1) La Slovaquie

1) La Slovaquie

Le drapeau slovaque, reprend les trois couleurs panslaves de la Russie, et le blason aux trois collines surmontées d’une croix de Lorraine.

Jeudi 16/vendredi 17 juillet

Sait-on à quelle heure on rêve ? Pas sûr. Pourtant je connais l’horaire précis de mon dernier cauchemar : 1h35ce matin; et le lieu, un parking de bus derrière la gare de Francfort. C’est le moment où le chauffeur de bus m’annonce qu’il n’a pas de place pour mon vélo et redescend mes autres bagages déjà embarqués. Pour comprendre la situation il faut remonter 48 heures en arrière quand Flixbus m’a annoncé que mon trajet direct Paris -Vienne était annulé et que je devais donc me rabattre sur un trajet avec une correspondance à Francfort; juste ce que je voulais éviter car source d’ennuis évidente. Si le Paris -Francfort s’est très bien passé, j’ai bien failli terminer mes vacances au pays des saucisses. Dur pour un gars du pays des rillettes et du poulet ! Il m’a fallu batailler ferme avec les deux chauffeurs, un Allemand et un Polonais pour qu’ils acceptent finalement de charger mon vélo dans la soute, le porte-vélo à l’arrière étant complet. Il aura fallu des cris, un jet de masque au sol et deux appels téléphoniques à FlixBus Berlin pour qu’ils reconnaissent mes droits (j’avais réservé en bonne et due forme) et transgressent l’interdit de transporter un vélo en soute. Résultat, un gros coup de chaud, 10 minutes de retard, mais des passagers compréhensifs.

Après, c’est une histoire classique de voyage en car, Macron ou pas : de la promiscuité, des odeurs diverses, des masques plus ou moins portés, et un constat : le port du masque n’empêche pas le ronflement !

A noter quand même le truc bien ridicule qui m’est arrivé : lors de la dernière pause sur autoroute, je suis descendu du car en oubliant d’enlever l’oreiller gonflable d’autour de mon cou. Je ne m’en suis aperçu qu’en arrivant devant la glace du lavabo après être allé aux toilettes. Heureusement qu’à 8h du matin tout le monde est un peu dans le gaz. Mais quand même…

Le car me dépose à Vienne à l’heure dite, 11h30. J’ai bien envie de faire un premier tour pour humer l’atmosphère de cette ville créditée du titre envié de ville européenne la plus agréable à vivre. Je choisis pour commencer le château du Belvédère, un musée qui abrite la plus belle collection de tableaux de Klimt. J’en fais le tour, mais impossible de visiter, faute de lieu sûr pour abriter Colibri. Je décide donc d’aller m’installer au camping pour revenir plus léger.

Tradition oblige, le montage de la tente se fait sous la pluie; c’est tellement plus rigolo ! Du coup, j’hésite a retourner en ville.

Finalement , une fois l’orage passé, le temps est devenu très agréable. Je suis donc parti flâner en ville. Première étape, juste sur l’autre rive du Danube, l’immense parc du Prater, ancienne réserve de chasse de l’empereur, devenue  le plus grand parc de Vienne, très apprécié des habitants qui viennent y flâner, courir, rouler ou galoper.

A la pointe nord du Prater se trouve la fameuse fête foraine permanente qui affiche 250 attractions, dont pas moins de trois grandes roues et des manèges parmi les plus spectaculaires d’Europe.

Plus loin en ville j’ai visité la maison de Hundertwasser, un artiste architecte visiblement très inspiré par Gaudi. Après être passé devant la célèbre maison des concerts , lieu du magnifique concert du nouvel an, je suis tombé en admiration devant la cathédrale saint Charles, un bijou baroque achevée en 1739.

Avec tout ça, j’affiche mes 40 kilomètres au compteur. Ajouté à la petite nuit dans le bus, cela devrait me dispenser de berceuse. Après un rapide repas préparé dans la cuisine du camping, je vais donc m’éclipser rapidement.

Le Belvédère du haut, construit en 1723.
La maison Hundertwasser est un immeuble pour le moins original.
La fête foraine du Prater est une véritable ville consacrée aux attractions.


Samedi 18 juillet

Vienne

Réveil sous la pluie. Décidément mes débuts de voyages sont humides. J’essaie de limiter les dégâts mais, encore mal organisé et un brin énervé, je ne parviens pas à éviter que des objets stratégiques tels que le duvet soient touchés. 

Après le petit-déjeuner et la toilette, je m’allonge de nouveau sous la tente, mais la déprime me guette. Pas question de rester ici toute la journée ; je décide donc d’aller en ville, comme prévu. La meilleure chose à faire avec cette météo, c’est de visiter un musée. Le temps de me préparer et la pluie a presque cessé. C’est donc sans mouiller la cape de pluie que je parcours le 8 Km qui me séparent du centre-ville. Je retourne au Belvédère, dont je découvre qu’il a été construit par un presque Français, Eugène de Savoie, formé à la cour de Louis XIV et devenu lieutenant général de l’empereur, soit le numéro deux du saint empire romain germanique. Visiblement, le job était bien payé car le monsieur s’est construit une belle maison. Et même deux puisqu’il y a le Belvédère du haut et celui du bas, séparés par un jardinet de 800 mètres de long. Plus récemment, c’est dans la salle de marbre de ce palais que fut signé l’accord SALT 2 sur la limitation des armes nucléaires.

Mais aujourd’hui c’est un magnifique musée qui est surtout réputé pour les oeuvres des trois grands peintres autrichiens du tournant du siècle, Klimt, Schiele et Kokoschka. J’y passe près de quatre heures, prenant mon temps pour étudier les œuvres de ces trois là et jeter un œil au reste.

Quand je sors, la pluie a cessé et je décide de filer voir l’autre joyau architectural de Vienne, Schönbrunn. En fait, je me contente des extérieurs et de l’immense parc avec la montée à la « Gloriette », un pavillon d’été situé sur une colline face au château. 

De retour au camping vers 19h, je découvre l’objet de mes rêves : un sèche-linge. Le duvet et l’oreiller en ressortent chauds et secs, ce qui devrait m’assurer un meilleur confort nocturne. Et ma petite lessive d’hier soir est sèche aussi.

Mine de rien, j’ai encore fait 35 Km aujourd’hui.

Le fameux baiser de Klimt, apothéose de sa période dorée.
Schönbrunn s’inspire fortement de Versailles.
La cathédrale saint Charles Borromée, patron de la ville, est un chef d’œuvre de l’art baroque.

Dimanche 19 juillet

Vienne/Bratislava 85 Km

Je me réveille à 6h, sans doute sous l’effet de l’augmentation du trafic sur l’autoroute toute proche. La météo étant clémente, je m’empresse de plier et remballer, opération un peu longue, faute d’entraînement. Je profite une dernière fois du sèche-linge, si bien que, à part la tente, je quitte Vienne avec un paquetage sec.

