En direct du Maroc semaine 3

En direct du Maroc semaine 3

Jeudi 27 septembre

Skoura – Ouarzazate 45 Km

Dénivelés : +230, – 280

Je ne pouvais pas y échapper ! La célèbre tourista m’a rattrapé cette nuit; sans doute la faute au reste du sandwich d’Ali ingurgité hier soir. J’ai donc appliqué immédiatement la recette de Ginette, mâcher des feuilles de thé. C’est très mauvais, mais cela semble efficace. Au matin je prends quand même un cachet pour assurer le coup.

Du coup, c’est le ventre vide (mais vraiment vide !) que je me mets en selle vers 8h30. Heureusement, l’étape prévue est courte et facile : une quarantaine de Km majoritairement descendants, pour arriver à Ouarzazate.

Effectivement, tout se passe bien. Juste avant d’arriver, je rencontre un jeune cyclo voyageur, Said, qui viens d’où je vais et va d’où je viens. Comme il ne parle pas très bien français, il appelle un ami au téléphone pour faire l’interprète. C’est pratique … on se prend en photo et on devient immédiatement amis … sur Facebook.

Ma rencontre avec Said, un jeune Marocain qui voyage à vélo dans son pays.

Plus loin, je vis une grosse déception : je voulais voir la fameuse centrale solaire Noor, une des plus puissantes au monde. Hélas, la route qui y mène est strictement réservée aux personnes autorisées. Un petit coup de klaxon émanant de la voiture de sécurité garée en face, me rappelle à l’ordre pour le cas où je ne saurais pas lire. Je vais voir le vigile, qui me confirme qu’il est impossible de s’approcher de la centrale. Je ne verrai de loin que la tour vers laquelle converge la lumière du soleil reflétée par des milliers de miroirs.

Noor est bien indiqué, mais la route est interdite.
De la centrale Noor je n’apercevrai que la tour où se concentrent les rayons lumineux.

Arrivé à Ouarzazate je m’installe au camping municipal et j’allège Colibri pour aller visiter la ville.

Je visite l’incontournable Kasbah Taourirt, construite par le pacha Glaoui au 18ème siècle pour défendre le village et prélever des taxes sur les caravanes arrivant du désert. L’UNESCO l’a sauvée de la ruine et en finance la réhabilitation. Les pièces ne sont pas grandioses, mais la visite guidée permet de comprendre l’organisation de la vie dans ce lieu de vie, de travail et de fête. Les techniques d’isolation et d’aération sont bluffantes. Pas besoin de climatisation !

Mon guide m’emmène ensuite parcourir les ruelles du douar au pied de la Kasbah, qui est en fait le village originel de Ouarzazate. Curieusement, le parcours aboutit à la coopérative qui fabrique des tapis… Pour couper court à toute tentative de transaction commerciale, j’ai l’argument qui tue : le vélo !

Le plafond du « bureau » du pacha est en bois, notamment du cèdre d’Ifrane.
De sa Kasbah, le pacha voyait arriver toutes les caravanes qui devaient déballer toute leur marchandises et payer une taxe.
Comme par hasard, la visite se termine dans une coopérative de tapis…

La faim commence à me tenailler, aussi je cherche une boutique pour acheter notamment des bananes. J’ai beau tourner, je ne trouve rien d’ouvert. Un commerçant m’explique qu’ils vont rouvrir après la prière de l’après-midi, vers 16h30. Finalement, je déniche un supermarché, un vrai, où je trouve de tout, même du riz ! Comme l’orage menace, je rentre manger au camping, avec l’intention de ressortir plus tard si la météo s’améliore. Il paraît qu’on en a encore pour trois jours de ce temps orageux. La barbe !

Une eglise à Ouarzazate ?? En fait, un décor de cinéma.
Ce soir, c’est repas de gala !

 

Vendredi 28 septembre 

Ouarzazate 30 Km

En berbère, Ouarzazate signifie « ville sans bruit »; une dénomination quelque peu usurpée si j’en juge par le déferlement de chants qui a marqué l’appel à la première prière. Ça venait de tous les coins de la ville, haut-parleurs à fond et d’une durée très respectable. Il est vrai que nous sommes vendredi, jour de la grande prière.

J’en ferai de nouveau le constat en début d’après-midi en voyant la place centrale totalement déserte et, dans le même temps, des centaines d’hommes qui prient dans la rue. Les deux visions sont impressionnantes.

La vie paisible dans un quartier périphérique de Ouarzazate.
Ombres et lumières dans le souk municipal.

Vous l’avez compris, je suis resté à Ouarzazate aujourd’hui. Dois-je me justifier ? Disons dans le désordre : flemme, envie de flâner, besoin de souffler et désir de visite.

