En direct du Maroc semaines 1 & 2

En direct du Maroc semaines 1 & 2

jeudi 13 septembre

 Fès – Imouzzer, 30 km

Ah mes amis, quelle journée ! De la rue du petit port à Imouzzer Kandar, quelques péripéties ont émaillé cette journée inaugurale.

Tout avait bien commencé : un réveil qui sonne, un lever rapide, un vélo prêt, un TER à l’heure, et puis…  Barbara est entrée dans la danse : « Il pleut sur Nantes… »Et oui, le trajet entre la gare et l’aéroport s’est fait sous la pluie. Heureusement, la distance est courte, à peine 10Km. Tu vois pas que d’aucuns auraient eu l’idée de le déplacer, je sais pas moi, à Notre Dame des Landes, pourquoi pas.  Bon, je divague …

A 8h15, je pointe donc à l’aéroport et j’entreprends illico de préparer Colibri pour son envol. Protection des parties sensibles avec du papier à bulles, puis emballage sous film; en l’occurrence un rouleau rapporté de Moscou, visiblement de piètre qualité et qui m’a donné du fil à retordre. Mais bon, je trouvais le résultat plutôt satisfaisant. Restait à espérer que les agents de Ryanair allaient penser de même.

J’aurais aimé être fixé rapidement mais la file d’attente a l’enregistrement avançait avec une extrême lenteur. A plusieurs reprises, les formalités ont nécessité un bon quart d’heure pour une seule personne ! Exaspérant.

Et quand ce fut enfin mon tour, l’enregistrement se passa vite et bien, mais je m’entendis dire que les bagages hors gabarit devait être déposés à un autre comptoir, dans le hall 2. Il était déjà un bon 10h40 pour un vol à 11h35…

La préposée aux bagages hors gabarit se trouve être également responsable de la sécurité de l’accès des équipages au tarmac. Elle doit donc jongler avec les étiquettes des bagages et les badges d’accès des navigants. J’avoue avoir particulièrement flippé en la voyant contrôler un badge avec trois étiquettes de gros bagages collées sur le dessus de la main. Et de revenir vers moi : « alors, le vélo, c’est pour Genève, c’est bien ça » ? Cela n’a pas fait rire non plus la propriétaire de la planche à voile, qui rentrait chez elle en Suisse…

Avec tout ça il était 11h05 et je devais encore passer les contrôles de police. Et là, horreur, une file d’attente digne d’une boulangerie en Union soviétique pendant la guerre ! Une seule solution, gruger; en présentant mes plates excuses, et avec la complicité d’un agent de sécurité compatissant, j’ai devancé plusieurs centaines de personnes qui patientaient sagement. Cela m’a permis de me présenter à l’embarquement juste avant la fermeture. Pour un peu, Colibri partait sans moi !

Après un vol sans histoire (ben oui, désolé), j’avoue avoir eu des inquiétudes durant une grosse demi-heure avant que Colibri ne me soit remis en mains propres. Je l’imaginais déjà sur les bords du lac Léman…

Comme l’emballage, le déballage et la remise en configuration ont nécessité une bonne heure. J’ai aussi profité des boutiques pour acheter une carte SIM et des bouteilles d’eau. En revanche, pas de Camping gaz.

Il était 15h30 heure locale (1h de décalage), quand j’effectuais mes premiers tours de roues sur le sol marocain sous un ciel gris et par une température douce.

Objetif Imouzzer Kandar, sur la route d’Ifrane, soit environ 25km. La route est d’abord une looooooooongue ligne droite en faux plat montant sur une nationale d’abord à 2×2 voies, puis 2×1 voie. De chaque côté de la route, des champs d’oliviers et parfois des chameaux à vendre, des stations services et des gens qui vendent des fruits.

Passés les 15 premiers km, la route grimpe d’un coup, mais avec des pourcentages raisonnables, entre 3 et 5%. Curieusement je me sens mieux sur cette partie que dans le looooooooong et ennuyeux faux plat.

Mais comme cela arrive parfois, la météo avait raison : la pluie m’a surpris dans la montée. En soi ce n’est pas trop gênant car cela rafraîchit. Le problème est que cela diminue la luminosité qui commençait déjà à décroître. C’est pourquoi je n’ai pas hésité en voyant une auberge 2 km avant Imouzzer. Pour me remettre de mes émotions, j’ai décidé de la jouer confortable ce soir : suite avec terrasse et tajine du chef rien que pour moi puisque je suis le seul client. Et je crois que la nuit sera bonne !

 

Vendredi 14 septembre 

Imouzzer – Ifrane 40 km

Réveillé vers 8h, je descends au restaurant où Nourdine avait promis de me faire goûter une spécialité en guise de petit déjeuner. Mais les lieux étaient désert et Nourdine introuvable. Je décide donc de plier bagages pour être prêt à démarrer dès le petit déjeuner englouti. Au vu de la météo annoncée, encore de la pluie, je vide mon gros bidon; je songe même à m’en débarrasser, mais il est possible qu’il ne pleuve pas pendant 50 jours, quand même ! Je refais mes sacoches et les descends. Et là, oups ! Colibri a disparu ! Petite montée d’adrénaline jusqu’à ce que je le retrouve soigneusement mis à l’abri dans l’arrière cuisine du restaurant. Il est vrai que la pluie et le vent se sont déchaînés cette nuit. Au matin, le temps est calme et le soleil apparaît. Je sors  Colibri de sa cachette par la seule issue ouverte, la salle de restaurant; je le charge et m’apprête à partir le ventre vide, faute de chef. Quand un détail me revient soudain à l’esprit : mon passeport est entre les mains de Nourdine; je suis donc condamné à l’attendre. Ce que je fais devant le portail pour perdre un minimum de temps. Au bout d’une dizaine de minutes à regarder passer les voitures, je vois un type arriver à travers champs sur son VTT. C’est bien Nourdine, mais j’ai du mal à le reconnaître ; le beau chef d’entreprise d’hier soir, mince et élégant dans son costume bleu marine, smart à la façon de Stromae, débarque ébouriffé, en survêtement dépareillé, le dos maculé de boue faute de garde boue. Je suis un peu gêné, mais lui encore plus ! Son standing en a pris un coup. Il me rend mon passeport et me laisse sa carte, pour la prochaine fois, inch’allah !

La reprise de la montée est évidemment un peu ardue. Très vite je m’arrête pour changer de tenue car j’ai chaud. Mais une fois le rythme adopté, je monte plutôt bien. Arrivé à Imouzzer centre, je suis surpris par le monde dans les rues et l’activité qui y règne.

En guise de petit déjeuner je m’offre des figues de barbarie épluchées par le vendeur.

Je fais plusieurs échoppes du souk pour trouver une bouteille de gaz, mais en vain. Je commence à regretter d’avoir acheté un kilo de semoule hier car sans eau chaude, ça ne sert pas à grand chose, sauf alourdir mon paquetage !

Je fais un retrait d’argent au bureau de poste facilement repérable à la file d’attente d’une grosse cinquantaine de personnes qui viennent effectuer ou recevoir des virements d’argent.

Du pain à pleines dents !

Quand je repars sur la N8 en direction d’Ifrane, le soleil a disparu derrière un brouillard qui ne me plaît guère car il risque de me cacher aux yeux des automobilistes. Mais quand il disparaît c’est pour laisser place à des nuages sombres qui n’annoncent rien de bon.

C’est sans doute ce qu’on appelle déplacer les bornes.

Effectivement le tonnerre se met à gronder violemment, bientôt accompagné d’un belle ondée. Je m’arrête à l’abri d’une cahutte de vendeurs de fruits; mais l’édifice est conçu pour le soleil et l’eau s’infiltre rapidement à travers la toile du toit.

Colibri sous son abri précaire.

En guise de consolation, je glane plusieurs pêches, tombées des arbres du verger. Elles sont énormes, juteuses et savoureuses. J’en embarque quelques unes dans la sacoche avant droite, celle du ravitaillement ; ainsi j’ai mon goûter et mon dessert de ce soir.

La pluie ayant baissé d’intensité, je repars pour les quelque 10km qui me restent jusqu’à Ifrane. La route est agréable, un peu vallonnée mais rien de méchant, sauf à l’entrée d’Ifrane.   Dans cette ville cossue, je mets un temps fou à trouver le centre. Et pour cause, il n’y en a pas vraiment. Comme me l’expliquait un quidam que j’interrogeais : « le centre-ville, c’est ici, c’est là-bas, c’est partout ». C’est bien gentil mais ça ne fait pas mes affaires pour trouver mon gaz et mon hébergement; car, étant une fois de plus trempé, je cherche un logement en dur.

Et j’en ai trouvé un, grâce au système Airbnb marocain : en tournicotant dans la ville, je me suis soudain entendu héler : « hé mon ami, tu cherches un appartement ? » j’ai visité, on a négocié, j’ai payé et je me suis installé. Je peux même faire rentre Colibri à l’intérieur ! Et tandis que je m’installais, l’homme m’a apporté une grosse assiette de couscous bien chaud, que j’ai englouti avec appétit. Puis je me suis mis en chasse de la précieuse bouteille de gaz. Il m’aura fallu faire encore cinq boutiques et demander trois fois mon chemin pour trouver enfin l’objet convoité, précisément à la droguerie Essalam. J’étais tellement content que j’en ai acheté deux; à 12 dirhams pièce (1,20€) je ne me suis pas ruiné ! Me voilà totalement autonome pour quelques temps.

Après une petite sieste, je rends visite au fameux lion d’Ifrane, un monstre de 7 mètres de long, taillé directement dans un rocher dans les années 30. Son auteur, un professeur d’art, n’ayant pas signé son œuvre, des légendes circulent sur son origine, la plus tenace l’attribuant à des prisonniers allemands ou italiens. Le lion figure sur le blason de la ville.

On aime se photographier devant le lion d’Ifrane.

Pour le reste, j’apprécie l’ambiance Courchevel de cette ville construite de toute pièce par les Français comme lieu de villégiature pour les habitants de Fès qui viennent ici chercher la fraîcheur. Et on est à 15 km de la station de ski de Mischliffen. Maisons énormes, espaces verts foisonnants, rues piétonnes impeccables, on est loin des cartes postales du Maroc.