A 8h, je mets tous mes compteurs à zéro et j’enfourche Colibri pour prendre le vrai départ de cette nouvelle aventure. J’enquille tout de suite l’Eurovélo  6 qui passe à 100 mètres du camping. Le parcours longe d’abord le Danube, puis s’enfonce dans des bois du parc national des plaines du Danube. Après 20 Km je fais une halte petit déjeuner (croque-monsieur/café) dans une guinguette spécialement accueillante pour les cyclistes. C’est ensuite une déviation pour travaux qui modifie mon parcours. J’y rencontre Stefan, jeune Allemand de Trèves, qui fait route vers Budapest et Belgrade. On roule ensemble jusqu’à Bratislava qu’on atteint à 12h30. On prévoit de faire un selfie ensemble à la frontière, mais, grosse déception, la piste cyclable passe derrière les postes frontières et rien ne matérialise le passage d’un pays à l’autre. Tout fout le camp !

Arrivés en ville, on a juste le temps de se poser sur un banc et une énorme averse s’abat sur la ville. Du coup, je lui suis reconnaissant de m’avoir amené ici à un train bien supérieur à celui que j’aurais adopté en solo.

Et face à ces intempéries, je me range à sa solution d’hébergement, une auberge de jeunesse plutôt que le camping. Hélas, l’auberge est complète et on se rabat donc sur le camping. Bien que situé à deux pas d’une énorme zone commerciale, le camping, bordé par un lac, est très agréable. Comme les douches n’ouvrent qu’à 17h, c’est dans le lac que je me rafraîchis, à défaut de me laver vraiment. Le premier bain du voyage n’aura donc pas tardé.

Quelques achats au centre commercial ouvert le dimanche (!) et je déjeune vers 17h. Il est temps !

Je prends le temps de descendre dans le centre-ville et bien m’en prend. Autant Vienne m’a semblé un peu proprette et prout-prout, autant Bratislava respire la simplicité et la joie de vivre. Il y a une animation folle dans les rues, du monde partout, des musiciens de rue, des terrasses bondées, bref la vie d’une jolie petite capitale. Un vrai bonheur d’y flâner. Seul bémol, les belles pistes cyclables autrichiennes ont disparu et ici, le cycliste n’est pas roi. Et comme en plus une énorme averse orageuse égaille tous les flâneurs, je choisis de remonter au camping en tramway. Au dernier arrêt il ne me reste plus que 3 kilomètres à faire. Je retrouve Stefan, on boit une bière et au dodo.

Avec tout ça, mon compteur affiche déjà plus de 100 Km; pas mal pour une première étape. La remontée en selle demain matin sera un vrai test…

Pause Frühstück dans ce petit paradis pour cyclistes.
Même les déviations sont bien signalées.
Concert rock en plein air.
Je ne savais pas à quoi ressemblait la fameuse sculpture intitulée « Man at work »; j’ai donc eu du mal à la trouver…
La place centrale de Bratislava sous les feux du couchant.

Lundi 20 juillet

Bratislava / Nitra, 108Km

Journée de transition plus fatigante qu’excitante ! C’est sous beau soleil matinal que Stefan et moi remballons nos affaires. Un dernier selfie, et chacun repart dans sa direction, lui vers la Hongrie au sud, moi vers les Carpates au nord-est. Je tournicote un bon moment entre zones d’activités et zones tout court avant de trouver la route vers Trnava. Celle-ci ne ressemble pas du tout à ce que j’imaginais. La petite route blanche de la carte est en fait une grosse départementale, parfois à 2×2 voies qui supporte un intense trafic de voitures et de camions. Et il en sera ainsi toute la journée. Moi qui pensais m’être concocté un itinéraire peinard, je vais passer toute la journée à serrer les fesses, les yeux rivés sur la bande blanche du bord de route. 

Au Km 20, je m’offre une pause café dans un bistrot qui n’avait sans doute pas reçu d’étranger depuis sa première licence lV. En revanche, la bande de potes qui squattent le comptoir vient ici plus souvent qu’à son tour. Aidée par l’alternance rigoureuse bière/vodka, l’atmosphère est joyeuse et les conversations animées. Un morceau d’anthologie. Si Pagnol était Slovaque, il en aurait fait une scène de film ! Je repars, lesté d’un paquet de gaufrettes trempées dans un café infâme, mais ravi par ce spectacle.

Une petite erreur de parcours à Modra m’impose quelques kilomètres supplémentaires. Mais je suis gagnant en confort car la petite route que j’emprunte (et que je rends immédiatement bien sûr) est beaucoup moins fréquentée. Ce sera la seule parenthèse dans une journée marquée par le vrombissement incessant des véhicules qui le doublent. Mais j’ai beau regarder la carte, je n’ai pas d’autre solution, si ce n’est… l’autoroute !

Je traverse Trnava sans même passer par le centre-ville. A la sortie, une surprise m’attend : un policier en faction me fait signe de m’arrêter. Moi ? dis-je en pointant sur ma poitrine un index incrédule. Mais oui, c’est bien moi qu’il veut contrôler. Ce qui est fait avec courtoisie en anglais; mon passeport est scanné dans la voiture et comme je ne figure visiblement pas sur la liste des malfaiteurs recherchés, il me laisse repartir en me lançant un joyeux « good trip ». Auquel je réponds bien sûr « à la mode de Caen » !

Après 75 Km de pédalage, mon estomac se manifeste. Et cela tombe bien car, concomitamment, l’orage gronde et la pluie menace. Je m’arrête donc dans un snack et je déguste une énorme pizza en regardant les éléments se déchaîner. L’averse est aussi violente qu’hier soir, mais cette fois, Colibri et moi sommes à l’abri. Chat échaudé craint l’eau froide !

Les 30 kilomètres restants ne seront que souffrance. Le paysage est de plus en plus vallonné, mais je n’ai pas le loisir de l’admirer, tout entier concentré sur ma conduite afin de ne pas commettre l’écart qui pourrait être fatal.

J’arrive à Nitra vers 17h30. Faute de camping aux environs, je me réfugie dans un « hostel», sorte d’auberge de jeunesse qui accepte les vieux. Après une grosse lessive, je décide de ne pas bouger de là afin de ne pas renouveler la galère d’hier soir. Je visiterai Nitra demain matin.

Brève mais sympathique rencontre avec Stefan.
Un moment pagnolesque dans ce bistrot d’habitués.
Colibri à l’abri, pizza dans le plat. (Non, ce n’est pas un un gâteau à la framboise)!

Le parcours du jour, de Bratislava à Nitra.