Ce dernier concerne l’autre grande activité de la ville après le tourisme : le cinéma. J’ai donc visité les studios Atlas, où ont été tournés des dizaines de films, surtout des grosses productions américaines, mais aussi notre petit Astérix, Mission Cléopatre, d’Alain Chabat et Indigènes de Jamel.

L’entree monumentale des studios Atlas.
Dans la réception de l’hôtel Oscar, voisin des studios, les bobines des films tournés sur place.

Comme vous l’imaginez, on tourne ici assez peu de films censés se passer en Islande ou en Alaska. Le site s’est donc plutôt spécialisé dans les péplums du style les dix commandements, Gladiator, Ben Hur, le prince de Perse, Moïse, la passion du Christ, un James Bond, ou encore Kundun, pour lequel Scorsese a fait venir 300 figurants chinois parce que les locaux n’avaient pas les yeux assez bridés ! Et puis il y a aussi les séries, comme Game of Thrones, dont trois saisons ont été tournées ici.

Le chantier du César Palace, thème du film d’Alain Chabat.
Ce qu’on appelle l’envers du décor.

J’avoue avoir été bluffé par les décors, plus vrais que nature, mais plus encore par le système lui même. Je pensais benoîtement que les décors en « carton pâte », désormais en polystyrène, étaient détruits ou abandonnés après usage. Que nenni ! Tout est conservé et réutilisé. Certains ont servi dans 6 ou 7 films différents ! Et on n’y voit que du feu… Ainsi le même temple égyptien a servi pour Astérix et pour Toutankhamon et les remparts de Jérusalem ont vu passer un grand nombre de croisades…

Le plus fort, c’est la place du village qui est entourée de trois types de constructions, moyen-orientale, égyptienne et grecque. Il suffit de mettre la caméra du bon côté, et le tour est joué, la scène se déroule à Jérusalem, au Caire ou à Athènes !

Vues de face, ces statues égyptiennes ont de l’allure…
Vues de profil, c’est moins glorieux !

C’est là cas de le dire, l’envers du décor est étonnant. Ce qui est sûr, c’est que cette industrie est vitale pour l’économie de la région. On estime qu’elle fait vivre environ 100.000 personnes directement ou indirectement. Lors de ma visite, on tournait un film anglais qui s’appellera « J’ai connu Jésus ».

Sur le retour, je traverse de nouveau la ville, mais l’ambiance a complètement changé par rapport à ce matin. Pratiquement tous les rideaux des boutiques sont baissés et les rues sont désertes. Je rencontre un groupe de Françaises vivant à Casablanca qui s’offrent chaque année une sortie d’une semaine dans le sud entre copines. Elles me confirment la place grandissante de la religion dans la vie des Marocains; femmes voilées et prières de rues sont de plus en plus courantes.

13h, la place Mouahidine est vide.
Les mosquées débordent, on prie dans la rue; un phénomène nouveau, en plein développement.
Le futur palais de justice. De quoi impressionner les justiciables !

Je rentre au camping pour déjeuner et faire une lessive; je discute un bon moment avec des camping-caristes du Gard qui viennent au Maroc un an sur deux depuis 25 ans. A chaque fois ils remplissent leur véhicule de vêtements, de livres et de vélos qu’ils distribuent dans les écoles. Sympa !

En fin d’après-midi je retourne en ville, et c’est tout juste si je la reconnais; les rues désertes sont devenues des ruches; on y discute, on y mange, on y flâne et surtout on y vend et achète. Le bas de la place Mouahidine est envahi par une sorte de braderie très prisée des femmes notamment car les fripiers y sont légion.

Sous les derniers rayons du couchant, la ville reprend vie.
La place Mouahidine prend un tout autre aspect en fin de journée.
Les fripiers sont pris d’assaut.

Si ce rythme de vie trouve sa justification dans la religion, il est aussi sans doute dû à la chaleur qui écrase cette ville une bonne partie de l’année. En début d’après-midi on se calfeutre pour ressortir en soirée et profiter de la fraîcheur relative; à l’espagnole, quoi.

Des pop-corn verts ou rouges, ça vous tente ? Moi non plus !

Au final, je suis bien content de m’être attardé à Ouarzazate, ville qui m’avait paru terne hier, et que j’ai vue ce soir sous un jour plus flatteur.  

Demain, fini le tourisme pépère, on reprend la grimpette vers le fameux col du Tischka.

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Samedi 29 septembre

Ouarzazate – Aït Saleh, 50 Km

Dénivelés : +704, -428

Bye bye Ouarzazate, au revoir la ville, place de nouveau à la montagne et ses petits villages. Par précaution j’ai fait regonfler légèrement mes pneus hier et j’ai racheté un câble d’alimentation pour mon IPhone vu que j’en ai sectionné un en deux en le laissant négligemment traîner dans mes rayons. Heureusement j’en avais deux et je préfère en avoir un d’avance pour le cas où le même bêtas refasse la même bêtise…

Dernier regard sur la Kasbah Taourirt.