 

PS : il semble que mes lecteurs n’aient pas la possibilité de commenter mon blog, cette fonctionnalité ayant été supprimée par l’éditeur. Ceux qui le souhaitent peuvent m’envoyer des courriels à l’adresse pascal.coconnier@sfr.fr

 

Samedi 15 septembre 

Ifrane – lac Afennourir / Aguelmane 40 Km

Dénivelés : +606; -427

Réveillé tôt, j’attends le lever du soleil pour aller de nouveau flâner dans Ifrane, cette fois sous un ciel parfaitement bleu. Je m’offre aussi une petite excursion vers la source Vittel (mais oui), un lieu ombragé parcouru de multiples ruisseaux. Au vu des installations de pique-nique , c’est visiblement un endroit très fréquenté et très apprécié pour sa fraîcheur. Mais à cette heure matinale, le site n’est fréquenté que par quelques sdf qui y ont élu domicile et une meute de chiens errants pas très sympathiques.

A mon retour, vers 8h, je dois (encore) attendre la propriétaire pour récupérer ma carte d’identité que j’ai laissée en gage. Elle a beau être périmée, j’y tiens !

Les premiers km sur cette nationale sont de nature à me mettre en jambe et de bonne humeur; route large, bitume parfait, côtes raisonnables, ciel bleu, j’apprécie enfin de faire du vélo au Maroc !

Les écoles apportent une touche de couleurs dans le paysage.

Après une dizaine de km, j’ai même droit à une méga descente qui me permet de dépasser les 50km/h, ce qui me met en infraction car la limite est à 40. Mais redescendre à environ 1000m d’altitude quand l’objectif du jour est à 1850, cela se paie forcément. Dès que je quitte la nationale pour me diriger vers le cèdre Gouraud, je me trouve face à une montée que les voitures montent en 3ème, voire en seconde. Je dois m’arrêter à plusieurs reprises pour en venir à bout. C’est ensuite une montée plus douce qui m’amène au Cèdre Gouraud, un arbre mort depuis longtemps, mais devant lequel les Marocains continuent de se photographier. Je sacrifie à la tradition tout en surveillant du coin de l’œil les singes magots qui s’intéressent de près au chargement de Colibri.

Malgré ma vigilance, l’un parviendra à me chiper mes gâteaux !

Je poursuis ma route sur une piste inaccessible aux voitures, et donc très calme. Enfin la nature pour moi ! La forêt de cèdres d’Ifrane est la plus belle du pays. Ses bois sont réputés depuis plusieurs siècles, ce qui attise la convoitise des mafias qui coupent des arbres illégalement pour les exporter.

Les singes magots y vivent en nombre. L’un d’eux parvient à me subtiliser un sachet de madeleines pourtant dissimulé dans ma sacoche de guidon. 

Au sortir de cette splendide forêt, je bifurque pour rejoindre mon objectif du jour, le lac Afennourir, « le sein au milieu des collines » en berbère, allusion au fait qu’il nourrit les nombreux troupeaux de moutons qui paissent dans la zone. L’endroit est sublime, totalement isolé et sauvage. Seule une famille de Mecknès est installée là pour la journée. Le père de famille vient me voir et on passe une bonne heure à discuter. Il est très remonté contre les Arabes qui méprisent la civilisation berbère et construisent des mosquées partout…

Le lac Afennourir, totalement sauvage et isolé.

Très beau jusque là, le temps se dégrade et je crains un orage cette nuit; en conséquence je plante ma tente sous un petit pont; pas très glamour mais à l’abri du vent et de la pluie.

Mauvaise surprise au moment de préparer le dîner, mes cartouches de gaz ne s’adaptent pas à mon brûleur. Trop heureux d’en avoir enfin trouvé, je n’ai pas vérifié la référence. Me voilà avec deux cartouches inutiles sur les bras; ou plutôt sur les jambes ! En bon scout, je fais donc un feu de bois pour faire bouillir la marmite, mais ce ne sera pas possible tous les jours. Il va falloir que je me remette en chasse de la bonne cartouche.

Il est 18h30, le soleil se couche, moi aussi. Au loin, le tonnerre gronde. La nuit sera peut-être agitée…

 

Dimanche 16 septembre

Lac Afennourir – Source Oum Rabia 63 km

Orage aux alentours, installation moyenne, la nuit a été un peu hachée. Mais le réveil est agréable avec les centaines d’oiseaux qui peuplent le lac, beaucoup de canards, des foulques, des aigrettes, des hérons et des cigognes. Une compagnie à laquelle s’ajoutent un âne et deux chiens errants. Aucune trace d’être humain à l’horizon.

Le remballage est un peu laborieux par manque de rodage, mais aussi parce qu’il fait froid jusqu’à ce que le soleil apparaisse au dessus des collines d’en face.

Pour faire le café, je tente à nouveau d’allumer un feu, mais en vain, le bois est trop humide. J’avais pourtant sacrifié les 20 premières pages de mon livre de chevet, ce qui n’est pas évident pour un fils d’imprimeur.

Je démarre vers 8 h en poursuivant la piste empruntée pour arriver au lac. Très vite je me rends compte de la galère ; sur de gros cailloux ronds, je ne parviens pas à monter les côtes; et dans les descentes, je dois freiner au maximum pour ne pas tomber ou perdre mes sacoches. Je me retrouve souvent à pied à pousser le vélo. Heureusement il y a des passages moins difficiles, mais globalement ce sont 10km de souffrance. C’est donc avec soulagement que je retrouve la route, sauf que ce n’est pas celle que je visais. J’ai loupé un embranchement, ce qui me condamne à quelques km supplémentaires pour rallier Aïn Leuh. 

Mon premier thé marocain.

Dans ce village assez animé, je m’offre un thé à la menthe et je règle mon problème de gaz en achetant un nouveau réchaud sur lequel s’adaptent les cartouches que j’ai achetées et qui sont proposées ici aussi. Pas très rationnel mais efficace.

En remontant du village, je m’arrête prendre de l’eau à une source, dont un autochtone me garantit la qualité potable. On entame la conversation et je me retrouve à boire le thé sous l’abri dans lequel il vit depuis quelques jours. Mohammed est un retraité qui a la bougeotte, alors il sillonne le pays dans sa vieille Dacia, sa chienne et ses deux chiots. Je ne peux pas repartir sans noter son numéro de téléphone pour le cas où… inch’allah !

Après une longue montée, j’accède à un plateau très agréable ; on dirait la Mongolie, je n’y suis jamais allé, mais j’imagine… Parfois le paysage est rocailleux, parfois je traverse des forêts de petits chênes. Dans l’une d’elles, je tombe sur une bande de magots couchés sur la route. Des automobilistes se sont arrêtés et les nourrissent, ce qu’il ne faut évidemment pas faire, mais que je fais aussi pour être pris en photo.

Les magots ne sont pas farouches, ce qui les perdra peut-être.

Je fais une pause fraîcheur au bord du lac Ouiaoua, un site magnifique, protégé au titre de l’environnement, mais néanmoins souillé par de nombreux déchets. Des gens passent la journée là, voire plus, comme en témoignent les tentes plantées ici et là.

L’arrivée à la source Oum Rabia se fait par une longue descente où j’atteins les 55 km/h. Le lieu est bizarre: un pont sur un torrent, au bord duquel sont installées à demeure des cabanes faisant office de résidences secondaires. On y papote, boit le thé ou mange le couscous en famille ou entre amis. 

Près de la source, cette femme fabrique et vend son pain. Un vrai circuit court !

En revanche l’endroit n’est pas accueillant pour bivouaquer; je reprends donc la route, conseillé par un sympathique gendarme. Après une dizaine de km, j’avise une petite maison devant laquelle  se tiennent trois femmes et deux enfants. Ma demande de bivouac en langage des signes reçoit leur agrément. Aussi je monte ma tente devant la maison, à l’abri d’un Olivier, sous le regard amusé des deux gamins qui ne tardent pas à tester mon matelas pneumatique !

La petite Koudra ne me lâche pas d’une semelle.

Mais quand arrive Suleiman, l’homme de la maison, l’hospitalité monte d’un cran. Je suis d’abord convié à la cérémonie du thé, accompagné de pain, d’huile d’olive, de fromage et de lait caillé. Moi qui venait de m’empiffrer de figues fraîches achetées sur le bord de route, je suis rassasié. Et comme le temps est menaçant, je suis convié à dormir à l’intérieur.  L’hospitalité berbère ne semble pas être une légende.

La pièce principale de la maison.

La maison est spartiate : trois grandes pièces sans autre ouverture que les portes, sans meubles, où sont étalés des nattes et des tapis. Dans un coin de chaque pièce, une pile de couvertures. Ils vivent là à cinq, Suleiman, Aïcha, leur petite de 3 ans et les parents de Suleiman. Il y a aussi la cuisine, dotée d’un évier, un frigo et un réchaud; et une arrière cuisine qui sert de stockage et, ce soir, de garage à vélo. Personne ne travaille et ils ne touchent aucune aide de l’état. Suleiman en a assez de seulement survivre; il rêve d’Espagne et envisage sérieusement de traverser clandestinement.

Dès que j’ai fini de démonter la tente et tandis que Aïcha s’occupe des enfants et de la cuisine, on s’installe dans la pièce du fond où un plat de riz au lait nous est servi. Un troisième convive se joint à nous, Ahmid, berger polyglotte (berbère, arabe, anglais et français) qui ne vénère par le roi et ne fait pas ses prières quotidiennes. Il rêve lui aussi de quitter le pays avec son ami. Mais le passeur qu’ils connaissent demande environ 1500€ par personne; une fortune !

Pendant qu’on discute, un énorme orage éclate, accompagné d’une pluie diluvienne. Je remercie encore Souleiman de m’avoir convié dans sa maison. J’ignore si ma petite tente aurait résisté.

La discussion est passionnante; je suis invité à visiter l’école demain matin. Tous deux fument quelques boulettes de shit. Quand Ahmid nous quitte, vers 23h, Souleiman le raccompagne. Il rentrera vers 2h du matin. Ils ont dû peaufiner leur plan…

 

Lundi 17 septembre

Ait Haddou-lac Aguelmime 31 Km

Dénivelé + 1.005m

La nuit sur les nattes a été excellente ; au matin, je prends le petit déjeuner seul avec Suleiman ; même menu que le goûter d’hier, les figues de barbarie en plus. Il est ensuite temps de prendre congé, non sans émotion car l’accueil de cette famille dans le dénuement m’a profondément touché. On me l’avait annoncé mais le vivre est une expérience très forte. En me quittant, Suleiman me lance un appel : « si tu me donnes une invitation, je peux venir en France, s’il te plaît, s’il te plaît ». Difficile de ne pas comprendre son souhait !