Mardi 21 juillet

Nitra / Banska Stiavnica, 95 Km

Nitra est avec Bratislava la plus ancienne ville de Slovaquie. C’est là que fut construite la première église catholique du pays, en 810. Et aujourd’hui encore, la religion y occupe une place importante. Mais c’est au château que je consacre l’essentiel de ma visite de la ville, une forteresse moyenâgeuse construite sur une des 7 collines de la ville; d’où son surnom de petite Rome. Adossée au château, une cathédrale a été construite à l’emplacement de l’église primitive. Jean-Paul II s’est fendu d’un déplacement sur ce site en 1995. La montée au clocher permet d’admirer le paysage vallonné et … un chantier de construction d’un ènième centre commercial en lieu et place d’un joli petit bois. Le béton frappe partout !

Il est plus de 10h30 quand je mets le cap sur le Nord-Est, gêné par un vent du Nord soutenu. J’ai l’impression de ne pas avancer; et en effet, je me traîne. 

Vers 14h, je fais ma pause déjeuner. Là, je dois narrer deux rencontres; à Obyce, devant le supermarché, un homme vient me voir. Passionné de vélo il m’interroge sur ma provenance et ma destination. Sympa, il me parle des Tatras, il m’encourage et me met en garde vis à vis des automobilistes slovaques. Plus loin, au bord du ruisseau où je pique-nique les pieds dans l’eau, un autre cycliste s’arrête et observe Colibri en faisant des commentaires incompréhensibles pour un Sarthois moyen. Quand je lui explique que je suis français, il a une expression que j’interprète comme « pouahh », remonte fissa sur sa bécane et file comme s’il avait vu le diable !

Cela ne suffit pas à altérer ma bonne humeur car je dois vous dire que les petites routes blanches répondent aujourd’hui pleinement à mes attentes. Ce sont de vraies belles routes de montagne, raisonnablement fréquentées et bien entretenues. Aussi je savoure le plaisir de rouler et d’entrer dans le vif du sujet. Ce qui ne signifie pas que tout est rose; les pentes sont rudes et le soleil me dessèche littéralement. A plusieurs reprises, je fais appel à des riverains pour remplir mes bidons. L’un d’eux interrompt l’arrosage de son jardin pour me faire le plein avec son tuyau. Il faut dire que mon plan cimetière ne fonctionne pas; à deux reprises j’ai fait chou blanc au milieu des tombes; pas un robinet à l’horizon. Il faut dire que les Slovaques honorent leurs morts avec des fleurs artificielles et des lampions. Ni l’un ni l’autre ne nécessitent d’eau…

A Velka-Lehita, la difficulté est accentuée par une zone de travaux. Je roule dans une poudre grisâtre que les ouvriers viennent de déverser sur la chaussée. C’est comme rouler dans le sable et en plus, Colibri aura besoin d’une grosse toilette ce soir.

Arrivé à 660 mètres d’altitude, je suis récompensé par une magnifique descente. Sur un bitume impeccable, je dépasse par moment les 60 Km/h. Quel panard ! Et je me retrouve dans la vallée, à 200 mètres d’altitude, à Nova Bana. Là, un cyclosportif me dépasse, puis se ravise, ralentit et se laisse rattraper. On va faire une quinzaine de kilomètres ensemble en parlant vélo et voyage. Il m’avoue qu’il aurait peur de partir seul à l’étranger.

Arrivé à Zarnovica, on se sépare et j’attaque la dernière difficulté du jour, un col à 800 mètres pour atteindre un camping au bord d’un lac. La pente est régulière, tout se passe bien jusqu’au dernier kilomètre, où la pente s’accentue fortement. Avec 95 Km dans les pattes, je coince et dois m’arrêter plusieurs fois avant d’arriver au « Kemp », lieu charmant entouré de montagnes, mais pas du tout au bord du lac !

Je me force à monter la tente avant de me jeter sous la douche, puis sur une bière, servie par un jeune homme tout heureux d’exercer son français. Comme je demande s’il cuisine des plats typiques, son papa cuistot me prépare spécialement des Bryndzové pirohy ( il me l’a écrit sur un papier…), sorte de gros raviolis fourrés au fromage et aux lardons qu’on trempe dans du fromage frais. J’en aurais bien repris… Ce que je fais avec la bière; à 0,90€ le demi, c’est du pousse au crime ! Puis je me jette avec délice dans les bras de Morphée.

C’est qui le gars à côté de Pascal ??
L’entrée du château de Nitra et le clocher de la cathédrale, détruit par un bombardement en mars 1944.
Les Carpates approchent !
Le chantier ne facilite pas la montée.

Mercredi 22 juillet

Banka-Stiavnica/Zvolen, 55Km

Avant de quitter le camp, je monte jusqu’à la station de ski Salamandra située juste au-dessus. Voir une station à une telle altitude, environ 700 mètres, laisse imaginer la rigueur des hivers dans cette région. Je passe dire adieu à Scott qui demande l’adresse de mon blog. Je le remercie pour son accueil et les délicieux Bryndzové pirohy (j’ai fait un copier/coller 😀).

En guise de hors d’œuvre je m’offre la fin de la montée du col, avec des passages à 12%. À froid, c’est rude pour un vieux diesel ! Puis c’est la plongée sur Banska -Stiavnica, une riche ville minière (or et argent) curieusement construite dans le cratère d’un ancien volcan, une caldera. Autant dire que la ligne droite et la route plate ne sont jamais les plus courts chemins pour aller d’un point A à un point B. Après avoir flâné dans le centre-ville, parfois en poussant le vélo sur les pavés, je visite le « stary zamok » le vieux château, par opposition au « novy zamok », le nouveau château. Comme à Nitra, c’est sur l’emplacement d’une église que le château a été construit au 13e siècle, puis modifié au 16ème pour résister aux invasions turques. La bâtisse est impressionnante, les nombreuses expositions sont intéressantes, et il existe une fiche de visite en français !
Il y a une autre site intéressant à visiter, situé sur un autre versant du cratère. C’est un calvaire géant, placé au sommet d’une sorte de mont Golgotha. Comme je n’ai pas ma couronne d’épines je me dispense de cette ascension.

Après, il faut sortir du cratère ! Et là aussi les pentes sont rudes. Au point que je révise mon plan du jour : je vais prendre la route directe pour rallier Zvolen, au lieu de prendre des « petites blanches » à travers les montagnes. Bien m’en a pris, car la route dite principale suit un fond de vallée et n’est pas trop fréquentée. Heureux de retrouver du plat, je file à bonne allure jusqu’à Zvolen où j’ai repéré un camping. Je fais juste un petit arrêt casse-croûte sous un abribus. L’approche du camping est un peu périlleuse car située dans un noeud de routes importantes. Mais j’y pointe à 16h et c’est bien agréable car j’ai ainsi le temps de faire toutes mes petites affaires. Et puis ici, les soirées sont courtes car la nuit tombe vers 20h.