Avant de quitter la ville je m’acquitte d’une mission carte postale à destination de ma maman qui n’a pas la chance d’être connectée à internet. Postée samedi matin de Ouarzazate, ladite carte devrait arriver à Sablé lundi, mais de quelle semaine ??

On n’en boit pas, mais on en vend …

Je repasse devant les studios Atlas, puis devant ceux de Dino de Laurentis un peu plus loin. Je n’en ai pourtant pas encore fini avec le cinéma…

Ouarzazate, clap de fin !

La nationale qui mène à Marrakech est très fréquentée ; et pourtant elle n’est pas très large, et surtout, la bande blanche latérale marque vraiment la fin du bitume. Autant dire que les dépassements sont serrés et que je sens bien le souffle des camions. 

Je me console avec les paysages que je prends le temps d’admirer quand le trafic diminue. Séduit, je filme un bout de vidéo dans une descente, quand j’entends derrière moi un tintement de sonnette. Et ô surprise, je vois débouler un grand échalas blond barbu qui pédale comme un malade sur son vélo. On se salue à la volée, mais sans plus car il n’a pas l’intention de ralentir et moi je ne peux pas accélérer !

Je ne tarde pas à le revoir, arrêté sur le bas-côté en train de regonfler un pneu. Cette fois je m’arrête, ne serait-ce que pour l’aider si besoin. Ryan est un Canadien pur jus, parti de chez lui depuis 9 semaines. Il a vadrouillé en Europe, France et Espagne et a pris le ferry à Tarifa pour rallier Tanger. Comme il a traversé le Rif, je l’interroge sur les problèmes de drogues. Il a halluciné (oui, normal…) en voyant les centaines de vendeurs alignés le long des routes qui lui proposaient, parfois avec véhémence, toutes sortes de produits. Pour le haschisch, l’unité de base est le kilo !

« Ce fut une bonne expérience » lance-t-il dans un grand éclat de rire. Je ne songe pas une seconde à lui proposer de rouler ensemble car le garçon est du genre rapide !

Après avoir quitté la nationale, le trafic diminue, mais il arrive des fournées de 4×4 qui « font » le Maroc, genre bien sales pour montrer qu’ils reviennent du désert et qui font la visite d’Aït Ben Addou en regardant le site depuis la plateforme qui le surplombe. Ils m’agacent. 

Ait-Ben-Haddou est donc l’objectif majeur de cette journée. Site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, cet ancien ksar, village fortifié, a une allure assez formidable. A l’origine, c’est une réserve de grains que les paysans ont construit tout en haut d’un promontoire escarpé, puis entouré d’une enceinte défensive. Ensuite, un village s’est construit sur le versant sud de la colline, protégé en bas par plusieurs Kasbah. Le tout est évidemment construit en pisé, mélange de terre locale, d’eau et de paille foulé au pied. Ces constructions sont éminemment fragile ( la couche extérieure doit être refaite chaque année s’il pleut) et l’entretien des parties collectives, dont la mosquée, ne peut être assuré que par des organismes nationaux, voire internationaux comme c’est le cas ici.

Aït ben Haddou est à l’origine un grenier à grains fortifié, bâti en haut d’un promontoire rocheux.
Le village est construit uniquement sur le versant sud de la colline.

La visite du village est parasitée par la présence en continu de vendeurs de souvenirs. On se croirait au Mont Sidi Michel… Elle vaut quand même par la vue magnifique qu’on a d’en haut sur la vallée. Mais le plus intéressant (et que ne font pas les Chinois, trop occupés à s’auto-photographier devant le paysage), c’est de descendre dans le lit de la rivière. C’est de là que la vue sur le village est la plus belle et qu’on en découvre le mieux la structure. Et là on comprend pourquoi les producteurs de cinéma sont friands de ce décor. 

Dans le bas du village, quelques Kasbah ont été restaurées.
Et tout en haut se dresse le précieux grenier.
Pour la restauration, le pisé est fabriqué à l’ancienne; ici le mélange de la paille avec la terre.

Désireux de profiter encore un peu de ce site, je m’installe en terrasse pour boire un thé, et je me laisse finalement tenter par un tajine poulet bienvenu. Soit dit en passant, j’ai mangé et bu en terrasse, face à un site PM UNESCO pour 5€ !

Une petite ruelle rafraîchissante.
Au pied du village, la vallée est cultivée.

Ne reste plus qu’à trouver un endroit pour dormir. Ce ne sera pas à Taifest comme prévu, le village ne présentant aucun attrait. Un camping annoncé 8Km plus loin me fait avancer un peu. Quand j’arrive le lieu est désert, la maison est vide, comme la piscine d’ailleurs, pourtant annoncée en gros sur les publicités. C’est une cour de maison dans laquelle un petit bâtiment à trois côtés a été construit, doté de tapis et de matelas. Cela pourrait me servir d’abri sans avoir à monter la tente. Je m’assieds et me rafraîchis, faisant confiance au téléphone arabe pour voir quelqu’un apparaître.