La famille au complet.

Les 8 premiers km sont indolores : je ne donne pas un coup de pédales ! Je m’arrête faire ma toilette dans un canal d’irrigation et je discute avec le préposé à la collecte de lait, très fier de son tricycle motorisé, mais aussi de sa mission 7j/7.

Je suis la route de Khenifra, puis je bifurque vers le lac Aguelmime. Je franchis successivement deux cols très durs, le premier m’obligeant à mettre pied à terre dans la dernière rampe. Le deuxième est moins raide mais beaucoup plus long. Dans le début de la montée, un motocycliste s’arrête pour parler; il me signale que le bitume se termine dans chouïa 3km. Au moins, me voilà prévenu! Effectivement, quand j’arrive à ce que je croyais être le haut du col, la montée se poursuit mais le bitume disparaît. Quand j’aborde la partie piste, je décide qu’il est temps de faire la pause déjeuner. Au menu : pain, figues et eau. J’entre dans la sobriété heureuse…

Et puis je rentre dans le dur car ces 4 km de piste sont très ardus; d’abord en montée, puis en descente, et toujours caillouteux à souhait.  Là aussi je monte à pied les deux parties les plus pendues. Inutile de décrire ma joie quand je retrouve une vraie route après quasiment une heure de piste.

En traçant mon parcours, la distinction entre piste et route bitumée était une de mes interrogations ; il se confirme sur le terrain que rien n’est précis en la matière, les deux types de revêtement pouvant s’enchaîner sur un même tronçon.

Pour finir, je déboule littéralement sur le lac Aguelmime qui s’avère être aussi beau que les deux précédemment visités, avec un caractère montagneux encore plus marqué. 

J’achète tout de suite de l’eau chez Hassan, qui s’autoproclame responsable du lac et me désigne donc un emplacement pour planter ma tente.  Je pose mes affaires et plonge dans l’eau du lac étonnamment chaude pour un lac de montagne, environ 20 degrés. Je fais ensuite une petite lessive qui sèche en un clin d’œil sous l’effet du vent et de la chaleur. Et puis je me pose car, bien que courte, cette étape a été harassante, avec ses 1005 mètres de dénivelé positif.

Comme j’ai faim, Hassan me prépare un tajine que je déguste sous sa tente. J’ai du mal à terminer tellement c’est copieux. Ainsi lesté, je marche un peu autour du lac, dont les abords sont immondes, couverts d’ordures. Quel dommage de gâcher de si beaux sites ! Des gens ont installé des cabanes , souvent des petits commerces qui proposent des boissons et de la nourriture. Beaucoup vivent sur place.

Ce petit âne est comme moi : prêt pour la nuit.

Apres le coucher du soleil, je me réfugie dans ma petite tente, prudemment installée sous une tente berbère abandonnée. Quelques pages de Tahar Ben Jelloun (« Partir » qui fait écho au projet de Souleiman) m’aident à m’endormir.

Mardi 18 septembre

Lac Aguelmime – Zaia ech-Cheik, 87km

La nuit à été hachée et gâchée; principaux responsables : les chiens, errants ou pas, qui ont aboyé toute la nuit; et puis ces sans-gêne qui ont installé leur voiture au bord du lac, moteur en marche et sono a fond ! La techno berbère entre 3h et 6h du matin, je ne vous conseille pas. Seul intérêt, les phares allumés éclairaient la brume qui montait du lac; un spectacle psychédélique, sans doute raccord avec les produits consommés… ultime blague: la voiture est partie tout juste 5’ après mon lever, à 6h15.

Pour être tout à fait honnête, je dois aussi convenir que mon nouveau matelas gonflable, ultra léger voire minimaliste, ne remplit pas tout à fait son office. Je vous expliquerai en détail plus tard, photo à l’appui.

Je reprend la route après avoir salué Hassan; le temps est idéal. Mon itinéraire des deux prochains jours fait partie de ceux qui me posent problème car je suis vraiment sûr de toutes petites routes que je soupçonne de pouvoir se transformer en piste à tout moment. C’est pourquoi j’interroge des gendarmes qui tiennent un contrôle routier ( au moins le dixième d’épais mon départ !). Sur leurs conseils, je modifie mon itinéraire pour rejoindre Boumia; je vais passer par Khenifra. C’est beaucoup plus long, mais garanti 100% bitume.

Cela commence par 10km de descente ! C’est sympa, mais ça fait peur car les descentes, on finit toujours par les remonter! Mais arrivé à Khenifra, je ne regrette pas mon choix; la ville est grouillante, bordélique à souhait, le souk regorge de victuailles, les femmes portent des tenues colorées, et les touristes sont totalement absents !

La sortie de l’ecole.

Je prends un thé dans un café, ce qui me permet de charger ma batterie et de répondre à quelques uns de vos courriels d’encouragement. Je sens que je vais traîner un peu dans cette ville. Pas sûr que j’arrive à Boumia ce soir…

Ici au moins, je n’ai pas de scrupules à acheter des tomates du Maroc.
Le centre-ville est plutôt coquet.

La nationale 8 est dans l’ensemble une belle route, qui est d’ailleurs en réfection. Cela me vaut de traverser quelques zones de travaux bien poussiéreuses.

Celui là est allé trop vite !

Arrivé au carrefour de la route de El Kebab ( non merci, j’en ai un en face chez moi 😃) qui me ramène vers Boumia, je consulte longuement la carte et Google Maps pour finalement décider de changer radicalement mon fusil d’epaule et d’abandonner le passage par Boumia. L’objectif est de rallier le lac Tislit puis Agoudal par une autre route. En effet, j’ai de sérieux doute sur la qualité du tronçon Boumia-Agoudal, dont au moins 40 km sont en pointillé sur la carte, donc très probablement de la piste. Non merci ! Tant pis, je vais faire encore 50km sur la nationale, mais ensuite je serai sur du bitume.

Et au final, je devrais retomber sur les pattes de mon calendrier.

Je traverse plusieurs ville assez agréable, dont Tighassaline et Ouaoumana. Visiblement, le niveau de vie est ici beaucoup plus élevé que dans la montagne. On est dans la vallée de l’Oum er Rabia, les cultures sont abondantes, notamment l’olovier Plante ici sur des milliers d’hectares.

  1. Tighassaline.

Pour bivouaquer, j’ai repéré sur la carte un énorme lac de barrage. Hélas, la route le frôle, mais en surplomb et je ne vois aucun accès.

Le supplice de Tantale !

Comme je commence à fatiguer, j’avise un champ sympathique dans lequel un berger fait paître ses moutons. En langage des signes je lui fais comprendre mon besoin; il m’invite à passer dans le champ voisin exempt de moutons. Cela m’arrange car cela m’éloigne de la nationale. Une petite haie me cachera de la route, et en deux temps trois mouvements mon campement est installé.

Avec les jours qui passent, le montage de tente est de plus en plus rapide.

Une station service en construction juste derrière m’offre même l’eau courante; je vais donc pouvoir me dépoussiérer, ce qui n’est pas un luxe ce soir !

PS : mon réchaud m’a fait une blague à l’allumage; je n’ai plus de poils aux mains; même dans le creux !

PS2 : je me suis planté en donnant mon adresse mail . La bonne est : pascal.coconnier@sfr.fr

Allez, une petite dernière pour la route. En arrivant ici j’avais repéré une station service en construction ; j’y suis passé et j’ai trouvé un robinet dans la station de lavage. Je me suis rafraîchi, me promettant de revenir faire ma toilette une fois installé. Ce que je fis; profitant de l’obscurité,  je suis retourné à la station, je me suis entièrement déshabillé et j’ai ouvert le robinet… qui ne m’a pas délivré une seule goutte d’eau. J’avais dû récupérer le fond de tuyau tout à l’heure, mais en réalité l’eau est coupée. A poil dans ma station de lavage j’avais vraiment l’air d’un c…

 

Mercredi 19 septembre 

Station-service N8 – Naour, 48km

Dénivelé positif 1394 mètres; négatif 804

Ah, la belle et bonne nuit ! Pas de chiens aboyeurs ni de discothèque ambulante, un couchage revu et corrigé, tout était réuni pour que je dorme bien. Réveillé très tôt (couché à 20h30 !), j’attends le lever du jour, vers 6h pour bouger. A 7h, je suis sur le vélo. Après une étape de transition, comme on dirait au Tour de France, je m’apprête à repartir en montagne. En l’occurrence dans le haut-Atlas, car j’ai quitté le Moyen en descendant à Khenifra. Objectif Imilchil dans 3 jours, soit 50 km par jour en moyenne.

L’âne reste un moyen de transport très prisé.

Vers 7h30 j’atteins la petite ville de Zaiat ech Cheik. Attiré par une forte animation, je découvre que c’est jour de marché hebdomadaire. Une vraie foire à tout qui s’étend sur plusieurs hectares. Ici, tout se vend et tout s’achète, à commencer par les animaux.

On charge et on décharge les marchandises qui ont changé de mains.

Je vois passer les moutons, les ânes, les chevaux et les chèvres d’un propriétaire à l’autre en quelque minutes, parfois à l’issue d’une âpre négociation. Je m’amuse à observer ces scènes, pour la compréhension des quelles il n’est pas besoin de parler la langue ! Côté volailles, c’est encore plus expéditif : vous choisissez un volatile dans l’enclos, le couteau s’abat immédiatement, les plumes sont arrachées et vous repartez avec votre poulet PAC, prêt à cuire. Plus fort que LDC !

On choisit avec soin son mil ou son blé.

La vaisselle, l’outillage, les vêtements, la laine et, bien entendu la nourriture, on trouve de tout dans ce souk très rural, mais visiblement très prisé pour sa position sur la route nationale.

Les beignets ne sont pas rafraîchissants, mais ils nourrissent bien.
Odeurs et couleurs des épices.
Des personnages de carte postale …
Salut, camarade cycliste !

J’y passe quand même une bonne heure et demie; je repars la besace chargée de beignets grassouillets à souhait, accompagné par une tenace odeur de graillon.

Quelque kilomètres plus loin je quitte la nationale, direction Imilchil, annoncée à 132 km.

