2) La Hongrie

2) La Hongrie

Vendredi 31 juillet

Košice / Ilk (Hongrie) 125 Km

A 6h30, je franchis le portail du camping pour en terminer avec la partie slovaque de mon voyage. En effet, l’Ukraine impose toujours une quarantaine de deux semaines. De ce fait, je me rabat sur l’option B, un passage par la Hongrie. Cela me fait quitter les Carpates, et donc m’éloigner de mon fil conducteur, mais je n’ai pas le choix. Je mets donc cap au sud pour passer la frontière à Skaros à une vingtaine de kilomètres. Une fois encore, l’Union européenne fait des merveilles : ni poste frontière ni douanier, juste une drapeau européen siglé Magyarorszag pour indiquer le passage d’un pays à l’autre sur cette route forestière.

Les premières impressions sont positives; d’abord ça descend, et c’est toujours appréciable, ensuite il y a plein de petits espaces aménagés sur les bords de route, avec tables et bancs. L’un d’eux m’a d’ailleurs donné l’occasion de démontrer ma formidable aptitude pour les langues d’Europe centrale. A l’occasion d’un arrêt casse-croûte, j’ai voulu apprendre vite fait quelques mots de hongrois. Fraîches connaissances que j’ai décidé d’appliquer immédiatement en saluant les trois employés municipaux qui venaient entretenir le jardinet. Et de leur lancer un tonitruant « Salut » accompagné d’un geste chaleureux de la main. Devant leurs mines étonnées, j’ai soupçonné que quelquechose clochait. Vérification faite, j’avais ouvert le lexique roumain ! J’étais juste un peu en avance…

Mais la chose la plus remarquable et appréciable, ce sont les pistes cyclables. Là, je ne vous parle pas de quelques hectomètres peints en vert à la va vite sur la chaussée la veille des élections; non, des vraies pistes, séparées de la chaussée et ce sur plusieurs dizaines de kilomètres. Une vraie route parallèle rien que pour les cyclistes, et avec une signalisation parfaite. Je n’avais encore vu cela qu’en Belgique et aux Pays-Bas, nations de référence en la matière.

Dans le premier village traversé, je prends conscience en voyant les publicités commerciales que la Hongrie n’a pas encore adopté l’euro. Sa monnaie est encore le forint qui vaut 0,3 centime d’euro. Vu la brièveté de mon passage dans le pays, je décide de ne pas retirer d’argent et je fais mes uniques achats dans une grande surface, où je suis assuré de pouvoir payer par carte bancaire.

Côté paysage, après quelques vallonnements près de la frontière, c’est raplaplat et les lignes droites de plusieurs kilomètres semblent interminables. Mais bon, les manivelles tournent vite et le compteur aussi. Je prévois d’arriver à Satu-Mare en Roumanie demain soir et je veux avancer le plus loin possible dès aujourd’hui. Le problème, c’est la chaleur. Même si le ciel est voilé, il fait plus de 30*. Alors, je bois beaucoup et je cours après l’eau. Devant le refus d’une jeune fille de remplir mon bidon, un chauffeur de car qui attend ses clients vient à mon secours. Il m’indique une petite pompe bleue implantée sur le bas-côté à une cinquantaine de mètres de là. En fait il y en a tout le long de la route. Bientôt, je prends l’habitude de les repérer de loin et j’y fait des haltes régulières pour me rafraîchir et faire le plein.

A Kisvarda ( ou Bise Agnès…), 105 kilomètres au compteur, j’estime avoir rempli le contrat. Mais point de camping en vue et il n’est que 14h. Après une bonne pause déjeuner, je décide donc de pousser un peu plus loin. Les jambes vont bien, autant en profiter. Et puis ce plat me semble si facile… Vingt kilomètres plus loin, à la sortie de la petite ville de Ilk, je découvre une belle plaine de jeu avec des équipements de loisirs dont une sorte de halle couverte équipée de tables et de bancs. Il y a même l’électricité. Vu la chaleur, je crois que je ne vais même pas monter la tente et dormir sous cet abri solide. Après avoir mangé et rédigé le blog, je m’allonge sur un banc et je prends un acompte de presque une heure de sommeil. Puis j’attends que tous les gamins aient quitté le terrain de foot pour aller faire mes ablutions à la petite pompe bleue d’à côté.
Quand tout est calme, j’installe mon petit campement de fortune et je me glisse dans le duvet. Vers 21h30, je reçois la visite de la police locale qui s’inquiète de ma présence. Je les avais déjà vus rôder au loin, mais ils ne s’étaient pas approchés. Mes explications en langue bougli-bougla et ma nationalité française semblent les rassurer. Ils me laissent sur un « ok camping » que je considère comme un feu vert. Avec cette bénédiction, je m’endors rassuré.

Le parcours prévu passait par l’Ukraine.
J’ai bien avancé sur la partie hongroise.
Skaros est le dernier village slovaque que je traverse.
Pas compliqué d’entrer en Hongrie par cette petite route.
La bonne surprise : des pistes cyclables parfaites.
Ce pourrait être le nom d’un volcan islandais !
Ces petites pompes bleues sont les bienvenues.
Ce soir, je me suis prévu une mega-tente !