Tout le monde est à l’abri !
La vue panoramique de me « chambre ».

Cela ne manque pas d’arriver au bout de 10 minutes. Le monsieur a même deux bouteilles d’eau à me vendre. Me voilà installé avec un toit pour la nuit et un petit local toilettes, et surtout une vue imprenable sur la vallée de l’Ounila.

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Dimanche 30 septembre 

Aït Fars – Télouet , 48 Km

Dénivelés : +1259, -913

J’ai réalisé un de mes rêves de gosse : dormir dans une cabane; une vraie, qu’on fabrique soi même avec ce qui vous tombe sous la main, qu’on passe la journée à aménager jusqu’à ce que vos parents vous obligent à rentrer à la maison pour finalement dormir dans votre chambre. Pour une fois, l’orage de fin d’après-midi a vraiment apporté de fortes pluies accompagnées de rafales de vent et surtout il s’est prolongé tard dans la soirée. Le propriétaire des lieux n’en revient pas : « Deux semaines de pluie en septembre, on n’a jamais vu ça » ! Je lui avoue que je suis un sorcier, capable d’attirer la pluie n’importe où et n’importe quand. 

Bref, face à cette météo, je décide de renforcer mon dispositif de protection, l’abri en dur mis à ma disposition s’avérant être un véritable carrefour des courants d’air. Je me fabrique donc une cabane à l’aide des 7 matelas stockés dans un coin. Et comme ma maman ne le sait pas, je dors vraiment dedans !

Dans ma cabane, j’ai dormi comme un enfant.

Au matin, le temps est calme mais gris. Dommage car cette vallée de l’Ounila est splendide, avec le contraste entre la végétation foisonnante du fond et l’aridité des montagnes l’entourant.

Des paysages de cartes postales.

Du coup, je ne me presse pas pour repartir, espérant voir le soleil percer la couche nuageuse. Il le fera à mesure que je progresserai dans cette vallée, dont la beauté ne fait qu’augmenter au fil des Km. D’ailleurs je n’avance pas vite car je m’arrête très souvent pour prendre des photos. Dans la traversée d’un village, des enfants me proposent des grenades. J’en goûte une et leur en achète trois.

Pas tristes, les vendeurs de grenades !

La maman arrive et me propose le thé. J’accepte d’autant plus volontiers que mon petit déjeuner à été très léger. Et je ne suis pas déçu : le thé est accompagné d’une sorte de galette à l’œuf et au lard, d’amandes grillées et d’un  gros pain rond tout chaud avec une coupelle de beurre et une autre de confiture miel-grenade. Un régal. On passe ainsi une bonne demi-heure en tête à tête avec Fatima, sans se dire grand chose. On compare notre nombre d’enfants; à ce jeu, je suis battu 10-3 ! Je repars en lui laissant le billet qu’elle attendait.

Fatima me sert le thé.

Au niveau du village d’Assaka, je reste près d’une demi-heure à admirer la vue tellement c’est beau, d’autant que le soleil daigne enfin éclairer la scène. Les hameaux s’égrènent ainsi au fil des Km et au fil des montées et des descentes qui se succèdent. 

La vallée de l’Ounila est peu fréquentée par les touristes. Et pourtant !
J’ai eu du mal à quitter ce site.

J’arrive ainsi à Telouet, autrefois ville stratégique et lieu de résidence du pacha Glaoui. A la fin du 19eme siècle, celui-ci avait su s’attirer les faveurs du sultan et ainsi se constituer un petit empire qui allait faire la fortune de sa famille jusqu’à l’indépendance du Maroc en 1956.

Au vu de l’état extérieur, je ne pensais pas visiter des pièces aussi somptueuses.

À Telouet, il allait se faire construire successivement trois Kasbah, chacune plus belle que la précédente. La plus récente se visite, même si visiblement rien n’est fait pour la sauver de la ruine. En la voyant de l’extérieur, je n’imagine même pas qu’il puisse y subsister des pièces intéressantes et j’ai failli repartir sans rien voir. Je quittais d’ailleurs le site quand un couple de Français m’indique la porte d’entrée pour la visite qui vaut le coup selon eux. Effectivement, les pièces de vie du pacha et de son harem sont plutôt bien conservées et témoignent de la richesse du personnage et du faste dans lequel il vivait.

Les décors sont très élégants.
Les portes en bois de cèdre sont d’une grande finesse.
La salle à manger est le cœur des appartements.
Les zéliges décorent toutes les pièces de vie du pacha et de ses quatre épouses.