J’amorce alors une montée que je devine longue, mais dont j’ignore le profil puisque j’ai dévié de mon itinéraire initial. Peut-être valait-il mieux que j’ignore ce qui m’attendait, à savoir 25km d’ascension ininterrompue ! Le soleil qui me tape sur la carafe n’arrange pas les choses; chaque fois que la route croise un canal d’irrigation, je m’y rafraîchis abondamment. Mais la source se tarit et les 5 derniers kilomètres sont dépourvus d’ombre et d’irrigation. Je m’arrête presque tous les kilomètres, des qu’un maigre Olivier m’offre un peu d’ombre. Mais où est donc la fraîcheur annoncée en altitude ?

Le cagnard a accompagné toute mon ascension . Précision : le casque me sert de support pour la prise de vue.

Quand je franchis le col Aït Ouirra, je pousse un cri de victoire. Dans la descente, je passe pour la première fois la barre des 60 km/h.

Il me reste une douzaine de km à effectuer pour atteindre le quota du jour; mais je m’inquiète pour mes réserves d’eau dans lesquelles j’ai abondamment puisé dans la montée. Le plus inquiétant est que cette région est beaucoup moins peuplée que celles du Moyen Atlas; pas de hameaux bien sûr, mais même pas d’habitats isolés non plus. Rien, nada, nothing, Villepin, selon l’expression sarkorzienne de la belle époque.

Et puis soudain, au détour d’un lacet, apparaît tel un mirage dans le désert, une station service ultramoderne, avec son café et son « supermarché ». Sauvé ! J’ai un peu l’impression de débarquer à Bagdad Café…

Bienvenue à Bagdad Café !

Je fais le plein d’eau et surtout je m’offre une longue pause thé.

Je repars après une bonne heure de repos, chargé comme une mule, avec pas moins de 3 bouteilles d’eau sur le porte bagages; avec les bidons, cela fait 6 litres de stock. Chat échaudé craint le manque d’eau !

Je fais encore une douzaine de km de montées et descentes. Au passage, j’achète des pommes dans un verger. J’en demande 3, la dame m’en donne au moins 10 ! Je donne une pièce à la petite fille et je prends le temps de croquer un pomme devant la maison. Là, la femme revient vers moi et me fait signe de partir. Bon, je pars…

La route longe un ruisseau, mais la plupart du temps en surplomb; alors quand la route descend et coupe la rivière, je me dis que c’est là que je vais dormir. Après avoir posé la question à un autochtone, je travers un gué et m’installe au bord de l’eau. Au moins je n’aurai pas de mauvaise surprise au moment de faire ma toilette. Mais je commence par la lessive car j’ai du retard.

Évidemment ce gué est un lieu de vie. J’avais l’impression d’être en pleine campagne, mais au fil du temps, des gens arrivent progressivement, pour laver leur linge, discuter, prier, déféquer, faire boire l’âne, ou laver sa voiture. J’ai bien fait de prendre soin de m’installer en amont du gué…

En soirée, le bord du ruisseau est un point de rencontre.

Deux jeunes viennent me voir et m’informent que eux aussi vont à Imilchil car c’est « le festival » jusqu’à dimanche. Je n’arrive pas à savoir en quoi cela consiste, mais je soupçonne que ce doit être le moussem, un grand rassemblement qui permet aux jeunes gens de rencontrer leur futur époux ou épouse. Autour de quoi se développe une grande kermesse. Cela promet ! Ils m’ont aussi dit qu’il allait faire froid cette nuit; je prévois donc des couches supplémentaires.

Mon domaine d’un soir, au bord de l’eau.

Grace à la nouvelle appli que je viens télécharger, je sais que je dors ce soir à 1324 mètres d’altitude.

 

Jeudi 20 septembre 

Naour – Ikassn, 54 Km

Dénivelé positif 1140 M

Ils avaient raison, les garçons : la nuit à été fraîche, mais c’est très supportable, même si cela m’a réveillé de temps en temps. A 4h30, l’appel du muezzin me sert de réveil. Faute de tapis adéquat, je ne prie pas, mais je me lève et je fais mes ablutions; un bon début. Et surtout j’entreprends de plier bagages afin de partir dès le lever du jour. Après une semaine, il est temps que je mette en pratique mes bonnes résolutions, à savoir rouler le matin seulement pour éviter la grosse chaleur de l’après-midi.

A peine parti, je m’arrête dans le village de Naour tout proche où se tient un marché aux bestiaux.

Le jour à peine levé, les affaires vont déjà bon train.

Peuplé uniquement d’hommes, le lieu est déjà très animé et on entend le brouhaha des échanges commerciaux. Je ne m’attarde pas car je n’ai parcouru que 700 mètres et la journée n’est pas finie ! Je veux faire au moins la moitié de la distance jusqu’à Imilchil, soit 45 km.

A 6h du matin, monsieur et madame partent au marché.
Le soleil levant accentue les couleurs du paysage.

Éclairé par les premiers rayons de soleil, le paysage est magnifique, avec cette terre ocre parsemée de taches vertes, le plus souvent des vergers, dans lesquels la cueillette des pommes bat son plein.

Je croise pas mal de monde sur la route, des gamins qui me saluent timidement en se serrant dans les jupes de leur mère, des plus grands qui me lancent des « bonjour, ça va »?, des vieux sur leurs ânes, des femmes aussi, dont certaines m’adressent un petit signe de la main tout en tenant leur voile de l’autre. J’aime ce mélange d’ouverture et de pudeur.

Mon premier col de la journée est un sacré client. Le tizi-n-Ifar est plutôt du genre raidard ; j’utilise souvent mon plus petit développement pour passer les parties les plus pendues. Arrivé au sommet, à 1.671 m, je replonge aussitôt de l’autre côté. La route est d’excellente qualité et large, ce qui me permet de descendre vite et sans me faire peur. Je reste néanmoins très vigilant car le moindre obstacle pourrait me faire tomber.

Le tizi -n-Ifar est coriace, mais je l’ai franchi.

Sur le plateau qui suit, je fais une rencontre qui mérite d’être contée. Dans un décor semi-lunaire, je suis rattrapé par deux motards français. Le premier me dépasse et s’arrête 100m plus loin. « Tiens, c’est sympa » me dis-je, « il veut vérifier que je vais bien et peut-être me proposer de l’eau ». Le deuxième motard arrive alors à ma hauteur, ralentit, soulève sa visière et me sort texto : »Agoudal? La route d’Agoudal? » Je sais que j’ai une tête à renseigner les gens, mais là, je trouve ça fort. Je lui confirme qu’il est sur la bonne route. Satisfait de ma réponse, il remet les gaz et fait signe à son pote que c’est bien tout droit. Comme ça, sans dire bonjour ni au revoir ni tes chiens ni tes chats !

Plus loin, en pleine montée, mon passage distrait des ouvriers de la voirie. Les pauvres transpirent autant que moi, mais eux, ils n’ont pas le choix.

Le deuxième col est moins violent, la montée est plus douce, mais … c’est le deuxième ! Et puis, comme souvent, le dernier km est le plus raide. Il est 10h et je me prends une bonne suée.

Le bel oued bleu sur la carte routière n’est qu’un lit de cailloux secs.

Dans la descente, je fais ma pause « déjeuner », ingurgitant les délicieuses pommes de terre achetées ce matin à Naour. Je prends mon temps pour repartir car je suis au pied d’une nouvelle montée dont j’ignore le profil. De toute façon, j’ai bouclé mes 50km, je m’arrêterai donc à la prochaine occasion. C’est d’autant plus nécessaire que les réserves d’eau ont fondu comme neige au soleil et que le paysage de plus en plus minéral ne m’incite pas à l’optimisme quant à trouver une source potable.

A mesure que j’avance, le paysage est de plus en plus minéral.

Mais ma bonne étoile veille sur moi; à peine 3 km plus loin, je tombe sur un petit village composé de 5 cafés – épicerie – restaurant. Il y a même un hôtel, l’Atlas Tadorihte, dont l’aspect quasi- luxueux tranche avec la modestie des autres habitations. C’est décidé, je n’irai pas plus loin.

Je commence par boire un thé et acheter de l’eau dans l’un des bistrots. Email, le jeune patron, parle français et me questionne sur mon voyage. Pour ce soir, il a « une superbe chambre berbère » à me proposer. Face à la volonté de camper, il me propose l’arrière cour de son café. En échange, je dînerai chez lui. On se tape dans la main et je commande mon tajine poulet pour 18h.

Je monte ma tente (non sans mal) dans la cour sous le regard curieux des gamins du village, puis je vais faire un tour parmi les habitations. Le moins qu’on puisse dire est que cela ne respire pas l’opulence, avec les murs en torchis et les toits recouverts de terre pour protéger de la chaleur. 

L’hotel Atlas Tadorihte dénote dans le paysage.

Ambiance toute différente dans l’hôtel que je visite à l’invitation du cuisinier. Décoration soignée et fraîcheur sont au programme. Le prix d’une chambre ? « 300/400 dirhams si tu demandes à l’accueil, mais pour toi tout seul, ce serait 150 »… Alléchant vu la différence de confort avec ma tente, mais elle est montée et le deal est passé !

Dormir dans l’arriere-cour d’un café, une nouvelle expérience.
A l’abri du soleil et de la soif.
Accrocheur, le slogan, non ?
Le toit terrasse a peut-être été inventé ici !

Je passe l’après- midi à flâner dans le village et à observer les mouvements, les rencontres, les discussions entre ces gens qui se connaissent tous, évidemment. L’activité connaît un sacré coup d’accélérateur vers 17h, avec La passage de nombreux taxis collectifs et de camions de chantier. On s’arrête pour acheter des fruits, essentiellement. A chaque fois, on se hèle, on s’interpelle, on s’embrasse. 

Ces deux gamins m’accompagneront durant toute la visite du village.
Ces deux petites filles étaient ravies de voir un étranger arriver dans leur village. La plus petite m’accompagnera jusqu’à la fermeture de ma tente !

A 18h, la mamie installe sa marmite de soupe sur le bord de la route, venant ainsi compléter l’offre culinaire, constituée pour l’essentiel de tajines qui mijotent en permanence sur les braises, alimentées par les feux de bois qui brûlent sans arrêt derrière chaque café. Odeurs, odeurs…

A 18h30, mon tajine poulet commandé pour 18h n’est toujours pas là et Ismail a disparu; j’ai faim ! Quand je sollicite  son assistant chargé des braises, le patron réapparaît comme par enchantement, l’air un peu endormi; il devait faire la sieste.

Précédé d’une soupe et suivi de fruits, tajine au bœuf préparé par Issmail m’a rassasié

Finalement le tajine sera au bœuf, mais précédé d’une bonne soupe et suivi de fruits soigneusement découpés. 