Ces deux premières journées en montagne me font réfléchir à mon projet car c’est physiquement très dur et je ne pourrai pas faire 45 jours à ce rythme là. Je devrai peut-être revoir mes ambitions à la baisse. Mais je pense aussi que je ne suis pas encore au mieux de ma forme. Il y a encore quelques kilos à faire fondre…

L’étape du jour.
Avec Scott et son père, le courant est bien passé.
Avec de tels pourcentages, j’ai dû faire plusieurs pauses.
Le passé minier de la région n’a pas toujours fière allure…
Le centre de Banska-Stiavnica témoigne de la richesse passée de la cité.
La forteresse du vieux château est impressionnante.

Jeudi 23 juillet

Zvolen/Ruzomberok, 80 Km

Le résumé de la journée pourrait s’intituler petits ennuis et grosses montées. Les premiers ont commencé tôt, vers 2h du matin, quand je me suis réveillé avec l’impression de dormir à même le sol. Hélas, c’était vrai ! Mon super mini matelas gonflable ultra-léger était à plat. (Comme en 2018, cf. la saison 2 au Maroc). Regonfler son matelas en pleine nuit c’est plutôt… gonflant. Ensuite, c’est l’iPhone qui ne charge plus. La faute sans doute à un câble défectueux . Trouver sa route sur Google Maps avec 1% de charge, c’est sport. Ajoutez à cela un verre de lunettes qui sort de la monture et trois sauts de chaîne (dans des montées, bien sûr), et vous aurez un panorama des petits soucis du jour.

Mais à part ça, ce ne fut pas une mauvaise journée. Le prochain objectif, le parc du haut Tatras, étant à 180 kilomètres d’ici, je me donne trois jours pour y arriver, soit une moyenne de 60 kilomètres par jour.

La promenade très matinale dans Zvolen m’a permis de découvrir une jolie petite cité, dominée par un château aux créneaux originaux et dotée d’une immense esplanade centrale entièrement piétonne sur laquelle je prends le temps de déguster un café.

Il y a ensuite les 30 kilomètres qui m’amènent gentiment à Banska Bystrica, ville tout aussi charmante, organisée elle aussi autour d’une immense esplanade centrale piétonnière. J’y fais l’acquisition d’un nouveau câble, je me sustente un peu et j’attaque la partie difficile de la journée puisque je dois passer un col à 800 mètres. Et cette fois, je suis prévenu, la route 59 est très fréquentée. Il suffit de consulter la carte pour constater qu’elle est un maillon important entre le sud et le nord du pays et vers la Pologne. En effet, le trafic est intense. Et aucun ingénieur des ponts et chaussées slovaques n’avait imaginé que des cyclistes l’emprunteraient. Résultat, la place qui leur est allouée est proche de zéro. C’est donc encore les dents et les fesses serrées que je monte vers Donovany, une station de ski sans charme. Ayant effectué mes 60 kilomètres réglementaires, j’envisage d’y dormir. Mais  l’endroit ne me fait pas envie, il n’y a pas de camping, que des hôtels pour skieurs; et puis surtout, il y a cette magnifique descente qui me tend les bras. J’enfile un coupe vent et je déboule de l’autre côté du col. J’arrive ainsi à Liptoska Posada , village dans lequel fleurissent les « penzion ». Hélas, tout est complet. Je me décide donc à prolonger jusqu’à Ruzomberok, ville plus importante à 15 kilomètres de là. Par chance, un chemin cyclable double la route. Je l’emprunte donc, mais au bout de quelques kilomètres je tombe sur un coin pique-nique aménagé dans un champ au bord de la rivière. Un tien valant mieux que deux tu l’auras, je choisis d’effectuer ici mon premier bivouac « sauvage ». Le hic, c’est le matelas gonflable que je pensais réparer tranquillement dans une chambre d’hôtel et laisser sécher la réparation. Pas possible ici, il va falloir s’adapter…

Aujourd’hui, c’est cap au nord !
Le château de Zvolen et ses drôles de créneaux.
Si vous souhaitez investir en Slovaquie, nous vous proposons cet immeuble en plein centre de Zvolen. Prévoir quelques travaux…
Le centre-ville de Banska-Bystrika, un espace réservé aux piétons. Et les commerces s’en portent bien !
si si, entre le camion et la glissière, ça passe. !
L’arche d’arrivée au col de Donovany !

Vendredi 24 juillet

Ruzomberok / Prybilina 65 Km

Dire que j’ai bien dormi serait mentir. Mais en posant la tente sur des herbes hautes et en accumulant sous mon tapis de sol tout ce qui pouvait donner un peu de moelleux, j’ai réussi à compenser partiellement le dégonflage du matelas. Au petit matin l’air est frisquet et la rosée abondante, mais mon petit coin de plage a toujours du charme. Ne parvenant pas à allumer un feu ( je suis passé au réchaud à bois), je renonce au café et file à Ruzomberok qui n’est qu’à 10 kilomètres, bien décidé à me taper un bon petit déjeuner. Ruzomberok, le nom est rigolo, pas vrai ? Eh bien la ville, elle n’a rien de charmant. En fait, je crois que c’est juste une immense zone industrielle, pleine de tuyaux et de cheminées qui crachent des fumées malodorantes. Et au milieu roulent des camions. Je fuis ce lieu pour arriver au village de Liskova, à l’écart du bruit et de la fureur industrielle, mais néanmoins atteinte par les fumées des usines. J’y bois deux cafés servis avec le marc au fond et en surface; peut-être une survivance des invasions turques ?

Après quoi je prends le vrai départ de mon étape. L’objectif est de me rapprocher le plus possible du fameux parc du haut Tatras et de sa station de ski, Strbské-Pléso (non, je n’ai pas oublié de voyelle). Ceci afin d’avoir demain une étape courte car elle s’annonce trapue.

Et c’est par une route agréable que je rejoins le lac Liptovska, un haut lieu touristique du pays. La route longe joliment les rives du lac et le paysage est magnifique. Je fais une courte halte sur une plage bien aménagée et très fréquentée. Je traverse ensuite plusieurs villes qui s’appellent Liptovsky. A croire que les Slovaques manquent d’imagination pour nommer leurs cités; alors quand ils trouvent un nom qui leur plait, ils le déclinent à l’infini. C’est ainsi qu’en longeant le lac Liptovska, je traverse successivement Liptovsky-Trnovec, Liptovsky-Hradoc, Liptovsky-Mikulas et Liptovsky-Peter, en passant à proximité de Liptovské-Beharovce ou encore Liptovska-Porubka. Et j’en passe ! Pas vraiment aisé pour le touriste étranger ! Dans l’une des Liptovsky je fais réparer mes lunettes chez un opticien et je rachète un nouveau câble car celui d’hier ne fait pas l’affaire.