En faisant des achats au village, je suis abordé par un Allemand qui a aussi visité le Maroc à vélo il y a 17 ans. Il en garde des souvenirs impérissables, tout comme de son périple de 8 mois vers Téhéran et l’extrême -orient. Comme il est tôt, je prolonge un peu mon parcours et je demande l’asile chez un arboriculteur qui m’autorise à planter ma tente dans son jardin. Sitôt installé je dois me réfugier dans mon petit abri car un énorme orage éclate.

La rigole autour de la tente, une très bonne idée, vu le déluge qui s’abbat sur moi ce soir.

Heureusement que les gars qui m’ont accueilli ont réalisé une rigole pour dévier l’eau de ruissellement car les pluies sont impressionnantes. Un sacré test pour l’étanchéité de la tente !

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Lundi 1er octobre

Telouet -Agouim 45 Km

Dénivelés : + 817, – 709

Le cauchemar du campeur ! Réveil humide et sale après le violent orage d’hier soir. Il est vraiment tombé des cordes pendant une bonne heure, puis il a fait froid, ce qui a engendré une forte condensation à l’intérieur de la tente. Résultat, tout est, sinon mouillé, au moins humide. Replier dans ces conditions n’est pas une sinécure; je déteste cette sensation de remballer du matériel sale et mouillé. Mais pas possible d’attendre que le soleil ne soit assez chaud pour sécher tout ça. Et puis il y a le gentil garçon qui m’aide à ranger et qui remballe plus vite que moi !

C’est donc lesté d’humidité et de pommes offertes que je pars à l’assaut du Tischka, le fameux col sur la route entre Ouarzazate et Marrakech. Et je suis vite dans le bain. Sans le savoir, j’ai fait ma halte sur la dernière partie plane de la route. Dès le démarrage, petit plateau et c’est parti pour environ 18 Km de montée.

Et la, je passe où, moi ?

Si je m’attendais à l’ascension, je suis surpris par un autre adversaire, l’état de la route. Ce tronçon est en travaux et l’orage de la veille a transformé les chantiers en cloaques. J’alterne donc entre caillasse et bouillasse. Comme diraient les cyclistes, le rendement n’est pas terrible et je dois déployer encore plus d’efforts pour vaincre la pente. Celle-ci n’est que rarement très accentuée, la montée est continue et régulière. J’avance donc gentiment, salué par les ouvriers des chantiers  et en effectuant quelques haltes de temps en temps. 

Dans le dur…
Arrivée sur la nationale.

J’attends avec impatience le débouché sur la route nationale, qui devrait marquer la fin des travaux. Parvenu à ce fameux carrefour, je marque une pause, immédiatement rejoint par un papy affable qui s’enquiert de ma forme et de ma nationalité et sort de sa poche deux magnifiques minéraux qu’il est allé chercher dans la montagne. Ce sont les mêmes que les milliers déjà vus sur le bord des routes, sans doute des minéraux de synthèse made in China.

Parvenu sur la nationale 9, je déchante vite sur l’amélioration des conditions. Certes il n’y a plus de travaux, mais le bitume est craquelé de partout et très inégal. Par moment on dirait les pavés du nord. Mais bon, j’en fais mon affaire, tout comme j’accepte le trafic, soudain devenu beaucoup plus dense. Réputée route la plus dangereuse du Maroc, cette montée du Tischka est en effet un peu spéciale pour une route nationale. Chez nous on appellerait ça une petite route de montagne.

Les pavés du sud.

En revanche, elle ne présente pas de difficulté particulière car ses pourcentages sont raisonnables. Rien à voir avec les raidillons que j’ai connus dans le Moyen Atlas ou dans les gorges du Dadès.

Fait !

Le sommet ne présente pas d’intérêt particulier, même si la vue a 360 degrés est jolie. Je prends néanmoins le temps de savourer ce morceau de bravoure en m’offrant un thé à l’unique café du site. Installé en terrasse, je prends beaucoup de plaisir à observer le manège des vendeurs de minéraux et leur façon d’approcher puis d’accrocher le chaland. Ils sont forts ! Je ne verrai toutefois qu’une seule vente conclue en une demi-heure, un collier parti en Italie.

Le café du col du Tischka et sa terrasse.
Le ballet des vendeurs de fossiles et minéraux.

La descente est évidemment beaucoup moins pénible que la montée, même si une partie remontante me prend un peu de court. Je me laisse glisser avec délice et j’atteins facilement Agouim, but du jour. Mais je ne trouve pas de lieu accueillant et décide donc de continuer un peu.

Vous prendrez bien un bain …
… ou préférez vous la douche ?

C’est finalement 5Km plus loin un restaurant et son parking ombragé qui attirent mon attention. Avec l’accord du patron, je m’installe, en commençant par étendre tout mon matériel pour le sécher.