Je fais encore un tour et je passe du temps en terrasse à observer les va-et-vient incessants. Les gosses me suivent et viennent me voir pour me taper dans les mains, me demander un stylo, ou simplement s’asseoir à côté de moi. 

Issmail me laisse son numéro de mobile au cas où… inch’allah et je vais me coucher dans la cour, au milieu des gamins qui continuent de galoper dans la nuit. D’ailleurs, l’activite du village ne va jamais vraiment cesser; toute la nuit des véhicules s’arretent, des portières claquent et des gens s’interpe comme en plein jour.

PS : désolé pour les rayures sur les photos, j’ai dû abîmer la pellicule en l’inserant dans l’appareil. 😅

 

Vendredi 21 septembre 

Ikassn – lac Tislit 35 Km, + 835 mètres 

Sourate du matin, chagrin ! Cette fois le muezzin me surprend dans un profond sommeil. Impossible d’y échapper, la mosquée est à tout juste 50 mètres de la tente. A 5h15 je suis prêt à partir; le café d’Issmail est déjà allumé, mais la dame qui nettoie me fait comprendre qu’il n’est pas là ou pas encore levé. J’aurais volontiers bu un thé avant de partir. Il est 5h15. Tant pis, je vais la faire à la Michel Jardin, partir le ventre vide et petit déjeuner en route; sauf que je ne trouverai pas de bistrot avec baguette et croissants…

Je fais une dizaine de Km dans l’obscurité complète (encore une expérience nouvelle pour moi) avant de me poser sur un talus pour chauffer mon café en admirant le lever du soleil.

Petit déjeuner rustique sur le bord de route.
Le soleil levant joue avec la verdure des arbres de la vallée.

Encore 5Km dans cette vallée verdoyante, et j’attaque la montée du col de Tislit. La première rampe me prend par surprise, je ne passe pas le bon braquet. J’essaie de passer en force, mais je me mets dans le rouge/violet et je dois mettre pied à terre. Ça commence bien ! Ensuite, la pente est régulière et je trouve mon rythme. Hélas, je tombe sur une nouvelle zone de travaux qui transforme la route en piste. 

Empêtré dans le chantier.
Mes compagnons d’ascension sont un peu bruyants.

Ces conditions vont se prolonger jusqu’au sommet, soit sur 4Km. Montée + gravier, c’est vraiment indigeste. Les engins de chantiers et les véhicules me nourrissent au passage d’une jolie poussière… Mais ils me font aussi beaucoup de signes amicaux et d’encouragement ; certains me prennent même en photo par la portière en me dépassant !

Les derniers hectomètres d’une montée penible.

Arrivé au sommet, à 2285 mètres, je suis récompensé de mes souffrances; le paysage est à couper le souffle, d’une beauté grandiose. J’avoue en avoir les larmes aux yeux, mélange de douleur et de bonheur. 

Mon premier « sommet » à plus de 2.000 mètres.
Les strates de roches dessinent un paysage étonnant.
A couper le souffle, je vous dis.

Beaucoup de gens font une halte; on se prend en photo mutuellement et on échange pas mal. Je suis même invité à Beni-Mellal par des fonctionnaires municipaux !

La surprise, c’est que, après le col, la route s’élève encore. Oh pas grand chose, mais c’est difficile de s’y remettre quand on croit amorcer la descente. En tous cas, je bénis le muezzin de m’avoir tiré du lit si tôt, car le même col à midi, ce n’est plus la même chanson…

Sur cette partie en plateau caillouteux, je croise quelques troupeaux de chèvres et de moutons et, plus surprenant, une mini centrale à béton et un atelier de ferraillage; en fait une fabrique de plots pour fixer des poteaux. Étonné par cette installation au milieu de nulle part, je vais saluer les trois ouvriers qui y travaillent et leur demande l’autorisation de prendre des photos. Ils acceptent et me proposent ensuite de participer à leur activité. Ni une ni deux, et me voilà en train de tordre des ferrailles à béton au beau milieu de l’Atlas. Ils ont bien ri en voyant mes efforts pour tordre mes deux ferrailles. Mais bon, j’aurai participé au développement des infrastructures marocaines !

Ma contribution active au développement du Maroc !

Quelques hectomètres plus loin, j’arrive au vrai sommet de mon ascension, à 2370 mètres, le point le plus haut atteint depuis mon départ. Et au détour d’un virage, je découvre le lac Tislit, le premier des deux que je suis venu voir.  Il est magnifique et je suis vraiment tenté de m’arrêter ici; mais il paraît que l’autre, le lac Isli est plus sauvage. Dilemme…

Je réfléchis à la question quand un troupeau de moutons traverse la route devant moi. Je prends quelques photos et admire le travail du berger qui court dans tous les sens et use de pleins de cris différents pour guider la bonne centaine de bêtes. 

Arrivé à ma hauteur, le gars vient vers moi et me reproche dans un bon français de l’avoir photographié sans autorisation. Photos à l’appui, je lui montre que j’ai photographié uniquement les animaux. Mais lui, pointant du doigt le centre de mon écran, il me dit « là, c’est le berger ! ». Prêt à effacer l’image, je lui fais remarquer qu’on le voit à peine, et puis c’est un gentil berger. A quoi il me répond « non, les bergers berbères sont tous méchants » et il part dans un grand éclat de rire édenté.

On se tape dans la main et on reste discuter un bon 1/4 d’heure. Mohammed a 43 ans, il a une maison à Ilchmil mais il vit ici, dans une cabane, en alternance avec son frère qui le relaye pour garder le troupeau. Il me raconte que l’hiver, quand la neige est trop abondante ici, il fait parfois transporter ses bêtes en camions à Ouarzazate et revient à pied au mois 4, en avril. Quelle drôle de vie !

Avec Mohammed le berger, le courant est vite passé.

Et sur un plan très pratique, il me conseille de planter ma tente plutôt ici, l’autre lac étant moins ombragé. « Et ce soir, c’est tajine chez moi » !

Invitation enregistrée, je descends au lac et m’installe au bord de l’eau. Il est à peine midi et me voilà déjà installé. J’en profite pour faire une grande lessive car les deux derniers jours ont été plutôt salissants.

Ma plage privée pour cette nuit.

Et tant que j’y suis, je fais aussi un grand rangement de sacoches. Au fond de la sacoche « technique » je découvre avec horreur que ma burette d’huile s’est entièrement vidée dans ma boîte à outils. Dégraisser tout le matériel va m’occuper un bon moment. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, l’orage gronde au loin et semble se rapprocher…

En soirée l’orage menace mais n’eclatera jamais vraiment au-dessus du lac.

 

Samedi 22 septembre 

Lac Tislit – Imilchil- Agoudal 50 Km

Cette fois, pas d’appel à la prière dans ce lieu très calme. Je m’offre donc une grasse matinée jusqu’à 6h30; assurément ma meilleure nuit sous la tente malgré le froid. 

La météo s’est dégradée en fin d’après-midi ; les rafales de vent et les petites averses m’ont dissuadé de sortir. Je me suis enfermé dans ma tente pour lire et je me suis endormi. Du coup, je n’ai pas revu Mohammed et n’ai donc pas partagé le tajine avec lui. Dommage, je crois que j’ai manqué une bonne soirée.

Au matin, le temps est redevenu calme et les premiers rayons de soleil font immédiatement remonter la température.

Le bain-toilette s’impose et c’est avec délice que je plonge dans les eaux fraîches et limpides du lac Tislit. Je prends le temps de faire sécher la tente avant de tout ranger. En effet, comme une mono toile, de la condensation se forme à l’intérieur par temps froid. Allégées de deux boîtes encombrantes au regard de leur utilité, les sacoches sont plus faciles à boucler. Et ce d’autant plus que je n’ai quasiment plus de provisions d’avance, y compris pour le petit déjeuner qui se résume à un café et trois dattes.

Des rizières ? Cela y ressemble.

Je prends la route vers 8h30 en direction d’Imilchil où se déroule le fameux Moussem, la fête des fiançailles. Une légende raconte que deux jeunes amoureux issus de deux tribus ennemies n’ont pas été autorisés à se marier. Ils se sont alors enfuis dans la montagne et ont pleuré toutes les larmes de leurs corps, donnant naissance aux lacs Tislit et Isli. Face à l’ampleur de leur peine, les tribus se sont réconciliées et ont autorisé le mariage des deux jeunes gens. C’est cette union qui est célébrée chaque année à Ait Amar, à environ 25 Km au sud d’Imilchil, ce qui donne lieu à la plus grande fête de la région. La tradition veut qu’on y célèbre des mariages et que les jeunes gens viennent y chercher l’âme sœur. Mais au-delà, c’est toute une foire commerciale qui se tient sur les trois jours.

Je m’arrête prendre un petit-déjeuner café-omelette dans une station service. Le patron me sert et s’assied à ma table. On regarde ensemble le ballet des voitures, camions, taxis, motos et mobylettes qui font le plein, servis par trois employés. On compare avec la situation en France où se faire servir de l’essence est un luxe devenu rare…

Mais surtout, il me parle du moussem, qui n’est plus ce qu’il était : cette année on n’y célébrera pas de mariage au motif que cette pratique laisse penser qu’on peut en fait acheter une femme sur le marché. Bon, pas de chance, une attraction en moins.

Je traverse ensuite la petite ville d’Imilchil, dont le carrefour central est encombré par les taxis collectifs qui proposent le trajet vers Ait Amar, où se tient le moussem. Je flâne aussi à l’écart de la route principale et je découvre ma première maison fortifiée. 

Ici aussi, le vert est la couleur des pharmacies.
A Imilchil, une première maison fortifiée.

Il me faut parcourir encore une trentaine de Km avant d’arriver sur les lieux du festival. Très vite je me trouve englué avec Colibri dans une marée humaine et un flot de véhicules car la circulation n’est évidemment pas coupée. Impossible de profiter de la fête dans ces conditions. Je ressors donc du village et avise un café qui s’avère tenu par des enfants. Je commande tranquillement un thé que je bois tout aussi tranquillement. Au moment de payer, je demande à celui qui comprend trois mots de français si je peux laisser mon vélo dans le garage attenant. Mais c’est dans la chambre (trois paillasses posées à même le sol dans une pièce sans fenêtre) qu’il m’invite à déposer Colibri. C’est donc à pied et en emportant juste le minimum vital que je monte au festival.