J’arrive ainsi tranquillement à 60 kilomètres au compteur, et décide donc de m’arrêter à Prybilina pour la nuit. Après ma nuit en bivouac, j’aspire à un peu de confort. Aussi me mets-je en quête d’une chambre dans une des nombreuses pensions identifiées sur internet ou repérées dans les rues. Après trois refus, je m’adresse à une mamie qui vend des glaces et dont les principaux clients semblent être ses propres petits-enfants. Sans parler un mot d’anglais, mais avec une grande gentillesse, elle sort son portable et part à la recherche d’une chambre pour moi. Quand elle pense avoir trouvé, elle demande à son mari de m’emmener. Celui ci s’exécute de mauvaise grâce, monte sur sa vieille bécane en bougonnant et nous voilà partis dans le village, avec un petit-fils à nos trousses. Première adresse, premier refus, deuxième, idem, troisième pareil… Il nous faudra sonner à sept portes pour trouver enfin quelqu’un qui accepte de m’héberger ! En fait, à cette saison, toutes ces pensions privées sont louées à la semaine, et le client de passage ne les intéresse pas.

Sitôt Colibri posé sur sa béquille, un gros orage éclate et une violente averse nous tombe dessus. Un signe du destin ! Mon hôte, un homme de ma taille et du double de mon poids, m’accueille en short et torse nu sous les bretelles. La grande classe! Mais la chambre est impeccable et très bien équipée. Je vais pouvoir suivre la finale de coupe de France dans de bonnes conditions. Allez les Verts ! Oui, j’ose…

Mais avant cela, mission réparation du matelas gonflable. Le lavabo rempli à raz bord me permet de détecter facilement la fuite. C’est exactement comme en 2018, une couture thermo-collée qui a lâché. Inquiétant. Le temps que ça sèche et je passe à la pose du patch. Pourvu que ça tienne !

Après une petite sieste, je fais le tour du village, qui est plutôt cossu et très propre.  A 20h, je teste un nouveau plat slovaque, quelques morceaux de viande de porc noyés dans une lourde sauce et accompagnés de drôles de grandes galettes blanches spongieuses, sans oublier les gros cornichons de type « Gurken » allemands. Je n’en laisse pas une miette, plus par faim que par gourmandise. En face de moi dans la salle de restaurant, Miroslav, le propriétaire, commente l’actualité qui défile sur la télé. On parvient à échanger dans un sabir germano-anglo-slovaque et quelques expressions bien senties du genre : Erdogan = Hitler. 

Comme prévu, la finale de coupe de France me fait monter l’adrénaline, mais je me calme ensuite en lisant plusieurs chapitres du Flambeur de la Caspienne de J.C. Ruffin.


Vous cherchez encore un lieu de vacances ? N’hésitez pas, c’est Ruzomberok qu’il vous faut.
Des routes comme ça, je dis oui !
Sur les bords de la Liptovska mara.
Casse-croûte sous haute protection. Et je n’ai même pas bu un canon !
Le village de Pribylina, halte du jour.


Samedi 25 juillet

Pribylina / Tatranska-Lomnica 60 Km

Bonne nouvelle, le matelas est toujours gonflé ce matin ; je vais pouvoir camper de nouveau, d’autant que toutes mes affaires sont propres et sèches. Y compris la tente qui est restée suspendue dans la douche toute la nuit.

Le menu du petit-déjeuner, œufs brouillés /saucisse, devrait me donner de l’énergie. Je quitte Miroslav dubitatif car son terminal de carte bancaire est en panne et je n’ai plus d’espèces. Je lui promets d’effectuer un virement sur son compte dès que ma banque aura validé son compte bénéficiaire. Comme je suis son seul client, c’est 100% de sa recette du jour qui est en jeu !

A 8h30 j’entame la montée vers Strbské-Pléso. Environ 27 km pour 600 mètres de dénivelé. Les 10 premiers kilomètres sont un faux plat facile. Ensuite, la pente s’accentue mais sans jamais dépasser les 6/7%. Je monte au train sans trop de difficulté. Sur la fin, la pente s’accentue encore, mais je garde un bon rythme. Derrière moi, trois cyclotouristes se rapprochent, mais un seul parviendra à me dépasser dans l’ultime rampe. Sauf que le coquin est équipé d’un petit moteur électrique ! Je vais évidemment porter réclamation et exiger la restitution de mon maillot à pois. Non mais !

La station est plutôt laide, comme à peu près toutes les stations en été, mais son charme réside dans un grand lac sur lequel on peut canoter. Comme c’est samedi, il y a foule. J’en fais le tour à pied et casse la croûte sur un banc. En arrière plan s’étale le Tatras, le plus haut massif des Carpates.

La descente, tout en douceur comme la montée, est une formalité. Je croise de très nombreux cyclistes; cette ascension doit être un must dans la région. Les villages que je traverse sont étonnamment animés. Ce sont des stations de vacances, voire de cure, équipées d’énormes hôtels comme on n’en fait plus. Sur cette route en corniche, je passe au pied du mont Gerlachovsky, le sommet absolu des Carpates avec ses 2.654 mètres, dont le sommet marque la frontière avec la Pologne.

Avec à peine 60 kilomètres dans les mollets, je me sens frais comme un gardon et prêt à aller plus loin. Mais soudain, à la sortie de Tatranska-Lomnica, un hôtel/restaurant /camping me fait de l’œil. L’endroit est très spacieux et semble très propre. Je décide donc de stopper là et de mettre un terme à cette journée qui m’effrayait un peu et qui est finalement une belle étape.

Une fois la tente plantée sur un espace de la taille d’un terrain de foot, je remonte au village sur Colibri délesté de son chargement pour faire le plein de victuailles car ma sacoche frigo ne contient plus qu’une pomme ! Au retour, je m’offre le quatre heures du cycliste : saucisson/fromage/bière ! Et une petite ronflette dans l’herbe. La belle vie, quoi !

Miroslav a le sourire un peu figé…
Ça promet…
Derrière le lac de Strbské-Pléso, les plus hauts monts des Carpates.
Un beau décor drôlement saccagé !
Un petit côté Budapest Hôtel, vous ne trouvez pas ?
Sur une voie unique, un petit train monte de Poprad à Strbské-Pléso.
Cool, Papoune !