Le restaurant et la coopérative d’argan qui m’ont accueilli pour la nuit.
Vent + soleil, résultat garanti, tout sera bien sec pour la nuit.
Pendant que le linge sèche, je fais le plein.

Pendant que le soleil fait son effet, je déguste un couscous à l’agneau. Et puis je vaque à mes petites occupations en observant le ballet des touristes déposés à tour de rôle par les organisateurs de voyages. Je ressors ma carte pour faire le point car cette étape marque un tournant dans mon voyage; demain je quitte le haut-Atlas pour m’engager dans l’anti-Atlas, la partie la plus à l’ouest de la chaîne.

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Mardi 2 octobre

Agouim – Anezal, 68Km

Dénivelés +820, – 790

Le café et la boutique d’huile d’argan reprennent tout juste vie quand je m’élance pour cette 20ème journée sur les routes marocaines. Une fois encore je m’élance vers l’inconnu et c’est ce qui me fait avancer.

Je partagerai un cookies avec ce pauvre chien errant.

Je regarde quand même derrière moi pour vérifier que le chien errant qui m’accompagne depuis mon lever ne me suit pas. Pour une fois qu’il trouve quelqu’un qui ne le frappe pas… 

Preuve de la valeur inestimable de ses collections, le vendeur laisse tout en l’état durant la nuit.

Les 20 premiers Km sont en descente et très agréables. Le paysage de la vallée est joli et le soleil rasant du matin en accentue les contrastes.

La lumière du matin embellit tous les paysages.
La route est bordée de nombreuses mosquées.

Au Km 25, j’arrive à Amerzgane où je fais une pause petit déjeuner bis car le premier était très succinct, faute de matière première. Je savoure mon thé, du pain et des madeleines en observant la vie du village, rythmée par les arrêts des fameux petits et grands taxis. L’arrêt d’un car de grande ligne suscite une accélération des mouvements, montées, descentes, chargements et déchargements. 

Cette bourgade marque pour moi un tournant important ; en effet, me voilà revenu à quelque 30Km de Ouarzazate, quittée il y a 3 jours. A partir de là, je vais quitter la Nationale 9 pour m’enfoncer vers le sud dans l’Anti-Atlas. C’est le début de ce que j’appelais dans mon projet « la boucle optionnelle », que je me réservais la possibilité de zapper si je n’avançais pas au rythme prévu ou si j’en avais assez de la montagne. Aucune de ces conditions n’étant remplie, j’oblique donc délibérément à droite, direction Tazenakt, Talliouine, Ighrem, Tata, Tissint et Foum Zguid. Sans doute pas la partie la plus touristique du périple, mais peut-être la plus sauvage.

Les camions me font de l’ombre.

Pressé de quitter la Nationale, j’emprunte une petite route qui raccourcit. J’apprécie le calme de cette voie modeste mais de bonne qualité. Je peux enfin me détendre au guidon après ces deux journées passées à guetter le trafic.

A la sortie d’Amerzgane, mon petit raccourci se présente bien.

Et même quand je rejoins la N 10, j’ai le sentiment d’être sur une petite départementale. Côté relief et dénivelés, cela s’apparente un peu à la Bourgogne, à laquelle un peintre facétieux aurait ôté toute trace de vert.

Apercevant au loin un énorme barrage, je prends le chemin qui y mène. Je tombe rapidement sur une barrière et une toute petite guérite, d’où émerge un malabar de plus de 2 mètres. Comprenant que je ne pourrai pas m’approcher davantage de l’ouvrage, je demande l’autorisation de prendre une photo. Question qui plonge le géant dans un abime de réflexion et l’amène à appeler son chef. Tout comme les centrales solaires, les barrages et toutes les infrastructures publiques sont protégés comme des installations militaires. Le chef ayant donné son feu vert, je peux faire ma photo, qui vaut autant par le plaisir d’obtenir l’autorisation que par l’intérêt du sujet.

Le barrage de Tiouiyine, protégé comme site classé secret défense.

L’étape est assez fatigante et le paysage plutôt monotone. Aussi suis-je soulagé en voyant apparaître le petit village d’Anezal ( ou Anzel) que je m’étais fixé comme point de chute. De toute façon, je n’avais guère le choix : depuis Amerzgane, soit sur 43 Km, je n’ai pas vu un seul hameau, pas même une maison.

Bien décidé à m’incruster, je commence par commander un tajine à l’auberge. Puis, comme je sollicite l’aubergiste pour planter ma tente, il me propose une chambre à un prix si dérisoire que je ne peux qu’accepter. Pour 5€, me voilà donc installé avec tout le confort, deux lits, WC, salle d’eau, douche, avec eau froide et … eau froide. Mais qu’importe, la douche est bienvenue et je fais une grosse lessive.