Qu’en dire ? C’est un souk puissance 10, les Quatre jours du Mans-roc, les couleurs et les odeurs berbères en plus. On y vient en famille et c’est l’occasion d’investir dans du mobilier (surtout des tables basses), des instruments de cuisine, de l’outillage et, bien sûr, des tapis. Contrairement à ce que je pensais, pas un seul touriste à l’horizon ; j’ai vraiment la sensation d’être le seul étranger. Je prends des photos discrètement (vive les smartphones!), et je ne me fais rabrouer qu’une seule fois, par le comparse d’un bonimenteur qui vend des grigris plus ou moins aphrodisiaques.

Impossible de traverser cette foule avec Colibri.
Monsanto et Bayer ont encore de beaux jours devant eux ici !

Les femmes arborent des tenues colorées et se dissimulent le visage, même très jeunes. Quant aux hommes, il n’est pas rare de les voir déambuler la main dans la main…

Le moussem est aussi l’occasion de rencontrer les vieux copains.
Gros succès pour les vieux bidons métalliques transformés en réchauds à tajine.
Les jeunes filles sont rayonnantes.

Je me restaure dans un stand , à l’abri du soleil sous une belle tente berbère; en partant, j’interroge le patron sur l’absence de mariages. Pour lui, la vraie raison est que le festival est sponsorisé par une chaîne TV, mais que les mariés refusent que la cérémonie d’union soit filmée. Ce conflit ajouté à l’histoire de vente de femmes a abouti à la fin des cérémonies publiques, qui arrangeaient bien les jeunes époux car les formalités d’état-civil étaient gratuites, alors qu’elles coûtent normalement 700 dirhams.

Tenue adaptée pour passer totalement inaperçu dans la foule. La preuve que ça marche : personne ne m’a reconnu !
Tout en couleurs.
Le taxi du retour est chargé à bloc.

Quant au concert prévu ce soir, il n’est pas certain d’avoir lieu car le public berbère a pris l’habitude de faire fuir les chanteurs arabophones en leur lançant des pierres. On est bien en terre berbère ici, et les envahisseurs arabes (depuis l’an 682) ne sont toujours pas les bienvenus !

Je fais quelques emplettes avant de récupérer Colibri, non sans avoir gratifié le gamin d’un petit billet qui lui fait briller les yeux.

Je remonte en selle pour rejoindre Agoudal, afin de ne pas prendre trop de retard sur mon planning. La route est plate, je longe toujours l’Assif Melloul, cette belle rivière qui irrigue des cultures, qui me semblent être du riz, mais qui a aussi la mauvaise idée de traverser la route à plusieurs reprises; à moins que ce soit l’inverse … Résultat, quelques bains de boue qui n’aident pas le dérailleur à bien fonctionner.

A certains endroits, impossible d’éviter de passer dans l’eau.
Colibri aura droit à une bonne douche à l’étape de ce soir.

A l’entrée d’Agoudal, je m’arrête dans une « auberge citoyenne »; en échange de l’autorisation de planter ma tente, je dois manger le couscous. Bon, ben s’il le faut… Après moi ce matin, c’est au tour de Colibri d’avoir droit à une toilette complète, carrément au jet d’eau. 

Allez, un petit couscous et au lit !

 

Dimanche 23 septembre 

Agoudal – Tinghir 95 Km

Dénivelé : + 1730; – 2920

Après la meilleure, la pire nuit ! Pourtant bien installé près de l’auberge, j’ai souffert du froid comme jamais. Au petit matin, je pense que la température est celle d’un frigo, entre 2 et 6 degrés, effet accentué par la condensation qui dégouline à l’intérieur de la tente et mouille certaines affaires, dont le pied du duvet en contact avec le toit. Le corps recouvert de multiples couches et la tête dans le chèche sont épargnés ; en revanche, j’ai les pieds gelés, et ça, ça ne pardonne pas. Quand je pense aux grosses chaussettes molletonnées qui sont dans mon tiroir à Sablé… J’ai vraiment été négligent sur ce point. J’espère en trouver au prochain souk.

Du coup, je suis sur le vélo dès 7h, selon moi la meilleure façon de me réchauffer. Mais comme la vallée est encaissée, le soleil tarde à venir poser ses rayons sur moi ( un comble pour un cycliste) !  Mais peu à peu   je remonte en température, bien aidé par le café pris au bord de la route après une dizaine de Km effectués.

Les orages de ces derniers jours ont provoqué de nombreux dégâts sur la route, coulées de boue et de cailloux, voire carrément des glissements de terrain qui ont emporté une partie de la chaussée. A chaque fois je dois ralentir et slalomer au milieu des débris. Mais le pire ce sont les gués, au bas mot une dizaine que je devrai franchir dans la matinée. A la technique « à fond et je lève les jambes »,  adoptée pour les deux premiers, je préfère le pédalage au ralenti qui évite les éclaboussures et permet de mieux voir les éventuels nids de poule cachés sous l’eau. Tout le problème est de conserver une vitesse suffisante pour  ne pas être obligé de mettre pied à terre, ou plutôt, à eau !

Après une quinzaine de bornes se présentent les premières rampes du fameux col de Tirherhouzine qui culmine à 2662 mètres. Je m’en faisais … une montagne, mais quand on part de 2500, ce n’est pas très dur d’aller à 2662 ! C’est donc assez facilement que je franchis ce col qui sera peut-être le plus haut de mon voyage.

Peut-être le plus haut col de mon voyage.

En prévision de la descente, j’ai enfilé mon coupe-vent « la Sarthe ». Alors que je fais des photos du panorama, je suis interpellé par un monsieur qui s’avère être de … Yvré l’Evêque ! On cause du pays, mais surtout du Maroc, où il a vécu 9 ans.

S’amorce alors une formidable descente qui m’amène successivement à Toumliline, Ait Hani et Tamtetouchte, des villages dont la pauvreté contraste avec la richesse apparente de la vallée, très verte et riche de cultures. Presque chacun de mes arrêts sera l’occasion de rencontres fugitives avec des habitants, souvent des adolescents, épatés par Colibri et son chargement.

Abdoreigns et son copain voulaient être en photo sur Facebook; encore mieux : ils sont sur mon blog.

Et quand je traverse un lieu habité sans m’arrêter, c’est toujours le même scénario : les gamins se mettent au milieu de la route et me tendent la main pour checker, parfois si vigoureusement que j’en ai mal. Et puis il y a ceux qui me courent après en réclamant (toujours dans le même ordre, à croire qu’on leur apprend la formule à l’école) : « un stylo, un bonbon, un dirham » ! A deux ou trois reprises je dois me fâcher parce qu’ils s’accrochent à mon porte bagages, ou pire, à mon guidon.

Un nom qui ne s’invente pas !

A Tamtetoucht, je m’arrête acheter du pain, tout chaud à peine sorti du four, ainsi que des yaourts, des petits gâteaux et une recharge de téléphone. A un aussi bon client on offre le thé ! L’auberge d’à côté est tenue par Abdoul, le frère de la boulangère-épicière ; je me retrouve installé sous la tente berbère, face à un panorama magnifique. Abdoul m’explique qu’un barrage est en construction sur le Todra et que la partie basse du village sera bientôt sous l’eau. Il paraît que la moitié de la population est favorable au projet, l’autre moitié est contre. On se demande bien qui sont les opposants …

De la tente berbère d’Abdoul, j’admire un paysage qui sera bientôt chamboulé.

Je continue de descendre vers Tinghir, avec la promesse d’un temps fort, les gorges du Todra. Ce défilé de quelques hectomètres de long est effectivement très spectaculaire ; le passage entre les falaises se réduit à quelques dizaines de mètres et l’impression est vertigineuse. Dommage que les lieux soient défigurés par les échoppes de vendeurs de chèches, chemises et bijoux. Je prends plaisir à parcourir ce défilé à plusieurs reprises pour en profiter au maximum.

On ne peut pas manquer l’entree des gorges !
La traversée des gorges du Todra, un moment particulier.

Mais je dois souligner que toute la partie située en amont des gorges est aussi de toute beauté. Totalement délaissée par les touristes,  cette vallée encaissée donne un nouveau paysage ocre à découvrir à chaque virage. Et j’y découvre les premiers lauriers roses et palmiers; c’est bon signe quant à la température ambiante…

L’apparition des lauriers roses témoigne de la douceur du climat.
Avant d’arriver aux gorges elle mêmes, la vallée offre un spectacle époustouflant.

J’arrive ainsi à Tinghir, au terme d’une étape de 95 Km qui me remet dans les clous de mon planning. Je surplombe la fameuse palmeraie, réputée être une des plus belles du pays. Avec un peu de mal, je finis par trouver un accès et m’installe dans un champ non cultivé à l’abri d’un palmier et d’un figuier. Je monte vite la tente et déplie le duvet car tous deux sont encore mouillés de ce matin. 

Je voulais dormir dans la palmeraie, j’y suis.

La soirée sera courte car la journée a été longue ! Mais tandis que je déguste le plat du jour, sardine à l’huile et œuf dur, les différents muezzin de Tinghir se livrent à une véritable joute d’appels à la prière du soir. Il en vient de tous les points cardinaux. Dérouté par ces multiples appels et ne sachant lequel choisir, je m’abstiens, confirmant ainsi mon statut de mécréant.

vos réactions et vos encouragements sont toujours les bienvenus, soit par courriel à : pascal.coconnier@sfr.fr

soit par WhatsApp (et c’est mieux) au 212 610 958089.  Merci.

 

Lundi 24 septembre.

Tinghir – Boumalne + , 65 Km

Dénivelé dérisoire.

Nuit très calme et longue, presque un tour de cadran. Je devais en avoir besoin. Après avoir déjeuné et remballé, je me promène un peu dans la palmeraie, mais les sentiers sont plus adaptés aux pattes des ânes qu’aux vélos. Donc je n’insiste pas trop.

Réveil sous les palmiers.

Je remonte vers le centre-ville de Tinghir que je n’ai pas eu le temps de voir hier. Je fais quelques emplettes alimentaires, dont des dosettes Nescafé (!), ainsi qu’une brosse pour nettoyer mon dérailleur qui déconne un peu. En revanche, toujours impossible de trouver la moindre fiole d’huile, malgré la bonne dizaine de boutiques visitées. Même le marchand /réparateur de vélos n’en a pas. A défaut, j’accepte qu’il verse un peu d’huile moteur sur ma chaîne. Après les traversées de gués, c’était nécessaire de graisser.