Dimanche 26 juillet

Tatranska-Lomnica/Spišský-Hrusov, 90 Km

Je m’étais cru malin en plantant ma tente près d’un petit kiosque en bois, idéal pour abriter Colibri. Mais je n’avais pas réalisé que cet abri constituait un lieu idéal pour les noctambules par temps pluvieux. J’ai donc dû supporter le bruit d’une dizaine de potes campeurs en week-end. Le niveau sonore était assez supportable jusqu’à ce que l’un d’entre eux sorte sa guitare et entonne les chants populaires slovaques, repris en cœur par tous les copains. Et hélas, le répertoire ne comprenait aucune berceuse…

A part cela, je qualifierais cette journée de zigzagante. Il n’y a qu’à regarder la carte ci-dessous pour en convenir. Mon objectif était double : le château de Spišs et le village de Zehra. Au début, j’ai suivi scrupuleusement mon plan de route et, sous le soleil, tout semblait facile. Au poin que, après avoir visité l’église de Spišský -Stvrtok, je me suis laissé attirer par une panneau de signalisation touristique qui annonçait un monastère et le parc naturel Narodny, dont des Allemands m’avaient parlé hier. Me voilà donc parti pour faire un crochet. Mais au bout de 5 kilomètres, la route s’arrête et seuls les randonneurs peuvent accéder aux trésors annoncés. Le demi-tour s’impose, et, pour rattraper ma route, je fais 5 kilomètres de piste un peu tape-cul mais pas désagréable.

A Spišský-Nova-Ves, je veux faire des courses, mais une équipe de jeunes roms qui mendient devant le supermarché m’incitent à aller plus loin. Le plein fait, j’aimerais tenir jusqu’au château de Spiss pour manger. Mais au kilomètre 60 je n’ai plus d’énergie et je m’arrête déjeuner sous un abribus car l’orage menace.

Il faut dire que le scénario météo est sans surprise : soleil le matin, nuages le midi, orage le soir. Aujourd’hui ce dernier semble toutefois vouloir devancer l’appel, mais finalement il ne se déclenchera que vers 17h, comme d’hab.

J’arrive donc au pied du château, énorme forteresse en ruine; j’en fais presque le tour complet de loin avant de trouver le chemin d’accès, une belle rampe de 2 kilomètres qui casse bien les pattes. Quelle idée aussi de toujours construire les châteaux forts sur des collines ! Celui là date du 12ème siècle. Il a résisté aux Tatars, qui tombaient pour la première fois sur un édifice en pierre, moins facile à brûler que les forts en bois de l’époque. C’est pourtant le feu qui en est venu à bout en 1780, incendie officiellement provoqué par la foudre, mais plus certainement par des soldats qui distillaient de l’alcool…

En trois coups de pédales j’atteins le village de Zehra, qui me déçoit de prime abord. Je croyais avoir lu que c’était mignon et c’est très quelconque. Mais le lieu vaut quand même le déplacement par son église, du 12ème siècle aussi, décorée dans le style baroque et surtout recouverte de splendides fresques parfaitement conservées et restaurées. Un livret explicatif en français me permet de découvrir toutes les subtilités des symboles représentés. Un grand jugement dernier me fait penser à Asnières et des anges musiciens me ramènent vers la cathédrale du Mans. Hélas, il est interdit de photographier ces trésors. 

Ayant bouclé le programme du jour, je cherche un hébergement, mais je traverse plusieurs villages ne possédant ni camping ni pensions. L’un d’eux est d’ailleurs un véritable ghetto de roms qui vivent dans une pauvreté qui tranche avec le niveau de vie plutôt confortable rencontré jusqu’ici.

Et comme il est 17h, la pluie arrive ! J’envisage un moment de m’arrêter pour bivouaquer en forêt, mais je vois sur Google Maps que le prochain village est doté d’une « penzion ». Et c’est là que j’atterris, trempé gainé, bien heureux de me mettre au sec.

Une petite anecdote pour finir; sans grand intérêt mais qui amusera Oscar mon petit-fils, qui adore quand il m’arrive des ennuis. Voulant me photographier en plein effort, je m’agenouille sur le bas côté pour poser mon trépied. Tout occupé à mes réglages, je sens soudain des chatouilles et des piqûres sur les genoux. Je m’étais installé en plein sur une fourmilière et les petites bêtes affolées me couraient sur les deux jambes en piquant au hasard !

Dans un genre plus sympa, j’ai rencontré mes premières cigognes.

J’ai un peu tournicoté, aujourd’hui. Demain, direction Roznava et sa grotte.
Il n’y a pas eu beaucoup de plat, aujourd’hui.
Sous le ciel menaçant, une église qui se voit !
Sur son éperon rocheux, Spišský Hrad rappelle les châteaux cathares.
Avec ses 41 hectares, c’est une des plus grandes forteresses d’Europe. Située à l’époque en Hongrie, elle fut la propriété des Anjou et des Habsbourg.
Dans l’église de Zehra, la décoration baroque tranche avec les tons doux des fresques.
Ce village rom a tout du bidonville.

Lundi 27 juillet

Spišský -Hrusov/ Roznava Betliar, 65 Km

Magnifique journée, certes sans visites, mais sans pluie non plus, et avec des efforts bien payés par le plaisir qu’ils procurent.

Cette pension Sypanec, choisie a l’arrache, s’avère être une très bonne adresse. Je ne parle pas seulement de la bonne bière tchèque bue avec le patron hier soir, mais de la chambre nickel et du petit déjeuner, digne d’Obélix. J’avais déjà remarqué dans les campings le goût des Slovaques pour les salades de légumes au petit-déjeuner. Ce matin, j’y ai droit, avec des saucisses, un pain délicieux, de la confiture et des petits gâteaux; le tout arrosé d’un thé et d’un café. Autant dire que j’ai fait le plein d’énergie en vue de cette étape pas très longue mais qui comprend deux passage à plus de 900 mètres.

Mais les premiers dix kilomètres sont une partie de montagnes russes; pas un mètre de plat entre ma pension et Spišska Nova Ves. Je ne suis pas surpris car j’ai déjà emprunté cette route hier. Curieusement, je découvre à S. Nova Ves un tout autre visage que celui d’hier (cf les petits roms devant le supermarché). Cette fois, c’est une cité coquette que je parcours, avec un centre verdoyant et soigné.

Dès la sortie j’entame la montée du premier col. C’est régulier, le revêtement est bon et, malgré l’effort, c’est plutôt agréable. Après 15 kilomètres, je crois être arrivé, mais c’est juste un carrefour, un faux col en quelque sorte (appelez-moi le garçon !) Et ce n’est qu’après 17 kilomètres de montée ininterrompue que je franchis le col, situé à 1.030 mètres et non 900 comme le croyais. Devant le plan des pistes de ski de fond de Grajnar, je suis abordé par un couple de grands-parents avec leur petite fille. Malgré la barrière de la langue, on discute dix bonnes minutes et ils me font des grands gestes d’adieu en remontant dans leur voiture. Sympa !

Équipé de mon coupe-vent, je descends sur l’autre versant avec beaucoup de précautions car la chaussée est dégradée.