Puis je vais flâner dans le bourg, en fait un carrefour à trois branches. Particularité singulière : chaque maison est une échoppe, un atelier, un magasin. Il y règne donc une activité assez intense. Pas étonnant vu la distance avec le village le plus proche ! Il y a plusieurs épiceries-cafés, un boucher, un menuisier, plusieurs ferronniers, un électricien, une quincaillerie, un point télécom, et d’autres dont je ne saurais définir l’activité . En fait, le carrefour est la « zone d’activité » du village, les habitations sont un peu à l’écart. Je discute un peu avec le menuisier, mais les échanges sont limités par les problèmes linguistiques. 

Planté dans le carrefour, le marchand de fruits est en position stratégique.
La terre battue est balayée avec beaucoup de soin.

Pour me fondre dans la foule, je fais comme eux, je m’assieds sur un muret, puis sur la terrasse de l’auberge. Le nombre de jeunes – uniquement des garçons- est impressionnant. Il est vrai que les moins de 14 représentent plus du quart de la population marocaine.

Fin de journée à Anezal, les hommes sont dehors, les femmes invisibles.

En fin de soirée je mange une omelette en regardant des matchs des coupe d’Europe sur un BeinSport de contrebande dans la salle de l’auberge. Les commentaires en arabe sont assommants; j’abandonne à la mi-temps et regagne ma chambre. Comme il y a des mouches aux murs, j’entreprends un début de chasse. Mais en levant les yeux au plafond, j’en découvre des centaines agglutinées autour de l’ampoule ! Je baisse les bras et décide de partager la chambre pour la nuit…

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Mercredi 3 octobre

Anezane – Ighrir 83 Km

Dénivelés : + 910, – 856

Avant de quitter l’auberge de Hassan, je me laisse tenter par les pains ronds et les baguettes (mais oui) sur le comptoir. Il me sert un petit déjeuner copieux avec pain frais, Vache qui rit, beurre et confiture. Un café bien tassé par là-dessus et me voilà paré pour mon étape de 80 Km. 

Je parlerai peu vélo aujourd’hui car l’essentiel est ailleurs. Sur les 83 Km du parcours, je monterai quand même deux beaux cols de 3 et 2 Km à respectivement 4 et 5%. La descente du premier me fait plonger dans la cuvette de Taznakht, une vaste dépression que je vais traverser de part en part.

Taznakht est réputée capitale du tapis; aussi ai-je l’intention d’y passer un peu de temps. Je ne vais pas être déçu ! A peine entré dans la petite ville, un grand échalas en gandoura blanche traverse la rue en courant et se précipite littéralement sur moi en m’interpellant à grands cris. Je m’arrête, il se présente : c’est Hazim, le cousin de l’aubergiste, qui l’a prévenu de mon passage. Et bien sûr, Hazim vend des tapis ! J’ai droit au thé et à la démonstration totale de l’ensemble des produits disponibles.

Les motifs traditionnels ont parfois un aspect très contemporain.

L’argument du vélo est balayé d’un revers de main : il expédie vers la France, pour 7€ le kilo; pas de frais, pas de taxes, en direct du producteur. Et bien sûr, lui il tient une vraie coopérative, qui n’exploite pas les femmes. Pas comme tous ces marchands qui se font passer pour des coopératives… Je m’en sors avec l’obligation de consulter mon épouse avant de choisir. Sachant qu’elle ne veut pas de tapis à la maison…

Je fais ensuite un tour sur une grande place à l’écart de la route principale. C’est une sorte d’ancien caravansérail délabré dans lequel se sont installés divers artisans et commerçants, dont des négociants en laine.

Sur l’ancien caravansérail, les ballots de laine attendent les clients.

Mais c’est en revenant dans le centre-ville que je tombe sur ce que je cherchais, une belle exposition de tapis. En fait un groupement de coopératives qui s’apprête à recevoir des journalistes allemands. Chaque coopérative apporte donc ses plus beaux produits et certaines proposent des démonstrations. J’apprends la différence entre les trois techniques, le tissage, la broderie et les noeuds, qui sont parfois associées sur un même tapis. Mais surtout je reste admiratif et fasciné devant le travail de la laine, de la tonte à la teinture. Les femmes qui filent la laine font preuve d’une incroyable dextérité pour transformer un tas informe de laine brute en un joli fil régulier prêt à être tissé. 

Toutes les étapes du travail de la laine.
Le filage, un geste ancestral d’une grande agilité.

A côté, trois marmites bouillonnent, une au safran, la deuxième à l’indigo et la dernière au coquelicot. Le teinturier (?) m’explique son travail et toute la précision nécessaire, notamment le contrôle de la température qui ne doit pas excéder 74 degrés, au risque d’endommager la laine. Il me fait une démonstration de l’indigo, qui ne donne son bleu qu’à la sortie du bain, au contact de l’oxygène.