Je monte aussi à la vielle casbah, tout en haut de la ville, mais elle est en ruine. C’est dommage car elle est visible de toute la ville.

La casbah de Tinghir a dû être très belle…

Il est 11h quand je me mets en route vers Boumalne -Dadès. Le ciel est bleu, la route est plate, le bitume impeccable et le vent dans le dos. Grisé par ces conditions idéales, je mets le grand plateau et je file tranquillement pour boucler les 55 Km, persuadé de passer une journée de tout repos. Erreur, erreur ! Je devrais écrire « err-heure » car c’est bien mon timing qui pose problème. Habitué à la fraîcheur des montagnes ces derniers jours, j’avais juste oublié que j’avais changé de monde; je suis sur la route de Ouarzazate, déjà aux portes du sud marocain. Et me voilà embarqué dans une étape de demi-désert entre 11h et 15h ! Pauvre inconscient inexpérimenté ! Dire que j’ai chaud et soif serait au-dessous de la vérité; j’ai l’impression de pédaler dans un sauna. Le bitume surchauffé me renvoie autant de chaleur que le soleil au-dessus de moi. Et tout cela dans un environnement caillouteux et inhabité.

Les portes du désert ?

J’ai beau avoir embarqué 5 litres d’eau, je me mets à psychoter : et si je n’y arrivais pas ? Et si je m’étais lancé dans un truc impossible ? Pour la première fois, je me pose des questions. La tentation est forte de pédaler plus vite pour abréger l’épreuve, mais je me raisonne et garde un rythme soutenu sans me mettre en difficulté.

Un peu flippant par moments…

Le premier bistrot venu me permet de me poser à l’ombre en buvant un thé et de me remettre les idées en place, tout en discutant avec un couple de Hollandais qui n’en reviennent pas; et pourtant les Hollandais sont des spécialistes du vélo ! Mais pas des montagnes ni de la chaleur…

Je retrouve le moral une fois passé le milieu du trajet; et encore plus en arrivant à Imiter, un village qui a le bon goût de disposer d’un puits ! Aidé par Rachid, je remonte un seau d’eau fraîche à souhait et je m’arrose abondamment ; il tient à me prendre en photo. Il m’explique aussi l’origine des magnifiques Kasbah présentes dans le village, construites il y a plus de 300 ans par des amazighs enrichis par l’exploitation du minerais d’argent, dans une mine toute proche, où travaille d’ailleurs Rachid.

Ce puits m’a rafraîchi et redonné le moral.

Revigoré par cette halte rafraîchissante, je boucle le reste du parcours assez facilement. 

L’arrivée à Boumalne Dadès.

En arrivant à Boumalne, après avoir pris en photo des touristes français et leur guide, je prends la route qui mène aux gorges du Dadès. Je souhaite trouver rapidement un camping pour prendre une vraie douche et faire une grosse lessive. Mais les premiers Km ne recèlent aucune auberge; très fatigué, je change mon fusil d’épaule et m’arrête au bord de la rivière. Je me sens complètement épuisé par cette journée et j’ai un vrai coup de mou. Soudain, je prends conscience que je n’ai rien mangé depuis 7h ce matin. Je m’enfile trois œufs à la coque (cuisson au pifomètre parfaite !), un yaourt et des figues qu’il suffit de cueillir au-dessus de ma tête.

L’endroit n’est pas adapté pour bivouaquer et je ne peux pas aller plus loin avec Colibri sur les sentes étroites. Je jette un coup d’œil sur Google Maps qui m’annonce deux auberges à moins de 3 Km. Je fais donc l’effort de remonter en selle et atterris chez Idis, une auberge-hôtel-camping. Le souci est que l’établissement est en pleins travaux d’agrandissement et l’espace réservé au camping est un vaste chantier.

Le terrain de camping d’Idis sera magnifique, un jour…

Dommage car le site est beau, la vue splendide et la future piscine tentante. Ce sera bien quand ce sera fini ! Au final j’accepte de dormir sur le parking, avec accès à la douche et aux toilettes, ce qui est essentiel ce soir.

J’ai connu nettement plus glamour comme emplacement !

Mardi 25 septembre 

Gorges du Dadès aller-retour 

Dénivelé : + 2013, -2013

La nuit m’a porté conseil; je vais modifier un peu mes plans pour tenir compte de mon état de fatigue. En fait je pense que j’ai simplement pris un gros coup de chaud hier. Mais je me sens encore un peu mou et nauséeux. 

Donc je vais écourter la remontée des gorges du Dadès, n’en faire que la première partie, la plus intéressante, et je vais revenir dormir ici. Tant pis pour Bouskour et Iznaguen, qui sont plus haut, mais je reste ainsi dans un environnement protégé le temps de me refaire la cerise. Et surtout, en dormant une deuxième nuit ici, je vais voyager léger, en laissant presque tout mon bardas dans la tente. En effet, l’accès aux gorges s’annonce assez sportif; « ça monte comme le Tischka » m’annonce le patron de l’hôtel. Qui veut voyager loin ménage sa musculature…

Lever de soleil sur la piscine.

La nuit sur les cailloux du parking n’a pas été si mauvaise que cela. Seules quelques rafales de vent m’ont réveillé. Je prends la route vers 7h30, bien couvert car il fait frais. La route est agréable, mais monte et descend sans cesse. Je traverse de nombreux villages, aux d’heures où les enfants arrivent à l’école, souvent en transports scolaires d’ailleurs. Mon passage suscite une excitation d’autant plus grande qu’elle est collective.

Soleil du matin donne bon teint.

Évidemment, plus je monte, plus le paysage est grandiose, difficile à décrire, un paysage de montagne tout en ocre et agrémenté de belles casbah, hélas souvent en ruine. Dans le creux de la vallée, le Dadès dessine une bande verte qui contraste furieusement avec l’ocre de la terre. 

Je fais bien sûr de nombreuses haltes pour faire des photos … et reprendre mon souffle.

Les pattes de singes, de drôles de rochers patinés par l’etosion.

Le premier temps fort est le site des pattes de singes, de curieuses formations dues à l’érosion. Au début, la route est parsemée d’auberges, restaurants, hôtels et gîtes. Et curieusement, il y en a de moins en moins à mesure que j’approche des gorges proprement dites.

Débauche de couleurs.
Toute la journée les femmes cueillent et transportent des céréales et des herbes.

Arrive alors la fameuse portion où la route quitte le lit de la rivière pour passer sur la falaise. Je ferai connaissance avec le Tischka, entre Ouarzazate et Marrakech dans quelques jours, donc pas possible de comparer. Mais je ne dirai qu’un mot : costaud ! La montée en lacets fait penser à celle de l’Alpe d’Huez, en moins long, heureusement. Je monte quand même de 120 mètres en 1,5 Km, soit 8% de moyenne. Je suis bien content d’avoir laissé mes bagages au camping !

Dans un sens, ça descend pas mal; dans l’autre ça grimpe vraiment !

Et c’est là que je rencontre pour la première fois un autre cyclo-voyageur, en l’occurrence un Italien. On échange quelques instants sur nos itinéraires respectifs; il va jusqu’à Tinghir ce soir. C’est beau d’être jeune ! Je le mets en garde contre la chaleur sur cette route, et on se souhaite bon voyage. 

Le point d’orgue de la vallée c’est, comme pour le Todghra, un défilé très étroit où la rivière et la route ont juste la place à se faufiler. La différence, c’est qu’ici il n’y a personne, ni touristes ni vendeurs de tout. J’ai l’impression d’avoir le site pour moi tout seul; assez magique ! Je ne m’explique pas cette moindre fréquentation…

Rien que pour moi !
Tout fier, le gars, devant ce site exceptionnel !

J’ai fait 26,5 Km et je suis tenté d’aller plus loin, mais je sais ce qui m’attend au retour, la même chose qu’à l’aller, mais dans l’autre sens. Et puis j’ai dit : raisonnable.

Quand on voit arriver ça, on se gare gentiment.

Je rentre donc tranquillement, savourant le panorama dans l’autre sens. Au final, j’aurai donc effectué une étape courte, mais avec plus de 2000 mètres de dénivelés positif et négatif.

L’avantage c’est qu’à 13 h je suis rentré, je me douche, fais une nouvelle lessive et, après avoir déjeuné, je me prélasse dans les salons de l’hôtel. 

Un peu de confort et de fraîcheur me font du bien.
Pour ceux qui auraient perdu le fil… Venant de Tinghir, tout en haut à droite, je suis à Boumalne Dadès et je file vers Ouarzazate en faisant une halte à Skoura.

Ibrahim, qui tient la réception me fait visiter l’établissement. J’ai droit à toutes les chambres, les 10 en service et les 8 en travaux. Bel hôtel tout confort. Je rencontre aussi le gérant, Ali, qui tient aussi une station service près de Skoura; j’y passe demain. Il me promet le plein gratuit ! Sympa.

Chaque chambre a son balcon, et la vue n’est pas trop moche…

Mercredi 26 septembre

Casbah Didis – Skoura 80  Km

Dénivelé : + 465; – 842

7h, en selle; je repars frais et dispo; mes sacoches sont tellement bien rangées que je les trouve vides. C’est trop beau ! Je vérifie moult fois que je n’ai rien oublié. Mais non.

Je repasse à Boumalne et prends la N10 en direction de Skoura. Comme avant-hier, tout semble facile; alors, je tends le dos. 

Prendre le taxi avec ta brouette ? Pas de problème, mon ami !

Ce qui est sympa à cette heure là, c’est que je croise les enfants qui vont à l’école, à pied, à vélo, en stop ou en transport scolaire. Avec ses arrêts fréquents, un mini bus avance à peu près à la même vitesse que moi. Je le vois ainsi se remplir peu à peu et j’assiste aux scènes inévitables des enfants en retard qui hèlent le chauffeur juste après l’arrêt.

Moins sympa, le livreur de chez Danone qui me rase en me dépassant, puis, quelques centaines de mètres plus loin, redémarre sous mon nez en m’envoyant sa plus belle fumée noire. Il aura l’honneur de mon premier doigt du même nom !