Avant d’attaquer la deuxième difficulté du jour, je dois absolument faire le plein d’eau car il fait chaud. Dans un hameau, j’avise une jeune fille à vélo qui refuse tout net de me donner de l’eau. Sa mamie, qui sort justement de sa maison, me renvoie vers la voisine. Elles n’ont peut-être pas l’eau courante ?? Je sonne donc chez la voisine, qui, très gentiment, remplit mes bidons d’une eau bien fraîche. Mais au moment de me les donner, elle me fait signe d’attendre et retourne précipitamment dans sa maison. Elle en ressort avec un gros tube de vitamine C, qu’elle m’invite à ajouter dans mes bidons. Je décline aimablement. Mais je dois avoir l’air bien usé pour susciter une telle proposition…

Et c’est parti pour le deuxième col, plus court que le premier ( je démarre de 700 mètres au lieu de 450) mais un peu plus pentu. Grosse transpiration, mais ascension sans douleur.

Au sommet, je casse une croûte que j’estime bien méritée. Puis j’entame une descente de rêve, au cœur d’une forêt assez dense pour que j’allume mes lumières. Le revêtement est parfait, mais je ralentis pour profiter des délicieuses odeurs de forêt humide. Pour finir, un long faux-plat descendant m’amène à Betliar, où se trouve le seul camping de Roznava. C’est un endroit comme je les adore, simple et rustique à souhait, où vous avez le choix de payer 3€ pour planter votre tente ou 5€ pour disposer d’un petit bungalow. Le choix est vite fait, d’autant que je vais rester deux jours ici pour effectuer quelques visites avec un Colibri allégé.
A mon arrivée, la réception étant fermée, j’avise un campeur slovaque qui m’indique que la tenancière est plus loin, dans un bungalow. « Elle a les cheveux verts » me précise-t-il dans un allemand hésitant. Je suis étonné, mais je ne risque pas de me tromper ! Je trouve effectivement la patronne qui arbore une magnifique chevelure… rouge vif ! En repassant, je demande à mon informateur s’il a un problème de vue. «  Non, plutôt de vocabulaire », me répond-il dans un grand éclat de rire.

Après une bonne douche et une grosse lessive, je descends effectuer quelques achats dans le village. Pendant que je suis dans l’épicerie, un stupide toutou enroule sa laisse autour d’une pédale de Colibri et le fait tomber. Grrr ! Sur le retour, je découvre un très beau château que j’ajoute à la liste de mes visites à prévoir. Je fais le tour de l’immense parc qui entoure la demeure.

En soirée, mes voisins tchèques me proposent de chauffer ma goulasch sur leur réchaud à gaz plutôt que sur mon hypothétique feu de bois. C’est l’entrée en matière d’une soirée de discussion avec le papa qui voyage beaucoup, connaît un peu la France et s’intéresse à un tas de choses. Il est très étonné de cet été pluvieux car la région est en sécheresse sévère depuis huit ans… Je lui dis ??

J’en aurais bien mis quelques-uns dans une sacoche !
Confrères des Bollée, les Gaal sont des fondeurs de cloches de Spišska-Nova-Ves. Les passants ont l’habitude de sonner la cloche du monument à leur gloire.
En haut du col, cette famille est venue discuter avec moi.
La deuxième montée était plus courte que la première.
A défaut d’agrumes, pique-nique sur les grumes.
Mon domaine pour les deux prochaines nuits.

Mardi 28 juillet

Betliar /Ochtiná/Betliar, 60 Km

Dormir deux nuits au même endroit est un luxe qui me permet de prendre mon temps. Je déguste tranquillement mon petit déjeuner sur la terrasse de mon bungalow, dans un calme et un silence comme je n’ai connu que lors de mon bivouac sauvage.

Vers 9h, après avoir salué mes voisins tchèques, je monte sur le vélo pour une boucle de visites. Sans sacoches, je me sens tout léger et j’ai l’impression de partir en balade du dimanche. Au point que je m’imagine que cette journée va être une simple partie de plaisir. Erreur ! La région du Karst slovaque est très vallonnée, qu’on la traverse ou qu’on y fasse une boucle. C’est donc mal préparé dans ma tête que je prends la route d’Ochtina afin de visiter une grotte. Il me faut plus de deux heures pour parcourir les 35 kilomètres, avec une ascension finale de 6 kilomètres. La fraîcheur de la grotte (8*), ne sera pas de trop pour faire baisser ma température !

La Slovaquie compte 7.300 grottes répertoriées sur son territoire, dont une bonne partie dans le karst, au sud-est du pays. Ce phénomène de dissolution de roches calcaires génère des paysages tourmentés. La spécificité de la grotte d’Ochina est la formation de concrétions très fines en aragonite issues de l’évaporation de milliards de gouttelettes d’eau chargées de carbonates. Au lieu de former de simples stalactites ou stalagmites, ce sont des structures très fines qui ressemblent à du corail, voire à des toiles d’araignées. C’est très beau, dommage que la cadence imposée par le guide ne laisse pas le loisir d’admirer en détail la beauté de ces oeuvres naturelles.

A la sortie, je suis assommé par la chaleur, et le retour sera assez pénible. Je m’arrête déjeuner à Stitnik, dont je visite l’église, décorée de belles fresques médiévales en attente de restauration.

Arrivé à Roznava, accablé par la chaleur, je renonce à visiter le centre-ville et prends directement la direction de Betliar pour retrouver la fraîcheur de mon bungalow et une bonne douche. Je retrouve les deux chatons découverts hier, qui, après fait les fous dans le bungalow, s’endorment sur mon lit pendant que je rédige ce blog.

Pour une fois, mon parcours me ramène à mon point de départ.
Ce matin, le soleil nous propose de drôles de bêtes.
La région du karst slovaque est tourmentée et très belle.
Les «plafonds » de la grotte sont constellés de fines concrétions d’aragonite.
Difficile de croire que c’est de la matière minérale !
Comme beaucoup d’églises de la région, celle de Stitnik est couverte de fresques réalisées par des artistes parfois étrangers à la demande des nobles locaux.
Les magnifiques fonds baptismaux témoignent du savoir-faire des fondeurs locaux et de la richesse due aux mines.
Mon lit plait beaucoup à ces adorables chatons.

Mercredi 29 juillet

Roznava / Košice 90 Km

6h debout, 7h en selle,  ça ne traîne pas ce matin ! C’est pourtant avec regrets que je quitte cet adorable camping en pleine nature. Je passe rapidement dans le centre de Roznava, qui, comme beaucoup de villes et même villages, compte plusieurs églises côte à côte. La ferveur religieuse semble ici presque aussi intense qu’en Pologne. J’ai même vu des énormes inscriptions « Ave Maria » placardées sur des maisons.