Le maître teinturier surveille sa soupe très attentivement.
Chaque bain donnera une reine differente.
Les écheveaux multicolores à la sortie du bain.

N’étant pas dans une démarche commerciale mais plutôt de communication, les exposants sont disponibles et ne cherchent pas à vendre. C’est agréable. Je repars vers midi, bien content de ce que j’ai vu et appris.

La route du jour.

La suite de la route est assez facile et la chaleur supportable grâce à l’altitude ( je suis entre 1500 et 1800 mètres). Pourtant, j’apprécie de pouvoir me rafraîchir et de remplir mes bidons à un puits sur le bord de la route. Intrigué par la beauté de la mosquée, démesurée par rapport à la taille du hameau, je m’avance un peu entre les maisons désertes. Au fond, une sorte de cour dans laquelle un vieillard est assis. Tandis que je prends la mosquée en photo, il vient vers moi et m’invite à boire le thé. Miracle de l’habitat marocain, la demi-ruine devant laquelle il était assis se révèle de l’intérieur une maison tout à fait confortable. On passe ainsi dix minutes en tête à tête, à boire le thé en croquant des dattes et des amandes. Moment aussi magique que fugitif…

Ce monsieur âgé ne voulait pas être pris en photo; mais en selfie, c’est bon !

Mais la plus belle rencontre du jour reste à venir. Après plus de 80 Km, j’arrive à Ighrir; je rôde un peu à la recherche d’un coin tranquille, quand une femme sur le pas de sa porte me salue avec un entrain qui contraste avec la retenue habituelle des femmes. Trois autres femmes sont assises derrière la porte. Je suis immédiatement convié à boire le thé, qui sera en fait un vrai repas. Cela tombe bien car il est 15h et je n’ai pas déjeuné. Je ne laisse pas une miette des deux pains offerts, trempés alternativement dans l’huile, le chocolat, le miel ou la confiture. Fruits et gâteaux complètent ce copieux goûter. Khadija, qui m’a accueilli, est visiblement le centre, le moteur, l’énergie de cette famille. Célibataire à près de 40 ans, elle épouserait volontiers un Français. En me voyant débarquer elle croit son jour de chance enfin arrivé! Je la déçois rapidement mais cela ne lui fait pas perdre le sourire. 

Pop corn au menu !

Elle est bientôt rejointe par son frère Mohammed, leurs parents, la belle-sœur aux yeux bleus, enceinte de 8 mois, et les voisines. On se retrouve dans le salon pour une conversation qui m’échappe à 99%, bien que j’en sois visiblement le sujet principal. La vieille voisine essaie de me faire répéter des mots de berbère, tentatives qui déclenchent l’hilarité générale. Tout le monde en rit aux larmes ! La bonne humeur et le rire seront d’ailleurs omniprésents lors de cette soirée.

Leçon de berbère et crise de rire.

Soudain la mamie se lève et revient avec un peu de safran dans une coupelle. A 35€ le gramme, c’est un cadeau que j’apprécie à sa juste valeur.

Me voilà définitivement adopté. Mohammed m’emmène faire une longue promenade dans la forêt proche et dans le village avec ses deux enfants, dont la petite Aicha qui me donne spontanément la main. Je crois qu’il est très fier de présenter son « ami français à bicyclette ».

Promenade avec Mohammed et ses deux enfants.
Le village d’Ighrir vu d’en haut.

On partage ensuite un repas à base de pain, de dattes et de pop-corn. Et puis c’est Hadija qui m’embarque pour une visite de son potager et de son champ de safran. En route, on rencontre un groupe de femmes, dont une qui parle très bien français. A son tour elle s’amuse à me faire répéter des mots, d’arabe cette fois. Mais je reconnais très vite la fameuse formule qu’il suffit de prononcer pour se convertir à l’Islam ( merci Tahar Ben Jelloun !). Je lui explique que je ne suis pas encore tout à fait prêt…

Un des frères de Hadija arrose les parcelles où éclora le safran dans quelques jours.
Hadija cultive aussi son potager et son jardin d’agrem.

De retour à la maison, on boit un verre de lait en grignotant un épis de maïs grillé sur le gaz. Et puis la soirée s’éternise plus ou moins devant la télé que personne ne regarde vraiment. A ma question sur le programme, Hadija me confirme qu’on attend les hommes … pour manger le tajine ! On va se mettre à table pour la quatrième fois de la soirée ! Heureusement que je n’avais pas déjeuné avant d’arriver… Mais comme les hommes sont à un match de foot, on ne veut pas me faire attendre. C’est donc seul que je déguste le tajine aux sardines, sous le regard des autres membres de la famille, qui attendront la fin du match pour dîner. On m’installe des tapis et des couvertures dans un salon et me voilà « au lit ».