C’est l’occasion de parler de la circulation. Les routes marocaines tuent autant que les routes françaises (3.500 morts en 2017), avec 7 fois moins de véhicules en circulation. Pourtant, je dirais que globalement, je ne sens pas plus en danger qu’en Pologne ou en Russie. Le trafic n’est pas aussi dense non plus. Certes les conducteurs sont peu soucieux du code de la route, stops et lignes continues sont superbement ignorés et les dépassements sont effectués coûte que coûte, mais ils font volontiers un grand écart pour me dépasser. En restant concentré et vigilant, je devrais m’en tirer cette fois encore…

Mon étonnement sur cette route est de voir autant de vélos; c’est visiblement un moyen de déplacement très prisé dans cette vallée, il est vrai plus « cyclable » que les montagnes.

Le nombre de vélos parqués devant l’ecole témoigne de l’usage intensif de ce mode de déplacement dans la vallée de Dadès.

Je vais une pause à Kelâat M’Gouna qui pourrait s’attribuer le titre de ville rose (un jumelage avec Toulouse ?). Depuis 1937, a l’initiative des Français, on cultive ici des rosiers, destinés à la distillation et la fabrication de toutes sortes de produits de beauté, dont l’eau de rose et l’huile essentielle de rose. Pour être honnête, je n’ai pas vu le moindre rosier, en revanche, les boutiques roses fleurissent tout le long de la route. 

Les boutiques de produits à base de rose jalonnent la ville de Kelâa M’Gouna.
J’ai découvert le pot aux roses; ici, même les taxis sont raccord.

Après avoir traversé l’oued Imassine à sec, j’arrive à la station service d’Ali, le patron de la casbah Didis; je veux honorer ma promesse d’y faire « le plein ». C’est un bel établissement, digne des restaurants d’autoroutes de chez nous. Tandis que je me désaltère, un serveur s’approche :  « Monsieur Ali veut vous voir » ! Le voyageur à vélo n’a pas échappé à sa vigilance et il me reçoit à bras ouverts dans son bureau. Tout en signant et tamponnant des factures, il me parle de ses affaires, la casbah et la station-service bien sûr, mais aussi l’entreprise d’isolation de plafonds créée avec son frère qui vit à Toulon. Même si la fin 2017 a été « difficile », le business semble lui réussir !

Ali l’entrepreneur était ravi de me revoir.

Il me reste une vingtaine de Km jusqu’à Skoura, que j’atteins vers midi. Un petit tour du centre pour repérer un troquet typique, je commande un thé et commence à dévorer l’énorme sandwich poulet-frites qu’Ali a tenu à me donner. A peine installé, un bel orage éclate; pas de place pour mettre Colibri à l’abri, je me contente de le bâcher. Et je regarde la pluie tomber, accompagnée des scènes cocasses qui vont avec.

Pauvre Colibri !
Pendant l’averse, les affaires continuent.

Cette pluie me met dans le doute quant au type d’hébergement à choisir pour ce soir. Ali m’a conseillé un gîte camping à la sortie de Skoura; je vais aller voir ce qu’il propose.

Bien guidé par Monsieur Google, je trouve facilement la bonne direction. Mais sur le chemin, je vois trop tard le fléchage; mon virement de bord est violent et ma roue avant dérape sur le sable du chemin. C’est la gamelle ! Certes au ralenti, mais un beau roulé-boulé quand même ! Personnel et matériel sont intacts, juste quelques rayures sur la carrosserie !

Alors, oui je peux planter ma tente au gite Amridil, mais il faudrait un endroit très abrité, à la fois du vent et la pluie. Or il n’y a rien de tel et je dois me résoudre à prendre une chambre au vu de la couleur du ciel, des rafales de vent et des grondements de tonnerre qui continuent. Le prix de départ quasiment divisé par 2, je ne suis pas mécontent de mon choix, même si cela m’agace de devoir renoncer au camping.

Avec un ciel pareil, l’hébergement en dur est plus raisonnable.

Je commence par effacer les traces de ma chute, sur Colibri d’abord, puis sur moi, avec une bonne douche chaude. Décidément, je m’embourgeoise !

Voilà deux semaines déjà que je sillonne le Maroc. Et je ne suis pas déçu; les paysages sont époustouflants et les rencontres, certes souvent brèves, très riches. En 2 semaines ici, je pense avoir parlé à plus de gens qu’en 10 semaines vers la Russie. Seule la météo me joue quelques tours. Quand je pense qu’on se moquait de François Hollande qui attirait la pluie partout où il passait. S’il pleut demain à Ouarzazate, je pense pouvoir prétendre au titre de champion toutes catégories des faiseurs de pluie !

Pour plus de commodité de consultation et de mise ligne, je crée une nouvelle page à partir de demain. Et je ferai ainsi chaque jeudi.

 

Bon, j’ai du mal à créer ma nouvelle page annoncée; je vais donc poursuivre comme avant en attendant de trouver la solution technique.

Jeudi 27 septembre

Skoura – Ouarzazate 45 Km

Dénivelés : +230, – 280

Je ne pouvais pas y échapper ! La célèbre tourista m’a rattrapé cette nuit; sans doute la faute au reste du sandwich d’Ali ingurgité hier soir. J’ai donc appliqué immédiatement la recette de Ginette, mâcher des feuilles de thé. C’est très mauvais, mais cela semble efficace. Au matin je prends quand même un cachet pour assurer le coup.

Du coup, c’est le ventre vide (mais vraiment vide !) que je me mets en selle vers 8h30. Heureusement, l’étape prévue est courte et facile : une quarantaine de Km majoritairement descendants, pour arriver à Ouarzazate.

Effectivement, tout se passe bien. Juste avant d’arriver, je rencontre un jeune cyclo voyageur, Said, qui viens d’où je vais et va d’où je viens. Comme il ne parle pas très bien français, il appelle un ami au téléphone pour faire l’interprète. C’est pratique … on se prend en photo et on devient immédiatement amis … sur Facebook.

Ma rencontre avec Said, un jeune Marocain qui voyage à vélo dans son pays.

Plus loin, je vis une grosse déception : je voulais voir la fameuse centrale solaire Noor, une des plus puissantes au monde. Hélas, la route qui y mène est strictement réservée aux personnes autorisées. Un petit coup de klaxon émanant de la voiture de sécurité garée en face, me rappelle à l’ordre pour le cas où je ne saurais pas lire. Je vais voir le vigile, qui me confirme qu’il est impossible de s’approcher de la centrale. Je ne verrai de loin que la tour vers laquelle converge la lumière du soleil reflétée par des milliers de miroirs.

Noor est bien indiqué, mais la route est interdite.
De la centrale Noor je n’apercevrai que la tour où se concentrent les rayons lumineux.

Arrivé à Ouarzazate je m’installe au camping municipal et j’allège Colibri pour aller visiter la ville.

Je visite l’incontournable Kasbah Taourirt, construite par le pacha Glaoui au 18ème siècle pour défendre le village et prélever des taxes sur les caravanes arrivant du désert. L’UNESCO l’a sauvée de la ruine et en finance la réhabilitation. Les pièces ne sont pas grandioses, mais la visite guidée permet de comprendre l’organisation de la vie dans ce lieu de vie, de travail et de fête. Les techniques d’isolation et d’aération sont bluffantes. Pas besoin de climatisation !

La Kasbah Taourirt, un bel ensemble en cours de restauration par l’UNESCO.
La Kasbah est conçue comme un château fort pour défendre la ville.

Mon guide m’emmène ensuite parcourir les ruelles du douar au pied de la Kasbah, qui est en fait le village originel de Ouarzazate. Curieusement, le parcours aboutit à la coopérative qui fabrique des tapis… Pour couper court à toute tentative de transaction commerciale, j’ai l’argument qui tue : le vélo !

Le plafond du « bureau » du pacha est en bois, notamment du cèdre d’Ifrane.
De sa Kasbah, le pacha voyait arriver toutes les caravanes qui devaient déballer toute leur marchandises et payer une taxe.
Comme par hasard, la visite se termine dans une coopérative de tapis…

La faim commence à me tenailler, aussi je cherche une boutique pour acheter notamment des bananes. J’ai beau tourner, je ne trouve rien d’ouvert. Un commerçant m’explique qu’ils vont rouvrir après la prière de l’après-midi, vers 16h30. Finalement, je déniche un supermarché, un vrai, où je trouve de tout, même du riz ! Comme l’orage menace, je rentre manger au camping, avec l’intention de ressortir plus tard si la météo s’améliore. Il paraît qu’on en a encore pour trois jours de ce temps orageux. La barbe !

Une église à Ouarzazate ?? En fait, un décor de cinéma.
Ce soir, c’est repas de gala !

10 réactions au sujet de « En direct du Maroc semaines 1 & 2 »

  1. Magnifique récit ! je viens de passer un moment au bled comme si j.y étais ! A travers vos mots j’ai senti les parfums , entendu les sons j.en ai eu plein les yeux BRAVO et merci pour ce beau tableau…

  2. Un coucou de Sablé…beaucoup moins exotique que les beaux paysages que tu traverses ! Comme la première fois, on retrouve ton talent du récit, on a l’impression d’y être. Merci et bonne chance pour la suite de l’aventure.
    Grosses bises
    Bénédicte

  3. Quel sportif! T’es vraiment impressionnant! T’as du en faire des aller retour dans les Alpes Mancelles pour etre aussi en forme dans les montées: chapeau!

    Profite bien des paysages et des rencontres avec les locaux!

    Emmanuelle et Eric

  4. Bonjour Pascal,
    On vient de lire la relation de ton périple d’un trait. Passionnant. Belles pages d’endurance, de géographie, de relationnel et de climatologie. Finalement il fait plus sec en Bretagne qu’au Maroc.
    On te suit et qui veut voyager loin…

  5. En France tout le monde réclame la pluie , au Maroc elle est omniprésente ;ma parole les dieux sont tombés sur la tête!
    Toi tu n’es tombé que dans le ruisseau c’est la faute à Rousseau…Rassure toi les grecs ne conduisent pas mieux que les marocains ;on en a fait l’expérience malheureuse..
    Bon courage et good trip!!

  6. Comme lors de ton dernier voyage nous suivons assidûment tes aventures ! De belles rencontres dans de beaux paysages avec son inévitable lot de surprises !
    Bon courage !

  7. Bravo Pascal, tes commentaires sont de véritables guides touristiques, on s’y croirait, Danièle et moi nous te suivons comme la première fois dans l’Est, que du bonheur, à bientôt, fais bien attention à toi….. on dit  » oui papa »… JLP

  8. Ah, voilà, c’est plus facile comme ça de continuer à t’encourager et d’échanger avec toi ! Ton carnet de voyage est toujours aussi passionnant, bonne route pour la suite!

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