Samedi 1er août

Ilk/Micula, 100 Km

Les coqs de la basse-cour voisine se chargent de sonner le réveil, mais il n’est que 3 h du matin. Ils doivent être un peu déréglés… Du coup, ma fin de nuit sera en pointillé. A 5h je me lève en même temps que le jour et un bon café chaud m’aide au démarrage. Sans la tente à plier, le remballage est vite fait et à 6h15 je suis en selle, tous feux allumés et gilet jaune sur le dos. Avec le soleil qui se lève juste en face, la visibilité n’est pas optimum pour les automobilistes.

L’objectif est de franchir la frontière et d’aller au moins jusqu’à Satu Mare.

Sur ce terrain toujours plat, les routes sont d’une rectitude désespérante. Et de chaque côté, les champs s’alignent, souvent en friche. De toute façon, je n’ai pas trop le loisir d’admirer le paysage car je dois garder au moins un œil sur les nids de poules et autres pièges que cache un bitume bien fatigué.

A part cela, j’essaye de m’occuper en déchiffrant les différents panneaux qui parsèment le bord de route. Et là, je m’aperçois que je ne comprends rien, mais vraiment rien du tout. D’habitude j’arrive à me raccrocher à l’anglais, l’allemand ou le français pour comprendre au moins de quoi il s’agit. Et là, rien, nada, Villepin! Même le mot police , pourtant bien partagé dans le monde, est incompréhensible : rendorsèg. C’est une langue apparentée au finnois et à l’estonien, des idiomes que je ne pratique pas tous les jours… Donc j’abandonne cet exercice vain et je me concentre sur les nids de poules.

Mon plan de route préparé hier soir va être remis en cause par un panneau aperçu dans un carrefour : une rivière surmontée d’un pont levé. Oh oh, cela mérite un examen approfondi. Et effectivement, en grossissant la carte au maximum, on voit nettement que la route que je m’apprête à emprunter ne franchit la rivière Somes que par un trait pointillé. Un bac ? Sans doute mais pas sûr. Et à quelle fréquence ? C’est trop d’incertitude; alors je joue la sécurité en faisant un détour qui passe par un vrai pont.

Je finis par atteindre la frontière, qui, pour une fois, se présente comme au bon vieux temps : un poste bien gardé où l’on fait la queue pour montrer son passeport et éventuellement ouvrir son coffre. Il faut dire qu’en ce 1er août, beaucoup de Roumains émigrés rentrent au pays avec des véhicules lourdement chargés. 

Le première ville après la frontière est Satu Mare. Et là , je me pose une question : où sont les 330.000 habitants ?  Samedi 1er août, 14h, il fait beau mais les rues, les places et les terrasses de café sont désertes, et la circulation est quasi-nulle. Bizarre. Comble de malchance, les deux bâtiments emblématiques de la ville, l’hôtel Dacia et l’église catholique romaine sont en travaux et dissimulés derrière des bâches. Seule la tour des pompiers veille sur la cité. Je tourne un peu, grignote dans un parc, retire de la monnaie locale (le lei) et je reprends la route. Je n’ai fait que 85 Km et l’étape de demain en fait 95, avec du dénivelé. Je veux donc l’abréger un peu. Arrivé à Micula, 15 kilomètres plus loin, je décide de me poser, mais il n’y a aucun moyen d’hébergement. Je tâte le terrain auprès de plusieurs autochtones, en vain, jusqu’à ce que l’un d’eux, qui parle anglais, me propose de dormir chez lui. Il est en train d’agrandir sa maison et une chambre est presque terminée, le lit est déjà en place. Le rêve !

Sa belle-mère est moins enthousiaste de prime abord, et je comprends qu’un petit billet pourrait l’amadouer. Je m’exécute, et nous voilà copains comme cochons ! En plus, je vais goûter à la cuisine roumaine. Ce séjour commence bien !

Je me repose un peu en attendant que l’eau de ma douche chauffe. Je comprends pourquoi en entrant dans la salle de bain, c’est un chauffe-eau à bois. Un beau-frère qui travaille en France, alerté de ma présence, nous rejoint et m’emmène dîner chez lui. Je déguste une délicieuse soupe au lard et un plat de chou au lard aussi, sous les yeux de toute la famille venue voir l’étranger. Mais ça ne me coupe pas l’appétit ! Ensuite, j’esquive l’invitation à la tournée de bières et c’est un bon lit qui m’attend, et j’apprécie aussi !

Après avoir passé la frontière à Petea, j’entame la remontée vers le nord pour retrouver les Carpates.
Un bon petit café chauffé son mon nouveau réchaud à bois made in Nantes.
Des lignes droites sans fin et un bitume qui nécessite une attention de chaque instant.
Enfin un vrai poste frontière !
Pas très glamour, Satu Mare…
Quand même quelques immeubles sympas. A gauche, la tour des pompiers qui permettait de surveiller les départs de feu.
On ne se comprend pas, mais on rit bien quand même .
Vasile est en vacances dans sa belle-famille et il m’a gentiment invité à dîner.