Tranquillement assis devant mon ordinateur, j’avais dessiné mon parcours en choisissant de préférence ces petites routes blanches qui zigzaguent si joliment sur les cartes. Aujourd’hui, rattrapé par la réalité du terrain, je leur trouve un peu moins de charme… Ainsi, pour aller à Košice, ai-je décidé de changer mon plan de route et de rester une partie du temps sur la grande route. Malgré une montée initiale de 4 kilomètres, je ne regrette pas mon choix, d’autant que la bande arrêt d’urgence est large et me protège du trafic assez intense. Je saisis néanmoins chaque occasion qui m’est donnée de quitter la route quand celle-ci contourne des villages. Je choisis alors de passer par les centres-bourgs pour y trouver un peu de calme et des choses à voir. Dans l’un d’eux je fais une halte dans une « potraviny », une épicerie, et grignoter un paquet de gâteaux.

Après 50 kilomètres de ce régime, j’oblique à gauche pour rejoindre ma petite route blanche et atteindre ainsi Jasov (prononcer «  iassô »), où se trouve un monastère réputé. J’ai à peine le temps de poser Colibri qu’une guide m’invite à me joindre à un groupe qui démarre la visite. Muni d’un audio guide en français, je découvre donc ce monastère fondé par les Prémontrés dès 1170, soit tout juste 50 ans après la fondation de l’ordre par Saint Norbert, à Saint Gobin, en Lorraine. Les bâtiments actuels datent de 1780 et sont en style baroque tardif. Hélas, 45 années de communisme ont mis à mal l’édifice qui fut tour à tour utilisé comme hôpital psychiatrique et centre d’accueil d’ enfants handicapés. Depuis 20 ans, des travaux de restauration sont entrepris, mais la tâche est gigantesque. Une petite communauté de dix moines a réinvesti les lieux depuis les années 2000.

J’avais envisagé de passer la nuit au camping implanté juste à côté du monastère. Mais une rapide visite des lieux me confirme ce que j’avais lu sur internet : le camping est fermé. « Corona » me précise un agent d’entretien présent sur le site. Dommage ! Le prochain point de chute possible est à Košice, 30 kilomètres plus loin. Après tout, il n’est que midi, j’ai bien le temps.

Je reprends donc la route qui ne cesse de monter et descendre, mais sans excès. Et la forêt me protège souvent des ardeurs du soleil. J’aurais voulu faire le trajet d’une traite mais, à 10 kilomètres du but, la faim me terrasse. Je fais une pause déjeuner/micro sieste près d’une chapelle. Juste en face, j’avise une belle pompe à bras dans un cimetière. Fausse joie : il y a bien la pompe mais pas de bras; impossible de tirer une goutte d’eau. La fin du parcours est quelque peu stressante car je dois rouler sur une autoroute. Pire, m’étant trompé de sortie, je dois en traverser une vite fait bien fait. Pour trouver le camping, ce n’est pas difficile puisqu’il est précisément au bord de l’autoroute. C’est son seul défaut car les équipements sont remarquables. Montage de la tente, longue douche et petite sieste pour digérer cette journée. D’ailleurs je renonce à aller en ville ce soir, j’irai visiter demain matin.

Cap à l’Est !
Je quitte à regrets mon petit bungalow.
A Roznava aussi, les églises se font de la concurrence.
Vu de loin, le monastère de Jasov a belle allure
Les couloirs évoquent davantage l’hôpital psy que la vie monastique.
Près de ma chapelle qu’il fait bon dormir…
Ces deux cigognes ne sont pas farouches.


Jeudi 30 juillet

Košice 45 Km

A 5h30, je crois bien être le premier levé dans le camping. Le bruit incessant des voitures ne m’a pas empêché de passer une bonne nuit. Finalement, ça fait un bruit de fond, moins gênant que des chants de fêtards…

Du coup, je suis aussi un des premiers touristes à visiter Košice, la deuxième ville du pays avec environ 300.000 habitants. Passées l’autoroute et les zones d’activité, le centre-ville est facile d’accès. La vieille ville est groupée autour d’une longue promenade centrale, la plus longue de Slovaquie, paraît-il. Et curieusement, la cathédrale est posée en plein milieu de cette promenade. Ce fut d’ailleurs un argument pour pietonniser entièrement l’hyper-centre, afin de préserver un édifice fragile. Même le tramway a été dévié. Cela confère évidemment à cet espace un caractère très apaisé, sensation renforcée par la présence de la fameuse fontaine musicale, qui ravit les yeux, les oreilles et… les enfants.

Il a fallu près de cent ans pour construire la cathédrale sainte Elisabeth. Son achèvement est daté de 1508. Remaniée au 17ème, puis restaurée au 19ème et consolidée au 20ème, elle présente plein d’éléments intéressants, dont une dizaine de retables remarquables, un double escalier à vis pour accéder à la loge princière, et un tabernacle de pierre baroque. Je profite de la faible fréquentation pour examiner tous ces éléments. Je visite aussi la chapelle saint Michel toute proche qui accueillait les pèlerins pendant l’édification de la cathédrale. En effet, le visage du Christ apparu sur une nappe tachée de vin a attiré des foules pieuses… Et puis je flâne beaucoup sur la promenade et dans les ruelles adjacentes pour y découvrir de belles demeures, un palais, une synagogue et beaucoup de grands espaces verts.

Après l’ouverture des magasins, je me mets en devoir de remplir mes deux missions du jour. La première consiste à trouver un câble de sortie de dynamo, le mien étant rouillé à une extrémité, si bien que mon chargeur ne charge plus. D’adresse en adresse, je vais faire sept boutiques, marchands de cycles, électricien, vendeurs d’informatique, de matériel hi-fi; en vain; aucun ne dispose de ce bout de câble bien spécifique. Košice était ma meilleure chance, elle s’évanouit. Mais ces périgrinations d’une boutique à l’autre me font découvrir plein de recoins de la ville.

L’autre mission est plus simple : je m’envoie un colis à moi même pour débarrasser mes sacoches de quelques objets devenus inutiles, dont un livre lu. Encore faut-il parvenir à échanger avec la postière qui ne parle que sa langue natale. Heureusement, un jeune client anglophone vient à notre secours.

De retour au camping, j’ai la surprise de constater que j’ai effectué 45 kilomètres dans ma journée. Mais j’ai aussi la désagréable surprise de trouver des centaines de fourmis dans ma sacoche de nourriture. Ce sont deux pêches bien mûres qui les ont attirées. Il faut tout vider, nettoyer et manger d’urgence les deux fautives !

La longue promenade est le cœur de la ville.
La cathédrale, son toit de tuiles vernissées et sa tour caractéristique.
La fontaine musicale est un rendez-vous incontournable.
J’ai aussi flâné au marché.
Un centre-ville apaisé.
Un des sept magasins visités en vain.

Vendredi 30 juillet

Košice / Ilk, 125 Km

comme cette étape s’est majoritairement déroulée en Hongrie, je l’ai intégrée dans la page consacrée à ce pays.