnifiques de l’Oise et la Somme. Quand on prépare un voyage comme celui là, on imagine ce genre de routes sinueuses et vallonnées juste comme il faut. Ajoutez y un vent dans le dos , un soleil voilé et une température fraîche, et vous obtenez un pédaleur heureux.

Cerise sur le gâteau, Michel qui connaît bien la région, me fait découvrir Gerberois, superbe village fleuri.

Seul petit souci, la difficulté à se ravitailler. En fin de matinée, nos estomacs réclamant leur ration, on se met en quête d’une épicerie. Mais les rares villages traversés ne disposaient d’aucun commerce. Résultat on a tracé la route jusqu’à Amiens !

Du coup, on s’est offert la promenade en barque dans les hortillonnages, la visite de la cathédrale et une balade dans les rues piétonnes et cyclistes du centre ville.

A 18h30, rendez-vous chez Corinne et François qui ont la gentillesse de nous recevoir. La paella, ouh là là ! Quel régal. J’emmagasine des calories pour la longue étape de demain.

Les photos du jour.

Gerbe rois est l'un des plus beaux villages de France, surtout en période de floraison des roses.
Gerberois est l’un des plus beaux villages de France, surtout en période de floraison des roses.
Des petites routes comme on les aime.
Des petites routes comme on les aime.
Comme dans un fauteuil !
Comme dans un fauteuil !
Oh peuchère! J'ai dû mettre la boussole à l'envers.
Oh peuchère! J’ai dû mettre la boussole à l’envers.
Découverte des hortillonnages en barque.
Découverte des hortillonnages en barque.
La cathédrale d'Amiens est la plus vaste de France. Sa voûte culmine à plus de 42mètres. Quelle élégance !
La cathédrale d’Amiens est la plus vaste de France. Sa voûte culmine à plus de 42mètres. Quelle élégance !
Pas sûr que ce soit ça qu'est bon pour le vélo.
Pas sûr que ce soit ça qu’est bon pour le vélo.

Lundi 27 juin,

Conches en OucheGournay en Bray, 100Km

Les matins se suivent et ne se ressemblent pas; hier, le démarrage fut pénible après un repas froid et une petite nuit. Au départ de Conches, la douche, un bon dîner, un petit rosé, une bonne nuit et tout m’a paru plus facile en remontant sur le vélo.  Juste un petit pincement au cœur en quittant Anne-Laure et Zoé.

40km sur du plat, vent dans le dos, la route jusqu’à Louviers m’a semblé bien facile. Surtout que Colibri est en forme aussi. Bien décrassé hier soir, il ronronne de nouveau. Michel Jardin qui arrive de Rouen me rejoint chez Camille qui nous offre le café et une délicieuse salade de fruits.

Sortie de Louviers par la voie verte pour éviter les camions; routes tranquilles jusqu’à Daubeuf lès Vatteville et sa terrible côte, en haut de laquelle le panneau « Aumare » m’a tuer ! Nous voilà sur le plateau du Vexin avec ses jolies petites routes. Passé le long faux plat de Bézu la Forêt (si si, ça existe), c’est un long fleuve tranquille jusqu’à Gournay où on arrive à 16h30, largement à l’heure pour Italie-Espagne.

Dernier café au Café des Sports avec Sébastien et Lily.
Dernier café au Café des Sports avec Sébastien et Lily.
Dis, maman, est ce que les gros nuages vont lancer de la pluie ? Mais bien sûr mon petit, on est en Normandie !
Dis, maman, est ce que les gros nuages vont lancer de la pluie ? Mais bien sûr mon petit, on est en Normandie !
Bon, ben je vais tourner à gauche, moi.
Bon, ben je vais tourner à gauche, moi.
La belle églises de Herqueville.
La belle église de Herqueville.
Tranquille sur les toutes petites routes du Vexin.
Tranquille sur les toutes petites routes du Vexin.

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Samedi 25 juin, 11h pétantes, Voilà, c’est parti, et en fanfare s’il vous plaît ! La chaleur humaine qui a accompagné mon départ m’a fait chaud au cœur et donné des ailes pour cette première étape.

Merci à celles et ceux qui m’ont encouragé par leur présence ou leur message.

Après avoir snobé Ricordeau à Loué, première pause repas à Conlie pour déguster la bonne salade concoctée avec amour par ma chérie.

45 Km effectués c’est la moitié de l’étape du jour; et surtout … 1/100eme du parcours total. C’est pas beau ça ?

Place de la mairie de Conlie.
Place de la mairie de Conlie.

Poussé par un vent favorable, je file sur les routes sarthoises qui grimpent un peu sur la fin. Arrivé à Villaines la Carelle, je décide de pousser un peu plus loin pour réduire d’autant l’étape de demain. J’arrive à Pervenchères par un chemin conseillé par une cavalière qui ne doit pas décrotter elle même les sabots de son cheval ! Elle m’assure que le chemin est en bon état; en fait Colibri enfonce tellement dans la boue que je dois mettre pied à terre. Je fais 1km à pied, crotté jusqu’aux chevilles.  Quand à Colibri il embarque des kilos de boues au point de bloquer les roues. Arrivé à l’étang, je passe une heure à tout nettoyer. Je monte ma tente dans un coin isolé juste au bord de l’eau et je me couche plus tôt que les canards et les grenouilles qui vont chanter toute la nuit…

Le prieuré de Vivoin, haut lieu de la vie culturelle sarthoise, avec une pensée émue pour Hervé de Colombel.
Le prieuré de Vivoin, haut lieu de la vie culturelle sarthoise, avec une pensée émue pour Hervé de Colombel.
À René, Les Halles du 16ème (pas arrondissement, siècle).
À René, Les Halles du 16ème (pas arrondissement, siècle).
... À perdre la raison.
… À perdre la raison.
Un chêne vieux d'au moins 600 ans.
Un chêne vieux d’au moins 600 ans.
L'étang de Pervenchères, un bel endroit pour une première nuit en sauvage.
L’étang de Pervenchères, un bel endroit pour une première nuit en sauvage.

Dimanche 26 juin

Le Perche est un beau Pays, mais les routes plates y sont rares ! A froid le démarrage est difficile. Colibri n’est pas au mieux de sa forme non plus, pénalisé par les restes de boue dans ses rouages. Ce sera dur jusqu’à Randonnai, à la sortie de la forêt du Perche. Plus facile ensuite jusqu’à Beaubray au sud de Conches, point de rendez vous avec Camille, Anne-Laure et Zoé. Pique-nique en famille et fin du parcours tous ensemble. On arrive trop tard pour le but irlandais, mais assez tôt pour assister à la victoire des Bleus.

De bonne heure le matin, les ombres sont longues mais le souffle est court.
De bonne heure le matin, les ombres sont longues mais le souffle est court.

Pascalvelo2016

Une bonne révision pour Colibri.
Une bonne révision pour Colibri. Changement de chaîne, de pédales et de pneus, remise en ligne du dérailleur, réglage de la selle, installation du chargeur de batterie. Prêt pour les 4.500 Km !
J-1, le matériel est rassemblé; y'a plus qu'à faire rentrer tout ça dans les sacoches ...
J-1, le matériel est rassemblé; y’a plus qu’à faire rentrer tout ça dans les sacoches …